Classification administrative des routes en France
La classification administrative des routes en France est le système de hiérarchisation du réseau routier de la France qui attribue aux voies un statut officiel en fonction de leur propriété, de leur gestion et de leur responsabilité d’entretien. Cette classification est définie par des actes législatifs ou réglementaires.
La France est un pays dont l'État a une organisation territoriale centralisée, héritée notamment de la Révolution française et de l'absolutisme. Plusieurs lois de décentralisation sont votées sous la Cinquième République à partir des années 1980. La révision constitutionnelle du ajoute symboliquement à l'article premier de la Constitution que la France est une république dont l'« organisation est décentralisée ». Ainsi jusqu'en 1982, l'ensemble des routes en France dépendait de l'État tant en matière de création que de financement ou de gestion et si une différenciation pouvait être faite entre routes nationales, routes départementales et voies communales, l'ensemble des tâches les concernant était fait sous le contrôle de l'État.
A partir de 1982, d'une part les collectivités territoriales deviennent autonomes, mais l'organisation territoriale de la France se complexifie aussi fortement, passant de trois niveaux à cinq. Au XXe siècle la loi NOTRe ajoute un autre niveau de complexité avec le transfert facultatif ou obligatoire de certaines compétences de voirie d'un niveau à un autre conduisant à la création de nouvelles signalisations de routes comme celle des routes métropolitaines ou les routes territoriales de Corse, sans pour autant créer ces classes dans le code de la voirie routière. En 2022, la loi 3DS parachève la décentralisation de la voirie nationale et est censée clarifier la compétence « voirie ».
Mais finalement, même s'il existe toujours formellement trois types de domaines publics routiers (national, départemental et communal) la classification administrative fine et les compétences exercées par chacun des niveaux ne présentent pas une grande clarté pour l'usager, même si en matière de gestion, une unification a été faite.
Classification
modifierPar étapes législatives successives depuis 1982-1983, les collectivités territoriales ont profité d'un mouvement continu de dsengagement de l'État en matière de grands équipements de transports. En a découlé une extrême fragmentation des responsabilités en la matière entre tous les niveaux de collectivités. Avec la montée en puissance de la région, le département tend toutefois à perdre ses compétences et ses infrastrucres à son profit (gares routières, ports, lignes de chemins de fer). L'État a ainsi transféré aux départements les deux tiers des anciennes routes nationales (soit 380 000 km) , ceux-ci ayant reçu la mission légale d'organiser techniquement et financièrement les opérations de construction, d'aménagement, d'entretien et d'exploitation des infrastructures[1].
La loi n° 2022‑217 du , dite loi « 3DS », constitue une nouvelle étape à la fois dans le transfert des routes nationales, mais aussi dans les responsabilités des différentes collectivités territoriales pour chacune des classes de voirie.
Compétences de l'État et des collectivités en matière de voirie
modifierLe site du portail des collectivités locales a établi un tableau synthétique de répartition des compétences entre les différentes collectivités, en date de . Concernant les compétences en matière de voirie, elles sont regroupées ci-après[2].
État
modifierAutoroutes et routes nationales (article L. 121-1 du code de la voirie routière).
Départements
modifier- Création, aménagement et entretien des routes départementales (article L. 131-1 du code de la voirie routière)
Régions
modifier- Identification des voies et axes routiers qui constituent des itinéraires d’intérêt régional dans le SRADDET et possibilité de financer ces voies et axes (articles L.4251-1 et L. 4211-1 du CGCT).
Communes et intercommunalités
modifier- Création, aménagement et entretien des voies communales
- Transfert facultatif et soumis à l’intérêt communautaire pour les communautés de communes (article L.5214-16 du CGCT) et les communautés d’agglomération (article L.5216-5 du CGCT)
- Transfert obligatoire pour les communautés urbaines (article L. 5215 20 du CGCT) et les métropoles (article L.5217-2 du CGCT) sauf si les communautés urbaines créées après la loi n°99-586 du et les métropoles ont exercé leur droit de retour à l’intérêt communautaire dans un délai d’un an à compter de l’entrée en vigueur de la loi « 3DS » (jusqu’au ).
- Pouvoir de police de la circulation exercé par le maire sur toutes les voies de l’agglomération, y compris les voies départementales et nationales (article L2213-1 du CGCT).
- Transfert du pouvoir de police de la circulation sur les voies intercommunales au président de l’EPCI à fiscalité propre sauf opposition du maire (article L. 5211-9 du CGCT).
- Voies vertes créées par le titulaire du pouvoir de police de la circulation (article R. 411-3-2 du code de la route).
- Chemins ruraux, domaine privé de la commune (article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime)
Classification juridique des voies ouvertes à la circulation publique
modifierCinq types de voies dans le domaine public routier
modifierLe code de la voirie routière distingue, pour le domaine public routier, les catégories suivantes :
- voies du domaine public routier national : autoroutes (art. L.121-1 et L.122-1 CVR) et routes nationales (art. L.121-1 et L.123-1 CVR) ;
- voies du domaine public routier départemental : routes départementales (art. L.131-1 CVR) ;
- voies du domaine public routier communal : voies communales (art. L.141-1 CVR) ;
- catégorie transversale : routes express - Les routes express sont des routes ou sections de routes appartenant au domaine public de l'État, des départements ou des communes, accessibles seulement en des points aménagés à cet effet, et qui peuvent être interdites à certaines catégories d'usagers et de véhicules (art. L.151-1 CVR).
Tableau de synthèse
modifierLe tableau ci-après ne concerne que le classement des routes dans le domaine public des collectivités. D'autres types de routes peuvent relever de leur domaine privé, comme les chemins ruraux ou les routes forestières pour le domaine privé des communes.
| Domaine routier | Type de voie | Cartouche | Acte de classement | Propriétaire | Financeur | Gestionnaire |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Voirie nationale | Autoroute | arrêté ministériel | État | État ou concessionnaire | État ou concessionnaire | |
| Route nationale | ||||||
| Voirie nationale, départementale ou communale | Route express | arrêté ministériel si la voie appartient au domaine public de l'Etat arrêté préfectoral dans les autres cas | selon le domaine public | selon le domaine public | selon le domaine public | |
| Voirie départementale | Route départementale | arrêté départemental | Département | Départements ou région ou intercommunalité | Département ou intercommunalité | |
| Voirie communale | Voie communale | arrêté municipal | Commune ou intercommunalité ou métropole de Lyon | Communes ou intercommunalités ou métropole de Lyon | Communes ou métropole de Lyon |
Autres types de routes (non classées juriquement)
modifierRoutes européennes (E)
modifierLes routes européennes (numéros E) relèvent d’un système défini au niveau de la Commission économique pour l'Europe des Nations unies : création le premier réseau d’« artères internationales » avec des itinéraires numérotés (premier système E) est créé en 1950 dans le cadre de la Déclaration sur la construction des grandes artères de circulation internationale (Genève, 1950)[3]. Une refonte majeure intervient en 1975 avec l’Accord européen sur les grandes artères de trafic international (AGR), conclu en 1975 et entré en vigueur le . C’est la base du système de numérotation E utilisé aujourd’hui[4]. La France a ratifié cet accord par le décret n° 84‑164 du portant publication de l’Accord européen sur les grandes routes de trafic international (routes E).
Les routes européennes n’ont pas, en droit français interne, de statut de catégorie de voie distincte. Il s’agit d’un sur‑classement international qui se superpose aux catégories nationales existantes. En 1989, La longueur totale des routes classées E, incluant les contournements d'agglomérations, s'élève à 13 325 kilomètres et se décompose de la façon suivante. Autoroutes concédées : 4 656 kilomètres ; autoroutes non concédées : 897 kilomètres ; autres routes (routes nationales, routes départementales et voiries communales) : 7 772 kilomètres[5].
Routes territoriales en Corse (T)
modifierLes routes territoriales sont des routes nationales dont l'appellation a été modifiée par l'Assemblée de Corse le , dans l'optique de l'application du schéma directeur des investissements routiers à dix ans, adopté le https://www.corsenetinfos.corsica/Le-schema-directeur-des-routes-corses-sur-internet_a6700.html . Pour procéder au changement d'appellation, la Collectivité territoriale de Corse s'est appuyée sur les termes de l’article 75 de la loi n° 91-428 du portant sur son statut particulier, qui indique qu'elle assure dorénavant la construction, l’aménagement, l’entretien et la gestion de la voirie classée en route nationale, ce qui est d'ailleurs traduit dans le CGCT dans l'article L4424-21 : « La voirie classée en route nationale est transférée dans le patrimoine de la collectivité territoriale »[6]. À partir de 2017, les routes corses deviennent départementales dans les statistiques nationales[7]. L'appellation de « route territoriale de Corse » n'a toutefois jamais été validée au niveau national et cette catégoie de route n'existe donc pas explicitement dans le code de la voirie routière.
Routes métropolitaines (M)
modifierLa loi du 16 décembre 2010 crée le statut de métropole, une nouvelle catégorie d'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre. Ces nouvelles métropoles se voient transférer de plein droit la gestion des routes classées dans le domaine public routier départemental. Sur le plan domanial, ces routes relèvent de la catégorie juridique des voies communales régies par les articles L. 141-1 et suivants du code de la voirie routière. A sa demande, la métropole Nice Côte d'Azur, première métropole en France, est ainsi autorisée en 2012 à expérimenter sur le réseau routier désormais classé dans son domaine public, une signalisation spécifique permettant à l’usager, comme c’est le cas pour les routes nationales, départementales ou communales, d’identifier la route sur laquelle il circule, à savoir une route métropolitaine[8]. Ce type de panneau est légalisé avec l'arrêté du [9]. Le cartouche qui identifie ce type de route est codifié E47 et comporte un fond cyan[10].
Tableau de synthèse
modifier| Domaine routier | Type de voie | Cartouche | Propriétaire | Financeur | Gestionnaire |
|---|---|---|---|---|---|
| Voirie nationale, départementale ou communale | Route européenne | selon le domaine public | selon le domaine public | selon le domaine public | |
| Voirie départementale | Route territoriale en Corse | collectivité territoriale de Corse | collectivité territoriale de Corse | collectivité territoriale de Corse | |
| Voirie communale | Route métropolitaine | Métropole | Métropole | Métropole |
Histoire
modifierXVIIIᵉ siècle : Premières hiérarchies officielles
modifierEn 2007, dans sa thèse de doctorat en Histoire et civilisations, à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, intitulée « L'atlas des routes royales de Trudaine », Stéphane Blond présente le tableau de hiérarchisation des catégories de routes issu de l'arrêt du , adopté le dans un texte intitulé « Mémoire instructif sur la réparation des chemins »[11]. Un pied du roi vaut 32,484 centimètres. La largeur des routes est donc comprise entre 9,7 mètres et 19,5 mètres[11].
| Désignation | Points de départ | Points d'aboutissement | Largeur | Observations |
|---|---|---|---|---|
| Grande route | Paris | Villes et ports de mer ou frontières du royaume | 60 pieds | |
| Route | Paris | Villes capitales de province | 60 pieds | |
| Grand chemin | Paris ou capitales de province | Autres villes (non capitales) | 48 pieds | Présence d’une poste ou d'une messagerie |
| Chemin royal | Villes non capitales | Villes non capitales | 36 pieds | Présence d’une poste ou d'une messagerie |
| Chemin de traverse | Villes non capitales | Villes non capitales | 30 pieds | Absence de voitures publiques |
En 1775, Pierre Trésaguet expose dans un « Mémoire sur la construction des chemins de la généralité de Limoges » une méthode de construction des routes dans laquelle l'épaisseur d'empierrement et la largeur des routes sont réduites, ce qui devait permettre de diminuer à la fois les indemnités dues aux propriétaires expropriés et les dépenses d’entretien. Cette classification est reprise dans l'arrêt du , rendu le même jour que l’édit fiscalisant la réquisition en travail, et réduit ainsi de 60 pieds (19,5 m) à 42 pieds (13,6 m) la largeur des routes et modifie le classement qui oriente la politique d’équipement[12]. L’arrêt admet toutefois quelques exceptions. En montagne et dans les endroits où la construction des chemins peut s'avérer difficile et entraîner d’importantes dépenses, la largeur des chemins peut être diminuée. A contrario, la largeur des routes d’accès à la capitale pourra être supérieure à 42 pieds sans pouvoir excéder 60 pieds, afin d’éviter d’éventuels bouchons[13].
L'historienne Anne Conchon présente dans son ouvrage « La corvée des grands chemins au XVIIIe siècle » la nouvelle nomenclature routière de 1776 comme suit[12].
| Désignation de la route | Fonction dans le réseau | Largeur |
|---|---|---|
| Première classe | « qui traversent la totalité du royaume, ou qui conduisent de la capitale dans les principales villes, ports et entrepôts de commerce » | 42 pieds |
| Seconde classe | « par lesquelles les provinces et les principales villes du royaume communiquent entre elles, ou qui conduisent de Paris à des Villes considérables » | 36 pieds |
| Troisième classe | « qui ont pour objet la communication entre les villes principales d’une même province, ou de provinces voisines » | 30 pieds |
| Quatrième classe | « les chemins particuliers, destinés à la communication des petites villes ou bourgs » | 24 pieds |
XIXe siècle : des routes impériales aux routes nationales
modifierAvec la centralisation des États et la montée des administrations de travaux publics, les premières classifications administratives modernes apparaissent.

En dehors d'une loi de 1801 qui annonce la réfection du réseau routier, la politique napoléonienne s'exprime dans le décret impérial du qui institue ce que l'on a coutume d'appeler la grande voirie, placée sous l'autorité du ministère des Travaux publics[15]. L’article 1er de ce décret indique que toutes les routes de l’Empire sont divisées en routes impériales (de trois classes) et routes départementales. 229 routes impériales et 1 165 routes départementales sont ainsi créées. Le décret règle également le financement des travaux selon des modalités voisines de celles de l'Ancien Régime, prévoit une centralisation des services sous la surveillance des agents de l'administration civile (préfets, sous-préfets, maires) et impose enfin une séparation entre la fourniture de matériaux et l'exécution du travail[16]. La circulaire du [17] renumérote les routes royales, qui deviendront ultérieurement routes nationales. Cette nouvelle numérotation restera quasiment inchangée jusqu'aux déclassements des années 1970.
La loi du crée les chemins vicinaux et établit que « les chemins reconnus, par un arrêté du préfet sur une délibération du conseil municipal, pour être nécessaires à la communication des communes, sont à la charge de celles sur le terrain desquelles ils sont établis »[18]. Cette loi institue deux jours de prestations pour l’entretien de ces chemins et des ponts attenants, ce qui était, sans le dire, une sorte de recréation de la corvée, mais pour des besoins immédiats des justiciables, et marquait le début d’innombrables petits travaux qui, dans le cours du siècle vont modifier profondément le visage de la France rurale, surtout après la loi Thiers-Montalivet de 1836 qui donne pour la première fois un statut à la voirie rurale et marque la naissance du service vicinal[19]. Elle distingue les chemins vicinaux de grande communication, reliant plusieurs communes, et les chemins vicinaux de moindre importance qui vont prendre le nom de chemins vicinaux ordinaires[20].
Après la chute du Second Empire et la proclamation de la République le 4 septembre 1870, la terminologie de « route impériale » est remplacée par « route nationale ». L’abréviation IMPLE figurant sur les plaques en fonte qui faisaient offices de bornes est effacée pour être remplacée sur la majorité d’entre elles par la nouvelle abréviation NATLE ou NLE[21].
| Type de voie | Propriétaire | Financeur | Gestionnaire |
|---|---|---|---|
| Routes impériales (1811 → 1870) Routes nationales (1870- ) | État | État | État |
| Routes départementales | Département | Département | |
| Chemins de grande communication | Commune | Commune | Préfet et conseil général sous la supervision du Ministère de l'Intérieur |
| Chemins d'intérêt commun | |||
| Chemins vicinaux ordinaires | |||
| Chemins ruraux |
XXe siècle : naissance des classifications pour l’automobiliste
modifierL'État, gestionnaire de toutes les routes (1941 à 1982)
modifierDe 1941 à 1982, l'entretien de toutes les routes de France est du ressort exclusif du service des Ponts et chaussées, sous l'autorité du ministère des Travaux publics qui devient le le ministère de l’Équipement[22]. Cette unité technique, réalisée dans de rares pays, est très efficace : elle a permis des progrès incontestables et des économies énormes en clarifiant la gestion et en obligeant les entreprises de travaux publics à se concentrer. Elle a facilité également considérablement la diffusion des progrès techniques.
L'ordonnance du reclasse toutes les voiries appartenant aux communes en deux catégories : voies communales et chemins ruraux. Les chemins vicinaux disparaissent ainsi[23].
Sur la base de la loi du portant statut des autoroutes, l'État a pu concéder la construction et l'exploitation de sections d'autoroutes à des sociétés dans lesquelles les intérêts publics étaient majoritaires. Cette période voit la constitution, entre 1956 et 1964, de cinq sociétés d'économie mixte : la Société de l'Autoroutes Esterel-Côte d'Azur (ESCOTA) en 1956, la Société Autoroutes du Sud de la France (ASF, ex SAVR) en 1957, la Société Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR, ex SAPL) en 1961, la Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN) en 1963 et la Société des autoroutes du Nord et de l'Est de la France (SANEF) en 1963[24].
L'État décide en 1970 d'attribuer des concessions à des sociétés à capitaux privés, constituées par des entrepreneurs de travaux publics et des banques. Ont été ainsi créées, entre 1970 et 1973, quatre sociétés à capitaux privés : la Compagnie Financière et Industrielle des Autoroutes (COFIROUTE), la Société des Autoroutes Rhône-Alpes (AREA), la Société de l'Autoroute de la Côte Basque (ACOBA), la Société des Autoroutes Paris - Est – Lorraine (APEL).
| Type de voie | Propriétaire | Financeur | Gestionnaire |
|---|---|---|---|
| Routes nationales | État | État | État |
| Routes départementales | Département | Département | |
| Chemins vicinaux (→ 1959) puis Voies communales | Commune | Commune | Préfet et conseil général sous la supervision du Ministère de l'Intérieur |
| Chemins ruraux |
Décentralisation et multiplicité des gestionnaires (1982 à 2016)
modifierLa loi de décentralisation du , dite « loi Defferre », marque une rupture politique. Elle supprime la tutelle administrative a priori exercée par le préfet, et la remplace par un contrôle de légalité a posteriori exercé en premier par les services préfectoraux qui émettent des avis juridiquement tranchés par le tribunal administratif et chambre régionale des comptes de son ressort territorial. Elle transfère l’exercice du pouvoir départemental du préfet au Président du Conseil général (devenu conseil départemental en 2014). Cette loi reconnaît aux conseils généraux le plein exercice de leurs attributions, dont font partie la construction et l'exploitation du réseau routier départemental[25]. Elle est suivie par les lois des et qui détaillent les transferts de compétence et prévoient le transfert de la maîtrise d’ouvrage, de l’entretien, de la gestion et de l’exploitation des routes départementales aux départements. les 88 650 agents qui travaillent dans les services déconcentrés de l'Équipement sont alors directement impactés et une partie d'entre eux rejoint les nouveaux services routiers départementaux[26]. Une nouvelle étape intervient avec la loi du qui transfère aux départements une grande partie de la voirie routière nationale ainsi que, en 2006, du personnel qui s'en occupaient[27].
| Type de voie | Propriétaire | Financeur | Gestionnaire |
|---|---|---|---|
| Autoroutes | État | État ou concessionnaires | État ou concessionnaires |
| Routes nationales | État | État [Note 1] | État |
| Routes départementales | Départements ou intercommunalités ou métropole de Lyon | Départements[Note 2] ou intercommunalités ou métropole de Lyon | Départements ou intercommunalités ou métropole de Lyon |
| Voies communales | Communes ou intercommunalités ou métropole de Lyon | Communes [Note 3] ou intercommunalités ou métropole de Lyon | Communes ou intercommunalités |
| Chemins ruraux | Communes | Communes | Communes |
XXe siècle : montée en puissance des intercommunalités
modifierMontée en puissance des intercommunalités (2000)
modifierParallèlement à ce mouvement décentralisateur le paysage politique local se restructure avec la montée en puissance des intercommunalités : création des communautés d'agglomération et communautés urbaines en 1999, la métropole et le pôle métropolitain en 2010. Dans ce cadre, la compétence voirie est fréquemment transférée aux communautés. Ce transfert de compétences est de plein droit pour les syndicats d'agglomération nouvelle, les communautés urbaines et les métropoles et optionnel pour les communautés de communes et les communautés d’agglomération[28]. En 2016, 68 % d’entre elles étaient ainsi compétentes en matière de « création, entretien et aménagement de la voirie ». Dans les communautés de communes et d’agglomération, le législateur a permis la définition d’une voirie d'intérêt communautaire, mais de plus en plus d'intercommunalités prennent les compétences pour la totalité des voies de leur territoire[29],[30]. Le transfert de compétences entraîne soit la mise à la disposition du bénéficiaire de ce transfert des biens meubles et immeubles utilisés à la date du transfert pour l’exercice de cette compétence de gestion (communautés de communes et d’agglomération, métropole) sans interdire la création de voies propres à l’intercommunalité, qui en devient propriétaire, soit le transfert en pleine propriété de la voirie et de ses accessoires, cas de la métropole de Lyon, une collectivité territoriale à statut particulier créée le [28].
Loi Notre et réforme régionale : nouvelles compétences (2015-2016)
modifierLa loi NOTRe de 2015 vise notamment à renforcer les compétences des régions et des établissements publics de coopération intercommunale. Lors de son élaboration, le projet de loi avait prévu le transfert des départements aux régions des routes départementales au . Il était prévu que les mots « routes départementales » soient remplacés par les mots : « routes régionales » (article 9, I., 1° du projet initial)[31], mais cette proposition est rejetée lors de la discussion qui a suivi le vote en première lecture par l'Assemblée nationale, le [32]. Ainsi cette nouvelle classe de route régonale en remplacement des routes départementales n'est pas créée.
En 2016 est mis en place un nouveau découpage régional. Dans ce cadre est institué un Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET), élaboré par chaque nouvelle région. Concernant la voirie, ce schéma identifie les voies et les axes routiers qui, par leurs caractéristiques, constituent des itinéraires d'intérêt régional. Ces itinéraires sont pris en compte par le département, dans le cadre de ses interventions, pour garantir la cohérence et l'efficacité du réseau routier ainsi que la sécurité des usagers[33].
Loi 3DS (2022)
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Les régions et départements peuvent participer à certaines opérations dans le cadre des contrats de plans État-Région
- ↑ Les régions peuvent participer à certaines opérations dans le cadre de contrats de plans locaux.
- ↑ Les départements peuvent participer à certaines opérations dans le cadre de contrats locaux.
Références
modifier- ↑ Bertrand Faure, Droit des collectivités territoriales Faure : 5ème édition, Paris, Dalloz, , 804 p. (ISBN 978-2-247-17986-2), p. 606-607
- ↑ « Répartition des compétences entre l'État et les différentes collectivités », sur collectivites-locales.gouv.fr, (consulté le ), p. 27
- ↑ (en) Frank Schipper, Dave Lyddon et Kurt Vandaele, « 6 - Roads to Europe – The E-road Network, 1950-2007 », Driving Europe, vol. 3, , p. 187 - 218 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Accord européen sur les grandes routes de trafic international (AGR) [avec annexes et listes de routes]. Conclu à Genève le 15 novembre 1975 », sur treaties.un.org (consulté le ).
- ↑ « Situation des routes de trafic international - Question écrite n°03713 - 9e législature », sur senat.fr (consulté le ).
- ↑ « Code général des collectivités territoriales - Article L4424-21 », sur legifrance.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ « Chiffres clés des transports - Édition 2025 », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le ).
- ↑ « Une nouvelle signalétique routière pour les "métropoles" : la signalisation s’adapte aux évolutions du réseau routier », sur securite-routiere.gouv.fr, (consulté le ).
- ↑ « Arrêté du relatif à la modification de la signalisation routière », sur Légifrance, Journal officiel de la République française no 7, texte no 21, (consulté le ).
- ↑ 5e partie : Signalisation de prescription, , 43 p. (lire en ligne [PDF]), p. 106
- 1 2 Stéphane Blond, « L'atlas des routes royales de Trudaine », Siècles, revue du centre d’histoire « Espaces et cultures », no 25, , p. 66-82 (lire en ligne, consulté le ), § 7-8.
- 1 2 Anne Conchon, Chapitre VII. Trouver une alternative à la corvée, p. 229-276, § 20.
- ↑ Anne-Robert-Jacques Turgot, Collection des principaux économistes ; 3-4. Oeuvres de Turgot. Tome second : nouvelle éd. classée par ordre de matières, avec les notes de Dupont de Nemours ; augm. de lettres inédites, des questions sur le commerce, et d'observations et de notes nouvelles par MM. Eugène Daire et Hippolyte Dussard ; et précédée d'une notice sur la vie et les ouvrages de Turgot par M. Eugène Daire, (Osnabrück), , 844 p. (lire en ligne), p. 464
- ↑ « Carte routière comprenant les Routes Impériales, les Routes Départementales, les Chemins de fer, les Canaux, les Chemins vicinaux de grande Communication et les chemins d'intérêt commun. Département de la Marne », sur gallica.bnf.fr, (consulté le )
- ↑ Paul Boiteau d'Ambly, Fortune publique et finances de la France, vol. 1, , 511 p. (lire en ligne), p. 137
- ↑ Louis Trénard, de la route royale à l'âge d'or des diligences 1959, p. 114.
- ↑ [//books.google.com/books?id=xyOmxGSnv3sC&pg=PA229 Circulaires, instructions et autres actes émanés du ministère de l'Intérieur, ou relatifs à ce département, de 1797 à 1825 inclusivement], 2e édition, tome V : 1822 à 1825 inclusivement et tables générales, Imprimerie royale, Paris, 1829, p. 229-256
- ↑ Garnier, François Xavier Pau, « Explication de la loi du 28 juillet 1824 sur les chemins vicinaux », sur gallica.bnf.fr, (consulté le ).
- ↑ Georges Reverdy 2003, p. 117.
- ↑ Georges Reverdy 2003, p. 242.
- ↑ « les routes impériales et nationales en charente inférieure (1848-1941) », sur https://socgeo-rochefort.fr (consulté le ), p. 11
- ↑ « Ministère de l'Equipement (1966-1967) », sur histoire-dac.developpement-durable.gouv.fr (consulté le ).
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- ↑ « La loi de décentralisation du 2 mars 1982 », sur vie-publique.fr, (consulté le ).
- ↑ (en) Loïc Vadelorge, « Les temporalités de la décentralisation - Éléments de réflexion pour la journée d’études du 8 juin 2009 consacrée à L’Equipement et la décentralisation (1981-1992) », sur cgedd.developpement-durable.gouv.fr, (consulté le ), p. 11.
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- ↑ « Compétences des EPCI en matière de voirie », sur amf.asso.fr (consulté le ).
- ↑ « Projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République », sur senat.fr, (consulté le ), p. 13.
- ↑ « Projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, modifié par l'Assemblée nationale en première lecture. (Procédure accélérée) », sur assemblee-nationale.fr, (consulté le ).
- ↑ « Tableau synthétique de répartition des compétences entre État et collectivités territoriales » [PDF], sur collectivites-locales.gouv.fr, (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Georges Reverdy, Atlas historique des routes de France, Paris, Presses de l'ENPC, , 182 p. (ISBN 2-85978-426-8)
- Georges Reverdy, L'histoire des routes de France du Moyen Âge à la Révolution, Paris, Presses de l'ENPC, , 271 p. (ISBN 2-85978-280-X)
- Georges Reverdy, Les routes de France du XIXe siècle, Paris, Presses de l'ENPC, , 263 p. (ISBN 2-85978-198-6)