Claudia Duque
Claudia Julieta Duque est une journaliste d'investigation et défenseure des droits humains colombienne. Ses enquêtes mettent souvent en cause des personnalités et l'exposent, à partir de 2001, à des campagnes de harcèlement et à des violences, si bien qu'elle doi quitter le pays à plusieurs reprises pour sa propre sécurité. En 2011, le magazine Newsweek la classe parmi les dix femmes journalistes qui courent le plus grand risque pour leur vie en raison de leurs reportages.
| Naissance | |
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| Nom de naissance |
Claudia Julieta Duque Orrego |
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University of La Sabana (en) |
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Biographie
modifierCarrière de journaliste
modifierAu début de sa carrière, Claudia Duque travaille à l'agence de presse colombienne Colprensa, à Caracol Radio (es) et dans d'autres médias nationaux reconnus[1].
Elle est enquêtrice pour le Collectif d'avocats José Alvear Restrepo (es) (CCAJAR) avant de devenir correspondante pour Radio Nizkor, une station de radio colombienne spécialisée dans les droits humains[1].
Elle collabore également avec plusieurs agences de presse et organisations réputées, dont le Washington Post et l'UNICEF, ainsi que les quotidiens colombiens El Spectador et El Tiempo[2]. Elle travaille également pour des organismes gouvernementaux officiels tels que la Direction présidentielle des droits de l'homme et la Direction des affaires indigènes[1].
Tout au long de sa carrière journalistique, elle se spécialise dans l'investigation et le traitement de cas médiatisés tels que les disparitions forcées, le recrutement forcé d'enfants par des groupes armés légaux et illégaux, les conséquences de l'impunité et du droit à la justice, et l'infiltration des institutions gouvernementales par des groupes paramilitaires[1]. Ses enquêtes aboutissent souvent à des poursuites judiciaires contre des personnalités : militaires, personnalités politiques et juridiques, et même des journalistes pour leur implication dans des actes criminels.
Enquête Garzón
modifierEn 2001, Claudia Duque, en collaboration avec le CCAJAR, enquête sur les circonstances de l'assassinat, en 1999, du journaliste Jaime Garzón. L'enquête révèle l'implication de responsables du Departamento Administrativo de Seguridad (Département administratif de sécurité - DAS), les services de renseignement colombiens, dans une tentative de dissimulation des faits, visant à induire en erreur l'enquête du procureur général. Les directeurs du DAS sont directement impliqués dans le crime, en , l'ancien directeur adjoint est condamné pour le meurtre de Jaime Garzon[1],[3].
Autres enquêtes
modifierPar la suite, Claudia Duque enquête sur la corruption en lien avec les droits humains. « J’essaie de faire comprendre au public les liens entre les violations des droits de l’homme, les cartels de la drogue, les mafias et les contrats d’État. »[1].
Réseaux sociaux
modifierClaudia Duque utilise ses réseaux sociaux pour diffuser des informations et souhaite l'émergence de réseaux sociaux alternatifs qui permettront de diffuser des informations absentes des médias traditionnels[1].
Intimidations et harcèlement
modifierA partir de la publication des résultats de l'enquête sur l'assassinat de Jaime Garzón, en 2001, Claudia Duque est systématiquement victime de menaces de mort, d'enlèvements, de surveillance illégale, de campagnes de diffamation et de stigmatisation. Bien que le gouvernement lui ait accordé une protection, Claudia Duque soupçonne certains de ses gardes du corps d'être des espions. Il est établi par la suite que lesdits gardes du corps informaient le Département administratif de sécurité de ses activités (DAS) et portaient également de fausses accusations contre elle[4],[1].
Claudia Duque est kidnappée en 2001 par des agents du DAS et, en 2004, sa fille reçoit des menaces de mort et de viol, la contraignant à l'exil à trois reprises : elle fuit en 2004, revient en 2006 puis, menacée de mort avec sa fille de 10 ans, s’exile à nouveau en 2008 pour revenir une nouvelle fois la même année[1],[5],[3],[6].
En 2009, la Commission interaméricaine des droits de l'homme annonce des mesures de précaution à son encontre et à celle de sa fille. À partir de 2003, elle reçoit un soutien intermittent de Peace Brigades International, puis un soutien officiel à partir de 2010. Pour des raisons de sécurité, elle est contrainte de quitter la Colombie à plusieurs reprises.
Le DAS est dissous en 2011, notamment grâce aux publications de Claudia Duque.
Plainte pour torture psychologique
modifierEn , Claudia Duque annonce avoir porté plainte contre des responsables du DAS pour torture psychologique. Le harcèlement dont elle est victime, augmente encore à ce moment-là[5]. En , un procureur ordonne l'arrestation d'Emiro Rojas Granados, ancien directeur adjoint du DAS et de Nestor Pachon Bermudez, ancien inspecteur du DAS. Tous deux sont accusés de torture psychologique à l'encontre de Claudia Duque[5].
Rojas Granados est une des personnes responsables d'avoir influencé l'enquête sur le meurtre du journaliste Jaime Garzon ; il avait porté plainte contre Claudia Duque pour diffamation. Pachon Bermudeza a participé à la surveillance illégale de Claudia Duque en 2001 et il conduisait le véhicule du DAS identifié lors de ces opérations de surveillance illégales, au moment de l'enlèvement de la journaliste[5].
Depuis 2014, trois hauts responsables du DAS, dont un directeur du renseignement, sont condamnés pour avoir torturé Claudia et sa fille. Huit autres personnes sont jugées et d'autres font l'objet d'une enquête. C'est la première fois qu'une affaire de cette nature aboutit à un verdict. En , l'affaire est qualifiée de crime contre l'humanité[3].
Selon les organisations nationales et internationales de défense des droits humains, ce cas illustre l'utilisation des techniques de contre-espionnage à des fins de contrôle politique et social et les méthodes du gouvernement de l'ancien président Álvaro Uribe Vélez contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants politiques[1],[5].
Deux autres procès devant des tribunaux de droit commun concernent cinq anciens responsables du DAS, jugés pour le crime de torture psychologique infligée à Claudia Duque. Josè Miguel Narváez, l'ancien directeur adjoint du DAS, est identifié cerveau du groupe dit G-3, qui a persécuté et intimidé des journalistes, des syndicalistes, des militants des droits de l'homme et des opposants dans le pays. En 2017, il est condamné à trente ans de prison pour avoir commandité l'assassinat de Jaime Garzón.
En et , le véhicule blindé mis à sa disposition par le gouvernement en échange de sa protection est attaqué et partiellement endommagé ; en , elle reçoit un message téléphonique accompagné de plusieurs coups de feu tirés à l'arme automatique, au moment même où la Cour suprême de justice ordonne d'enquêter sur l'ancien président Álvaro Uribe pour espionnage au profit du DAS, sur la base de son témoignage. Elle reçoit par la suite de nombreuses menaces de mort et des insultes sur Twitter, discréditant son travail et remettant en cause la crédibilité de son témoignage en tant que protagoniste de sa propre affaire[3].
En 2018, Claudia Duque dépose une plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) contre l'État colombien pour des violations présumées des droits humains dont elle et sa fille auraient été victimes[3].
La même année, elle se réfugie à Deventer, aux Pays-Bas, pendant trois mois grâce au programme Shelter-City[7]. Ce programme offre un hébergement temporaire, une formation et une protection aux défenseurs des droits humains qui luttent contre les violations des droits humains dans leur pays d'origine.
Harcèlement sexuel
modifierEn 2018, elle est la première journaliste à révéler le harcèlement sexuel dont sont victimes les journalistes en Colombie et à dénoncer un ancien procureur général influent lors du mouvement #MeToo[3].
Promotion de la presse
modifierClaudia Duque organise régulièrement des ateliers et formations destinés aux journalistes et aux défenseurs des droits de l'homme afin de les sensibiliser aux questions de sécurité et de protection[1],[2]. Elle coordonne jusqu'en , le Colombie et Guatemala de l'International Women's Media Foundation qui vise à promouvoir le journalisme d'investigation dans la région, particulièrement auprès des femmes[1]. Depuis , elle travaille sur un projet pour l'organisation Internews. Ce projet a pour objectif d'améliorer la diffusion et le contenu de l'information auprès des communautés. Dans ce cadre, elle travaille sur la question du Covid-19 en lien avec les migrations et la communauté LGBTI, en particulier dans le département de Nariño[1].
Claudia Duque participe à la Ligue contre le silence, une coalition promue par la Fondation pour la liberté de la presse, qui soutient le travail des journalistes régionaux qui sont de plus en plus confrontés à la violence et aux attaques[1].
Distinctions
modifierClaudia Duque reçoit de nombreuses récompenses pour son travail
En 2011, le magazine Newsweek la classe parmi les dix femmes journalistes qui risquent le plus leur vie pour leur travail, et The Daily Beast la désigne comme l'une des 150 femmes les plus remarquables au monde[3],[2].
En 2014, Reporters sans frontières la reconnait comme l'une des 100 héroïnes mondiales de l'information [3],[2].
- 2010 :
- nommée membre honoraire du Syndicat national des journalistes du Royaume-Uni[3]et d'Irlande[3]
- 2014 : distinction du Bureau colombien du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et de la Fondation pour la liberté de la presse pour son travail contre l'impunité dans l'affaire Jaime Garzón[3].
- 2016 :
- Prix du courage en journalisme (2010) de la Fondation internationale des femmes dans les médias[8].
- Press Freedom Award décerné par Reporters sans frontières Suède[3]
- Prix Ilaria Alpi en Italie[3]
- elle figure parmi les trois finalistes du Prix du journaliste le plus résilient, décerné par Free Press Unlimited[2],[3]
- 2017 : les Fédérations latino-américaine et colombienne des journalistes lui décernent une distinction spéciale pour son courage dans la lutte pour la justice[2],[3].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en-GB) « Claudia Julieta Duque », sur PBI Colombia (English), (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en)Silvia Higuera, « Risk and Security in Journalism in the Americas » [archive du 28 juli 2019], Knight Center - Universiteit van Texas in Austin,
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (en) « Claudia Julieta Duque », sur www.iwmf.org (consulté le )
- ↑ « Claudia Duque obtiendra-t-elle justice ? | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 (en) « Case History: Claudia Julieta Duque », sur Front Line Defenders, (consulté le )
- ↑ « Claudia Duque | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
- ↑ (nl) Angelique Rondhuis, « Colombiaanse Claudia dook drie maanden onder in Deventer omdat ze vreest voor haar leven », De Stentor, (lire en ligne
) - ↑ (en) « IFJ celebrates the courage of women journalists and their fight for press freedom / IFJ », sur www.ifj.org, (consulté le )