Conjecture jacobienne
En mathématiques, et plus précisément en géométrie algébrique, la conjecture jacobienne (ou conjecture du jacobien) est une conjecture réfutée concernant les polynômes à plusieurs variables. Elle énonce que si une fonction polynomiale d'un espace de dimension dans lui-même a un jacobien constant et non nul, alors cette fonction possède une fonction inverse polynomiale. Elle fut proposée en 1939 par Ott-Heinrich Keller (en), et Shreeram Abhyankar lui donna par la suite son nom actuel, la popularisant comme un exemple d'une question de géométrie algébrique ne demandant que peu de connaissances pour être énoncée.
La conjecture jacobienne est également célèbre pour le grand nombre de tentatives de preuves qu'elle a suscitées, et qui contenaient des erreurs subtiles[1],[2]. C'est le seizième problème de Smale.
Le 19 juillet 2026, Levent Alpöge, mathématicien et employé d'Anthropic, présente un contre-exemple explicite dans le cas , découvert à l'aide du grand modèle de langue Claude Fable 5[3],[4] d'Anthropic, qui infirme la conjecture pour . Pour le cas particulier , la conjecture demeure un problème non résolu à la date de juillet 2026, tandis que pour , elle peut être démontrée de manière triviale[5].
Formulation
modifierPour un entier N > 1, soient N polynômes fi (pour 1 ≤ i ≤ N) dans les variables X1, …, XN, et dont les coefficients appartiennent à un corps algébriquement clos k (on peut en fait supposer[pourquoi ?] que k est le corps des nombres complexes). On définit alors la fonction vectorielle F: kN → kN par
. Le jacobien J de F est par définition le déterminant de la matrice jacobienne N × N formée des dérivées partielles des Fi par rapport aux Xj :
J est lui-même une fonction des N variables X1, … , XN ; et même une fonction polynomiale.
La condition J ≠ 0 assure (pour des fonctions régulières, et donc en particulier pour des polynômes) l'existence d'un inverse local pour F (c'est le théorème des fonctions implicites) en chaque point où elle est vérifiée. Comme k est algébriquement clos, et que J est un polynôme, J s'annule pour certaines valeurs des X1, …, XN, sauf si J est constante. On en déduit facilement que :
- Si F possède une fonction inverse (globale), c'est-à-dire s'il existe G : kN → kN telle que (identité de kN), alors J est une constante non nulle.
La conjecture jacobienne affirme que sur tout corps de caractéristique 0, la réciproque (un peu renforcée) suivante est vraie :
- Si J est une constante non nulle et si k est un corps de caractéristique 0, alors F admet un inverse G : kN → kN, et G est régulière, c'est-à-dire que ses composantes sont données par des polynômes.
Contre-exemple
modifierLe contre-exemple cité en introduction est l'application polynomiale définie par
Le déterminant jacobien de cette fonction est la constante -2. Cependant, l'application n'est pas globalement injective (et n'est donc pas inversible), car elle associe la même image à plusieurs points distincts. Par exemple, l'évaluation de l'application aux points et donne dans les deux cas.
Compte tenu de la définition de ci-dessus, il s'ensuit que pour tout entier , l'application polynomiale donnée par
fournit alors un contre-exemple à variables.
Résultats
modifierEn 1980, Wang[6] démontra la conjecture jacobienne pour les polynômes de degré 2, et en 1982, Bass, Connell et Wright[7] démontrèrent que le cas général est conséquence du cas particulier des polynômes de degré 3. La conjecture a été vérifiée par Moh[8] pour les polynômes à deux variables de degré au plus 100.
La conjecture jacobienne est équivalente à la conjecture de Dixmier[9].
Notes et références
modifier- ↑ Arno van den Essen, Algèbre non commutative, groupes quantiques et invariants (Reims, 1995), vol. 2, Paris, Soc. Math. France, coll. « Sémin. Congr. », , 55–81 p. (MR 1601194), « Polynomial automorphisms and the Jacobian conjecture »
- ↑ (en) Hyman Bass, Edwin H. Connell et David Wright, « The Jacobian conjecture: Reduction of degree and formal expansion of the inverse », Bulletin of the American Mathematical Society, vol. 7, no 2, , p. 287–330 (ISSN 0273-0979, DOI 10.1090/S0273-0979-1982-15032-7
, lire en ligne) (pdf) - ↑ __alpoge__, « hello there the jacobian conjecture is false », sur XParamètre
datemanquant - ↑ Matthew Sparkes, « AI’s solution to 87-year-old riddle takes mathematicians by surprise », New Scientist, (lire en ligne [archive du ])
- ↑ (en) « Bulletin of the American Mathematical Society », sur pubs.ams.org (DOI 10.1090/S0273-0979-1982-15032-7, consulté le ), p. 2
- ↑ (en) Stuart Sui-Sheng Wang, « A jacobian criterion for separability », J. Algebra, vol. 65, , p. 453-494.
- ↑ (en) Hyman Bass, Edwin H. Connell et David Wright, « The Jacobian conjecture: reduction of degree and formal expansion of the inverse », Bull. Amer. Math. Soc. (New Series), vol. 7, no 2, , p. 287-330 (OCLC 670617598, DOI 10.1090/S0273-0979-1982-15032-7), lien Math Reviews.
- ↑ (en) Tzuong-Tsieng Moh, « On the Jacobian conjecture and the configurations of roots », J. reine angew. Math., vol. 340, , p. 140-212 (lire en ligne).
- ↑ (en) Pascal Kossivi Adjamagbo et Arno van den Essen, « A proof of the equivalence of the Dixmier, Jacobian and Poisson conjectures », Acta Math. Vietnam, vol. 32, nos 2-3, , p. 205-214.
Voir aussi
modifierArticle connexe
modifierBibliographie
modifier- (en) Alexei Belov-Kanel et Maxim Kontsevich, « The Jacobian conjecture is stably equivalent to the Dixmier conjecture », Moscow Mathematical Journal, vol. 7, no 2, , p. 209-218 (Bibcode 2005math.....12171B, MR 2337879, arXiv math/0512171).
- (en) A. van den Essen, Jacobian conjecture, Springer
- (de) Ott-Heinrich Keller, « Ganze Cremona-Transformationen », Monatshefte für Mathematik und Physik, vol. 47, no 1, , p. 299-306 (ISSN 0026-9255, DOI 10.1007/BF01695502)
- (en) A. van den Essen, Polynomial automorphisms and the Jacobian conjecture