Citrouille d'Halloween

expression, personnage et sculpture éphémère

Une citrouille d'Halloween, aussi nommée Jack-o’-lantern d'après l'anglais, et parfois appelée citrouille-lanterne[1],[2], lanterne-citrouille[1], lanterne d'Halloween[1], citrouille lumineuse[1] ou citrouille illuminée[1], autrefois nommée griche-dents en Normandie[3], est un lampion fabriqué à partir d'une citrouille évidée dans laquelle un visage, souvent grimaçant, a été découpé.

Citrouille d'Halloween typique des décorations extérieures que l'on voit au Québec à la fin du mois d'octobre.

Les citrouilles d'Halloween servent principalement de décoration extérieure durant le mois d'octobre. Le soir du 31 octobre, leur présence devant une habitation signale fréquemment que ses occupants participent à la distribution de friandises aux enfants déguisés qui passent les récolter de porte en porte.

L'usage des citrouilles d'Halloween est attesté depuis le XIXe siècle en Amérique du Nord, d'abord chez les anglophones des États-Unis et du Canada. Cette tradition s'est largement diffusée chez les francophones du Québec et auprès des communautés allophones à la fin du XXe siècle[4]. La pratique est observable dans certains pays de l'Europe francophone comme la France, mais de manière moins généralisée.

La citrouille d'Halloween puise ses origines dans une pratique britannique et irlandaise qui consistait à creuser des légumes-racines et à sculpter des visages sur leur surface.

Pratique et symbolique contemporaines

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La fabrication d'une citrouille d'Halloween consiste généralement à retirer le sommet du fruit, à en vider l'intérieur, puis à découper dans son écorce un visage ou un autre motif. Une bougie est traditionnellement placée à l'intérieur da la citrouille évidée, mais depuis la fin du XXe siècle on utilise également utiliser des sources lumineuses électriques[5].

Les modèles traditionnels sont généralement associés à des visages grotesques, effrayants ou comiques. Certaines variétés de citrouilles ont été sélectionnées ou commercialisées spécifiquement pour la sculpture ; la Connecticut field pumpkin est notamment décrite comme l'une des premières citrouilles commerciales destinées à cet usage[6],[7].

Logo de Wikipédia reproduit sur une citrouille et illuminé de l'intérieur.

La fonction symbolique de la citrouille a également évolué. Aux significations surnaturelles et protectrices présentes dans certaines traditions anciennes se sont substituées, dans la culture populaire contemporaine, des fonctions principalement décoratives et festives. Depuis la fin du XXe siècle, il est devenu courant aussi de sculpter des motifs de toutes sortes, qui ne sont pas des visages, sur les citrouilles d'Halloween.

La citrouille sculptée est aujourd'hui l'un des symboles visuels les plus immédiatement associés à Halloween en Amérique du Nord. Ainsi, l'émoji représentant une citrouille avec un visage (🎃) est fortement associé à l'Halloween, et son usage chez les utilisateurs est particulièrement fréquent en octobre de chaque année[8]. Cet émoji a officiellement été ajouté à Unicode avec la version 6.0, en 2010, puis intégré à Emoji 1.0 en 2015. Il est apparu dès 2003 sur les claviers d'un opérateur japonais, avant l'intégration des émojis au standard Unicode.

Histoire et origines

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Un moulage en plâtre d’une lanterne traditionnelle irlandaise sculptée dans un légume racine (probablement un navet ou un rutabaga), conservé au Museum of Country Life, en Irlande.

La citrouille d'Halloween est issue d'une pratique ancienne consistant à creuser des légumes pour en faire des lanternes, une pratique est attestée dans les iles Britanniques, autant en Irlande, qu'en Écosse, dans les pays de Galles et dans différentes parties de l'Angleterre. Au XIXe siècle, des navets et des rutabagas étaient évidés et ornés de visages grotesques pour servir de lanternes à l'occasion d'Halloween[9].

Dans le Worcestershire, par exemple, des navets étaient utilisés à la fin du XVIIIe siècle pour fabriquer des lanternes connues sous différents noms, notamment « Hoberdy's Lantern », « Hob-o'-Lantern », « Hobbedy's Lantern » et « Hobbady-lantern »[10].

Ces objets avaient généralement pour objectif d'effrayer les passants ou d'exercer une fonction apotropaïque, c'est-à-dire de tenir à distance les forces considérées comme nuisibles[9],[11],[12],[13].

Dans les régions de langue gaélique, l'Halloween s'inscrivait dans les traditions liées à Samhain, période durant laquelle des êtres surnaturels étaient réputés circuler parmi les vivants. Une autre interprétation, dans un contexte chrétien, associe les lanternes aux âmes du purgatoire, Halloween précédant la Toussaint et la commémoration des défunts[14].

Certains auteurs ont rapproché les lanternes de légumes creusés à des pratiques plus anciennes de représentation des têtes humaines dans le monde celtique, mais cette interpréation n'est pas établie avec certitude[15].

De la tradition britannique et irlandaise à la citrouille nord-américaine

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Carte postale états-unienne de l'Action de grâce datant de 1909, représentant une citrouille d'Halloween et une dinde.

Comme nous venons de le dire, les légumes-racines constituent le support traditionnel des lanternes d'Halloween dans les iles Britanniques. La citrouille ne devient le support emblématique de la pratique qu'en Amérique du Nord, d'abord chez les populations anglophones, où elle est adoptée par les populations issues de l'immigration irlandaise et d'autres traditions britanniques. Sa taille et sa forme la rendent particulièrement adaptée à la sculpture, et elle se substitue progressivement au navet et au rutabaga[16].

La transformation est progressive. La citrouille sculptée apparait d'abord comme une pratique liée plus largement à l'automne et aux récoltes, et pas uniquement à Halloween. Un poème de John Greenleaf Whittier, The Pumpkin, composé en 1850, évoque ainsi des visages taillés dans des citrouilles et éclairés de l'intérieur dans un contexte associé à l'automne et à Thanksgiving[17].

L'association avec Halloween est explicitement attestée en Amérique du Nord au milieu du XIXe siècle. Le 1er novembre 1866, le Daily News de Kingston, une ville anglophone de ce qui deviendra la confédération canadienne, décrit des célébrations d'Halloween au cours desquelles des citrouilles avaient été évidées pour former des têtes et des visages éclairés à la bougie[18]. Aux États-Unis, un article du New York Times de 1895 recommande également d'utiliser une citrouille d'Halloween (appelée jack-o'-lantern en anglais) comme prix dans des jeux organisés pour Thanksgiving, ce qui témoigne de l'association encore générale entre la citrouille sculptée et les fêtes automnales[19]. Un autre article du même journal, publié en 1900, mentionne également les citrouilles comme éléments décoratifs[20].

L'association entre citrouille sculptée et Halloween devient ensuite de plus en plus caractéristique des pratiques américaines. En 1885, Harper's Young People présentait ainsi la citrouille d'Halloween comme une coutume des enfants américains, en contraste avec les feux de joie traditionnellement associés à Halloween en Grande-Bretagne[21].

Le terme jack-o'-lantern appliqué à une lanterne faite de citrouille est lui-même attesté en anglais américain à partir de 1837 selon l'Oxford English Dictionary. Le Limerick Chronicle mentionne la même année un concours de courges sculptées et un prix attribué au « best crown of Jack McLantern », tandis que le terme « McLantern » réapparait en 1841.

La citrouille d'Halloween est donc le résultat de la rencontre entre une ancienne pratique de lanternes végétales et les usages nord-américains de la citrouille, plutôt que l'origine de la tradition elle-même.

Le folklore associé à la lanterne

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The Will o' the Wisp and the Snake (littéralement Le feu follet et le serpent), par Hermann Hendrich (1854–1931).

Le nom de la lanterne est lié à un ensemble de croyances européennes concernant les lumières errantes ou les feux follets. Le terme anglais jack-o'-lantern désignait à l'origine le phénomène appelé ignis fatuus ou will-o'-the-wisp, et non une citrouille. L'Oxford English Dictionary relève des emplois du terme en Grande-Bretagne dès 1658 pour désigner un feu follet, puis au XVIIe siècle pour désigner un homme portant une lanterne ou un veilleur de nuit. L'emploi pour une lanterne sculptée dans un légume apparait plus tard, au XIXe siècle[22],[23].

Des formes telles que Jack with a lantern, Jack Lantern ou Will with a wisp sont attestées dans les dictionnaires de l'anglais des XVIIIe siècle et XIXe siècle. Abel Boyer donne ainsi « Jack with a Lantern (or Wil-with a wisp) » comme équivalent de « feu follet » dans son dictionnaire de 1702[24]. M. Lescallier associe de même Jack with a lantern au « feu de Saint-Elme » dans son vocabulaire maritime de 1783[25].

Le terme figure également dans plusieurs textes anglais de la fin du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. Jonathan Swift emploie « Jack with a lantern » dans A Tale of a Tub, tandis que George Colman et Tom Telescope utilisent des formes voisines dans des récits faisant référence à des lumières étranges ou à des feux follets[26],[27],[28].

La tradition populaire a ensuite associé à la lanterne un personnage nommé Jack. Dans les récits irlandais recueillis au XIXe siècle, celui-ci est généralement présenté comme un homme rusé qui trompe le Diable. Une version publiée dans le Dublin Penny Journal en 1835 raconte qu'après sa mort, Jack, refusé au Paradis et en Enfer, obtient un charbon ardent qu'il place dans un navet évidé afin de s'éclairer dans son errance[29]. On reconnait une allusion directe au personnage traditionnel de Jack dans le nom du personnage de Jack Skellington, en vedette dans L'Étrange Noël de monsieur Jack, film classique de 1993.

En Cornouailles, une comptine recueillie à Polperro associe ainsi « Jack o' the lantern » à « Joan the Wad », autre figure traditionnelle du feu follet[30].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 « citrouille-lanterne », Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le ).
  2. ↑ Revue d’histoire et d’archéologie p. 172 (volume IV)
  3. ↑ « Littré », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  4. ↑ Larry Hodgson, « La citrouille de l’Halloween: toute une histoire! », sur Jardinier paresseux, (consulté le )
  5. ↑ R.H. Poe, R.M. Hart, K. Foster et L. Noyes, You Can Carve Fantastic Jack-O-Lanterns, Storey Communications, (ISBN 978-0-88266-580-1, lire en ligne)
  6. ↑ Gail Damerow, The Perfect Pumpkin: Growing/Cooking/Carving, Storey Publishing, LLC, (ISBN 9781603427418, lire en ligne), p. 15
  7. ↑ Amy Goldman, The Compleat Squash: A Passionate Grower's Guide to Pumpkins, Squash, and Gourds, Artisan Books, (ISBN 9781579652517, lire en ligne), p. 108
  8. ↑ (en) « 🎃 Jack-O-Lantern Emoji | Meaning, Copy And Paste », sur Emojipedia (consulté le )
  9. 1 2 Hutton, Ronald, The Stations of the Sun: A History of the Ritual Year in Britain, Oxford University Press, , 382–383 p.
  10. ↑ G. L. Kittredge, « The Friar's Lantern and Friar Rush », PMLA, vol. 15, no 4,‎ , p. 415–441 (ISSN 0030-8129, DOI 10.2307/456566, JSTOR 456566, lire en ligne Accès payant)
  11. ↑ Palmer, Kingsley, Oral folk-tales of Wessex, David & Charles, , 87–88 p.
  12. ↑ Bettina Arnold, « Bettina Arnold – Halloween Lecture: Halloween Customs in the Celtic World » [archive du ], sur Halloween Inaugural Celebration, University of Wisconsin–Milwaukee, Center for Celtic Studies, (consulté le )
  13. ↑ Wilson, David Scofield, Rooted in America: Foodlore of Popular Fruits and Vegetables, University of Tennessee Press, (lire en ligne Inscription nécessaire), 154
  14. ↑ Rogers, Nicholas, Halloween: From Pagan Ritual to Party Night, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-514691-2, lire en ligne Accès limité), 57
  15. ↑ (en) « The history of American jack-o’-lanterns », sur History,
  16. ↑ The Oxford Companion to American Food and Drink, Oxford University Press, (ISBN 9780195307962, lire en ligne), p. 269
  17. ↑ Whittier, John Greenleaf, « The Pumpkin » [archive du ], sur Poets.org,
  18. ↑ « Carved pumpkin », Daily News, Kingston, Ontario,‎
  19. ↑ « The Day We Celebrate: Thanksgiving Treated Gastronomically and Socially », The New York Times,‎ , p. 27 (lire en ligne)
  20. ↑ « Odd Ornaments for Table », The New York Times,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  21. ↑ Sage, Agnes Carr, « Halloween Sports and Customs », Harper's Young People,‎ , p. 828
  22. ↑ « Jack-o'-lantern, n. meanings, etymology and more », sur Oxford English Dictionary (consulté le )
  23. ↑ Douglas Harper, « Jack o'lantern (n.) », sur Online Etymology Dictionary (consulté le )
  24. ↑ Abel Boyer, Dictionnaire royal françois-anglois et anglois-françois : tiré des meilleurs auteurs qui ont écrit dans ces deux langues, Paris, Adrian Moetjens, Marchand libraire près de la Cour, à la libraire françoise, , p. 138
  25. ↑ M. Lescallier, Vocabulaire des termes de marine anglois et françois, en deux parties ; orné de planches, avec une explication des figures qui y font contenues, & des définitions de quelques termes de marine, principalement ceux de gréement, Londres, Peter Elmsley, , p. 39
  26. ↑ Jonathan Swift, The Works of Dr Jonathan Swift, Londres, C. Bathurst, 1765 (1704 pour la première édition du texte), p. 110
  27. ↑ (en) George Colman, The Battle of Hexham: A Comedy in Three Acts : as Performed at the Theatre-Royal, Crow-Street, Dublin, Peter Byrne, , p. 41
  28. ↑ (en) Tom Telescope (A.M.), The Newtonian System of Philosophy: Explained by Familiar Objects, in an Entertaining Manner, for the Use of Young Ladies and Gentlemen, Ogilvy and Son, Vernor and Hood, J. Walker, Lackington, Allen, and Company, and Darton and Harvey, , p. 68
  29. ↑ (en) E.W. (auteur) Philip Dixon Hardy (éditeur), "Jack o' the lantern" in The Dublin Penny Journal, volume 4, Dublin, Philip Dixon Hardy, 1834-1835, p. 229-232
  30. ↑ Simpson, Jacqueline et Roud, Steve, A Dictionary of English Folklore, Oxford University Press,

Annexes

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Articles connexes

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Liens externes

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