Concilium totius Galliae
Concilium totius Galliae (« assemblée de toute la Gaule » ou « conseil de l'ensemble des Gaules ») est le nom donné par la tradition historiographique, d'après les écrits de Jules César (La Guerre des Gaules), aux assemblées politiques et religieuses réunissant les délégués des différentes cités gauloises indépendantes.
Selon les travaux de l'historien Emmanuel Arbabe, loin d'être de simples réunions d'urgence improvisées, le concilium s'inscrit dans un système institutionnel régulier de concertation pan-gauloise préexistant à la conquête romaine[1].
Sous le Haut-Empire romain, cette institution informelle évolue et se formalise sous la forme du Concilium Galliarum (Conseil des Gaules), siégeant au sanctuaire fédéral des Trois Gaules à Lugdunum (aujourd'hui Lyon).
Fonctionnement et rôle politique
modifierL'organisation des assemblées sous l'indépendance
modifierAvant la conquête romaine de la Gaule, le territoire gaulois est structuré par plusieurs dizaines de cités (civitates)[2]. Malgré cette autonomie locale, les Gaulois disposaient de mécanismes institutionnels partagés permettant de traiter des questions diplomatiques, militaires et juridiques à l'échelle trans-galloise.
Le Concilium totius Galliae constituait l'assemblée générale réunissant les délégués aristocratiques (principes) et les représentants mandatés des différentes cités[3]. Elle était convoquée lors de crises majeures menaçant l'ensemble de la Gaule pour désigner un commandant suprême, négocier des alliances ou décider d'actions militaires communes.
En parallèle, des assemblées régionales structuraient des espaces plus restreints en tant qu'instances intermédiaires, à l'image du commune Belgarum concilium (assemblée des peuples belges) ou des concertations des peuples d'Armorique[4].
Enfin, l'assemblée des druides prenait la forme d'une réunion annuelle à caractère religieux et judiciaire. Se tenant sur le territoire des Carnutes, elle constituait une juridiction suprême chargée d'arbitrer les conflits entre cités[5].
Attestations historiques
modifierDans La Guerre des Gaules, Jules César mentionne plusieurs réunions majeures de cette instance.
En 58 av. J.-C., à la suite de la défaite des Helvètes, les chefs des principales cités gauloises se réunissent en concilium totius Galliae et sollicitent l'intervention du général romain pour contrer les ambitions du roi germain Arioviste[6].
Plus tard, en 52 av. J.-C., l'assemblée générale des cités se rassemble à Bibracte[7]. À l'issue des délibérations, le concilium investit le chef arvèrne Vercingétorix du commandement général des armées coalisées contre Rome[7].
L'institution sous l'Empire romain : le Concilium Galliarum
modifierAprès la réorganisation administrative de la Gallia comata (Gaule chevelue en français) par le premier empereur romain Auguste, l'assemblée prend une forme permanente et ritualisée à Lugdunum (aujourd'hui Lyon) à partir de 12 av. J.-C.
Chaque année, le 1er août[8], les délégués des 60 ou 64 cités composant les Trois Gaules (Lyonnaise, Aquitaine et Belgique) s'y rassemblent au sanctuaire fédéral des Trois Gaules[9]. Au cours de cette session, ils élisent le Grand Prêtre des Gaules (ou prêtre de Rome et d'Auguste, sacerdos Romae et Augusti) et exercent un droit de pétition auprès de l'empereur, faisant du Conseil un organe intermédiaire clé entre les élites locales et le pouvoir impérial[1].
Notes et références
modifier- 1 2 Emmanuel Arbabe, La politique des Gaulois. Vie politique et institutions en Gaule chevelue (IIe siècle avant notre ère-70), Paris, Éditions de la Sorbonne, , 440 p. (ISBN 9791035100421, lire en ligne)
- ↑ Christian Goudineau, César et la Gaule, Paris, Éditions Errance, 1990 p. (ISBN 978-2-87772-049-6)
- ↑ Anatole de Barthélemy, « Les assemblées nationales dans les Gaules avant et après la conquête romaine »
, sur mediterranee-antique.fr (consulté le ) - ↑ Enrique García Riaza et Laurent Lamoine, « Les réunions politiques des Gaulois (Ier siècle av. J.-C. - Ier siècle ap. J.-C.). », dans Clara Berrendonner, Mireille Cébeillac-Gervasoni & Laurent Lamoine, Le quotidien municipal dans l’Occident romain, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise-Pascal, , p. 129-146
- ↑ Jules César, chap. Livre VI, 6 « De la Guerre des Gaules », dans La Guerre des Gaules (lire en ligne)
- ↑ Jules César, chap. I, 30-32 « Les Gaulois implorent le secours de César contre Arioviste », dans La Guerre des Gaules (lire en ligne)
- 1 2 Jules César, chap. VII, 63 « Les Héduens et Vercingétorix », dans La Guerre des Gaules (lire en ligne)
- ↑ Suétone, Vie des douze Césars (lire en ligne), chap. 5 (« Vie de Claude »), Vie de Claude, 5.
- ↑ Strabon (trad. Amédée Tardieu), Géographie, vol. IV, Paris, Hachette, (lire en ligne)
Sources et bibliographie
modifierSources antiques
modifier- Jules César, La Guerre des Gaules, Livre I.
- Tacite, Histoires (lire en ligne), « Livre IV », p. 67-69.
- Strabon, Géographie (lire en ligne), « Livre IV ».
- Tite-Live, Periochae.
- Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV.
- Tite-Live, Histoire romaine, Livre V.
Bibliographie académique
modifierOuvrages
modifier- Emmanuel Arbabe, La politique des Gaulois : Vie politique et institutions en Gaule chevelue (IIe siècle avant notre ère-70), Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Histoire ancienne et médiévale », 2017, 440 p. DOI 10.4000/books.psorbonne.57217 lire en ligne.
- Ernest Carette, Les Assemblées provinciales de la Gaule romaine, Paris, A. Picard, 1895, 503 p.
- Ernest Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, Paris, Hachette, 1878-1885 (4 vol.).
- Christian Goudineau, César et la Gaule, Paris, Éditions Errance, 1990 (ISBN 978-2-87772-049-6).
Articles et contributions
modifier- Enrique García Riaza et Laurent Lamoine, « Les réunions politiques des Gaulois (Ier siècle av. J.-C. - Ier siècle ap. J.-C.) », dans Clara Berrendonner, Mireille Cébeillac-Gervasoni, Laurent Lamoine (dir.), Le quotidien municipal dans l'Occident romain, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, (ISBN 9782845163850, lire en ligne), p. 129-146.
- Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, , 472 p. (ISBN 9782845163713).
