Commandement du combat futur
Le Commandement du combat futur (CCF) est créé le 1er août 2023. Grand commandement placé sous l'autorité direct du chef d'état-major de l'armée de Terre (CEMAT), il est chargé d'accompagner la transformation des capacités et moyens de l'armée de Terre française. Il a pour missions d'anticiper les évolutions de la guerre, d'accompagner l'innovation et de traduire les ruptures technologiques, doctrinales et organisationnelles en capacités opérationnelles concrètes[2]. Le CCF est présenté par l'armée de Terre comme son référent en matière d'innovation et de conduite des opérations d'armement[3].
| Commandement du combat futur | |
Insigne du CCF. | |
| Création | |
|---|---|
| Pays | |
| Allégeance | Armée française |
| Branche | Armée de terre |
| Type | Grand commandement de l'armée de Terre |
| Garnison | Paris, Satory |
| Surnom | CCF |
| Commandant | Général de corps d'armée Bruno Baratz[1] |
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Le CCF est commandé depuis sa création par le général de corps d'armée Bruno Baratz[4].
Le CCF travaille avec différents acteurs institutionnels de la défense, notamment la Direction générale de l'armement, l'Agence de l'innovation de défense, l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense et la Section technique de l'armée de Terre[3]. Ces coopérations visent à mettre en lien les besoins opérationnels des forces, les travaux de recherche et les développements technologiques. Il entretient également des relations avec l'écosystème industriel de défense français, notamment avec le Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT), ou l'ensemble des TPE et PME qui pourraient se rattacher de près ou de loin à l'industrie et technologie de défense[5].
Missions
modifierLe 19 juin 2024, le chef d’état-major de l’armée de Terre officialise la création du Commandement du combat futur (CCF) par l’ordre du jour n°54. Dans la cour de l'Hôtel National des Invalides, il lui confie trois missions devant permettre à l'armée de Terre de se préparer aux combats futurs[6].
La première mission du CCF consiste à « éclairer l'armée de Terre », à assurer une fonction d'anticipation et d'analyse prospective. Le commandement étudie les évolutions des conflits, les transformations technologiques et les retours d'expérience issus des opérations françaises et étrangères. Il travaille également avec des acteurs de la recherche et de la réflexion stratégique afin d'identifier les évolutions susceptibles d'avoir un impact sur les forces terrestres[7].
Sa deuxième mission est de « favoriser l'innovation ». Le CCF participe à l'identification, à l'expérimentation et à l'évaluation de nouvelles solutions destinées aux forces terrestres, en lien avec la Direction générale de l'armement (DGA), la Section technique de l'armée de Terre (STAT), les industriels de défense et les unités opérationnelles. Il s'intéresse notamment aux innovations issues du terrain, ainsi qu'aux technologies émergentes et civiles qui peuvent avoir un impact sur les modes d'action militaires[8].
Enfin, la troisième mission du CCF est de « transformer l'idée en capacité ». Cette approche consiste à ne pas limiter l'introduction d'une technologie à son seul développement matériel, mais à prendre en compte son intégration dans un ensemble comprenant l'organisation des forces, la doctrine, la formation, le soutien logistique ou les conditions d'emploi opérationnel[9].
Organisation
modifierÀ sa création, le CCF agrège l'ancien Centre de doctrine et d'enseignement du commandement (CDEC), la Section technique de l'Armée de terre (STAT) dont le Battle Lab Terre, et la Force d’expertise du combat Scorpion (FECS). Pour remplir les missions qui lui sont confiées, le CCF se structure autour de quatre piliers majeurs[10] :
- Le Centre d'études stratégiques - Terre
- Le Laboratoire du combat futur
- La Section technique de l'armée de Terre
- La Division développement des forces
Les pôles exploratoires
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Les pôles exploratoires sont créés à l'été 2025 par le Commandement du combat futur, sous l'impulsion du LCF.
Chaque pôle s'inscrit ainsi dans un champ précis du combat futur : robotisation, dronisation, lutte anti-drone, combat collaboratif, feux dans la profondeur, soutien logistique, ou encore combat en milieux spécifiques (montagne, amphibie)[11]. Géographiquement identifiés, ils ont pour objectif de développer des écosystèmes locaux associant unités opérationnelles, industriels, chercheurs et acteurs institutionnels. Ils visent ainsi à rationaliser, à canaliser la dynamique d'innovation, ainsi qu'à renforcer la captation des technologies et innovations émergentes, tout en évitant l'éparpillement des ressources.
L'innovation au CCF : top-down et bottom up
modifierLe projet Pendragon
modifierPendragon est un projet français d'expérimentation consacré à la robotisation du combat terrestre et à l'intégration de systèmes d'intelligence artificielle dans les opérations militaires. Il est conduit conjointement par le Commandement du combat futur, l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense, et soutenu par la Direction générale de l'armement. Le projet vise à développer une unité robotique de combat (URC) associant des robots terrestres et drones aériens capables de coopérer dans un environnement opérationnel[12].
Le projet s'inscrit dans une démarche d'innovation dite « top-down », c'est-dire initiée par les autorités militaires afin d'explorer et d'expérimenter de nouvelles capacités avant leur éventuelle intégration dans les forces. Il repose sur un principe de collaboration homme-machine, avec l'objectif d'évaluer les apports de l'autonomie, de la robotique et de l'intelligence artificielle dans la conduite des opérations terrestres[13]. Les systèmes autonomes sont conçus pour assister les opérateurs et les chefs militaires, tandis que la décision humaine demeure intégrée dans la chaîne de commandement. Cette orientation est présentée par l'armée de Terre comme un principe de maintien de « l’homme dans la boucle » afin de conserver la responsabilité du commandement lors de l'emploi de ces systèmes[14].
Les campagnes réalisées régulièrement sur le camp de l'Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan doivent permettre d'évaluer une première capacité opérationnelle pour 2027. Le projet prévoit ainsi l'expérimentation d'un ensemble d'environ vingt plateformes terrestres et aériennes, avec une évolution envisagée vers une capacité employable à des niveaux tactiques supérieurs, notamment jusqu'au niveau compagnie[15]. Les expérimentations portent notamment sur des fonctions telles que la navigation, la détection, l'identification et la coordination entre différents systèmes.
Au-delà de la mise au point technique, Pendragon participe aux réflexions de l'armée de Terre française sur l'évolution du combat terrestre face au développement des drones, de l'automatisation et des systèmes autonomes. Le projet vise également à étudier les conditions d'intégration de ces technologies dans les forces armées, notamment en matière de doctrine, d'emploi opérationnel et de formation.
L'escadron de drones de chasse du 1er RIMa
modifierL'escadron de drones de chasse (EDC) du 1er Régiment d'infanterie de marine (1er RIMa) est un concept expérimental de l'armée de Terre visant à intégrer des drones dans les unités tactiques terrestres. Contrairement aux démarches d'innovation conduites directement par les états-majors, ce projet est présenté comme issu d'une logique dite « bottom-up », c'est-à-dire développée à partir des besoins identifiés par les unités engagées sur le terrain et des retours d'expérience opérationnels[16].
Le concept repose sur la création d'une structure spécialisée capable de mettre en oeuvre plusieurs drones au sein d'un même niveau tactique. L'objectif est de regrouper au sein d'une unité régimentaire des moyens de renseignement, de surveillance, d'acquisition d'objectifs et d'action de destruction. Les drones employés peuvent être utilisés de manière coordonnée, individuellement ou sous forme d'essaim, afin d'appuyer les unités au contact et d'agir dans la profondeur du dispositif adverse[17].
L'EDC cherche notamment à rapprocher les capacités de détection et d'action au niveau des unités engagées. Cette organisation vise à réduire les délais entre l'observation d'une situation et la transmission d'une information exploitable par les combattants, en intégrant directement les capteurs et certains moyens d'action dans la même chaîne tactique. Le concept explore ainsi l'emploi de drones comme outils de renseignement, d'appui et d'intervention dans un environnement de combat de haute intensité[18].
Une première expérimentation opérationnelle du dispositif a été conduite par le 1er RIMa en 2025, notamment lors de l'exercice multinational Hedgehog en Estonie. Cette phase a permis d'évaluer l'emploi d'une unité de drones intégrée à une manoeuvre interalliée et d'étudier les conditions d'utilisation de ce type d'organisation dans un cadre opérationnel[16].
Le développement de l'EDC s'inscrit dans une évolution plus large de l'armée de Terre face à l'utilisation croissante des drones sur les théâtres d'opérations. Les expérimentations portant notamment sur l'emploi de drones à bas coût, leur coordination, leur intégration dans les unités de mêlée et les adaptations nécessaires en matière de formation, d'organisation et de doctrine[19].
À la suite des travaux conduits par le 1er RIMa, le modèle doit être expérimenté dans d'autres régiments. Plusieurs unités doivent recevoir une structure comparable, parfois désignée sous le terme d'unité drone de contact (UDC), afin d'évaluer la possibilité d'une généralisation progressive du concept à partir de 2027[20].
Insigne
modifierHomologué par le Service Historique de la Défense sous le n°G5889, l'insigne du CCF est frappé par la maison Drago. Tournée vers l'avenir, l'image d'Athéna figure la sagesse et la stratégie. Elle est associée à la flèche, arme de jet et symbole du but à atteindre. Au centre de l'insigne, les trois couleurs indiquent que ce nouveau commandement contribue à donner à la France une armée de Terre à la hauteur des enjeux des combats futurs. Les deux lames d'or entrelacées incarnent la dynamique de l'innovation. Elles évoquent le lien indissociable entre le passé et l'avenir, soulignant ainsi l'importance du cycle continu d'évolution et de développement au sein des forces terrestres[8].
Implantation
modifierLe CCF est implanté sur plusieurs sites. Après une première installation à l'École militaire à Paris, une partie de ses activités a été transférée en 2025 sur le plateau de Satory, où se trouve également la Section technique de l'armée de Terre. Cette implantation vise à rapprocher les acteurs chargés de la recherche, de l'expérimentation et de l'évaluation des capacités militaires[9].
L'École militaire accueille toujours certaines composantes du CCF, notamment le Centre d'études stratégiques - Terre (CES-T) et le bureau « Jeu de guerre » du Laboratoire du combat futur (LCF), ainsi qu'une partie de l'état-major. Cela permet au CCF de conserver des liens étroits avec les milieux académiques et universitaires, les centres de réflexion et les institutions militaires.
La plateau de Satory accueille désormais plusieurs entités du CCF, dont le Laboratoire du combat futur, la Division développement des forces (DDF) et la majeure partie de l'état-major. Cette implantation s'inscrit dans une logique de rapprochement avec les acteurs industriels, scientifiques et institutionnels présents dans l'écosystème francilien de la défense et de l'innovation (plateau de Saclay). Elle vise notamment à faciliter les coopérations autour de l'expérimentation de nouvelles technologies et de leur intégration dans les forces terrestres[21].
La Force d'expertise du combat Scorpion (FECS) constitue une autre composante associée aux travaux de transformation de l'armée de Terre. Implantée à Mailly-le-Camp, elle regroupe des experts chargés de conduire des évaluations technico-opérationnelles et tactiques liées au programme Scorpion, qui vise à moderniser les capacités de combat terrestre françaises[22]. La FECS participe également à l'expérimentation de nouveaux concepts d'emploi et à l'étude de technologies émergentes susceptibles d'être intégrées aux forces terrestres, notamment dans les domaines de la robotique, de l'intelligence artificielle, de la simulation, de la réalité augmentée ou des systèmes connectés[23].
Notes et références
modifier- ↑ Décret du 5 juillet 2023 portant nomination d'officiers généraux.
- ↑ « FACE AUX NOUVELLES RÉALITÉS OPÉRATIONNELLES, L’ARMÉE DE TERRE RENFORCE L’INNOVATION » (consulté le )
- 1 2 « Le commandement du combat du futur (CCF) | Ministère des Armées et des Anciens combattants », sur www.defense.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Décret du 5 juillet 2023 portant nomination d'officiers généraux - Légifrance » [archive du ], sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Accueil », sur GICAT - Groupement des Industries françaises de Défense et de Sécurité terrestres et aéroterrestres (consulté le )
- ↑ « Discours officiels du chef d'état-major de l'armée de Terre | Ministère des Armées et des Anciens combattants », sur www.defense.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Le commandement du combat futur : un an d'innovation - ASAF Association de Soutien à l'Armée Française », sur https://www.asafrance.fr/ (consulté le )
- 1 2 « Le Commandement du combat futur (CCF) | Portail fédérateur de l'armée de Terre », sur www.terre.defense.gouv.fr, (consulté le )
- 1 2 « Tome IV - Défense : Préparation et emploi des forces : Forces terrestres », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le )
- ↑ « Page d'accueil CCF | Portail fédérateur de l'armée de Terre », sur www.terre.defense.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ [vidéo] « #36 - L'innovation de défense au coeur des territoires : les pôles exploratoires de l'armée de Terre », Commandement du combat futur, , 20:30 min (consulté le )
- ↑ « Le projet Pendragon | Comité Robotique France 2030 », sur c-robotique-france2030.org (consulté le )
- ↑ « Pendragon : franchir un cap décisif dans la robotisation du combat terrestre | Ministère des Armées et des Anciens combattants », sur www.defense.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Combats Futurs 04 : Robotisation du champ de bataille | Portail fédérateur de l'armée de Terre », sur www.terre.defense.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Pendragon, l’unité de combat robotisée grâce à l’IA de l’armée française » [archive du ], sur Le Point.fr (consulté le )
- 1 2 @armeedeterre, « L'escadron de drones de chasse | TerreMag », sur www.terremag.defense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « LE 1ER RIMA ACCÉLÈRE SUR LES DRONES », sur Magazine Raids (consulté le )
- ↑ Laurent Lagneau, « L'escadron de drones de chasse du 1er Régiment d'Infanterie de Marine démontre son efficacité », sur Zone Militaire, (consulté le )
- ↑ Laurent Lagneau, « Élaboré par le 1er RIMa, le concept d’escadron de drones de chasse va faire tache d’huile au sein de l’armée de Terre », sur Zone Militaire, (consulté le )
- ↑ Nathan Gain, « L'escadron de drones de chasse étendu à cinq autres régiments », sur FOB - Forces Operations Blog, (consulté le )
- ↑ « Le commandement du combat futur : un an d'innovation | Ministère des Armées et des Anciens combattants », sur www.defense.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Le Programme Scorpion : La Révolution du Combat Terrestre Français - Blog de Projet13 », sur www.projet13.com (consulté le )
- ↑ Nathan Gain, « "Un cadre plutôt qu'un carcan" : comment la FECS et la DEPCIA contribuent à élaborer la doctrine Scorpion », sur FOB - Forces Operations Blog, (consulté le )
