Château de Bussy-Rabutin
Le château de Bussy-Rabutin ou château de Bussy-le-Grand est un château de style Renaissance initialement bâti aux XIIe siècle et XIVe siècle, à Bussy-le-Grand, en Côte-d'Or.
| Château de Bussy-Rabutin | |
Château et cour d'honneur côté parc. | |
| Période ou style | Renaissance |
|---|---|
| Type | Château |
| Début construction | XIIe siècle |
| Fin construction | 1649 |
| Propriétaire initial | Renaudin de Bussy |
| Destination initiale | Château fort |
| Propriétaire actuel | État français |
| Destination actuelle | Musée |
| Protection | |
| Coordonnées | 47° 33′ 41″ nord, 4° 31′ 25″ est |
| Pays | |
| Région | Bourgogne-Franche-Comté |
| Département | Côte-d'Or |
| Commune | Bussy-le-Grand |
| Site web | http://bussy-rabutin.monuments-nationaux.fr/ |
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Le château est classé monument historique en 1862[1], le domaine est classé monument historique le [1] et le château est labellisé Maisons des Illustres. Propriété de l'État depuis 1929, il est géré et animé par le Centre des monuments nationaux du ministère de la Culture.
Historique
modifierLes premières traces du château de Bussy-Rabutin remontent à 1348. Il s'agit alors d'un château d'architecture médiévale, de plan carré et fermé par une courtine. Très peu de traces nous restent de cette époque.
A la Renaissance, la famille de Rochefort va acheter le château et entreprendre des transformations pour le mettre au goût du jour. Le mur de courtine va être supprimé, ouvrant ainsi le bâtiment sur un parc encore naissant. Vers 1520, les deux ailes latérales du château vont être décorées dans le style de la Renaissance Italienne, comprenant une galerie ouverte au rez-de-chaussée et une galerie fermée à l'étage, le tout décorée de frises historiques.
En 1602, c'est le comte François de Rabutin qui rachète le château, devenu Domaine, à la famille des Rochefort alors ruinée. Le corps de logis va être rebâti et redécoré jusqu'en 1649.
En 1666, ce domaine devient le lieu d'exil du comte de Roger de Rabutin. Lors de cette quinzaine d'années d'exil, il va aménager la décoration intérieure du château, le parc en « patte d'oie » et un jardin arrière. A sa mort, à la fin du 17e siècle, ce sont ses enfants qui vont hériter du lieu, puis le revendre quelques années après à la famille de Salins, qui vont poser les bases du jardins actuel et du circuit hydraulique extérieur.
A la Révolution, le château est mis sous séquestre et les meubles sont vendus. Plusieurs propriétaires qui vont racheter le château jusqu’au début du XIXe siècle, principalement pour les terres agricoles qu’il y a autour.
Au XIXe siècle, le domaine va être acheté par un homme qui va laisser un trace considérable dans le château : le Comte de Sarcus. Celui-ci va le restaurer et contribuer à agrandir la collection déjà initiée par Roger de Bussy-Rabutin.
Au début du XXe siècle, la famille des Sarcus met en vente le château : l’État décide d'utiliser son droit de préemption pour le racheter en 1929. Depuis cette date, le domaine appartient au Centre des Monuments Nationaux (CMN) et est géré par le Ministère de la Culture.
Le château de Bussy-Rabutin a été sélectionné par la Mission Bern, en vue de soutenir sa restauration. Un premier projet a été réalisé et ouvert en , aménageant la salle de médiation. Les chantiers de curage des douves, de drainages ont été réalisés à l'automne 2020, suivis des travaux de conservation de l'aile gauche, longtemps laissée à l'abandon, renommée « l'aile Sarcus » de 2021 à 2022, avec le soutien de la Région Bourgogne Franche-comté.
Roger de Bussy-Rabutin
modifierLe plus célèbre propriétaire des lieux fut le comte de Bussy, Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), général des armées royales du roi Louis XIV, courtisan de la cour de France, philosophe et écrivain épistolaire, pamphlétaire, satirique et libertin et membre de l'Académie française.

À Pâques 1659, le comte de Bussy-Rabutin prend part à une orgie au château de Roissy, où il médit outrageusement et scandaleusement sur les mœurs de la cour, sur le roi et sur la famille royale (décrit plus tard dans son œuvre « Histoire amoureuse des Gaules »). Il est alors condamné, trois mois plus tard, à un premier exil de la Cour de France par le jeune roi Louis XIV, dans le château familial de Bussy de son domaine bourguignon.
En 1660, incorrigible, il écrit sans vouloir le publier son pamphlet satirique et calomnieux « Histoire amoureuse des Gaules », chronique sur les frasques de certaines personnes de la cour et sur les premières amours du jeune Louis XIV et de Marie Mancini (nièce du cardinal - premier ministre Jules Mazarin) qu'il tourne en ridicule, pour amuser sa maîtresse, la marquise de Montglas et quelques-uns de ses amis. L'intrigante marquise de la Baume fait alors secrètement copier l’œuvre, puis répandre sa publication en avril 1665 à Liège, à l'insu de l'auteur.
L'œuvre scandaleuse parvient à la cour et au jeune roi qui fait arrêter l'auteur en 1666, le destitue de toutes ses charges et le fait enfermer treize mois à la Bastille (alors qu'il vient juste d'être élu à l'Académie française) avant de le faire exiler et disgracier à vie, pour la seconde fois, dans son château en Bourgogne, où ce dernier passera dix-sept années d'exil et la fin de sa vie.
Le comte rédige alors ses mémoires, produit une très importante correspondance par lettres avec ses amis et notamment avec sa cousine Madame de Sévigné (mère de Madame de Grignan), avec laquelle il partage le plaisir de l'écriture, dont il découvre le talent littéraire et qui invente à l'encontre de l'esprit de leur famille le mot « rabutinage ».
Pour illustrer sa vie, il fait décorer son château de plus de 500 portraits peints commentés des membres les plus importants de la cour de France qu'il a côtoyés et qui lui manquent, et de nombreux portraits des dames qu'il a aimées au cours de sa vie...
En 1683, le souverain lui pardonne enfin en l'autorisant à assister à son lever (un des moments les plus enviés de la vie de la cour). Déçu par l'accueil de la cour, Roger de Bussy-Rabutin s'en retourne en ses châteaux et n'apparaîtra que très rarement à Versailles.
L’Ère Sarcus
modifierLe , Jean-Baptiste César de Sarcus (1787-1875), père du baron Charles-Marie de Sarcus, achète le domaine grâce à une vente aux enchères du tribunal de Semur-en-Auxois.
Peintre amateur, historien chevronné, archéologue à ses heures perdues et collectionneur érudit, il se prend de passion pour le monument et pour son flamboyant propriétaire du XVIIe siècle. Pendant plus de vingt ans, il s’attache à rendre au château son aspect initial, en préservant l’œuvre intégrale de Roger de Rabutin, entreprenant une véritable résurrection du domaine, et en complétant de lui-même la collection.
La famille des comtes de Sarcus fait installer entre autres un écusson à ses armes au-dessus de la porte principale du château et installer dans le jardin à la française deux statues : Cybèle et sa corne d'abondance et Junon et son paon.
Il parvient de se fait à obtenir le classement au titre des monuments historiques dès 1862 : c’est l’une des premières demeures privées à figurer sur cette liste.
L'Exemple de la Galerie des Rois
modifierL'évolution de cette galerie, de sa création au XVIIe siècle à maintenant, témoigne de l'impact de Sarcus sur la préservation et la continuité de l’œuvre de son illustre prédécesseur. Cette galerie est nommée ainsi par le comte Roger de Rabutin lui-même.
Initialement, il s'agit d'une un Galerie-Bibliothèque, où sont exposés au XVIIe siècle les portraits de tous les rois de France depuis Hugues Capet jusqu’à Louis XIV. Roger de Bussy-Rabutin les fait disposer de façon chronologique et les annote de leur histoire.
Par ce biais, il dessine un manifeste de son époque. Ancien courtisant de la Cour de France et supportant mal son exil, la Galerie des Rois aussi un moyen pour le Comte d'évoquer sa gloire passée. Dans plusieurs de ses lettres, il identifie ses enfants et descendants comme étant les cibles de cette galerie, véritable témoignage de son Temps.
Lors de la mort de Roger de Bussy-Rabutin, ses enfants font placer les portraits et les bustes des Ducs de Bourgogne au deux extrémités de la galerie, pour rappeler les siècles d’allégeance de la famille Rabutin aux Ducs.
Au XIXe siècle, Jean-Baptiste César de Sarcus a non seulement conservé et restauré les portraits des rois et souverains, mais a également prolonger la collection de la Galerie en peignant lui-même ou faisant peindre tous les rois de France après Louis XIV, postérieurs à la vie de Roger de Bussy-Rabutin. Sous chaque tableau ajouté par Sarcus, un petit "S." est apposé, permettant de les différencier de ceux de son prédécesseur. C'est ainsi que l'on retrouve par exemple Louis XVI et le petit Louis XVII. Il est important de noté l'absence du roi Louis Philippe que Sarcus, monarchiste, ne reconnaissait pas comme un roi de France légitime. Un cadre vide se trouve en dessous de celui de Louis XVIII, censé accueillir son descendant , qui n'arrivera jamais.
Sarcus va aussi interchanger certains portraits de la galerie avec ceux de la chambre de Roger de Bussy-Rabutin. Ainsi, les portraits de femmes et maitresses de la Cour, initialement en face des rois de la galerie, se retrouve autour du lit, à la place des portraits de la famille de Roger de Bussy-Rabutin qui eux, se retrouve dans la galerie.
Tous ces changements sont un subtil mélange entre la volonté pour Sarcus de contribuer à la collection de son prédécesseur, tout en modifiant les éléments selon les moeurs de son époque.
L'Aile Sarcus
Une première restauration dans les années 1970 permet de réaménager et retapisser les pièces de l’étage. C’est ainsi que l'antichambre et une des chambres furent retapissées par la manufacture Oberkampf (selon des cartons des années 1830). L'autre chambre fût, elle, retapissée par la manufacture Braquenié avec cette splendide indienne à l’arbre de vie dont le seul autre exemple se trouve au château de Borely.
Il faut néanmoins attendre presque cinquante ans pour qu’une seconde campagne de restauration voit le jour en 2019. Faisant suite à la première édition du Loto du Patrimoine-Mission Bern de 2018 où le château avait été classé comme « monument en péril », l’État choisira de lancer un important chantier mené par le Centre des monuments nationaux avec le soutien du ministère de la Culture, du plan de relance du gouvernement et de la région Bourgogne Franche-Comté.
C’est ainsi qu’entre 2019 et 2023, de grand travaux d’assainissement (curage des douves, abaissement de leur niveau) puis de restauration furent lancés afin de redonner leur splendeur d’antan à l’aile du XIXe siècle.
Architecture et décoration
modifierLe château de Bussy-Rabutin fait cohabiter plusieurs époques. Sa façade date du XVIIe siècle, le rez-de-chaussée de Louis XIII et les étages de 1649. La cour d'honneur est entourée de galeries au décor typique de la première Renaissance française et la toiture est en ardoise. La riche et originale décoration intérieure est quant à elle, l’œuvre intégrale de l'écrivain Roger de Bussy-Rabutin.
- Galerie des rois de France et des ducs de Bourgogne
- Antichambre des Hommes de Guerre (avec 65 portraits des grands capitaines de la cour)
- Galerie des rois.
- Antichambre des hommes de guerre.
- Chambre de Bussy (avec 25 portraits de dames de la cour de Louis XIV)
- Chambre.
- Chambre.
- La comtesse de Grignan Françoise de Sévigné et la marquise de Sévigné Marie de Rabutin-Chantal.
- Salon de la tour dorée
- Salon de la Tour dorée.
- Plafond.
- Salle des devises, avec quelques aphorismes en latin faisant allusion à sa situation de banni et d'oublié de sa maîtresse. Ainsi que des peintures de divers châteaux et résidences royales français.
- Salle des devises.
- Exemple de peinture de devise
- Exemple de peinture de château.
- Chapelle, dans une tour ronde
- Cuisines
- La chapelle avec un retable de la résurrection de Lazare.
Le comte Roger de Bussy-Rabutin fait décorer de nombreuses pièces de son château de très nombreux tableaux accompagnés de commentaires, représentant une vaste fresque caustique de l’histoire de France et de son époque, de la cour de Versailles, de sa vie militaire et amoureuse, portraits de ses amies dont sa belle cousine, des grands hommes de guerre et de lui-même en lieutenant général des armées du Roi, etc.
Parc et jardins
modifierLe château est construit dans un parc de 34 hectares, clos d'un mur d'enceinte en 1818.
Le jardin à la française, attribué au paysagiste André Le Nôtre, est restauré au XVIIIe siècle dans son état du XVIIe siècle, avec fontaines, parterres, buis, statues, rosiers anciens, labyrinthe de charmille, curiosité que le château partage avec quelques autres demeures de Bourgogne, entre autres le château de Cormatin, qui dispose d'un labyrinthe de buis[2], etc. Le parc du château de Bussy-Rabutin a reçu le label Jardin remarquable.
Références
modifier- 1 2 Notice no PA00112169, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
- ↑ Michel Pauty, À la recherche des labyrinthes de Bourgogne, revue « Pays de Bourgogne » n° 230 d'octobre 2011, pp. 3-10.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Comte de Sarcus, Notice historique et descriptive sur le château de Bussy-Rabutin, 1854, Dijon, Imprimerie d’Eugène Tricault, 148 pages, lire en ligne ;
- Château de Bussy-Rabutin. XVIe et XVIIe siècles, dans Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France du XVe au XVIIIe siècle, A. Morel libraire éditeur, Paris, 1867, tome 1, p. 1-8 et planches
- Maurice Dumolin, Le Château de Bussy-Rabutin, Henri Laurens éditeur, 1933.
- Jean-Pierre Babelon, Châteaux de France eu siècle de la Renaissance, Flammarion/Picard, Paris, 1989, p. 182-183, 796 (ISBN 2-08-012062-X) (ISBN 2-7084-0387-7)
- Daniel-Henri Vincent, Le château de Bussy, Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auxois, tome IV, fasc. 2, 1991, p. 9-14.
- Les Heures bourguignonnes du Comte de Bussy-Rabutin, Ville d’Autun, Musée Rolin, Caisse nationale des monuments historiques et des sites, 1993.
- Judith Kagan, Le château de Bussy-Rabutin, par Éditions Patrimoine CNMHS, 2004.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
- Ressource relative à l'architecture :
- Site des amis de Bussy-Rabutin sur www.azurline.com
- Christophe Blanquie, Bussy-Rabutin en sa tour dorée (= Dossiers du Grihl 1 [2021])