Comité antifasciste des femmes soviétiques
Le Comité antifasciste des femmes soviétiques (russe : Антифашистский комитет советских женщин) est un organisme soviétique fondé par l'État de Russie en 1941. Il appartient donc au parti communiste de l'Union soviétique, c'est une branche du gouvernement chargée de promouvoir la condition des femmes soviétiques à l'international.
| Fondation | |
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1992 |
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Union of Women of Russia |
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En 1956, il est rebaptisé Comité des femmes soviétiques, puis est dissout en 1992 et remplacé par l'Union of Women of Russia (en).
Histoire
modifierEn 1930, le Jenotdel, la branche du gouvernement soviétique en charge de la cause féminine, est dissout. L'État considère officiellement que les problèmes spécifiques aux femmes sont résolus en Russie soviétique. En réalité, les postes à responsabilité sont, pour la majorité, inaccessibles aux femmes[1]. Selon O.A. Khasbulatova, la division genrée du travail dans l'URSS limite considérablement les activités des femmes dans des rôles décisionnaires[2]. Le domaine qui échappe à cette règle est la diplomatie culturelle, où la participation des femmes est encouragée et encadrée, dans le but de donner une image progressiste de l'URSS[1].
En 1941 le Comité antifasciste des femmes soviétiques (CFS) est fondé pour promouvoir le modèle des femmes soviétiques à l'échelle internationale, et plus particulièrement la capacité des femmes soviétiques à concilier avec succès les rôles de mère, de travailleuse et de citoyenne. Les missions de la CFS ne ciblent plus l'égalité homme-femme, comme le Jenotdel avant lui, mais tend plutôt à la promotion de politiques conservatrices. En 1956, le comité change de nom et abandonne l'adjectif « antifasciste » pour devenir simplement le Comité des femmes soviétiques[1],[3].
Petit à petit, l'URSS professionnalise le CFS, notamment en intégrant des femmes sortant de l'École supérieure du Parti ou de l'Académie des sciences sociales. Des cadres syndicales et des journalistes sont également recrutées. À partir des années 1960, le mouvement des femmes soviétiques est marqué par l'émergence d'une nouvelle génération de militantes, charismatiques populaires dans les média[1].

Activité intérieure du Comité (antifasciste) des femmes soviétiques
modifierLe CFS est très souvent critiqué pour l'absence d'implication dans la cause féminine en URSS[1],[4]. Alors que les travailleuses soviétiques les alertent par un nombre de lettres importants, le CFS ne se mêle pas de l'amélioration de leurs conditions de travail. C'est notamment le cas pour les femmes impliquées dans les équipes de nuit : en 1990, en URSS, les équipes de nuit comptent 2 à 6 fois plus de femmes que d'hommes[4].
Le pacifisme et la coopération sont des positions primordiales du CFS en ce qui concerne la politique extérieure. Cependant, durant la conférence du Conseil de la paix de 1962, le CFS défend les essais nucléaires soviétique qui, selon lui, représente une mesure de défense, contrairement aux armées occidentales qui sont des expressions offensives du pouvoir étatique[3].
Étant une branche directe du gouvernement soviétique, le CFS est une « courroie de transmission de la politique du Parti-État ». Cependant, au début des années 1990, le CFS s'intègre dans un groupe féministe alors que les rassemblements civils à but politiques sont réprimés. De cette première association naît le bloc électoral Femmes de Russie dont le programme est ouvertement féministe car il promeut la parité dans les pouvoirs institutionnels[5].
Activité extérieure du Comité (antifasciste) des femmes soviétiques
modifierLa Fédération démocratique internationale des femmes
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Lors d'un congrès à Paris en 1945, le CFS annonce la fondation de la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF) qui porte le combat des travailleuses au niveau mondial, notamment grâce à sa fonction de conseillère des Nations unies. Pour construire une image de neutralité, la FDIF est présentée comme une initiative de l'Union des femmes françaises[1].
Alors que les autres pays membres se plaignent de manque de financement de la part de leurs gouvernements respectifs, le CFS bénéficie du soutien matériel de l'Union soviétique. En 1947, le CFS passe de 30 à 106 salariés grâce aux subventions gouvernementales. Le CFS bénéficie également du soutien des ambassades soviétiques et des infrastructure de diffusion du Parti, respectivement chargées de la compositions des délégations de la FDIF et de la promotion de la Journée internationale de l'enfance, promulguée par la FDIF[1].
En 1954, après des années marquées par la perte de crédibilité de la neutralité de la FDIF vis à vis de l'URSS, les Nations unies mettent un terme à leur partenariat avec elle. En 1956, la révolution hongroise entache d'autant plus l'image progressiste de l'URSS : de nombreux pays et personnalités politiques (comme Jean-Paul Sartre) rompent ostensiblement leur contact avec l'Union soviétique[1]. Au même moment les autorités soviétiques font leur possible pour intégrer des délégations de pays non-européens dans les commissions décisionnaires de la FDIF[6].
La FDIF est considérée par Margarita Poulos comme une des plateformes féminines mondiales les plus actives et célèbres de l'après-guerre[7]. Selon Jadwiga E. Pieper Mooney, la période de la Guerre froide est marquée par les organisations féminines internationales antifascistes comme la FDIF. Ces organismes permettent souvent à leurs membres de faire changer leurs politiques nationales respectives[8].
Diplomatie et relations internationales
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Les militantes du CFS sont invitées à prendre la parole auprès d'étudiants et d'écoliers dans les pays nouvellement démocrates. Les militantes du CFS envoyées à l'étranger, comme Zoïa Kosmodemianskaïa, ne sont pas des diplomates de métier et doivent être formées suite à leur recrutement. Parallèlement, le CFS reçoit des délégations nationales en voyage dans l'URSS, surtout des femmes, dans le but de créer des liens avec des organismes gouvernementaux et citoyens d'autres pays[1].
Le CFS parvient par exemple à s'associer à l'Alliance des femmes du Costa Rica par l'entremise de Virginia Greyt[1]. Les épouses d'ambassadeurs soviétiques sont parfois questionnées sur le statut des femmes et les sujets d'actualité qui dépassent leurs compétences propres. Elles font alors appel au CFS pour solliciter des textes et discours "clés en main" pour répondre aux journalistes. Alors que le ministère de la Santé refuse de soutenir officiellement Cuba, le CFS est autorisé à se rendre à Cuba pour tisser des liens avec l'Institut cubain de l'enfance. Suite à cette intervention, le secteur de l'enfance à Cuba fleurit[1]. Pendant plusieurs années à partir de 1943 un programme de correspondance entre femmes soviétiques et américaines est mis en place[9].
Des voyages d'études sont organisés pour des universitaires, citoyennes et artistes du monde entier[10],[11]. La Suissesse Helene Bossert participe à un de ces voyages en 1953[12]. En 1962, Le CFS organise un séminaire sur l'éducation à l'intention des femmes africaines qui est soutenu par l'UNESCO et la FDIF. L'événement a lieu à Tachkent et est présenté comme un acte de solidarité entre l'URSS et les pays colonisés. Le séminaire reçoit des personnalités telles que Fanta Diallo (Union des femmes du Mali), Priscilla Gumane (Mozambique), Amina Ibrahim (Somalie), Doroty Kaishaja (Tanganyika), Sophia Doku (parlementaire du Ghana et membre de l'Union nationale des femmes du Ghana)[10]. Dans les années 1970, sur les conseils de diplomates originaires de pays colonisés, le CFS met en place un système de bourses universitaires à destination des étudiantes asiatiques, africaines et latino-américaines. En 1982, 867 jeunes femmes peuvent venir poursuivre leur cursus universitaire en URSS grâce à ce dispositif[1].
De manière générale, le CFS s'investit dans divers projets et événements dont le but est la solidarité et le pacifisme : il participe à la levée de fonds pour des sinistrés anglais en 1953[13], et vient régulièrement en aide à l'Italie.
Le cas de l'Italie
modifierLes liens diplomatiques entre l'URSS et l'Italie se constituent, à la fin des années 1940, en partie grâce aux organisations féminines nationales des deux pays : le Centro italiano femminile (it) et l'Union des femmes pour l'Italie, le Comité antifasciste des femmes soviétiques pour l'URSS. L'Italie fait confiance à l'URSS grâce à son rôle de libérateur et pacificateur suite à la dictature de Benito Mussolini. Au cours des échanges entre femmes et dans les discours prononcés lors des événements diplomatiques la place de la paix est centrale. Malgré tout, le gouvernement italien n'apporte aucun soutien financier aux deux organismes féminins[14].
Une délégation italienne visite Moscou en 1946, et l'année suivante un groupe de femmes soviétiques se déplacent en Italie. Il s'ensuit de nombreuses autres invitations et voyages jusqu'aux années 1950. Au cours d'une de ces visites, la délégation de femmes italienne cherche s'informer sur le sorts de prisonniers italiens dans l'URSS. Elles obtiennent un entretien avec le général Konstantin Golubev (en). En 1951, le CFS participe à la levée de fonds à destination des sinistrés italiens suite à la crue du delta du Pô[14].
L'amitié italo-soviétique commence à battre de l'aile au milieu des années 1950 alors que la population italienne se montre de plus en plus critique de la politique soviétique. Après 1956, l'Union des femmes italienne trouve son inspiration dans les organisations de femmes américaines et délaissent le modèle soviétique[14].
Femmes Soviétiques
modifierMembres connues
modifier- Klavdia Kirsanova[16].
- Inaï Népédéva[17].
- Naima Mahmudova
- Olga Chechetkina[3].
Liens externes
modifierNotes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (ru) O. S. Nagornaya, « Женщины в структурах советской культурной дипломатии холодной войны: пространства мобилизации и практики соучастия » [« Les femmes dans la diplomatie culturelle soviétique durant la Guerre froide : entre mobilisation et participation »], Новейшая история России, vol. 10, no 2, , p. 451-167 (DOI 10.21638/11701/spbu24.2020.212, lire en ligne)
- ↑ (ru) O.A. Khasbulatova, « Technology to create the myth of gender equality », Zhenshchina v rossiiskom obshchestve, no 4,
- 1 2 3 4 (en) Tatsiana Shchurko, « Angela Davis in the Soviet Union: Rethinking Feminist Solidarity Across Race, Empire, and State Power », American Communist History, vol. 24, nos 1-4, (DOI 10.1080/14743892.2025.2567728, lire en ligne)
- 1 2 Natalia Zaharova, Anastasia Posadskaja et Natalia Rimasevskaja, « Comment nous résolvons la question des femmes [Témoignage] », Sociétés Contemporaines, no 2, (lire en ligne)
- ↑ Helena Zdravomyslova, « Aperçu du mouvement féministe en Russie contemporaine », Diogène, vol. 2, no 194, (lire en ligne)
- ↑ (en) Yulia Gradskova, « Women’s international Democratic Federation, the ‘Third World’ and the Global Cold War from the late-1950s to the mid-1960s », Women's History Review, (DOI 10.1080/09612025.2019.1652440, lire en ligne)
- ↑ Margarita Poulos, « Transnational militancy in Cold-War Europe: gender, human rights, and the WIDF during the Greek Civil War », European Review of History: Revue européenne d’histoire, vol. 24, no 1,
- ↑ Jadwiga E. Pieper Mooney, « Fighting fascism and forging new political activism: The Women’s International Democratic Federation (WIDF) in the Cold War », dans Jadwiga E. Pieper Mooney, Fabio Lanza (dir.), Decentering Cold War History: Local and Global Change, Routledge,
- ↑ (en) Ella Rossman, « review of Dear Unknown Friend: The Remarkable Correspondence between American and Soviet Women », Reviews in History, (DOI 10.14296/RiH/2026/2490, lire en ligne)
- 1 2 Yulia Gradskova, « Guerre froide culturelle et développement. La Fédération démocratique internationale des femmes (1960-1980) », Clio : Femmes, genre, histoire, no 57, (DOI 10.4000/clio.23307, lire en ligne)
- ↑ Marie-Élise Hunyadi, « Chapitre II. Une fédération d’associations nationales, reflets de situations universitaires contrastées », dans L’accès des femmes aux études universitaires L’engagement de la Fédération internationale des femmes diplômées des universités (1919-1970), Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-9974-1 et 978-2-7535-9580-4, lire en ligne)
- ↑ Rea Köppel, « Une chasse aux sorcières pendant la guerre froide », Musée national suisse, (lire en ligne)
- ↑ « L'aide russe aux sinistrés anglais », Instanboul, (lire en ligne)
- 1 2 3 (ru) коЗЛоВа Светлана Юрьевна (Svetlana Iourievna Kozlova), « иТаЛЬЯнСкоЕ ЖЕнСкоЕ дВиЖЕниЕ (1946–1956-е годы): ориЕнТир – СоВЕТСкиЙ СоЮЗ » [« Le mouvement des femmes en Italie (1946–1956) : l'Union soviétique comme point de repère »], Vestnik of Northern (Arctic) Federal University Series "Humanitarian and Social Sciences", no 3, (lire en ligne)
- ↑ « Notice : La femme soviétique : revue sociale, politique et littéraire illustrée », sur Bibliothèques patrimoniales de la ville de Paris (consulté le )
- ↑ Serge Wolikow, « KIRSANOVA Klavdia, Ivanovna », sur Le Maitron, (consulté le )
- ↑ « YVES FARGE, PRIX STALINE DE LA PAIX », sur Ciné-Archives (consulté le )