Claus Sluter

artiste français

Claus Sluter, ou encore Claes de Slutere van Herlamen (né à Haarlem vers 1355 - † janvier 1406 à Dijon) est un sculpteur originaire des Pays-bas au service des ducs de Bourgogne. Son œuvre novatrice a durablement influencé la sculpture gothique internationale de son temps. Parmi ses chefs-d'œuvre, sont encore conservés le portail de la chapelle de la chartreuse de Champmol, le puits de Moïse ou le tombeau de Philippe le Hardi qu'il a entamé.

Claus Sluter
Naissance
Aux environs de 1355
Haarlem
Décès
Nom de naissance
Claes de Slutere
Activité
Élève
Claus de Werve, Jan van Prindael, Willem Smout
Mouvement
Mécène
Œuvres principales
Puits de Moïse (1405),
Le tombeau de Philippe le Hardi (1410)

Biographie

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Puits de Moïse (1405).

Origines

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Il est sans doute né à Haarlem en Hollande. Il s'est tout d'abord probablement formé à Bruxelles, où il est enregistré sur le registre des tailleurs de pierre comme Claes de Slutere van Herlamen en 1379. Il aurait, semble-t-il, fait un passage par Paris, et on attribue au jeune Sluter, les consoles de la tour du village du château de Vincennes (environ 1375). Il est attaché dès 1383 à la cour de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne[1].

Son installation à Dijon

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Le duc Philippe le Hardi le fait venir à Dijon où il s'installe le avec d'autres tailleurs de pierre du Brabant pour constituer l'équipe de Champmol. Il est le second ouvrier de l'ymagier d'autel et varlet de chambre de Monseigneur Jean de Marville[2]. Jean de Marville tombe gravement malade le et doit fermer l'atelier. Sluter devient à son tour l'ymagier officiel du duc Philippe et reprend l'atelier le . L'atelier des sculpteurs désormais quasiment entièrement constitué de sculpteurs d'origine flamande: Philippot van Eram, Gillequin Tailleleu et son fils Tassin, Liefvin de Hane et son frère Mant, Hannequin Vauclair, Thomassin dit Larmite et Hannequin Stienne Vauclair. Mais il est aussi absorbé par d'autres tâches, soit pour la chartreuse de Champmol (l'oratoire ducal, le portail de l'église ou le calvaire du grand cloître dit Puits de Moïse), soit pour la chapelle ducale, soit pour les châteaux du duc et de la duchesse Marguerite de Flandre. Son travail à la cour du duc Philippe le Hardi était également largement occupé par la création d'œuvres pour des occasions uniques, tels des blasons ou des banderoles.

Dès , Claus Sluter fut épaulé à Dijon par trois collaborateurs bruxellois, à savoir Jan van Prindael et Willem Smout - ou Willequin Semonst - qui vinrent renforcer Hennequin de Brucelles présent depuis avril et Jehan de Selles, peut-être Bruxellois lui aussi, et qui était présent depuis février-mars. Smout resta au moins jusqu'en 1394, van Prindael jusqu'en 1399 - 1400. Depuis le , Klaas van de Werve, son neveu et héritier, fut également actif à Dijon. Willem Smout travailla notamment ensuite à Lyon en 1398. Jan van Prindael, après un court séjour à Bruxelles où il fut juré du métier en 1403, travailla à Genève, à Chambéry et en Provence. Ainsi, tous les élèves et collaborateurs bourguignons de Claus Sluter contribuèrent à répandre le réalisme sculptural qu'il avait conçu et promu.

La fin de sa vie

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Le sculpteur tombe malade en 1399. Il quitte son logis au sein du palais des ducs en 1404 pour se retirer à l'abbaye Saint-Étienne de Dijon.[3] Il meurt quelques mois après, probablement en , célibataire sans enfant, son neveu Claus de Werve  ou Klaas van de Werve  étant son seul héritier. Les dernières statues du puits de Moïse sont achevées et scellées sur place au début de l'année 1405, d'après ce qu'indique l'inventaire de son atelier après sa mort en 1406. Le marché signé en 1404 pour l'achèvement du tombeau de Philippe de Bourgogne est d'ailleurs repris par le neveu[4].

Son style

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Claus Sluter amène la sculpture à un niveau d'expressivité nouveau. Les statues cessent désormais de faire corps avec l'architecture et la physionomie est traitée de façon naturaliste, n'hésitant pas à accuser les aspects de la laideur et de la souffrance. Les pleurants serviront de référence aux monuments funéraires du siècle en France, à commencer par le Tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière.

Son œuvre

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Œuvres créées pour la chartreuse de Champmol

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Le Tombeau de Philippe le Hardi

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La pièce maitresse de la chartreuse de Champmol, commencée par Jean de Marville, puis Claus Sluter et terminée après sa mort par son élève et neveu, Claus de Werve.

Claus Sluter laisse le tombeau de Philippe le Hardi en chantier. Aussi, lorsque Philippe le Hardi meurt à Hal le , la partie sculpturale reste entièrement à faire. Le , le duc Jean sans Peur, fils de Philippe le Hardi, charge Claus Sluter d'exécuter les sculptures en quatre ans. À cette date, seulement deux des « pleurants » (statuettes) ont été réalisés. Or le cadre architectural, élaboré par Jean de Marville, a ménagé la place pour quarante personnages. Claus Sluter est déjà malade au moment de la mort du duc Philippe le Hardi et vit à demi-retiré depuis le à l'abbaye Saint-Étienne, proche de son ouvroir. Il lui est impossible d'assumer l'exécution des pleurants du tombeau, ainsi que trois des prophètes pour le Puits de Moise. Il fut achevé par son neveu et élève Claus de Werve jusqu'à sa livraison, en 1410. Le tombeau pris place dans le chœur de la chapelle de la Chartreuse. Après la Révolution, le cénotaphe a été déplacé dans la Cathédrale Saint-Bénigne de Dijon, puis au Palais des ducs de Bourgogne, actuellement musée des beaux-arts de Dijon.

Le Puits de Moïse

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Le puits sculpté qui accueillait auparavant un calvaire, était situé au centre du grand cloître. Il nous reste la représentation de six prophètes, empreinte de réalisme et d'expression. Des fragments du calvaire le surplombant sont par ailleurs conservés au musée archéologique de Dijon, et notamment le buste du Christ, cependant l'attribution de cette dernière sculpture a été depuis remise en cause[5].

Contrairement aux représentations antérieures, souvent dogmatiques, où la statue n'était que l'ombre du prophète, Sluter individualise ses prophètes. Chacun incarne une personnalité distincte, avec ses traits caractéristiques, son tempérament, ses expériences, ses sentiments, et même ses déceptions. Cette expressivité ne se limite pas au visage, s'étendant à la stature, à la tête, à la posture, et aux gestes. Un exemple concret réside dans les prophètes du puits de Moïse[6], où Sluter souligne l'âge à travers des détails tels que les rides, les ridules, et les joues affaissées, offrant ainsi une caractérisation visuelle riche. Prenons l'exemple de Jérémie , un personnage déçu par la vie, épuisé par la transmission sans succès du message biblique. Sa représentation, plus petite et plus mince que les autres, traduit une moindre confiance en soi, exprimant le doute quant à sa profession. Sa posture est significative, et même son livre, bien qu'ouvert, demeure illisible en raison de la perte de ses lunettes[6]. Cette approche démontre que Sluter ne se contente pas de recopier la nature, mais sélectionne les traits physionomiques mettant en lumière le rôle qu'il souhaite conférer à chaque personnage.

L'illusion du réel se renforce par l'attention méticuleuse accordée aux détails des costumes. Les broderies, galons, coiffures, chaussures, livres, et boucles de ceintures contribuent à cette impression de réalisme. Par exemple, le livre d’Isaïe est orné de têtes de clou en fleurons aux quatre coins, fermé par deux courroies fixées à l'aide de gros rivets arrondis[7]. De même, le livre de Jérémie présente des tranches nettes et des feuilles souples, évoquant la possibilité d'être soulevé par le vent[7]. Claus Sluter respecte également les conventions ecclésiastiques, telles que le voile sur la Vierge Mère ou les phylactères des prophètes, bien que la compréhension contemporaine de ces agencements religieux ait évolué.

Cependant, l'approche de Sluter envers le corps humain diffère de celle qu'il adopte pour les visages. Il le considère comme un simple support destiné à recevoir la draperie, adoptant une conception trapue. Néanmoins, ses têtes et mains, exposées, sont traitées avec une maîtrise remarquable : « comme si le sang y circulait encore »[7]. Par exemple, les mains de Philippe sur le portail et d'Isaïe au puits de Moïse présentent une minutie anatomique impressionnante, montrant les veines sous la peau et reflétant les habitudes de manipulation des armes[7]. Bien que les prophètes puissent présenter des proportions incertaines et des bustes excessivement courts, Sluter parvient à faire transparaître la forme humaine à travers les drapés, suivant les contours de la poitrine, les lignes de la hanche, la chute des reins et la flexion des genoux. Les membres, souples et l'épiderme sensible, confèrent aux personnages une apparence vivante[8]. Dans la sculpture de la draperie, Sluter va au-delà des conventions préexistantes, sculptant des plis plus volumineux et creusant des espaces plus profonds entre eux. Il réussit à transmettre le mouvement de la draperie aux contours mêmes des personnages, créant ainsi une impression de vivacité[8].

Les statues du portail de la chapelle

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Le portail a été commencé par Jean de Marville en 1388, puis agrandi par Claus Sluter, qui a réalisé les cinq statues, achevées en 1393. Ces statues représentent Une Vierge à l'enfant en torsion dynamique et détachée par sa dimension et sa forme de l'architecture de la porte. Elle est encadrée de chaque côté par les donateurs : Philippe le Hardi et son épouse Marguerite de Flandre, en priants réalistes et grandeur nature, avec leurs saints protecteurs : sainte Catherine d'Alexandrie et saint Jean-Baptiste. L'ensemble crée une perspective propre affranchie de la verticalité de la porte.

Les statues des mécènes (Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre) seraient d'authentiques portraits, car ils présentent les défauts physiques du duc et de la duchesse (le fameux double-menton de Marguerite de Flandres). Les draperies et les vêtements sont traités avec dynamisme, énergie et mouvement, les expressions des personnages sont d'un grand réalisme.

  • Pietà
  • Ymaige de Dieu
  • Saint Georges
  • Saint Michel tenant le diable enchaîné
  • Sainte Anne
  • Saint Jean l'évangéliste

Le château de Germolles

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Décor sculpté des chapiteaux de la grande cheminée du château de Germolles.

La comptabilité des ducs de Bourgogne nous renseignent sur deux œuvres réalisées par Claus Sluter et ses collaborateurs dans le château de Germolles, résidence de plaisance de la duchesse Marguerite de Flandre. On sait ainsi que le maître réalisa entre 1393 et 1396 une sculpture destinée à être placée dans la cour du château, représentant Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre placés sous un orme et entourés de brebis[9]. De même, il réalisa pour l'entrée de la résidence une Notre Dame entre 1397 et 1399, au-dessus de la porte du château. Alors que ces deux œuvres ont disparu le travail de Sluter et de son atelier apparaît dans les éléments de la cheminée monumentale de la grande salle à travers deux figures-consoles et l'illustration d'un passage du roman de Chrétien de Troyes : Yvain ou le Chevalier au lion.

Autres œuvres isolées

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Quelques œuvres actuellement conservées dans des musées sont attribuées à Claus Sluter ou plus vraisemblablement à son atelier.

Notes et références

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  1. Kathleen Morand, op. cit.
  2. Roland Recht, art. cit.
  3. Hippolyte Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale et les premiers maîtres des Flandres Voir et modifier les données sur Wikidata, Bruxelles, Librairie Nationale d'Art et d'Histoire G. Van Oest, , 220 p. (lire en ligne), p. 68
  4. Cyprien Monget, La Chartreuse de Dijon : d'après les documents des archives de Bourgogne, t. I, Montreuil-sur-Mer, Impr. Notre-Dame des Prés, , 445 p. (lire en ligne), p. 352-353, 371-372
  5. (en) Susie Nash, « Claus Sluter's 'Well of Moses' for the Chartreuse de Champmol Reconsidered », The Burlington Magazine, Part II : Vol. 148, No. 1240, Jul. 2006, pp.456-467 [lire en ligne]
  6. 1 2 (de) Hella SCHRECKENBERG, « «Claus Sluter» », Bochumer historische Studien, Mitterlalterliche Geschichte, vol. 6, , p.126
  7. 1 2 3 4 Arthur KLEINCLAUSZ, Claus Sluter : sculpture bourguignonne au XVe siècle, Paris, Library de l’art ancien et moderne, , p. 111
  8. 1 2 (en) Kathleen MORAND, Claus Sluter : Artist at the court of Burgundy, Austin, University of Texas Press, , p.85
  9. Patrice Beck, "Un prince à la campagne", in Les arts sous Charles VI, Dossier de l'Art no 107, 2004, Dijon, p. 78-81.
  10. Notice no 000SC025093, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Joconde, ministère français de la Culture
  11. (en) « Calvary, Claus Sluter, c. 1390 - c. 1410 - Rijksmuseum », Rijksmuseum Amsterdam, - (lire en ligne [archive du ], consulté le )

Annexes

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Bibliographie

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  • (nl) Dr J. Duverger, De Brusselsche Steenbickeleren (met een aanhangsel over Klaas Sluter en zijn Brusselsche medewerkers te Dijon), A. Vyncke, Gand, 1933, 134 p..
  • Henri Drouot, « La visite de Claus Sluter à André Beauneveu », Revue du Nord, no 87, , p. 169-174 (lire en ligne)
  • Henri David, Claus Sluter, Paris, Éditions Pierre Tisné, 1951, p. 192
  • Ulrike Heinrichs-Schreiber, La sculpture de la Sainte-Chapelle de Vincennes et sa place dans l'art parisien à l'époque de Claus Sluter, in: Actes des journées internationales Claus Sluter, 1992, p. 97-114
  • (en) Kathleen Morand, Claus Sluter, artist at the court of Burgundy, Londres, Harvey Miller, , 400 p. (présentation en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • « Claus Sluter. Le Puits de Moïse, le tombeau de Philippe le Hardi », Dossier de l'art, no 203, (ISSN 1161-3122)

Articles connexes : sculpteurs et ymagiers de la Cour de Bourgogne

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Liens externes

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