Conflit mérinido-zianide
Le conflit mérinido-zianide (en ar : الصراع المرينيي - الزياني) désigne une longue série d'affrontements militaires entre les deux États voisins, qui débute après leur indépendance vis-à-vis de l'État almohade et se poursuit jusqu'à la chute de la dynastie mérinide.
| Date | Vers 1250 – 1411 |
|---|---|
| Lieu | Maghreb al-Aqsa et Maghreb central, notamment autour de Tlemcen et de Sijilmassa |
| Casus belli | Rivalités politiques et territoriales entre les États mérinide et zianide après le recul du pouvoir almohade |
| Issue | Alternance d'expansions territoriales mérinides et de rétablissements du pouvoir zianide ; maintien de la dynastie zianide à Tlemcen |
| Changements territoriaux | Territoires frontaliers du Maghreb occidental et central |
| Sultanat mérinide |
Guerres mérinido-zianides
Batailles
Bataille d'Isly (1250)
Bataille d'Oued Bou Selit (1257)
Bataille de Sijilmassa (1257)
Bataille de Telagh (1268)
Bataille de la Tafna (1281)
Siège de Tlemcen (1290)
Siège de Tlemcen (1299-1307)
Prise de Tlemcen (1335-1337)
Prise de Tlemcen (1352)
Bataille d'Angad (1352)
Ces confrontations ont donné lieu à de nombreuses batailles, guerres et sièges de villes. Elles ont également été marquées par des expansions territoriales menées par chacun des deux États aux dépens de l'autre.
Contexte et causes
modifierLe conflit mérinido-zianide s'inscrit dans le contexte de l'affirmation politique des Mérinides et des Zianides au Maghreb occidental et central, après le recul du pouvoir almohade. La proximité territoriale des deux États et leurs ambitions politiques les conduisent à rivaliser pour le contrôle des territoires situés à leurs frontières, notamment dans les régions de Tlemcen et de Sijilmassa. Cette rivalité se traduit par des affrontements militaires, des interventions dans les affaires de l'État voisin et des changements de contrôle de certaines villes et régions[1],[2],[3].
Les relations entre les deux dynasties sont également marquées par des désaccords diplomatiques et des rivalités d'influence. En 1290, une campagne mérinide est menée contre Tlemcen après que le souverain zianide [Abou Saïd Uthman Ier|Uthman ibn Yaghmoracen]] a accueilli des dignitaires mérinides réfugiés à sa cour. En 1299, le refus zianide de renouveler la trêve avec le sultan mérinide Abu Yaqub Yusuf an-Nasr précède le déclenchement du long siège de Tlemcen[2],[4],[5].
Chronologie
modifierLe conflit mérinido-zianide est marqué par une succession d'affrontements militaires qui se déroulent sur près de deux siècles, depuis le milieu du XIIIe siècle jusqu'au début du XVe siècle. Ces confrontations prennent différentes formes, notamment des batailles rangées, des sièges, des prises de villes et des campagnes militaires. Tlemcen, capitale du royaume zianide, constitue l'un des principaux enjeux de cette rivalité, mais les opérations militaires concernent également d'autres villes et territoires du Maghreb central et occidental[2],[6],[7],[8].
| Date | Nom | Nature | Issue | Observations |
|---|---|---|---|---|
| 1250 | Bataille d'Isly (1250) | Bataille | Victoire mérinide | Le 20 chawwal 647 H, les troupes de Yaghmoracen sont vaincues par les Mérinides. Yaghmoracen était intervenu à la demande du calife almohade al-Murtada contre Abou Yahya, qui assiégeait Fès[2] |
| 1257 | Bataille d'Oued Bou Selit (1257) | Bataille | Victoire mérinide | La source mentionne une bataille d'Abi Sulayt (en arabe : أبي سليط) entre Abou Yahya et Yaghmoracen, au sujet de Sijilmassa. Les troupes zianides sont vaincues[2] |
| 1257 | Bataille de Sijilmassa (1257) | Bataille | Issue indécise | Un second affrontement aux abords de Sijilmassa est rapporté pour la même année. La source indique une issue équilibrée entre les deux forces[2] |
| 1268 | Bataille de Telagh (1268) | Bataille | Victoire mérinide | La bataille est rapportée pour l'année 666 H. Les troupes de Yaghmoracen sont vaincues et son fils Omar trouve la mort au cours de l'affrontement[2] |
| 1272 | Siège de Tlemcen (1272) | Une étude consacrée aux systèmes militaires mérinides mentionne un siège de Tlemcen en 670 H / 1271, après les affrontements d'Isly. La date de 1272 indiquée ici n'est pas confirmée par cette source[6]. La chronologie de Zerifi mentionne une nouvelle bataille d'Isly en 670 H / 1271, et non en 1272[2]. La divergence de conversion de l'année hégirienne est à prendre en compte. | ||
| 1273-1274 | Siège de Sijilmassa (1273-1274) | La source de Zerifi rapporte la reprise de Sijilmassa par Yaacoub al-Mérini en 673 H / 1274, après la défaite de Yaghmoracen[2] | ||
| 1281 | Bataille de la Tafna (1281) | Une étude sur les systèmes militaires mérinides mentionne des affrontements à Kharzouza en 680 H / 1281. Zerifi situe pour sa part la bataille de Kharzouza en 679 H / 1280[2],[6]. La divergence de conversion de l'année hégirienne est à prendre en compte. | ||
| 1290 | Siège de Tlemcen (1290) | Siège | Retrait mérinide | En 689 H / 1290, le sultan mérinide Youssef ibn Yaacoub assiège Tlemcen pendant environ trois mois. Le camp mérinide est établi à Dhira al-Saboun. La campagne intervient après le refus d'Uthman ibn Yaghmoracen de livrer le vizir mérinide Ibn Attu, réfugié à Tlemcen[2],[6] |
| 1296 | Siège d'Oujda (1296) | En 696 H / 1296, une campagne mérinide contre les Zianides est rapportée à la suite d'un différend concernant la tribu des Maghraoua[2] | ||
| 1296 | Siège de Nedroma (1296) | |||
| 1297 | Bataille de Tlemcen (1297) | La source de Zerifi rapporte la levée du siège de Tlemcen en 697 H / 1297. Une étude sur les systèmes militaires mérinides mentionne une nouvelle opération de siège durant cette année, pendant environ trois mois[2],[6] | ||
| 1299-1307 | Siège de Tlemcen (1299-1307) | Siège | Échec mérinide | Le siège commence le 2 chaabane 698 H et s'achève le 3 dhou al-qi'da 706 H, soit de mai 1299 à mai 1307 selon l'étude de Boujemaa et Serhan. Il prend fin après la mort du sultan mérinide Abou Yaacoub Youssef, sans prise de Tlemcen[7],[8] |
| 1314 | Siège d'Oujda (1314) | Les sources mentionnent en 714 H / 1314 un siège mérinide de Tlemcen par Abou Saïd Othman II. Abou Hammou Moussa Ier parvient à détourner le souverain mérinide de la prise de la ville. Zerifi rapporte également la dévastation des environs de Tlemcen au cours de cette campagne[8],[2] | ||
| 1315 | Conquête du Touat et du Gourara (1315) | |||
| 1331-1332 | Siège de Béjaïa (1331-1332) | En 731 H / 1331, Abou Tachfin mène des campagnes contre les Hafsides et exerce des pressions sur Béjaïa. La source rapporte le contexte de l'intervention mérinide en faveur des Hafsides[2]. | ||
| 1333 | Siège de Sijilmassa (1333) | La source de Zerifi indique qu'en 733 H / 1333, Sijilmassa passe sous le contrôle effectif d'Abou al-Hasan[2]. | ||
| 1335-1337 | Prise de Tlemcen (1335-1337) | Siège et prise de ville | Victoire mérinide | Abou al-Hasan s'empare de Tlemcen en 737 H. La chronologie de Zerifi donne 1337, tandis que d'autres travaux situent la chute de la ville en 1336[2],[6]. La divergence de conversion de l'année hégirienne est à prendre en compte. |
| 1348 | Bataille de Kairouan (1348) | Les événements rapportés par Zerifi en Ifriqiya concernent la campagne d'Abou al-Hasan contre les Hafsides et son conflit avec des tribus arabes[2] | ||
| 1348 | Siège d'Oran (1348) | |||
| Date inconnue | Bataille du Oued Ourk | |||
| 1349 | Siège d'Oran (1349) | |||
| Date inconnue | Bataille de Tinramrin | |||
| 1352 | Prise de Tlemcen (1352) | Zerifi situe la reprise de Tlemcen par Abou Inan en 753 H / 1353[2]. La divergence de conversion de l'année hégirienne est à prendre en compte | ||
| 1352 | Bataille d’Angad (1352) | |||
| 1360 | Campagne de Tlemcen (1360) | |||
| 1360 | Campagne d'Oran (1360) | |||
| 1370 | Prise de Tlemcen (1370) | |||
| 1383 | Prise de Tlemcen (1383) | L'étude de Mostafa situe la prise de Tlemcen par Abou al-Abbas Ahmad ibn Abi Salem en 786 H / 1384[8]. La divergence de conversion de l'année hégirienne est à prendre en compte | ||
| 1389 | Prise de Tlemcen (1389) | |||
| 1393 | Prise de Tlemcen (1393) | Selon l'étude de Mostafa, Tlemcen demeure sous le contrôle d'Abou al-Abbas Ahmad ibn Abi Salem jusqu'à sa mort en 796 H / 1393[8]. La divergence de conversion de l'année hégirienne est à prendre en compte | ||
| 1411 | Prise de Fès (1411) |
Conséquences
modifierLe conflit entraîne une succession de campagnes militaires, de sièges et de prises de villes, accompagnée de changements temporaires dans le contrôle de plusieurs territoires. Sijilmassa passe notamment sous contrôle mérinide en 1274, tandis que Tlemcen résiste au siège de 1299 à 1307. Cette dernière campagne, qui dure plus de huit ans, constitue l'un des épisodes les plus longs de la confrontation entre les deux dynasties[2],[7].
La prise de Tlemcen par le sultan mérinide Abou al-Hasan en 1337 marque une nouvelle phase de l'expansion mérinide au Maghreb central. La ville passe ensuite de nouveau sous l'autorité des souverains zianides, avant que les affrontements ne se poursuivent au cours de la seconde moitié du XIVe siècle. Malgré les occupations et les revers militaires, la dynastie zianide se maintient et rétablit son pouvoir à Tlemcen à plusieurs reprises. Le conflit se caractérise ainsi par une alternance de périodes d'expansion mérinide et de rétablissement du pouvoir zianide[2],[5].
Références
modifier- ↑ (ar) Khaled Belarbi, « الصراع العسكري الزياني المريني أسبابه ونتائجه » [« Le conflit militaire zianide-mérinide : ses causes et ses conséquences »], Islamic Civilization Journal, vol. 11, no 14, , p. 185-190 (lire en ligne
) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 (ar) Mohamed Amrani Zerifi, « جوانب من علاقات الدولة المرينية مع دول الضفة الجنوبية من الحوض الغربي للبحر الأبيض المتوسط » [« Aspects des relations de l'État mérinide avec les États de la rive sud du bassin occidental de la Méditerranée »]
, sur Anfasse, (consulté le ) - ↑ Édouard Charles Cat, Petite histoire de l'Algérie, Tunisie.--Maroc: Avant 1830, A. Jourdan, (lire en ligne)
- ↑ Bernard Lugan, Histoire des Algéries, Editions Ellipses, (ISBN 978-2-340-10047-3, lire en ligne)
- 1 2 Allaoua Amara, « Tlemcen et les deux grands sièges mérinides (698‑737/1299‑1337) », Annales islamologiques, Institut français d'archéologie orientale (IFAO), no 55, , p. 255–274 (ISSN 0570-1716, DOI 10.4000/anisl.10053, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (ar) Salem Abu Alkacem Gouma, النظم الحربية في دولة بني مرين (668-869هـ/1269-1465م) [« Les systèmes militaires dans l'État mérinide (668-869 H / 1269-1465) »], Université Ain Shams, faculté des lettres, , PDF (lire en ligne
) - 1 2 3 (ar) Boujemaa Sabah et Serhan halim, الحصار العسكري المريني الكبير لتلمسان 698ه – 706ه / 1299م – 1307 م [« Le grand siège militaire mérinide de Tlemcen, 698-706 H / 1299-1307 »], Université de M'Sila, faculté des sciences humaines et sociales, , PDF (lire en ligne
) - 1 2 3 4 5 (ar) Osama Ahmed Mokhtar Hassan Mostafa, « العلاقات السياسية بين دولتي بني مرين وبني زيان في القرن 8هـ-14م كما تعكسها النقود » [« Les relations politiques entre les États mérinide et zianide au VIIIe siècle de l'hégire (XIVe siècle), telles que reflétées par la monnaie »], Dirassat Thuratia, vol. 6, no 1, , p. 111-152 (lire en ligne
)
Bibliographie
modifier- (ar) Khaled Belarbi, « الصراع العسكري الزياني المريني أسبابه ونتائجه » [« Le conflit militaire entre Zianides et Mérinides : causes et conséquences »], revue de la civilisation islamique, vol. 11, no 14, , p. 185-190 (lire en ligne
[PDF]) - (ar) Bessedik Abdelkrim, « المراسلات الرسمية مصدر لتأريخ الصراع الزياني المريني(ق7-8ه/13-14م)- كتاب صبح الأعشى للقلقشندي أنموذجا- » [« La correspondance officielle comme source pour l'histoire du conflit zianide-mérinide (VIIe-VIIIe siècles de l'hégire / XIIIe-XIVe siècles) : l'ouvrage Subh al-A'sha d'al-Qalqashandi comme exemple »], AL-IBAR From Historical And Archaeological Studies, vol. 4, no 2, , p. 232-254 (lire en ligne
) - (ar) Salahi Houssem, « دفاع جيش الزياني عن الحدود الشرقية لبلاد المغرب الأوسط » [« La défense des frontières orientales du Maghreb central par l'armée zianide »], Journal of Military Historical Studies, vol. 6, no 2, , p. 68-99 (lire en ligne
)