Commission du courant de Benguela
La Commission du courant de Benguela, ou BCC, est une initiative intergouvernementale multisectorielle de l'Angola, de la Namibie et de l'Afrique du Sud .
Objectifs
modifierCréée en janvier 2007 par la signature d'un accord intérimaire entre les gouvernements de l'Angola, de la Namibie et de l'Afrique du Sud, la BCC promeut la gestion durable et la protection du grand écosystème marin du courant de Benguela, ou BCLME. Ensuite, le 18 mars 2013, les trois gouvernements signe la Convention du courant de Benguela, un traité environnemental qui consacre la Commission du courant de Benguela comme une organisation intergouvernementale permanente.
Le BCC se base sur l'approche des grands écosystèmes marins (LME) en matière de gouvernance des océans. Elle se fixe comme objectif la gestion des stocks de poissons partagés ; la surveillance environnementale ; la biodiversité et la santé des écosystèmes ; l'atténuation de la pollution ; et la minimisation des impacts de l'exploitation minière marine et de la production de pétrole et de gaz . Une saine gouvernance environnementale, la formation et le renforcement des capacités figurent en plein centre de son programme.
Le BCC donne, à l’Angola, à la Namibie et à l’Afrique du Sud un moyen d’introduire une approche écosystémique de la gouvernance des océans . Cela traduit qu’au lieu de gérer les ressources vivantes et non vivantes au niveau national, les trois pays travaillent en collaboration et ensemble par l’intermédiaire du BCC pour résoudre les problèmes qui affectent le BCLME.
Histoire
modifierBien que l’Angola, la Namibie et l’Afrique du Sud ont chacune de politiques, de législations et de structures pour gérer leurs zones économiques exclusives respectives, depuis le milieu des années 1990, les trois pays promeuvent une approche coordonnée en matière de gestion de la BCLME[1]. Suite à une première rencontre historique entre des scientifiques marins des trois pays, qui s'est tenue à Swakopmund, en Namibie, en juin 1995, le programme BCLME est conçu. Avec le soutien des trois pays et l’appui financier et logistique du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le programme BCLME est mis en œuvre entre les années 2002 et 2008. Son but est d’améliorer les connaissances et la compréhension du BCLME et de renforcer la capacité des trois pays à traiter conjointement les problèmes environnementaux qui se produisent au-delà des frontières nationales afin que le BCLME puisse être géré de manière coordonnée et intégrée[2]. Le programme BCLME est mis en œuvre en parallèle avec BENEFIT, qui est le programme régional de formation et de recherche en sciences marines axé entre autre sur la pêche et les ressources marines.
Les connaissances générées par le programme BCLME conduissent les gouvernements de l’Angola, de la Namibie et de l’Afrique du Sud à reconnaître qu’une coopération efficace à long terme entre eux dans la mise en œuvre d’une approche écosystémique au sein du BCLME nécessite la mise en place de dispositifs institutionnels stables[3]. Comme resultante, les trois pays créent la Commission du courant de Benguela.
La convention
modifierLe 18 mars 2013 marque la signature de la convention sur le courant de Benguela par les gouvernements de l'Angola, de la Namibie et de l'Afrique du Sud. L’objectif de la Convention est de « promouvoir une approche régionale coordonnée pour la conservation, la protection, la réhabilitation, la mise en valeur et l’utilisation durable à long terme du grand écosystème marin du courant de Benguela, afin d’apporter des avantages économiques, environnementaux et sociaux »[3]. La Convention s'applique dans toutes les zones qui relève de la souveraineté et de la juridiction nationales, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, délimitées par la laisse de haute mer le long des côtes des parties. Pour donner effet à l’objectif de la Convention sur le courant de Benguela, les pays sont guidés par les principes suivants :
- le principe de coopération, de collaboration et d’égalité souveraine ;
- utilisation et gestion durables des ressources marines ;
- le principe de précaution ;
- prévention, évitement et atténuation de la pollution ;
- le principe du pollueur-payeur ;
- protection de la biodiversité dans le milieu marin et conservation de l'écosystème marin[3].
La Convention qui porte sur le courant de Benguela engage les gouvernements de l'Angola, de la Namibie et de l'Afrique du Sud à :
- prendre toutes les mesures possibles pour prévenir, réduire et minimiser la pollution et prendre les mesures nécessaires pour protéger l'écosystème marin contre tout impact négatif ;
- réaliser une évaluation d’impact environnemental pour les activités proposées susceptibles d’avoir des effets néfastes sur les milieux marins et côtiers ;
- appliquer des mesures de gestion fondées sur les meilleures données scientifiques disponibles ;
- mettre en place des mécanismes de collecte, de partage et d’échange de données intersectorielles ;
- Dans la mesure du possible, inverser et prévenir toute altération et destruction de l’habitat ;
- protéger les espèces vulnérables et la diversité biologique ; et
- prendre toutes les mesures possibles pour renforcer et maintenir les capacités humaines et infrastructurelles[3].
La Convention axée sur le courant de Benguela définit aussi la structure et les fonctions de la Commission du courant de Benguela, y compris les rôles, les fonctions et les responsabilités de son Secrétariat et de ses comités permanents. Il est question du Comité consultatif sur l'écosystème, du Comité des finances et de l'administration et du Comité de conformité. La Convention stipule également que les décisions et recommandations de la Commission du courant de Benguela doivent être prises par consensus et que les parties sont dans l'obligation de coopérer pour régler les différends. Les langues de la Commission sont notamment: l'anglais et le portugais. Le siège de cet organisme intergouvernemental se trouve à Swakopmund, en Namibie[3].
Ratification
modifierLa Convention portant sur le courant de Benguela est ratifiée par le gouvernement de Namibie en 2013, et par le gouvernement de l’Angola et le gouvernement de l’Afrique du Sud en 2014.
Le programme d'action stratégique
modifierEn août 2014, la quatrième conférence ministérielle de la Commission du courant de Benguela se déroule à Namibe (aujourd'hui Moçâmedes ), en Angola, en août 2014. c'est lors de la Conférence se met en place l'adopton du Programme d'action stratégique (PAS) quinquennal par les ministres et les hauts fonctionnaires représentant les secteurs de la pêche, de l'environnement, des transports et des mines de l'Angola, de la Namibie et de l'Afrique du Sud ont adopté . Le SAP est un document très complet qui :
- identifie et analyse six défis transfrontaliers qui menacent la durabilité environnementale du BCLME
- énumère les mesures politiques nécessaires pour relever ces défis et les organise en huit thèmes
- décrit de manière générale le financement nécessaire à la mise en œuvre des mesures politiques.
Le SAP transparet les objectifs, les principes et les fonctions énoncés dans la Convention de Benguela. Il définit les orientations politiques pour la période 2015-2019. Le compsant du SAP resulte de l’analyse diagnostique transfrontalière (ADT), une évaluation scientifique et technique qui identifie et classe les problèmes transfrontaliers et propose des mesures correctives. Un premier document d'aide à la décision technique (TDA) est élaboré pour le BCLME en 1999 et ce document est mis à jour en 2013, à la suite d'une série d'ateliers consultatifs. Le SAP est complété par un plan de mise en œuvre, un document opérationnel qui explique en detail les activités nécessaires à la mise en œuvre des actions politiques. Le plan de mise en œuvre fournit un cadre permettant au BCC d'élaborer des projets scientifiques ou de gestion détaillés qui contribuent à atteindre ses objectifs.
importance régionale et mondiale
modifierLe grand écosystème marin du courant de Benguela (BCLME) s'étend de l'est du cap de Bonne-Espérance, vers le nord dans les eaux angolaises et englobe toute l'étendue de l'environnement marin de la Namibie[2]. À l’instar des systèmes de courants de Humboldt, de Californie et des Canaries, le Benguela est un écosystème majeur de remontée d’eau côtière et un centre important de biodiversité marine et de production alimentaire marine[2]. La bathymétrie, l'hydrographie, la chimie et la trophodynamique particulières se combinent, s'assemble pour faire du BCLME l'une des zones océaniques les plus productives au monde ; la productivité primaire annuelle moyenne est de 1,25 kilogramme de carbone par mètre carré par an – environ six fois plus élevée que l'écosystème de la mer du Nord .
Une productivité élevée résulte de la fertilisation (une productivité abondante )continue des eaux de surface par la remontée d'eaux froides et riches en nutriments . [4] Cette eau froide se déplace des profondeurs où la lumière est limitée vers l'environnement bien éclairé de la surface où les conditions sont idéales pour la croissance et la division rapides des cellules phytoplanctoniques . Ces plantes unicellulaires prolifèrent pour former des efflorescences phytoplanctoniques denses. Ce sont ces pics de productivité épisodiques mais fréquents du phytoplancton qui font du BCLME une région de productivité élevée et soutenue tout au long de l'année[4]. Cette forte productivité contraste toutefois avec la biodiversité relativement faible du BCLME. La faible biodiversité est attribuée à la nature extrêmement variable du milieu marin à différentes échelles temporelles et spatiales, ce qui favorise les généralistes par rapport aux spécialistes[4].
Le Benguela est particulièrement productif en termes de ressources halieutiques à savoir : de petits poissons pélagiques , mais les prédateurs supérieurs tels que les oiseaux de mer et les mammifères marins y sont également abondants[4]. La pêche commerciale et l'extraction de ressources naturelles non vivantes telles que le pétrole et le gaz, les diamants et autres minéraux, sont au cœur des activités industrielles de la région[5]. On estime que les ressources côtières et marines contribuent à hauteur d'environ 269 milliards de dollars américains par an aux économies de l'Angola, de la Namibie et de l'Afrique du Sud. L'Angola est le deuxième plus grand producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne (après le Nigéria) et domine l'industrie pétrolière et gazière du BCLME. L'économie du pays est en quelques sorte entièrement dépendante de la production pétrolière, les exportations de pétrole représentant environ 98 % des recettes publiques en 2011 selon le Fonds monétaire international[6].
La pêche industrielle contribue également de manière importante à l'économie de la région et la pêche artisanale à petite échelle assure la subsistance de milliers d'Angolais et de Sud-Africains[5]. En Namibie, plus de 20 espèces sont pêchées commercialement et environ 90 % des prises sont exportées. L'industrie de la pêche emploie 13 700 personnes (chiffres de 2003)[7]. En Namibie, les pêcheurs artisanaux sont très peu nombreux, mais la pêche de loisir est un sport populaire et une attraction majeure pour les touristes côtiers. En Angola, au moins 25 000 personnes vivant sur la côte travaillent comme pêcheurs artisanaux, tandis qu'environ 80 000 personnes – principalement des femmes – préparent et vendent les prises artisanales et dépendent donc de la pêche pour leurs moyens de subsistance[5]. L'industrie de la pêche sud-africaine est très diversifiée. La flotte de pêche du pays comprend des embarcations allant de petits canots pour la pêche à la langouste à des chalutiers congélateurs très sophistiqués. La pêche aux petits pélagiques de sardines et d'anchois est la plus importante en volume, tandis que le chalutage en eaux profondes est le plus important en valeur. Cette pêcherie cible le merlu du Cap. Des pêcheurs artisanaux opèrent le long de toute la côte sud-africaine, récoltant une grande variété d'espèces, notamment des poissons de ligne, des moules, des huîtres, des ascidies et des bigorneaux communs . Diverses espèces d' algues constituent la base d'une petite industrie qui produit des produits à base d'alginate et des aliments pour les exploitations aquacoles [5].
Les environnements côtiers et de plateau continental de la région du courant de Benguela renferment de riches réserves de minéraux, notamment de diamants[2] . La Namibie est mondialement réputée pour ses diamants de qualité gemme présents le long du fleuve Orange, aussi bien sur terre qu'en mer. Au fur et à mesure que les réserves de diamants terrestres s'épuisent, la production future de diamants va provenir principalement des fonds marins. Les opérations minières en eaux moyennes à profondeurs nécessitent des navires et des chenillés sophistiqués capables de récupérer des graviers/sables diamantifères du fond marin[8]. Les gisements de phosphate découverts à des profondeurs de 180 à 300 m suscite l'intérêt, mais le gouvernement namibien annonce un moratoire sur l'exploitation minière du phosphate dans le but de mener une étude sur les impacts potentiels de cette exploitation sur l'écosystème marin.
Bien que la BCLME possède un potentiel aquacole important, ce secteur est sous-développé. Entre les trois pays, ll'industrie aquacole sud-africaine est la plus productive. Elle produit des ormeaux, des moules, des huîtres, des algues et des crevettes, l'ormeau étant le produit le plus important en termes de volume et d'emploi. En Namibie, on pratique l'élevage de moules, d'huîtres, de Gracilaria (algue rouge utilisée par l'industrie pharmaceutique) et d'ormeaux, mais l'industrie aquacole est dominée par la production d'huîtres[5] .
Le transport maritime et le tourisme côtier sont d'autres secteurs importants de la BCLME, les ports d'Angola, de Namibie et d'Afrique du Sud jouant un rôle crucial dans l'économie de la région[5]. La beauté naturelle exceptionnelle des régions côtières, dont beaucoup sont encore vierges selon les normes mondiales, permet également le développement d'opportunités touristiques[2].
Citations
modifier- Benguela Current of Plenty. A history of international cooperation in marine science and ecosystem management, Cape Town, South Africa, Benguela Current Commission, (ISBN 978-0-620-42211-6)
- M.J. O'Toole, V. Shannon, V. de Barros Neto et D. Malan, Science and Integrated Coastal Management, Dahlem University Press, , « Integrated Management of the Benguela Current Region – a framework for future development »
Référence
modifier- ↑ Hempel, O'Toole et Sweijd 2008, p. 8.
- 1 2 3 4 5 O'Toole et al. 2001, p. 229-251.
- 1 2 3 4 5 (en) Interim Agreement between the Government of the Republic of Angola and the Government of the Republic of Namibia and the Government of the Republic of South Africa on the establishment of the Benguela Current Commission (rapport) (lire en ligne)
- 1 2 3 4 Hempel, O'Toole et Sweijd 2008, p. 12-17.
- 1 2 3 4 5 6 Hempel, O'Toole et Sweijd 2008, p. 20–23.
- ↑ Erreur de référence : Balise
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<ref>incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "fao.org" - ↑ Geological Survey of Namibia. Available at « Economic Geology Division > Diamonds » [archive du ] (consulté le )