Complexe nuragique de Palmavera
Le complexe nuragique de Palmavera est un site archéologique situé dans la commune d'Alghero, dans la province de Sassari, dans le nord de la Sardaigne, en Italie. Le site est constitué d’un nuraghe complexe et d’un village nuragique. Le site a été fréquenté à l'âge du bronze moyen et au premier âge du fer.
| Complexe nuragique de Palmavera | |
Le nuraghe. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Sardaigne |
| Province | Sassari |
| Coordonnées | 40° 35′ 44″ nord, 8° 14′ 34″ est |
| Histoire | |
| Époque | Âge du bronze |
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Historique
modifierLes premières fouilles archéologiques ont été effectuées en 1904 par l'archéologue Antonio Taramelli avec la collaboration de Pietro Nissardi[1]. Le village a été à nouveau fouillé entre 1961 et 1963 par Guglielmo Maetzke et des interventions de restauration sur les vestiges nuragiques ont été alors effectuées. D'autres fouilles ont été entreprises par Alberto Moravetti en 1976-1977, 1979 et 1986-1991[2].
Le site fait partie des 31 sites sardes qui sont candidats[3] pour entrer dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[4].
Description
modifierLe site comprend un nuraghe (tour préhistorique sarde) de type complexe autour duquel s’étend un vaste village de cabanes circulaires, parfois associées à des espaces quadrangulaires ou sub‑rectangulaires. Le complexe nuragique compte une cinquantaine d’habitation mais on estime qu’au moins deux cents bâtiments étaient disséminés bien au‑delà de l’actuelle enceinte[5]. La fréquentation du complexe nuragique couvre un arc chronologique allant du Bronze moyen au premier âge du fer (XVIIIe siècle av. J.-C. / IXe siècle à VIIIe siècle av. J.-C.)[6].
Le site a été détruit par un incendie probablement à la fin du VIIIe siècle. Il a toutefois été sporadiquement fréquenté durant les époques carthaginoise et romaine, comme l'attestent diverses céramiques trouvées sur place[7]. Le matériel archéologique découvert est conservé dans les musées archéologiques de Cagliari et de Sassari.
Nuraghe
modifierLe nuraghe a été édifié au pied du mont Palmavera, dans une position stratégique qui offre une large visibilité sur la bande côtière et sur le secteur marin du Lazzaretto. Le site s'étend sur une superficie d’environ 7 000 m2, mais on suppose qu’à l’origine il s’étendait sur près de trois hectares[1]. D'autres nuraghes mono-tour ont été édifiés sur les hauteurs entourant le site, dont certaines sont encore en bon état de conservation.
Le nuraghe de Palmavera est un nuraghe complexe résultant de plusieurs phases de construction. Selon Moravetti, le nuraghe était initialement constitué de deux tours à tholos (la tour principale A et une tour secondaire B), reliées par un bastion formant un « renforcement » de la première tour et incluant une cour centrale à ciel ouvert. Les fouilles et restaurations les plus récentes ont révélé l’existence d’une troisième tour, appelée tour C[1].
La tour principale A (le mastio) a été construite durant la première phase (Bronze ancien, 1600–1400 av. J.‑C.) avec des blocs de pierre calcaire. La tour est de type archaïque, avec une entrée sans montants latéraux et avec des niches à peine ébauchées dans les parois de la pièce principale couverte en tholos. Quelques maisons devaient alors exister à proximité du nuraghe[8]. Dans une seconde phase (Bronze moyen – Bronze récent, 1500–1200 av. J.‑C.), une seconde tour est ajoutée, la tour principale est recouverte de blocs de grès et une cour centrale est aménagée d’où partent des escaliers menant aux niveaux supérieurs. Dans une troisième phase (Bronze récent – Bronze final, 1300–1000 av. J.‑C.), le nuraghe est restauré avec des blocs en calcaire, la troisième tour C est démolie[1] et un mur d'enceinte, comportant quatre tours est construit. Le bastion comporte alors deux cours à ciel ouvert sans communication directe. La seconde cour comporte un silo enterré construit en blocs de pierre.
- « Nuraghe »
- Le mastio, dont les murs ont été recouverts en pietra arenaria durant la seconde phase.
- Cour intérieure.
- Passage en voûte.
- Silo dans la seconde cour.
Maison des réunions
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Architecture
modifierLa « maison des réunions » a été construite au sud‑ouest du bastion dans la zone « avant-murs ». Avec une surface au sol de 62 m2, elle constitue de loin l’espace le plus vaste de tout le complexe, non seulement par rapport aux autres structures d’habitation (15,20 m2 en moyenne) mais aussi en comparaison de la chambre du mastio (19 m2). Le diamètre extérieur mesure un peu plus de 11 m (environ 9 m de diamètre intérieur) et l’épaisseur des murs varie de 1,20 à 1,37 m pour une hauteur conservée de 1,50 à 2,10 m à l’intérieur. La maçonnerie est constituée de grandes dalles de grès, épaisses et soigneusement façonnées. La structure devait être couverte d'une charpente en bois, probablement conique[5].
La fouille archéologique a montré que pour construire l'édifice, il fallut démolir des structures d’habitation préexistantes occupant l’espace destiné au nouvel édifice. Le terrain fut nivelé par un remblai et le sol fut recouvert d’une fine couche de mortier blanc obtenu par la désagrégation du calcaire. Ce type de mortier se retrouve dans le sol de plusieurs autres cabanes du village. Les fouilles ont livré de nombreux éléments culturels significatifs qui confirment, entre autres, la destination publique de la structure, jusque‑là seulement supposée en raison de ses grandes dimensions : une niche ogivale surélevée par rapport au sol, un banc‑siège suivant le profil circulaire de la pièce, une vasque ou espace quadrangulaire délimité par des dalles, une base circulaire accompagnée d’une pierre tronconique, un « bétyle‑tour », une sorte de « brasero » et un « siège‑trône » en grès. Au centre de la cabane se trouvait une base circulaire, interprétée lors des premières fouilles comme un foyer[5].
Aménagements intérieurs
modifierLe bâtiment compte actuellement trente‑six sièges, constitués chacun d’un bloc de grès, disposés le long de la paroi, à l’exception de la zone occupée par la « vasque » et le « siège‑trône », ainsi que d’une lacune immédiatement à droite de l’entrée. Il est toutefois probable que l’aménagement originel comportait un banc‑siège continu sur tout le pourtour, et que la configuration observée correspond à une phase ultérieure, postérieure à l’enlèvement de certains sièges pour installer la « vasque » et déplacer le « siège‑trône » de sa position initiale. On peut ainsi estimer que sept sièges furent retirés[5].
Près de la niche se trouve une structure quadrangulaire, la « vasque », constituée de grandes dalles orthostatiques (largeur 1,62 à 1,90 m ; profondeur 0,82 m), le quatrième côté étant constitué par le mur interne. Elle pouvait contenir des objets et être fermée par une planche de bois servant de surface d’appui. Malheureusement, les rares fragments céramiques retrouvés ne permettent pas d’en comprendre la fonction. Une vasque tout à fait analogue se trouve dans la cabane n°10 du site de La Prisgiona[5].
Le « siège‑trône » a été retrouvé adossé à la paroi de la pièce, entre les sièges et la « vasque » mais il paraît douteux qu’il puisse s'agir de la position d'origine d'une sculpture aussi finement travaillée. Le siège est de forme cylindrique (hauteur 48 cm, diamètre supérieur 47 cm) avec la surface supérieure légèrement débordante et un tambour décoré de six bandes verticales en relief qui, à mi‑hauteur environ, croisent une autre bande transversale[5].
Le modèle de nuraghe fut découvert dans la partie inférieure de la couche d’effondrement, au contact du sol, près du supposé foyer : il gisait, brisé sous le chapiteau mais dans une position de chute naturelle, gravement endommagé sur la surface touchée par l’effondrement (hauteur 0,66 m , diamètre de la base 0,51 m). L'original est conservé au musée archéologique et ethnographique G.A. Sanna de Sassari. Le supposé foyer au centre de la cabane, constitué de huit blocs trapézoïdaux en grès parfaitement façonnés, formant une structure circulaire (diamètre 1,60 m environ, hauteur 0,45 m) avec une feuillure à la base s’est révélé être le socle dans lequel était inséré le modèle de nuraghe. En effet, l’enlèvement, au centre, d’une épaisse couche de cendres a révélé l'existence d'un espace correspondant presque exactement à celui de la base du bétyle‑tour. À côté de cette base se trouvait un bétyle tronconique (hauteur 0,33 m), rappelant celui découvert dans la « maison des réunions » du sanctuaire nuragique de San Vittoria[5].
Un élément de forme circulaire, de section légèrement trapézoïdale, en grès et très bien fini, présentant au centre de sa face supérieure une légère cavité lenticulaire noircie par le feu, interprétée comme une sorte de brasero, a été découvert brisé en deux parties : l’une se trouvait sous le chapiteau du bétyle‑tour, l’autre à courte distance, posée verticalement[5].
Datation
modifierLe « siège‑trône » de Palmavera rappelle un petit modèle de tabouret en bronze de facture nuragique découvert dans la tombe villanovienne de Cavalupo dont le mobilier est daté de la seconde moitié du IXe siècle av. J.-C., qui pourrait correspondre à la période de construction de l’édifice[5].
Vers le VIIIe siècle av. J.-C., la cabane fut détruite par un violent incendie qui la détruisit, laissant une épaisse couche de cendres (15 à 20 cm) dans tout l’espace, mais surtout dans sa partie occidentale. La cabane fut encore réutilisée pendant une courte période, comme le suggèrent les rares fragments céramiques retrouvés : la base au centre de laquelle se dressait le bétyle‑tour est réutilisée comme foyer, et la vasque est peut‑être réaménagée. L’abandon définitif survient après l’effondrement de la partie supérieure des murs, qui recouvre toute la surface de la pièce jusqu’aux fouilles des années 1960[5].
Notes et références
modifier- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Complesso nuragico di Palmavera » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 Cicalòa et al. 2025.
- ↑ Moravetti 1992, p. 10-41-48
- ↑ Les sites qui sont candidats selon l'Unesco
- ↑ Reconnaissance de l'UNESCO : une grande opportunité pour la Sardaigne, site de l'association "La Sardaigne vers l'UNESCO"
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Moravetti 2017.
- ↑ Moravetti 1992.
- ↑ Moravetti 1992, p. 122-123
- ↑ Moravetti 1992, p. 118
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Enrico Cicalòa, Michele Valentinob, Alexandra Fusinettic, Andrea Siasd, Dario Simulae et Nicola Corgioluf, « Complesso nuragico di Palmavera ad Alghero. Rilievo e ricostruzione digitale », Defensive Architecture of the Mediterranean, vol. XX, , p. 997-1004 (DOI https://doi.org/10.4995/Fortmed2025.2025.20351)
- (it) Alberto Moravetti, Il complesso nuragico di Palmavera, Carlo Delfino Editore,
- (it) Alberto Moravetti, « Capanne delle Riunioni della Sardegna nuragica », dans Alberto Moravetti, Paolo Melis, Lavinia Foddai, Elisabetta Alba, La Sardegna nuragica : Storia e monumenti,, Sassari, Carlo Delfino Editore, , 430 p. (ISBN 978-88-7138-995-0, lire en ligne), p. 152-162
- (it) Antonio Taramelli, Il nuraghe Palmavera di Alghero, in Mon. Ant. Lincei, XIX, coll. 225-30