Salangane soyeuse
Collocalia esculenta
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Apodiformes |
| Famille | Apodidae |
| Genre | Collocalia |
La Salangane soyeuse (Collocalia esculenta) ou Salangane à ventre blanc, est une espèce d'oiseaux de la famille des Apodidae. C'est une des espèces de salanganes dont les nids sont consommés en Asie du Sud-Est sous le nom de Nids d'hirondelle.
1. Taxonomie et répartition : Rheindt et al. (2017)
modifierLa salangane soyeuse est traitée ici sous le nom scientifique Collocalia esculenta. Elle appartient à un ensemble de salanganes à ventre blanc réparties dans la région indopacifique tropicale. La délimitation des espèces de ce groupe est difficile, car les formes régionales se ressemblent beaucoup par leur morphologie et leur plumage. Rheindt et ses collaborateurs ont étudié ce complexe en combinant des mensurations, l’examen du plumage de spécimens de musée et des données moléculaires. Leur étude a porté sur 809 individus appartenant à 32 taxons. Les auteurs ont proposé de reconnaître plusieurs formes régionales comme des espèces distinctes. Dans cette classification, C. esculenta au sens strict est associée à Sulawesi, aux Moluques, à la Nouvelle-Guinée, à l’archipel Bismarck et aux îles Salomon. Ils soulignent toutefois que des travaux supplémentaires sont encore nécessaires dans plusieurs régions de l’Indo-Pacifique pour préciser les relations entre populations et espèces.
Description
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Ce martinet mesure jusqu'à 11,5 cm. La Salangane soyeuse présente un plumage luisant, généralement de couleur brun noirâtre avec des reflets bleu-verdâtres selon l'éclairage. Malgré leur appellation courante d'« hirondelles », les salanganes ne sont pas des passereaux et ne sont que très éloignées des véritables hirondelles, telles que l'hirondelle busière (Langrayen à ventre blanc). Elles appartiennent à un groupe taxonomique distinct. Elles ne doivent pas non plus être confondues avec les chauves-souris, qui sont des mammifères.
L'espèce ne présente pas de dimorphisme sexuel apparent : les mâles et les femelles ont un aspect similaire. Ses ailes, longues et étroites, ont une forme caractéristique de lame de faux, adaptée à un vol rapide et agile. Son vol est sinueux et soutenu, généralement à faible hauteur au-dessus du sol, sous la canopée ou à proximité des falaises et des bâtiments[1].
Répartition et statut
modifierCette espèce se rencontre en Malaisie, aux îles Salomon, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Indonésie en Nouvelle-Guinée occidentale, aux Moluques et à Célèbes[2].
Cette sous-espèce est endémique à la Nouvelle-Calédonie où il se rencontre communément sur Grande Terre, sur l'île des Pins et aux îles Loyauté[3].
« Six espèces de salandins sont connues pour se trouver à Bornéo (…) la marangane à ventre blanc (Collocalia esculenta) (…) niche autour des entrées des grottes. » Les données subfossiles montrent qu’elle occupe la Grande Grotte de Niah depuis au moins 48 000 ans, indiquant la persistance d’habitats forestiers tropicaux dans la région[4].
Comportement
modifierAlimentation
modifierCet oiseau, comme les autres martinets, se nourrit d'insectes volants qu'il attrape au dessus des forêts tropicales.
La salangane soyeuse est un insectivore aérien : elle capture ses proies pendant le vol. Manchi et Sankaran ont étudié dans les îles Andaman les habitudes alimentaires et l’utilisation de l’habitat de deux salanganes, dont la forme Collocalia esculenta affinis. Leurs observations ont été réalisées dans des zones forestières et dans des rizières ouvertes, à différents moments de la journée[5].
La salangane soyeuse exploitait plusieurs micro habitats et présentait des variations dans ses manœuvres de recherche de nourriture. La taille des groupes variait également au cours de la journée et était liée au nombre de tentatives d’alimentation observées[5].
Dans cette étude, elle utilisait notamment l’intérieur de la canopée forestière et la canopée située au-dessus des berges. Les auteurs avertissent que la déforestation, y compris celle qui se produit à proximité ou à distance des grottes de reproduction, peut affecter fortement les populations sauvages des îles[5].
Ces résultats concernent toutefois uniquement la forme étudiée aux Andaman[5].

Reproduction
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La Salangane soyeuse niche dans des cavernes, généralement en colonies de plusieurs milliers d'individus. Elle construit son nid avec sa salive séchée[6]. Un œuf blanc est pondu. Cette espèce est proche de celle qui fabrique les "nids d'hirondelle" réputés dans la cuisine asiatique[1.1].
La Salangane soyeuse est une espèce coloniale : les oiseaux se reproduisent en groupes et plusieurs individus peuvent occuper simultanément un même site de nidification[7].
Evolution et morphologie
modifierL’étude de 508 carpométacarpes subfossiles montre une stabilité morphologique remarquable[4].
« Aucune preuve de changement dans la longueur des ailes n’a été trouvée. » Cela suggère que l’espèce a conservé la même performance de vol malgré les variations climatiques du Pléistocène et de l’Holocène[4].
Statut et pressions actuelles
modifierBien que Collocalia esculenta ne soit pas l’espèce la plus exploitée pour les nids comestibles, elle est désormais intégrée aux récoltes dans la Grande Grotte[4].
« Ces dernières décennies, les nids de salangues à ventre blanc ont également été intégrés aux récoltes. » Les changements récents du paysage (déforestation, agriculture intensive) pourraient affecter sa disponibilité en proies et ses habitats[4].
Systématique
modifierTaxinomie
modifierCette espèce a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758, sous le protonyme Hirundo esculenta[8].
Les espèces Collocalia affinis, Collocalia marginata, Collocalia isonota, Collocalia sumbawae, Collocalia neglecta, Collocalia uropygialis et Collocalia natalis étaient considérées comme des sous-espèces de Collocalia esculenta jusqu'en 2017[7].
Liste des sous-espèces
modifierSelon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.2, 2026)[2], la Salangane soyeuse est représentée par 17 sous-espèces (ordre phylogénétique) :
- Collocalia esculenta minuta Stresemann, 1925 — Tanah Jampea et Kalao ;
- Collocalia esculenta esculenta (Linnaeus, 1758) — Célèbes, îles Banggai et Sula, Moluques ;
- Collocalia esculenta manadensis Salomonsen, 1983 — nord de Célèbes, îles Sangihe et Talaud ;
- Collocalia esculenta spilura Gray, GR, 1866 — nord des Moluques ;
- Collocalia esculenta amethystina Salomonsen, 1983 — Waigeo ;
- Collocalia esculenta numforensis Salomonsen, 1983 — Numfor ;
- Collocalia esculenta nitens Ogilvie-Grant, 1914 — Yapen, nord de la Nouvelle-Guinée, Karkar ;
- Collocalia esculenta misimae Salomonsen, 1983 — Louisiades, îles Trobriand et île Woodlark ;
- Collocalia esculenta tametamele Stresemann, 1921 — Nouvelle-Bretagne ;
- Collocalia esculenta stresemanni Rothschild & Hartert, EJO, 1914 — îles de l'Amirauté ;
- Collocalia esculenta heinrothi Neumann, 1919 — Nouvelle-Hanovre, Nouvelle-Irlande et Djaul ;
- Collocalia esculenta spilogaster Salomonsen, 1983 — Tatau et îles Lihir ;
- Collocalia esculenta hypogrammica Salomonsen, 1983 — Nissan ;
- Collocalia esculenta lagonoleucos Schodde, Rheindt, & Christidis, 2017 — île Buka, Bougainville ;
- Collocalia esculenta becki Mayr, 1931 — centre des îles Salomon ;
- Collocalia esculenta makirensis Mayr, 1931 — Makira ;
- Collocalia esculenta desiderata Mayr, 1931 — Rennell et Bellona.
La Salangane soyeuse et l'Homme
modifierSes nids, appelés nids d'hirondelle "noirs", constitués de salive mais aussi de nombreuses plumes incorporées et de beaucoup de mousse et d'autres substances végétales, ont longtemps été considérés comme pratiquement inutilisables commercialement. Cette non-utilisation de ces nids dura au moins jusqu'à la fin des années 1970[9]. Aujourd'hui, ils sont soigneusement nettoyés avant d'être cuits et utilisés pour la préparation de soupe, aux prétendues vertus aphrodisiaques.
Les nids de la Salangane soyeuse (Collocalia esculenta) ont fait l'objet d'une exploitation humaine dans certaines régions d'Asie du Sud-Est. Leur composition, qui comporte une proportion importante de matériaux végétaux et de plumes, les distingue toutefois des nids de certaines autres salanganes, notamment des principales espèces exploitées pour la production de « nids d'hirondelle » destinés à la consommation humaine. Une revue consacrée aux nids d'oiseaux comestibles indique que les nids de C. esculenta peuvent être récoltés, mais qu'ils contiennent une proportion relativement faible de matière provenant de la salive et une quantité importante de plumes, de végétaux et d'autres matériaux[10].
La valeur commerciale de ces nids dépend ainsi de leur qualité et de la demande locale. Des observations réalisées en Malaisie et à Bornéo ont notamment fait état d'un intérêt croissant pour la collecte et la vente des nids de C. esculenta, leur exploitation devenant économiquement intéressante dans certaines régions[10].
Plus largement, l'exploitation des nids de salanganes a entraîné le développement d'une activité spécialisée en Asie du Sud-Est. Des bâtiments artificiels, souvent appelés « maisons à salanganes », ont été aménagés afin de reproduire certaines caractéristiques des cavités naturelles et d'attirer les oiseaux. Ces constructions peuvent accueillir des colonies de salanganes et sont notamment utilisées dans les régions où la production de nids constitue une activité économique[10].
Les nids destinés à la consommation humaine sont généralement récoltés puis nettoyés afin d'éliminer les plumes et les débris végétaux avant leur préparation. La soupe de nids d'hirondelle est traditionnellement consommée dans plusieurs pays d'Asie et fait l'objet de diverses croyances concernant ses effets bénéfiques sur la santé. Ces propriétés, notamment les prétendues vertus aphrodisiaques mentionnées dans certaines sources, ne doivent toutefois pas être présentées comme des effets médicalement démontrés[10].
L'exploitation commerciale des nids concerne cependant principalement certaines espèces de salanganes dont les nids sont particulièrement riches en sécrétions salivaires, notamment Aerodramus fuciphagus et Aerodramus maximus. Il convient donc de distinguer ces espèces de Collocalia esculenta, dont les nids présentent une composition différente[10].
Références
modifier- ↑ Vivien Chartendrault, Frédéric Desmoulins et Nicolas Barré, Oiseaux des forêts humides de la chaîne centrale Province Nord de Nouvelle-Calédonie: guide d'identification, Province Nord, [Nouvelle-Calédonie], (ISBN 978-2-9523950-2-1).
- ↑ p. 68-69
- 1 2 Congrès ornithologique international, version 15.2, 2026.
- ↑ Laurent Godé, Faune de Nouvelle-Calédonie, R. Le Guen, , 431 p. (ISBN 978-2-915964-03-5).
- 1 2 3 4 5 (en-US) « ScienceDirect.com | Science, health and medical journals, full text articles and books. » [archive du ], sur www.sciencedirect.com (consulté le )
- 1 2 3 4 « Birds of the world »
- ↑ Collectif (trad. François Poncioni), Le règne animal, Gallimard Jeunesse, , 624 p. (ISBN 2-07-055151-2), Salangane à ventre blanc page 323.
- 1 2 (en) Frank E. Rheindt, Les Christidis, Janette A. Norman, James A. Eaton, Keren R Sadanandan et Richard Schodde, « Speciation in Indo-Pacific swiftlets (Aves: Apodidae): Integrating molecular and phenotypic data for a new provisional taxonomy of the Collocalia esculenta complex. », Zootaxa, vol. 4250, no 5, , p. 401–433 (DOI 10.11646/zootaxa.4250.5.1
). - ↑ Linnaeus, C. 1758: Systema Naturae per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiæ: impensis direct. Laurentii Salvii. i–ii, 1–824 page 191
- ↑ John MacKinnon et Kathleen MacKinnon (trad. Janine Cyrot), Les animaux d'Asie : Écologie de la région indo-malaise, Fernand Nathan, , 172 p., page 84.
- 1 2 3 4 5 (en) Frank E. Rheindt, Les Christidis, Janette A. Norman et James A. Eaton, « Speciation in Indo-Pacific swiftlets (Aves: Apodidae): integrating molecular and phenotypic data for a new provisional taxonomy of the Collocalia esculenta complex », Zootaxa, vol. 4250, no 5, , p. 401–433 (ISSN 1175-5334, DOI 10.11646/zootaxa.4250.5.1, lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- (en) Animal Diversity Web : Collocalia esculenta (consulté le )
- (fr + en) Avibase : Collocalia esculenta (Linnaeus, C 1758) (+ répartition) (consulté le )
- (en) BioLib : Collocalia esculenta (Linnaeus, 1758) (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Collocalia esculenta (Linnaeus, 1758) (consulté le )
- (en) Congrès ornithologique international : Collocalia esculenta (Linnaeus, 1758) (consulté le )
- (fr) eBird : Collocalia esculenta (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Collocalia esculenta (Linnaeus, 1758) (consulté le )
- (en) NCBI : Collocalia esculenta (taxons inclus) (consulté le )
- Oiseaux.net : Collocalia esculenta (+ répartition) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Collocalia esculenta (Linnaeus, 1758) (consulté le )
- (en) Zoonomen Nomenclature Resource (Alan P. Peterson) : Collocalia esculenta dans Apodiformes (consulté le )