Condition des femmes au Cameroun
La condition des femmes au Cameroun comme dans d'autres pays africains, intègre des défis liés aux traditions, à la pauvreté et aux inégalités de genre malgré la reconnaissance formelle de l'égalité hommes-femmes dans la loi. La Constitution de 1972 garantit l'égalité des sexes, et d'autres lois, telles que l'ordonnance sur le régime foncier, le Code pénal, le Code du travail et les lois électorales, soutiennent les droits des femmes, mais des normes culturelles entravant une véritable égalité persistent.
au Cameroun
| AnnéeR | # | |
|---|---|---|
| Population | 2022[1] | 27 419 137 |
| Femmes | 2022[1] | 13 894 212 |
| pcmnv | ||
| Mortalité maternelle | 2020[2] | 438 |
| AnnéeR | % | |
|---|---|---|
| Éd. secondaire | 2018[3] | 10,3 |
| Emploi | 2023[4] | 67,3 |
| DateR | % | |
|---|---|---|
| Assemblée nationale | [5] | 33,9 |
| Sénat | [5] | 31 |
| Indice | AnnéeR | Valeur | Rang |
|---|---|---|---|
| IIG | 2023[6] | 0,555 | 142e / 193 |
| IEG | 2024[7] | NC | nc / 146 |
Histoire
modifierLe rôle d'une femme dans la société camerounaise inclut les tâches domestiques comme le ménage, la préparation des repas selon la tradition, l'éducation des enfants et la récolte des cultures. Avec la colonisation, le rôle des femmes évolue : elles deviennent domestiques, femmes de ménage et investissent davantage le rôle de commerçantes dans les marchés. En général, ces mutations ne touchent pas les femmes des classes sociales les plus favorisées, car elles deviennent souvent dépendantes du soutien financier de leur mari ; en outre, elles ont tendance à confier leurs propres enfants à des nourrices[8].
Des études sociologiques montrent que les femmes sont proportionnellement de plus en plus actives dans la société. Sortant de plus en plus de la maison, elles aident et contribuent au revenu familial en participant à la prise en charge des enfants et autres charges domestiques.
Admises à l'école, les jeunes filles reçoivent une éducation à divers métiers, leur promotion et rôle les emmenant à passer de femme au foyer ou ouvrière à caissière de banque, vendeuse, couturières, etc. Lors de la guerre du pays bamiléké, les hommes ayant fui les villages par peur des répressions, les femmes remplacent ces derniers dans les travaux d'agriculture et de prises en charges de la vie de famille et de l'éducation des enfants.
Les femmes au Cameroun possèdent le droit de vote.
Dans les années 1960, avec l'indépendance, l'activité des femmes explose. Les filles reçoivent une instruction plus importante et entrent dans les études supérieures. Les femmes acquièrent une indépendance et leurs revenus évoluent, permettant d'améliorer la vie du foyer familial[8].
Les femmes travaillent davantage dans le secteur tertiaire et administratif dans les années 1980[8].
Problématiques sociales
modifierMariage
modifierIl existe trois types de mariages au Cameroun : le mariage civil, le mariage coutumier et le mariage religieux. Avant , les filles pouvaient légalement se marier au Cameroun dès l'âge de 15 ans avec une autorisation parentale, tandis que les garçons devaient attendre l'âge de 18 ans. Cependant, depuis , une nouvelle loi a été instaurée interdisant le mariage avant l'âge de 18 ans, tant pour les filles que pour les garçons[9].
Accès à l'éducation
modifierL’accès à l'éducation pour les femmes a connu des améliorations au fil des années, mais des défis subsistent, notamment la pauvreté, les normes culturelles, les mariages précoces et les responsabilités domestiques, ce qui peut entraver leur accès à une éducation formelle. Des disparités persistent entre les zones urbaines et rurales, avec souvent un accès plus limité à l'éducation pour les filles dans les zones rurales. La Constitution de 1996 et d'autres textes juridiques garantissent l'égalité des sexes en matière d'éducation. Des lois ont été mises en place pour promouvoir l'éducation des filles et des femmes, mais des défis persistent dans la mise en œuvre. La modification de la loi en , interdisant le mariage des filles et des garçons avant l'âge de 18 ans, vise à protéger les jeunes contre les mariages précoces qui peuvent compromettre leur accès à l'éducation[10]. Des programmes visant à promouvoir l'éducation des filles, particulièrement des campagnes de sensibilisation, la construction d'écoles dans les zones rurales et des bourses d'études destinées spécifiquement aux filles. Des collaborations avec des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales sont en place pour renforcer l'accès des femmes à l'éducation. Ces ONG mettent en œuvre des programmes axés sur l'autonomisation des filles, l'élimination des obstacles culturels et la sensibilisation[11].
Emploi
modifierPolygamie
modifierLa polygamie est une pratique jadis très courante dans la plupart des tribus du Cameroun. La vie moderne et les espaces urbains enregistrent le plus fort nombre de foyers monogames. Ce qui n'induit pas, comme dans plusieurs parties du monde, l'unicité de partenaires chez les hommes ou les femmes[réf. nécessaire].
Contraception
modifierAvortement
modifierL'avortement est restrictif au Cameroun et la loi prévoit deux cas où la pratique est autorisée : le viol et la menace de la grossesse sur la vie de la mère[12]. La pénalité financière encourue va de 5 0000 à 2 000 000 de francs CFA[13].
Personnalités
modifierParticipation à la vie politique
modifierLa participation politique des femmes au Cameroun prend des formes diverses, allant de l'engagement dans les partis politiques et les institutions élues aux mobilisations collectives, aux mouvements de protestation et aux initiatives de médiation et de consolidation de la paix. Elle s'inscrit dans une histoire marquée par des formes de résistance féminine antérieures à l'indépendance du pays.
Entre 1958 et 1961, les femmes Kom de la région du Nord-Ouest participent au soulèvement de l'Anlu contre les mesures de l'administration coloniale britannique, relatives aux pratiques agricoles et contre des décisions politiques menaçant les intérêts de leur communauté. L'Anlu, institution féminine traditionnelle mobilisée pour sanctionner les transgressions des normes sociales, devient alors un instrument de contestation collective[14]. Les femmes organisent des manifestations, entravent le fonctionnement de certaines institutions et contestent l'autorité coloniale et les autorités locales. Leur mobilisation contribue à la vie politique du Cameroun occidental à la veille de l'indépendance[15].
Les mobilisations féminines se poursuivent après l'indépendance. Dans le contexte de l'ouverture au multipartisme au début des années 1990, des associations et des mouvements de femmes participent aux revendications démocratiques et aux contestations politiques. Le mouvement Takumbeng, notamment implanté dans les régions anglophones, s'inscrit dans cette histoire de mobilisation collective et de protestation[16].
Depuis le début de la crise anglophone en 2016[17], les femmes des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest prennent part aux mobilisations publiques en faveur de la paix et du dialogue. Des organisations féminines, dont la Southwest/Northwest Women's Task Force (SNWOT), organisent des campagnes de sensibilisation, des manifestations et des actions de plaidoyer auprès des autorités et des acteurs du conflit. En 2018 et 2019, des campagnes de lamentation collective à Bamenda et à Buéa permettent notamment de dénoncer les violences et de réclamer la fin des hostilités. En décembre 2018, des membres de la SNWOT manifestent également à Yaoundé pour demander un cessez-le-feu et un dialogue inclusif. Ces initiatives illustrent le rôle des femmes dans la mobilisation citoyenne, la défense des droits humains et la recherche de solutions politiques aux conflits[18].
La participation politique s'exprime également par l'accès aux fonctions électives et aux postes de responsabilité. La représentation des femmes à l'Assemblée nationale a progressé au cours des dernières décennies. Selon l'Union interparlementaire, elles occupent 61 des 180 sièges de députés, soit 33,9 % de l'effectif, d'après les données de la législature issue des élections de 2020[19]. Elles restent toutefois minoritaires dans plusieurs fonctions de direction politique et administrative. Les obstacles à leur participation comprennent notamment les inégalités d'accès aux ressources économiques, les normes socioculturelles, les rapports de pouvoir au sein des partis et les violences sexistes en politique[20].
En effet, L'accès des femmes aux fonctions de commandement administratif reste inégal. Les femmes ont longtemps été absentes des postes de gouverneur, de préfet et de sous-préfet. Leur accès à ces fonctions à partir de 2004 marque une évolution dans un domaine historiquement dominé par les hommes[21]. Plusieurs facteurs contribuent à ces inégalités persistantes dans l'accès aux responsabilités politiques. Les travaux consacrés aux carrières politiques féminines au Cameroun soulignent notamment le rôle des réseaux familiaux et matrimoniaux dans l'accès à certaines positions, ainsi que l'influence des ressources économiques et sociales sur les possibilités de candidature[22]. En outre, les normes socioculturelles, les stéréotypes de genre, les difficultés de financement des campagnes et la faible présence des femmes dans les instances dirigeantes des partis politiques constituent d'autres obstacles majeurs[23]. Les violences verbales, psychologiques et sexistes en milieu politique font également l'objet de préoccupations institutionnelles et de plaidoyers en faveur de mesures de protection spécifiques[24].
En résumé, la participation politique des femmes au Cameroun ne se limite ainsi ni au vote ni à la représentation institutionnelle. Elle comprend également les actions collectives par lesquelles elles expriment des revendications, contestent des décisions, défendent les intérêts de leurs communautés et prennent part aux débats sur l'avenir politique du pays.
Femmes et littérature
modifierLuttes féministes
modifierNotes et références
modifier- 1 2 « Population totale et population urbaine selon le sexe : 2013 - 2022 », dans Annuaire démographique : 2022, Nations unies, , 73e éd. (lire en ligne), p. 139
- ↑ (en) « The World Factbook : Maternal mortality ratio », sur le site de la CIA (consulté le )
- ↑ (en) « Educational attainment, at least completed upper secondary, population 25+, female (%) » [« Niveau d'instruction, au moins diplôme d'études secondaires supérieures, population de 25 ans et plus, femmes (%) »], sur World Bank Gender Data Portal (consulté le )Consulter la section « Data Table »
- ↑ « Taux de participation à la population active, femmes (% de la population féminine âgée de 15 ans et plus) » (estimation modélisée OIT), sur Banque mondiale (consulté le )Consulter la section « Toutes les économies »
- 1 2 (en) « Monthly ranking of women in national parliaments », sur IPU Parline, Inter-Parliamentary Union, (consulté le )
- ↑ Rapport sur le développement humain 2023-2024, P.N.U.D., (lire en ligne [PDF]), « Tableau 5 : L'indice d'inégalité de genre », p. 295
- ↑ (en) Global Gender Gap Report 2024, World Economic Forum, (ISBN 978-2-940631-89-6, lire en ligne), « Table 1.1 : The Global Gender Gap Index 2024 rankings », p. 12
- 1 2 3 Jeanne-Marie Wailly, Les différentes phases du travail des femmes dans l'industrie, Innovations, (lire en ligne), p. 131 à 146
- ↑ Ordonnance N° 81/002 du 29 Juin 1951 portant organisation de l’état civil et diverses dispositions relatives à l’état des personnes physiques.
- ↑ (es) « Le Cameroun lance la campagne de l’Union africaine sur le mariage des enfants », sur Girls Not Brides (consulté le )
- ↑ « Déscolarisation des filles : 'Maitresse, je ne reviendrai plus à l'école' | TV5MONDE - Informations », sur information.tv5monde.com, (consulté le )
- ↑ Josiane Ngo Mayack, « Opinions de femmes sur la législation relative à l’avortement dans la ville de Yaoundé », The Pan African Medical Journal, vol. 43, , p. 88 (ISSN 1937-8688, PMID 36605977, PMCID 9805308, DOI 10.11604/pamj.2022.43.88.32858, lire en ligne, consulté le )
- ↑ https://www.cairn.info/revue-autrepart-2014-2-page-91.htm
- ↑ Robert E. Ritzenthaler, « Anlu: a women's uprising in the British Cameroons », African Studies, Routledge, vol. 19, no 3, , p. 151–156 (ISSN 0002-0184, DOI 10.1080/00020186008707112, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jacqueline-Bethel Tchouta Mougoué, « The Anlu Rebellion », dans Oxford Research Encyclopedia of African History, Oxford University Press, 0 p. (ISBN 978-0-19-785172-2, DOI 10.1093/acrefore/9780190277734.013.273, lire en ligne)
- ↑ Charles Fonchingong, Pius Tanga et T. Abong, « Crossing Rural-Urban Spaces: The Takumbeng and the Activism in Cameroon’s Democratic Crusade », Cahiers d études africaines, vol. XLVI, , p. 117–143 (DOI 10.4000/etudesafricaines.6766, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (en) « Rebels, Victims, Peacebuilders: Women in Cameroon’s Anglophone Conflict | International Crisis Group », sur www.crisisgroup.org, (consulté le )
- ↑ « Cameroun | Assemblée nationale | Données sur les femmes », sur Parline: plateforme de données ouvertes de l’UIP (consulté le )
- ↑ (en) « Women’s Political Participation: Africa Barometer 2024 | International IDEA », sur www.idea.int (consulté le )
- ↑ Ibrahim Mouiché, « Genre et commandement territorial au Cameroun », Cahiers d'études africaines, vol. 2, no 186, , p. 391-408 (lire en ligne
[html]) - ↑ « Post – Afrique Contemporaine », sur afrique-contemporaine.cairn.info (consulté le )
- ↑ « Details de l'article », sur Akiri (consulté le )
- ↑ « Participation des femmes en politique : les parlementaires plaident pour une loi », sur www.cameroon-tribune.cm (consulté le )