Concile de Chalcédoine
Le concile de Chalcédoine (en latin : concilium Chalcedonense ; en grec ancien : Σύνοδος τῆς Χαλκηδόνος) est le quatrième concile œcuménique du christianisme. Il a eu lieu du au dans l'église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, située aujourd'hui à Istanbul.
| Concile de Chalcédoine | ||||||||
Le Concile de Chalcédoine, fresque de Dionisius, 1502. | ||||||||
| Informations générales | ||||||||
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| Convoqué par | Empereur Marcien et Impératrice Pulchérie | |||||||
| Début | ||||||||
| Fin | ||||||||
| Lieu | Église sainte Euphémie de Chalcédoine | |||||||
| Accepté par | Église indivise ; Église orthodoxe ; Église catholique ; Églises chalcédoniennes | |||||||
| Refusé par | Églises non chalcédoniennes avec une complexité supplémentaire pour l'Église d'Arménie | |||||||
| Organisation et participation | ||||||||
| Présidé par | Anatole de Constantinople et d'autres présidents | |||||||
| Pères conciliaires | 630 évêques auraient signé traditionnellement | |||||||
| Nombre d'évêques | 343 et 114 procurations | |||||||
| Documents et déclarations | ||||||||
| Canons | 30 | |||||||
| Déclarations |
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| Liste des conciles | ||||||||
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Convoqué par l'empereur byzantin Marcien et son épouse l'impératrice Pulchérie, le concile réunit 343 évêques, ce qui est exceptionnel. Seuls quatre d'entre eux viennent d'Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il récuse en particulier le monophysisme. Il distingue la nature (physis) de l'hypostase et de la personne, distinction qui permet de dire en quel sens le Christ est un et en quel sens il est deux.
Ses principales conclusions, résumées dans le symbole de Chalcédoine, définissent le dyophysisme, c'est-à-dire les deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme, parfait dans sa divinité comme dans son humanité. Elles marquent une étape essentielle dans le domaine de la christologie et sont acceptées, encore aujourd'hui, par les trois principales confessions chrétiennes : les orthodoxes, les catholiques et les protestants.
Les chrétiens antéchalcédoniens (ou préchalcédoniens), miaphysites, rejettent l'intégralité du concile, produisant ce qui forme les Églises des trois conciles.
Présentation
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Réuni à partir du en l'église Sainte-Euphémie de Chalcédoine, située aujourd'hui à Kadıköy, un quartier de la rive asiatique d'Istanbul, le concile rassemble 343 évêques dont quatre seulement viennent d'Occident. Il traite de diverses questions christologiques et condamne en particulier le monophysisme d'Eutychès sur la base de la lettre de l'évêque de Rome Léon le Grand intitulée Tome à Flavien et adressée au patriarche Flavien de Constantinople pour le soutenir dans sa condamnation d'Eutychès.
Le concile a aussi légiféré sur des questions d'organisation de l'Église. Ainsi le canon 2 considère que les ordinations de prêtres obtenues contre de l'argent sont nulles et prévoit que l'évêque qui en est responsable soit déposé.
Léon le Grand refuse d'accepter le vingt-huitième canon du concile qui, en attribuant à la ville de Constantinople le titre de « Nouvelle Rome », lui accordait de ce fait la primauté sur les autres patriarcats.
Déroulement
modifierÀ la première séance, le , les légats romains demandent la mise en accusation de Dioscore d'Alexandrie. Il est procédé au réexamen des actes du Deuxième concile d'Éphèse. Flavien de Constantinople est réhabilité.
Le , Dioscore d'Alexandrie est cité, sans succès, à comparaître. Il est déposé pour avoir excommunié le pape et le patriarche de Constantinople, avoir organisé un faux concile, avoir reçu Eutychès dans sa communion, avoir refusé de comparaître, et être coupable de la mort de Flavien de Constantinople.
Le , à la demande des commissaires impériaux, le concile proclame à l'unanimité la conformité du Tome de Léon avec le symbole de Nicée-Constantinople, après que les évêques d'Illyrie et de Palestine, jusqu'alors réticents, ont publiquement manifesté leur adhésion.
À la séance du , le concile entreprend l'élaboration de la définition de la foi. Un projet est présenté par Anatole de Constantinople. Il suscite l'opposition des légats romains qui menacent de repartir en Italie si le Tome de Léon ne figure pas dans le symbole. Pour éviter la rupture, une commission est constituée, sur proposition des commissaires impériaux. Elle réunit, autour d'Anatole de Constantinople et des trois légats romains, divers évêques. Elle aboutit à une définition de la foi, unanimement approuvée et promulguée officiellement lors de la séance solennelle, tenue en présence de Marcien, le .
Le concile s'efforce de régler des conflits de juridiction entre les sièges de Tyr et de Béryte, entre ceux de Nicomédie et de Nicée et, surtout, entre ceux d'Antioche et de Jérusalem auquel il reconnaît, le , l'autorité sur les trois Palestines.
Le , en l'absence des légats romains, le concile définit les privilèges du siège de Constantinople. Il lui reconnaît la deuxième place, après Rome, avec juridiction sur les diocèses du Pont, d'Asie et de Thrace. La décision est vivement contestée par les légats romains dès le .
Actes du concile
modifierProfession de foi de Chalcédoine
modifier5e session, , symbole de Chalcédoine[Quoi ?]
Élaboration de la définition
modifierUn premier projet de définition avait été préparé le par une commission réunie chez Anatole de Constantinople. Son texte n'est pas conservé, mais les débats de la séance suivante en établissent deux caractéristiques : il portait la formule « à partir de deux natures » (grec ancien : ἐκ δύο φύσεων) et ne reprenait aucun des passages décisifs du Tome de Léon[1].
Lu en ouverture de la cinquième session, le , il rencontre l'opposition des légats romains et de quelques évêques orientaux. Anatole se prévaut de l'accord obtenu la veille ; les légats répliquent qu'à défaut d'accord sur la lettre de Léon, ils rentreront en Italie et que le concile se tiendra en Occident. Les commissaires impériaux dénouent la crise par un argument de cohérence : Dioscore a déclaré condamner Flavien pour avoir parlé de deux natures, et accepter pour sa part « à partir de deux natures » ; adopter cette formule reviendrait pour le concile à révoquer la condamnation qu'il vient de prononcer[2].
L'empereur, saisi des protestations, impose alors la constitution d'une commission restreinte, réunie dans l'oratoire de Sainte-Euphémie : les commissaires impériaux, Anatole, les quatre représentants du siège de Rome — Paschasinus, Lucensius, le prêtre Boniface et Julien de Cos —, et une vingtaine d'évêques répartis entre les diocèses d'Antioche, du Pont, d'Asie, de Thrace et d'Illyrie. C'est ce collège qui rédige le texte définitif, adopté le en présence de Marcien[3].
Établissement du texte
modifierLe verset central de la définition a longtemps fait difficulté. Les éditions anciennes, de Hardouin à Mansi, donnaient « à partir de deux natures » (ἐκ δύο φύσεων), en contradiction avec la version latine ancienne due au diacre Rusticus, qui porte in duabus naturis. L'édition des Acta Conciliorum Oecumenicorum par Eduard Schwartz a levé la contradiction en retenant « en deux natures » (ἐν δύο φύσεσιν), leçon du Venetus 555 et d'une dizaine d'autres manuscrits, la leçon ἐκ n'étant attestée que par le Vindobonensis hist. gr. 27 et son apparenté le Vaticanus 831[4].
L'enjeu n'est pas seulement textuel : c'est sur cette préposition que se joue la distinction entre la position chalcédonienne et celle de Dioscore.[réf. nécessaire]
Sources et composition
modifierLa définition n'est pas une création originale. À l'exception du préambule et de la clause finale, ses versets reprennent, le plus souvent mot pour mot, quatre documents antérieurs : la deuxième lettre de Cyrille à Nestorius, la formule d'union de 433 telle que la transmet la lettre de Cyrille à Jean d'Antioche, le Tome à Flavien de Léon, et la profession de foi de Flavien[5].
À cette dernière la définition doit son seul élément proprement nouveau : les mots « et une seule hypostase » (grec ancien : καὶ μίαν ὑπόστασιν), ajoutés à l'« une seule personne » (grec ancien : ἓν πρόσωπον) du Tome. C'est l'unique apport de l'Église de Constantinople au texte, et il est décisif pour la suite[6].
Les Pères ont ainsi tenu leur refus de rédiger un symbole nouveau tout en produisant une formule nouvelle. La majorité des emprunts venant des lettres de Cyrille, le reproche d'anticyrillisme adressé au concile par ses adversaires est sans fondement textuel[7].
Portée doctrinale
modifierÉphèse avait affirmé, en approuvant la deuxième lettre de Cyrille, l'unité du sujet en Christ. Deux questions restaient ouvertes : le mode de l'union du divin et de l'humain, et les termes pour la dire. L'grec ancien : ἕνωσις φυσική de Cyrille, orthodoxe dans son intention, autorisait logiquement à ne reconnaître qu'une seule nature après l'incarnation — voie qu'emprunta Eutychès[8].
L'apport de 451 tient dans la distinction entre nature (φύσις) d'une part, hypostase et personne (ὑπόστασις, πρόσωπον) d'autre part : elle permet de dire en quel sens le Christ est un et en quel sens il est deux, sans que l'union elle-même soit expliquée.
Les quatre adverbes qui qualifient l'union — sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation (grec ancien : ἀσυγχύτως, ἀτρέπτως, ἀδιαιρέτως, ἀχωρίστως) — sont des délimitations négatives. L'ordre dans lequel ils se présentent est significatif : le concile commence par ἀσυγχύτως, alors que Cyrille et Éphèse auraient commencé par ἀδιαιρέτως. C'est la menace de la confusion des natures, non celle de leur division, qui est devenue la plus pressante. Les deux couples se répondent terme à terme, Eutychès et Nestorius étant écartés avec la même netteté[9].
À la suite des professions de foi de Nicée et de Constantinople, en accord avec les lettres synodales de Cyrille et le Tome à Flavien de Léon[10]:
- « Il (le concile) s'oppose en effet à ceux qui tentent de diviser le mystère de l'économie en une dualité de fils ; il repousse loin de l'assemblée des prêtres ceux qui osent dire passible la divinité du Fils unique ; il s'élève contre ceux qui imaginent, à propos des deux natures du Christ, un mélange ou une confusion ; il chasse ceux qui disent dans leur délire que la forme d'esclave que le Christ a reçue pour lui de nous est céleste ou de quelque autre substance ; et il anathématise ceux qui inventent la fable de deux natures du Seigneur avant l'union, mais n'en imaginent plus qu'une seule après l'union.
- Suivant donc les saints pères, nous enseignons unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité,
- Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l'unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée à cause de l'union, la propriété de l'une et l'autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus Christ, selon que depuis longtemps les prophètes l'ont enseigné de lui, que Jésus Christ lui-même nous l'a enseigné, et que le Symbole des pères nous l'a transmis. »
Postérité
modifierLors du concile, la formulation de la « profession de foi » fut contestée par le patriarche Dioscore d'Alexandrie. La déposition du patriarche entraîna le refus d'une partie de l'Église d'Alexandrie de toutes les décisions du concile. Il fut cependant envoyé en exil et remplacé par Protérius d'Alexandrie. Ce dernier fut ensuite assassiné par une foule copte en colère contre celui qui avait lutté contre les antéchalcédoniens[11]. À sa mort, l'Église d'Alexandrie implose, une partie des évêques s'avère fidèle à la théologie chalcédonienne tandis que l'autre crée son propre patriarcat. Le siège d'Antioche ne suit pas ce mouvement : la tradition christologique antiochienne est dyophysite, et les premières clauses de la définition de 451 lui sont empruntées, par la lettre de Jean d'Antioche à Cyrille[12]. De cette opposition sont issues les Églises dites non chalcédoniennes, présentes principalement en Égypte et en Syrie. La position de l'Église d'Arménie est plus complexe. Les actes officiels des conciles de Dvin de 506 et de 555 ne mentionnent ni Chalcédoine ni le Tome de Léon, et aucune date fixe ne peut être assignée à une rupture officielle au VIe siècle : le schisme s'installe de fait après le retour de Justin Ier à l'orthodoxie chalcédonienne en 518, l'Église arménienne étant demeurée dans la position commune à l'époque de l'Hénotique[13]. Elle anathématise alors Dioscore d'Alexandrie et Sévère d'Antioche[14].
Notes et références
modifier- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 394-395.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 396.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 397-398.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 390-391.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 398-399.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 399-400.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 400.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 401.
- ↑ Ortiz de Urbina 1951, p. 408.
- ↑ « 5e session, 22 octobre 451 : profession de foi de Chalcédoine. Les deux natures dans le Christ », sur catho.org (consulté le ).
- ↑ (grc + fr) Évagre le Scholastique, Histoire Ecclésiastique (lire en ligne), Livre II, 8 : Denys s'était rendu en diligence dans Alexandrie pour en apaiser la sédition, quelques habitants tuèrent Protère, à la suscitation de Timothée, comme la lettre écrite à Léon, le porte. Ils le percèrent d'un coup d'épée dans le baptistaire, où il s'était réfugié. Ils le pendirent ensuite dans le tétrapyle, et le montrèrent à tout le monde, en se raillant et en criant que c'était Protère, qui avait été tué. Enfin ils le traînèrent par la ville, et le brûlèrent, et quelques-uns se portèrent à cet excès horrible d'inhumanité, de manger ses entrailles, comme la Requête que les évêques d'Égypte, et le clergé d'Alexandrie envoyèrent à Léon, qui succéda à Marcien, le contient expressément.
- ↑ Camelot 1962, p. 22 et 139-140.
- ↑ Nina G. Garsoïan, « Quelques précisions préliminaires sur le schisme entre les Églises byzantine et arménienne au sujet du concile de Chalcédoine : II. La date et les circonstances de la rupture », dans Nina Garsoïan, Jean-Pierre Mahé et Robert W. Thomson (dir.), L'Arménie et Byzance. Histoire et culture, Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Byzantina Sorbonensia » (no 12), (lire en ligne), p. 99-112.
- ↑ Jean Mécérian, Histoire et Institutions de l'Église arménienne. Évolution nationale et doctrinale, Spiritualité, Monachisme, Beyrouth, Institut des lettres orientales, .
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- André de Halleux, « Le Concile de Chalcédoine », Revue des Sciences Religieuses, t. 67, no 2, , p. 3-18 (lire en ligne)
- (en) The Acts of the Council of Chalcedon (traduits, introduits et annotés par Richard Price et Michael Gaddis), Liverpool University Press, Liverpool, 2005 (ISBN 0-85323-039-0) ; 3 vol. ; vol. 1 : General introduction; documents before the Council; Session I, XVI-365 p. ; vol. 2 : Sessions II-X; Session on Carosus and Dorotheus; Session on Photius and Eustathius; Session on Domnus, X-312 p. ; vol. 3 : Sessions XI-XVI; documents after the Council; appendices; glossary; bibliography; maps; indices, X-312 p.
- Pierre-Thomas Camelot, Éphèse et Chalcédoine, Paris, Éditions de l'Orante, coll. « Histoire des conciles œcuméniques » (no 2), Réédité sous le titre Les conciles d'Éphèse et de Chalcédoine : 431 et 451, Paris, Fayard, 257 p. (ISBN 2-213-62986-2) ; la pagination diffère
- (de) Aloys Grillmeier (dir.) et Heinrich Bacht (dir.), Das Konzil von Chalkedon : Geschichte und Gegenwart, Wurtzbourg, Echter-Verlag, 3 vol., 1951-1954 ; réimpression avec compléments, 1962. Recueil collectif, distinct de la monographie de Grillmeier citée ci-dessous
- (de) Ignacio Ortiz de Urbina, « Das Glaubenssymbol von Chalkedon — sein Text, sein Werden, seine dogmatische Bedeutung », dans Aloys Grillmeier et Heinrich Bacht (dir.), Das Konzil von Chalkedon, vol. I : Der Glaube von Chalkedon, Wurtzbourg, Echter-Verlag, , p. 389-418
- Alois Grillmeier, Le Christ dans la Tradition chrétienne, II/1 : Le concile de Chalcédoine (451). Réception et opposition (451-513), Cerf,
- Alois Grillmeier, Le Christ dans la tradition chrétienne : De l'âge apostolique au concile de Chalcédoine (451), Cerf,
- François Halkin, « Le concile de Chalcédoine esquissé par Jean Xiphilin », Revue des études byzantines, vol. 24, no 24, , p. 182-188 (lire en ligne))
Articles connexes
modifierLiens externes
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modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :

