Château du Petit Perron

château fort français

Le château du Petit Perron, aussi appelé maison des champs des Gondi est un château situé sur la commune de Pierre-Bénite, dans la métropole de Lyon, en contrebas du château du Grand Perron avec lequel il partagea un temps une histoire commune.

Château du Petit Perron
Image illustrative de l’article Château du Petit Perron
Façade extérieure de l'aile est
Période ou style XVIe siècle
Type château
Architecte (inconnu)
Début construction après
Propriétaire initial Antoine Gondi
Destination initiale Agricole et de résidence
Propriétaire actuel Jean-Jacques Renaud - Fondation Renaud
Destination actuelle Propriété privée
Protection Logo monument historique Inscrit MH (2006)
Coordonnées 45° 42′ 01″ nord, 4° 48′ 40″ est[1]
Pays Drapeau de la France France
Métropole Métropole de Lyon
Commune Pierre-Bénite[2]
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Château du Petit Perron
Géolocalisation sur la carte : métropole de Lyon
(Voir situation sur carte : métropole de Lyon)
Château du Petit Perron

Histoire

modifier

L’existence de terres et biens est attestée sur le site dès la fin du XIIe siècle selon différents toponyme : peyron ou peron. D’après Pitiot, Guillaume Rufus, chanoine de l’Église de Lyon aurait ainsi été en possession d’une maison de campagne dite « du Perron », sur la paroisse d’Oullins dans les années 1187-1190. En 1220, un édifice est désigné sous le terme de « grange », ou autrement dit, une habitation entourée de terres.

Dans les années 1520-1530, le hameau du Perron comporte plusieurs types d’habitations, principalement à vocation agricole, dominées historiquement, géographiquement et socialement par la ruine de la maison seigneuriale du Perron. Le Petit Perron sera constitué à partir de ces bâtis préexistants après 1520, date d'achat du domaine du Perron par Antoine Gondi, marchand d'origine florentine et sera nommé ainsi bien plus tard, lors de sa vente à Guillaume de Balmes, en 1609, où il sera détaché du domaine du Perron.

Certains auteurs attribuent, par erreur, à Jean Camus, marchand épicier originaire d’Auxonne l'édification du Petit Perron. Camus est contemporain d'Antoine Gondi à côté duquel il habite à Lyon dans le quartier du Change, sur la rive droite de la Saône. Ils sont tous deux marchands et échevins, et voisins également sur le territoire du Perron où chacun achète des terres, des vignes... Jean Camus achète en 1530 une maison haute moyenne et basse sur le territoire du Perron (Acte d'achat 2E253 aux archives départementales de l'Isère). Cette maison et les terres contiguës sont situées bien plus bas, le long du chemin allant de St Genis Laval au port du noyer sur le Rhône, l'actuelle rue Voltaire à Pierre Bénite (sans doute au numéro 53). Elles sont situées à l'angle de ce chemin et de celui tendant au moulin du sieur de Charly sur la rivière la Mouche, l'actuelle rue Ampère.

Antoine Gondi, avec sa femme Marie-Catherine de Pierrevive elle aussi d'une famille d'origine florentine, qu'il a épousée en 1516, acquiert le domaine du Perron, contenant la ruine seigneuriale, en contrebas de celle-ci des bâtiments formant un hameau, et un grand nombre de terres, vignes, bois, prés, garennes. A partir de ces bâtiments séparés, Antoine Gondi et Marie-Catherine Pierrevive constituent une maison des champs, qui ne s'appelle pas encore le Petit Perron, en les reliant et les unifiant à l'est par une façade à trois galeries d'un style toscan affirmé.

Autour des bâtiments, ils installent des jardins organisés en deux terrasses, jardins avec vues à l'est sur la vallée du Rhône et jusqu'au Mont Blanc certains jours, au sud sur les collines d'Irigny et à l'ouest jusqu'au Mont Pilat. Ces jardins-panoramas font pleinement partie de leur réalisation, ils accompagnent la maison et la complètent dans l'esprit toscan des "belles vues".

Après cette première entreprise, qui est une réussite, ils bâtissent ce qui s'appellera le Grand Perron sur le site de la ruine seigneuriale. Ils dotent ce beau bâtiment qui épouse l'arrondi du chemin et les dénivelés du terrain d'une façade sur le chemin et d'une autre, sur la cour et le jardin. Cette dernière façade est agrémentée au rez de chaussée sur cour (correspondant au premier étage à partir du chemin) d'une galerie de quatre arcades sur colonnes surmontées de deux autres galeries, ensemble qui rappelle la structure des façades du Petit Perron. Jean-François Grange-Chavanis en a fait une description précise et argumentée dans Philibert De l'Orme Lyonnais [3].

La salle de réception principale du Grand Perron, dite salle des princes, a été équipée d'une superbe cheminée monumentale, hélas reléguée à présent dans les sous-sols. Ouvrages d'artistes adroits et doués, les arcades et la cheminée sont deux des chefs d’œuvres que contenait le Grand Perron. Le bâtiment bénéficiait d'une façade d'orientation sud avec de nombreuses ouvertures à meneaux, et d'une façade nord-ouest avec cour et jardin.

Marie Catherine de Pierrevive, appelée auprès de Catherine de Médicis, rejoint Paris vers 1544[4]. Antoine Gondi reste à Lyon et vend le domaine du Perron en entier, les deux châteaux et les terres à son cousin Albisse Del Bene en 1555. Celui-ci décède en 1563 et c'est sa veuve, Lucrèce Cavalcanti, qui recevra le roi Charles IX, Catherine de Médicis et la cour au Grand Perron le lors de leur séjour à Lyon.

Jean Camus décède en juillet 1568. Antoine Camus, fils de Jean, achète en 1574 un autre corps de bâtiment proche de celui acheté précédemment par son père en contrebas du Perron, ce qui lui permet de compléter cette maison par une seconde toute proche.

En 1575, Antoine Camus achète auprès de Pierre d’Epinac, archevêque de Lyon, la justice du fief du Perron pour la somme de 3 000 livres. L'achat des droits de justice ne concerne pas les biens qui s'y trouvent.

Antoine Camus rachète ensuite le domaine du Perron à Alexandre Del Bene, le fils d'Albisse dont il a hérité. La vente a lieu le [5]

En 1609, Marc Antoine Camus, petit fils de Jean et fils d'Antoine, sépare le Petit Perron du domaine du Perron et le vend à Guillaume de Balmes, secrétaire du roi en la chancellerie du Dauphiné, qui a épousé Anne de Sèves en 1608. C'est dans l'acte de cette vente que, pour la toute première fois, le "Petit Perron" sera ainsi nommé.

Les familles Camus et de Balmes vivaient à proximité l'une de l'autre à Lyon, dans le quartier du Change, quartier de l'actuel musée Gadagne. Ce sont les Pierrevive qui ont bâti l'ensemble de ce qui s'appelait alors "l'îlot Pierrevive". Bien que racheté et occupé ensuite par les Gadagne, il serait plus adéquat aux faits et à l'histoire qu'il se nomme "musée Pierrevive".

Le lien entre le Petit Perron et le musée "Gadagne" tient à plusieurs faits. Antoine Gondi et Marie Catherine enfant furent témoins des chantiers de construction des bâtis de l'îlot Pierrevive; Antoine Gondi fut plus tard locataire de Belregard, la grande bâtisse à l'ouest de l'îlot Pierrevive édifiée par André de Pierrevive; enfin, elle fut rachetée par Marie Catherine en 1538[6].

À partir du début du XVIIe siècle, les propriétaires du Petit Perron, définitivement séparé du domaine du Perron, se succèdent sans discontinuité, à compter de son acquisition:

  • (1609) Guillaume de Balmes.
  • (1618) Guillaume II de Balmes.
  • (1648) Mathieu de Balmes.
  • (1677) Justinien de Balmes.
  • (1683) Margueritte Croppet.
  • (1705) Jean-Claude de Camus
  • (1708) Marguerite Constance de Camus
  • (1711) Marguerite Constance de Camus, épouse de Michel de Rosset de la Martelière, conseiller au parlement.
  • (1716) Marie Violet, épouse Blanc.
  • (1743) Claude Jean François Blanc.
  • (1744) Claudine Blanc.
  • (1744) Antoine Fabre.
  • (1748) Antoine Fabre fils.
  • (1767) Antoine et Mathieu Grimaud.
  • (1772) Antoine Grimaud.
  • (1792) Marie Françoise Cliquot.
  • (1799) Jean Meillan.
  • (1807) Jean Flageolet.
  • (1807) Pierrette Gingenne.
  • (1842) François Germagnet.
  • (1861) Mme Drion-Besson, veuve de François Germagnet.
  • (1879) Jeanne Germagnet, épouse Mallet-Guy.
  • (1898) Marie François Joseph Célestin, dit Francis Mallet-Guy.
  • (1898) Marie-Madeleine Gonnard, qui effectue quelques travaux d’aménagement qui dénaturent un peu le style de la demeure.
  • (1919) Pierre Perrin.
  • (1927) Joseph Eugène Rochette.
  • (1930) Joannès François Rivoire.
  • (1980) Jean-Jacques Renaud, pour la fondation Renaud, qui entreprend des travaux de restauration

L’association Renaissance du Petit Perron[7] créée en 2006 n'est qu'occupante des lieux.

Architecture

modifier

Le château du Petit Perron est une construction Renaissance de style toscan. Il se compose de trois bâtiments formant un « U » autour d’une cour intérieure ou cour des communs. Il comprend également, à l’angle nord est de l'ensemble, séparé du bâtiment principal par une seconde cour, celle-ci étant la cour d'honneur, un pavillon carré. Une partie de ces bâtis existaient dès l'origine du château, les autres furent construits par Gondi pour compléter le plan. Une chapelle, adossée à façade sud du corps principal, a été ajoutée en 1748. La pompe installée dans la cour d'honneur, d'une autre facture, a sans doute été installée elle aussi au XVIIIème siècle à la place d'un bassin.

La façade extérieure de l’aile est, façade principale, comprend trois niveaux de galeries : l’une, de sept arcades au rez-de-chaussée, deux autres de huit travées au premier et au second étage. La balustrade en fonte de la galerie supérieure a sans doute été restaurée au XIXe siècle. La façade ouest donnant sur la cour intérieure s’étage elle aussi sur trois niveaux de loggia à deux arcades en anse de panier. Les niveaux sont reliés par un escalier en vis. Les deux façades sont similaires dans leur structure, la forme des colonnes et les matériaux employés.

Au nord du bâtiment principal, au rez-de-chaussée de l’aile est, subsiste une cheminée monumentale qui atteste de l'existence dans cette partie d'une cuisine. On trouve également, dans différentes pièces de la demeure, des plafonds à la française, des décors peints et d’autres cheminées dont l’une porte la peinture des armes que leur mauvais état rend difficile à attribuer. Ce pourraient être celles des Camus et de la famille Regnauld (de gueules à la fasce d'argent accompagné de deux losanges d'or, 1 en chef et 1 en pointe.)

Un escalier extérieur en pierre, en arrondi d'un quart de cercle, installé entre la façade est et le mur d'enceinte le long de la rue Voltaire, donne accès depuis la cour principale à la galerie du 1er étage, celle des appartements.

L'étude historique du CRBA (2011) et les analyses dendrochronologiques qu'elle utilise avancent des dates des bois de quelques-unes des poutres de l'ensemble qui sont à considérer avec réserve.

Des vestiges d’éléments de fortifications, (traces et formes des tours) datant du XVIe siècle demeurent visibles dans les bâtis.

Parc et jardins

modifier

Les jardins jouxtent les faces orientales et méridionales du château. Ils s'étagent en deux terrasses reliées par deux escaliers de pierre toujours en place. La première terrasse de jardin, au rez de chaussée du bâtiment, le cerne. La seconde plus basse ouvre sur un magnifique point de vue. Chacune des deux terrasses ouvre la vue dans trois directions : à l'est sur la vallée du Rhône, le fleuve et au-delà, jusqu'au Mont Blanc visible par temps clair, souvent annonciateur de pluie; au sud sur Irigny et à l'ouest jusqu'au Mont Pilat. Ces jardins terrasses font partie du Petit Perron dont ils élargissent le point de vue dans la tradition toscane des "points de vue".

Le château du Petit Perron est ouvert à la visite sur demande, ainsi que lors de manifestations spécifiques.

Une première inscription à l'inventaire des monuments historiques a été faite le . Elle concernait l'escalier intérieur.

Le domaine en totalité, murs de clôture et jardin compris, a fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques le [8].

La croix de pierre (photo ci-dessous) a été installée près du Petit Perron lors des travaux de fermeture de la rue Voltaire à sa jonction avec la rue du Perron. Elle était précédemment située au-dessus de l'escalier de pierre qui reliait les deux rues lorsque la rue Voltaire était ouverte à la circulation. Elle a probablement été installée au XIXème siècle, conjointement à la construction de la chapelle du Grand Perron. Elle est parfois présentée, par erreur, comme la croix de bornage du fief ou justice du Perron.

La croix qui marquait la limite des deux fiefs et justices entre le Perron et Saint Genis Laval était installée au croisement du chemin du Revoyet (actuel Grand Revoyet) et du chemin "tendant de Saint Genis Laval au port du noyer sur le Rhône" (actuelle rue Voltaire). Les actes qui établissent les limites de juridictions le confirment[9]. Il s'agissait d'une croix en fer commandée par François de Montpensier qui la fit installer, vraisemblablement peu après 1578. La croix fut détruite comme la plupart pendant la Révolution.

Bibliographie

modifier
  • Jean-François Grange-Chavanis. Architecte en chef des monuments historiques. Le Petit Perron, dans Philibert Delorme Lyonnais. Étude par Dominique Bonnet Saint-Georges. Archives municipales de Lyon. 1993.
  • Mémoires, par Société littéraire, historique et archéologique de Lyon (1867)
  • Les marchands banquiers florentins et l'architecture à Lyon au XVIe siècle, par Giuseppe Iacono, Salvatore Ennio Furone (1999)

Notes et références

modifier
  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. « Petit Perron », sur fondation-renaud.com, Fondation Renaud (consulté le )
  3. Jean-François Grange-Chavanis, « Le Perron », Philibert de l’Orme lyonnais, Les dossiers des archives municipales de Lyon, no 5, , p. 87-94
  4. Émile Picot, Les Italiens en France au XVIe siècle, Bordeaux, Féret et fils, , 299 p. (lire en ligne sur Gallica), p. 38
  5. « Recherches historiques sur le château du Perron à Oullins » [PDF], sur collections.bm-lyon.fr, Bibliothèque municipale de Lyon (consulté le ), p. 7
  6. Christine Becker, Isabelle Parron-Kontis, Sophie Savay-Guerraz, Le musée Gadagne. Archéologie et histoire au cœur d'un projet patrimonial à Lyon, Lyon, Association de liaison pour le patrimoine et l'archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, , 230 p. (ISBN 2-916125-00-0), p. 113,116
  7. Annuaire des sociétés savantes de France
  8. « Château du Petit Perron », notice no PA00118014, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon. 10G2802. Limite de juridiction. Aliénation de la seigneurie du Perron.

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :