Château de Vaumurier

château français situé à Saint-Lambert

Le château de Vaumurier, situé près du hameau de Vaumurier, faisant maintenant partie de la commune de Saint-Lambert, dans les Yvelines, fut construit en 1651-1652 par le duc et la duchesse de Luynes sur une terre de l'abbaye de Port-Royal des Champs[1],[Note 1]. C’était l’aboutissement d’une dizaine d’années de vie de piété dévote tout acquise à la spiritualité janséniste de Port-Royal conduite par Antoine Singlin. La toiture à peine posée, la duchesse accoucha avec de grandes difficultés de deux enfants à peine viables. Huit jours après elle succomba. Les jumeaux la suivirent un mois après le 13 septembre 1651. Dès lors, la destinée du château fut tout autre. Il connaît une intense activité durant les années 1652-1658, période troublée pendant laquelle il abrite les réunions d’un cénacle janséniste savant à tendance cartésienne discutant des grandes avancées scientifiques de l’époque, dans un contexte de troubles politiques majeurs dus à la Fronde ayant entraîné d’importants travaux de fortification à l’Abbaye, la construction des Petites Écoles des Granges, le tout sur une période très courte de six années. Vidé de tout hôte, suite aux persécutions du pouvoir royal, il perd son utilité et sera finalement donné à l’Abbaye de Port-Royal des Champs, le duc ayant décidé de se remarier en 1661[2].

Château de Vaumurier
Début construction 1651
Propriétaire initial 2ème Duc de Luynes
Coordonnées 48° 44′ 24″ nord, 2° 01′ 01″ est
Pays Drapeau de la France France
Région historique Île de France
Localité Saint-Lambert-des-Bois

La famille d'Albert de Luynes-Séguier au Palais du Louvre 1641-1651

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Louis Charles d'Albert

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Marie de Rohan et son fils aîné, Louis Charles, vers 1627.[Note 2].
Louis-Charles d'Albert, Duc de Luynes, vers 1640.

Louis-Charles d’Albert n’avait pas encore un an quand son père, Charles d’Albert mourut. Sa mère, Marie de Rohan, « prit le soin de son éducation et ne le fit pas moins instruire dans les sciences que dans les exercices convenables à sa naissance, joignant la vertu au "sçavoir et à la Noblesse" »[3] jusqu’à ses douze ans.

Avec elle, vivait à la Cour, son frère ainé, « Louis VIII, prince de Guéméné [qui] était un homme de beaucoup d'esprit, et encore plus Anne de Rohan sa femme, fille de Pierre, prince de Guéméné, frère aîné de son père. Lui, elle et Mme de Chevreuse, toute leur vie, ne furent qu'un, et avec eux, en quatrième, leur belle-mère, seconde femme de leur père, qui avait autant d'esprit et d'intrigue qu'eux; et, ce qui peut passer pour un miracle, toutes trois parfaitement belles et fort galantes, sans que leur beauté ni leur galanterie ait jamais formé le moindre nuage de galanterie ni de brouillerie entre elles ».

Contrainte le à l’exil, elle ne le reverra qu’après son mariage.

Entre 1633 et 1639, élève au Collège de Navarre pour y faire ses humanités, le duc de Luynes y suivit aussi les cours de philosophie de Michel Duchesne[4] et travailla peut-être avec lui aux Méditations métaphysiques de Descartes, en latin[5].

Après avoir été reçu duc et pair au Parlement de Paris, « Luynes fait une brève carrière militaire, comme volontaire puis comme maître de camp d'un régiment de cavalerie, prenant part sans démériter aux campagnes de 1639, 1640 et 1641 dans les Pays-Bas espagnols. Il est présent notamment à la prise d'Arras en , et on nous dit qu'il a eu en deux occasions deux chevaux tués sous lui. »[6],[7].

Louise-Marie Séguier

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Louise-Marie Séguier, duchesse de Luynes.

Alors que Port-Royal des Champs devenait Port-Royal de Paris au Faubourg Saint-Antoine, Louise-Marie, fille de Pierre III Séguier fut baptisée le , dans l'Église Saint-André-des-Arts, où son arrière-grand-père, Pierre Séguier était inhumé dans la chapelle Saint-Antoine. Son père y sera également inhumé. Sa marraine, Constance d'Autriche, reine de Pologne, très religieuse, allait à la messe deux fois par jour. Olivier Poncet, nous « rappelle l’importance du clan Séguier […] qui se chargea de l’éducation du jeune Pierre » qui, par la suite, « domine le monde dévot du début du XVIIe siècle »[8]. L'éducation de Louise-Marie fut en tous points celle du milieu dont elle était issue.

Mariage et vie du couple

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De profondes convictions identiques envers le jansénisme et Port-Royal ont rapproché Louis Charles et Louise Marie au point d’envisager leur mariage, célébré le . Le jeune couple, lui 20 ans et elle 17, s'installe au Palais du Louvre où « ce mariage semble avoir été critiqué dans la haute noblesse, et la nouvelle duchesse de Luynes, mal accueillie dans sa belle-famille, trouve ses consolations dans la dévotion. »[9].

De son côté, le jeune époux, émancipé le , « commence à manifester des intérêts intellectuels inhabituels pour un grand seigneur, en traduisant en français, en 1642, les Meditationes metaphysicae de Descartes », n'y trouvant à l'origine d'autre but que « la satisfaction particulière qu'il trouvait à exercer son style sur de grands sujets. »[10],[Note 3].

De 1644 à 1649, ils auront cinq enfants :

  • Hercule Louis (1644-1645), décédé en bas âge
  • Louise-Marie (1645-1728), religieuse[Note 4]
  • Charles-Honoré (1646-1712)[Note 5]
  • Henriette-Thérèse (1647-1699), religieuse[Note 6]
  • Françoise-Charlotte (1649-1670), pensionnaire[Note 7]


Pendant la Fronde, Luynes se met au service du Parlement dès , en même temps que son beau-père, le duc de Chevreuse. Nommé lieutenant général, il participe aux combats de la première guerre de Paris, mais « se réconcilie officiellement avec la Cour à la paix de Rueil du  »[11].

Nouveau projet de vie

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« C'est alors que l'influence de son épouse, inquiète de le faire avancer « dans la voye étroite », le conduit à Port-Royal[Note 8],[12]. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il vend sa charge de grand fauconnier le . » En tout cas, sa conversion est déjà accomplie, quand il compose un recueil de Prières pour faire en commun le matin et le soir dans une famille chrétienne tirées des Prières de l'Église…, (approuvé le par deux docteurs de sympathies jansénistes, Jean Payen et Jean Perou)[Note 9],[13].

Luynes se met vers sous la direction d'Antoine Singlin qui juge sa conversion encore insuffisante tant qu'il n'aura pas pris la résolution « de tout quitter et de se retirer entièrement, il ne pourrait [lui] donner aucune véritable espérance pour [son] salut »[14]. « Il y gagne à son tour son épouse, d'abord réticente à sauter ce dernier pas[Note 10]. Dans les premiers mois de 1651, ils décident de « quitter tout à fait le monde et de se retirer près de Port-Royal des Champs », à Vaumurier, dans un petit château qu'ils commencent de faire bâtir[Note 11] sur un terrain acquis auprès des religieuses[15],[Note 12]. La décision implique la continence mais non le renoncement aux biens et au rang. Le duc comme la duchesse, aussi bien, voient dans leur grandeur et dans les devoirs d'état qui en découlent une mission assignée par Dieu. Les écrits de piété composés par la duchesse et restés inédits y insistent beaucoup (« nous ne pourrions être utiles [au prochain] si nous n'étions soutenus par ces avantages extérieurs ») et la même conviction anime toute l'Instruction pour les seigneurs que Luynes publie en 1658. »[16].

« Et aussitôt les travaux commencèrent[Note 13], poussés avec célérité par la duchesse, qu'un triste pressentiment assaillait. »[17].

Le drame

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Le château servira de refuge à quelques Solitaires lors des persécutions[18][source insuffisante]. Jean Racine, Lemaître de Sacy et Blaise Pascal le visitèrent fréquemment ; Claude Lancelot y dirigeait l'éducation du jeune duc de Chevreuse.


Le château fut probablement détruit vers 1680. Les seuls vestiges qui demeurent aujourd'hui sont des caves et une fontaine[19][source insuffisante].

Notes et références

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  1. « Cartes.gouv.fr : le service public des cartes et données du territoire », sur cartes.gouv.fr (consulté le )
  2. Costumé en "Hercule", son grand-père maternel se prénommant ainsi.
  3. Cette traduction fut envoyée à Descartes en 1644 ; il l'a revue l'année suivante pour publication début 1647. Descartes apprécia beaucoup qu'un homme de son rang lui montra ainsi son adhésion à sa philosophie (selon la ref liée).
  4. Sous le nom de Mlle Luynes, restera toute sa vie, fidèle à Port-Royal.
  5. Futur duc de Chevreuse, 3ème duc de Luynes.
  6. Sous le nom de Mlle Albert, restera toute sa vie comme sa sœur aînée et avec elle, fidèle à Port-Royal.
  7. à Port-Royal de Paris, Mlle de Chars, comme ses sœurs aînées, « est victime de la mesure d'expulsion prise par Louis XIV contre toutes les pensionnaires de la maison. Elle en sort le 5 mai 1661, pour être recueillie par sa grand-mère la duchesse de Chevreuse. Le 2 février 1667, elle fait un beau mariage en épousant Henri-Charles de Beaumanoir, marquis de Lavardin. Elle en a deux filles, dont l'une sera marquise de La Châtre. Elle meurt en couches à l'âge de vingt et un ans.»
  8. Selon Sainte-Beuve : « Après les premières joies de son grand mariage et ce premier enchantement de la bagatelle, elle revint aux sentiments pieux qu’elle avait eus dès l’enfance, et les fortifia de plus en plus. Elle y amena son mari, [...] »
  9. Pour Sainte-Beuve, « ce recueil est très apprécié dans les milieux port-royalistes et semble avoir eu une grande diffusion avant d'être mis à l'index. En octobre 1656, Pascal se dit « ravi » que Mademoiselle de Roannez le goûte. »
  10. J.L. Quantin, l'auteur de la notice, précise au § 7, l. 8-10 : « c'est à tort que certaines sources port-royalistes tardives, après que le duc est retourné dans le monde, veulent ici inverser les rôles »
  11. Sainte-Beuve ajoute : ... « voulant participer de plus près à cet esprit de silence et de solitude où l’on adorait le Dieu caché. »
  12. ... cession de la terre (parcelle 0548) de Port-Royal des Champs au duc de Luynes. Voir plan/parcelle.
  13. Calendrier des travaux à faire.

Références

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  1. Mercure, p. 528, § 2-3 .
  2. Mercure, p. 532-537 .
  3. Daret, p. Transcription : l. 5-8
  4. Voir aux A.N. la notice de Duchesne (Michel)
  5. Dic. Port-Royal, p. notice Duchesne : l. 6-9 .
  6. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 2, l. 9-15 .
  7. Daret, p. Transcription : l. 8-14
  8. Dévots, p. 221-222 (p. 221, § 3, l. 1-4 et p. 222, § 2, l. 2-3) .
  9. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 3, l. 1-5 .
  10. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 3, l. 8-11 .
  11. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 4 .
  12. Sainte-Beuve, p. 312, l. 1-5 .
  13. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 5 et 6 .
  14. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 7, l. 1-5
  15. [[#Lesaulnierp. 6, note 36 |Lesaulnier p. 6, note 36 ]].
  16. Dic. Port-Royal, p. notice de Luynes : § 7, l. 7-20 .
  17. Mercure, p. 531, § 2, l. 4-6 .
  18. Note 5 de l'article "Louis-Charles d'Albert de Luynes" de Julien Jallamion.
  19. Fin de la note 5 de l'article "Louis-Charles d'Albert de Luynes" de Julien Jallamion.

Voir aussi

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Alain Besançon, Heures édifiantes du premier château de Vaumurier, impr. E.Durand, , 35 pages avec fig., pl., In-4° (BNF 33041800)
  • Dictionnaire de Port-Royal (1re éd. 2005), ur1=Ventresque (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 2, , (4e éd.) éd. (lire en ligne)
  • Armand Boutillier du Retail et Louise Faure-Favier, Mercure de France : PORT-ROYAL D'AUJOURD'HUI - LE CHÂTEAU DES CHASTES ÉPOUX, (lire en ligne), p. 528-541. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean Lesaulnier et Charles Clémencet, La Vie de Claude Lancelot, solitaire de Port-Royal (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • I. Carré, Les pédagogues de Port-Royal : Saint-Cyran, de Saci, Lancelot, Guyot, Coustel, Le Maitre, Nicole, Arnauld, etc., Paris, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean Racine, Abrégé de l'histoire de Port-Royal : Extraits (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • BnF Catalogue général - Notice de personne - Luynes, Louis-Charles d'Albert (1620-1690 ; duc de) - [lire en ligne] Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Daret, Traces : lignes en transcription, Paris, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Augustin Gazier, PORT-ROYAL - AU XVIIe Siècle : IMAGES & PORTRAITS, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Dévots et politique au XVIIe siècle, t. 88, coll. « Revue d'histoire de l'Église de France » (no 220), (lire en ligne), p. 221-222. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Georges Poisson, La duchesse de Chevreuse, Paris, Perrin, , 357 p. (lire en ligne), p. 11-22. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Mémoires du duc de Saint-Simon (texte établi par Adolphe Chéruel), Hachette, (lire sur Wikisource), (Tome 2, p. 149-150)