Ordre contemplatif
Un ordre contemplatif est un ordre religieux régulier monastique catholique dont les clercs, moines et moniales, ont prononcé des vœux religieux et fait un choix de vie, généralement cloîtrés, en respectant une règle monastique de vie commune principalement consacré à la prière et à la contemplation. Le « but de leur vie est l'union à Dieu dans l'amour », « une union aussi profonde et aussi continuelle que possible qui s'achèvera au ciel dans la vision de Dieu tel qu'Il est » d'où le nom de « vie contemplative » ou d'« ordre contemplatif ».

La vie contemplative
modifierPour l’Église catholique, la vie contemplative n'est pas réservée aux religieux consacrés : elle est destinée à tous[1],[N 1]. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que « Dieu nous appelle tous à cette intime union avec lui », c'est-à-dire que tous les chrétiens sont appelés à devenir des contemplatifs. Mais le catéchisme précise que les « grâces spéciales ou des signes extraordinaires de cette vie mystique » ne sont accordés qu'à une minorité de croyants, « en vue de manifester le don gratuit que Dieu fait à tous »[2]. Ce point concernant les grâces mystiques (réservées par Dieu à quelques-uns) est régulièrement repris par des auteurs religieux, comme le père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, qui, citant les écrits de Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix, écrit que Dieu, dans sa liberté, n'accorde des grâces contemplatives qu'à certains[3]. De nombreux autres religieux expriment régulièrement la même idée[4],[5].
Le père Marie-Eugène ajoute « toute âme peut être portée par Dieu à la plénitude de la vie mystique et de la contemplation »[6],[5]. De même, pour les Chartreux, le « but de leur vie est l'union à Dieu dans l'amour », « une union aussi profonde et aussi continuelle que possible qui s'achèvera au ciel dans la vision de Dieu tel qu'Il est ». C'est pour cela que dans leur engagement monastique, leur « vie tout entière est tournée vers ce but d'où le nom de « vie contemplative ». »[7][réf. incomplète]. L'expérience contemplative n'est donc pas réservée aux chrétiens, ni même aux croyants : les athées peuvent avoir des grâces mystiques de contemplation (divine). Ainsi, le père carme Philippe de Jésus-Marie (ocd), cite comme exemple le cas d'André Comte-Sponville, athée, qui témoigne dans un de ses ouvrages[8] d'une expérience mystique de contemplation[9].
Origine des ordres contemplatifs
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Dès les premiers siècles de l’Église, des hommes et des femmes ont cherché à quitter leur vie quotidienne pour rechercher dans la solitude « l'union à Dieu »[10]. Si les premiers ordres contemplatifs se développent très vite (comme les Bénédictins au VIe siècle), ceux-ci conservent une part de travail importante. Ainsi, la devise des Bénédictins est Ora et labora (« Prie et travaille »). Des ordres religieux à vocation pleinement contemplative se développent plus tard, au Moyen Âge avec les Chartreux (XIe siècle), les Carmes ou les Clarisses (XIIIe siècle). Si ces ordres mettent la prière et la contemplation au centre de leur vie spirituelle, ils conservent une part de leur temps au travail, pour gagner de quoi se nourrir. Pour ces religieux, le « but de leur vie est l'union à Dieu dans l'amour », « une union aussi profonde et aussi continuelle que possible qui s'achèvera au ciel dans la vision de Dieu tel qu'Il est ». C'est pour cela que dans leur engagement monastique, leur « vie tout entière est tournée vers ce but d'où le nom de « vie contemplative ». »[11].
Pour l'Église catholique, cette vie consacrée contemplative est une des sources de « la vie spirituelle dans l’Église »[10].
Quelques exemples
modifierDans le catholicisme, plusieurs ordres religieux sont dits dits « contemplatifs » (même si certains ont eu des évolutions vers l'ouverture apostolique), notamment :
- l'ordre de Saint-Benoît (les bénédictins et bénédictines). Fondé par saint Benoît de Nursie au VIe siècle en Italie, la branche féminine est fondée par Sainte Scolastique (sœur de saint Benoît ). Même si le travail est une part importante de la vie du moine bénédictin, le fondateur avait donné comme mission principale « la recherche de Dieu »[12]. Cet ordre a donné naissance (et intègre) l'Ordre cistercien[N 2] et l'Ordre camaldule[N 3] ). L'ordre compte environ 24 000 bénédictins et moniales dans plus d'un millier de couvents et abbayes[13] ;
- l'ordre de Saint Bruno ou chartreux, fondé au XIe siècle par saint Bruno en chartreuse. Cet ordre semi-érémitique compte également une branche féminine. En 2004, l'ordre comptait 18 couvents de moines et 4 couvents de moniales, regroupant 350 religieux et une cinquantaine de moniales[14] ;
- l'ordre du Carmel (les carmes et carmélites). Fondé au XIIe siècle sur le Mont Carmel, d'abord érémitique et uniquement masculin, il se développe en Europe au début du XIIIe siècle et se transforme en un ordre mendiant. Au XVe siècle la branche féminine est créée (les religieuses sont cloitrées, contrairement aux frères qui partent enseigner hors des couvents), le Tiers-Ordre carmélite est officiellement créé à la même époque. La réforme thérésienne de l'ordre, en 1568 renforce le caractère contemplatif de l'ordre[15]. L'ordre compte près de 18 000 religieux (carmes et carmélites), et plusieurs dizaines de milliers de laïcs (du Tiers-ordre). Il est présent sur les cinq continents ;
- l'ordre de Sainte-Claire ou clarisses, fondé au XIIIe siècle par sainte Claire en Italie. Au XVe siècle, l'ordre est réformé par sainte Colette pour revenir à la rigueur d'origine (pauvreté et contemplation). L'ordre compte aujourd'hui environ 15 000 religieuses dans 76 pays à travers le monde ;
- l'ordre de Saint-Jérôme ou hiéronymites, fondé au XIVe siècle dans la péninsule Ibérique, il reste localisé à ce secteur géographique. Un siècle plus tard, la branche féminine est créée. Aujourd'hui il compte un seul couvent d'hommes et une vingtaine de monastères de femmes, presque exclusivement situées en Espagne ;
- l'ordre de l'Immaculée Conception ou conceptionnistes, fondé au XVe siècle par sainte Beatriz da Silva au Portugal. Aujourd'hui l'ordre compte environ 2 000 membres dans environ 150 monastères ;
- l'ordre de la Visitation Sainte-Marie ou visitandines, fondé au XVIIe siècle par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal. Fondé initialement pour visiter les malades, très vite l'ordre se transforme en un ordre cloitré et contemplatif. On compte environ 3 000 religieuses dans près de 150 couvents ;
- l'ordre du Verbe incarné et du Très-Saint-Sacrement fondé au XVIIe siècle par la vénérable Jeanne Chézard de Matel en France. Au départ, il s'agissait d'une congrégation pour l'éducation des jeunes filles. L'ordre évolue avec l'histoire, et des maisons purement contemplatives sont créées. L'ordre compte aujourd'hui six couvents avec plus de 120 religieuses. Il est aussi à l'origine de la création d'autres congrégations.
Notes et références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Contemplatifs » (voir la liste des auteurs).
Notes
modifier- ↑ Le Catéchisme de l’Église catholique cite par exemple les pères du désert en Égypte, les ermites et les moines des premiers siècles.
- ↑ Il intègre également l'ordre cistercien de la stricte observance ou trappistes et trappistines, issus de la séparation avec l'Ordre cistercien au XIe siècle.
- ↑ L'Ordre camaldule est fondé en Italie au XIe siècle par saint Romuald, ordre semi-érémitique, de spiritualité bénédictine, mais suivant la règle de saint Benoît.
Références
modifier- ↑ Benoît XVI, « Angélus du 10 juillet 2005, par Benoît XVI », sur Vatican, vatican.va, (consulté le ) : « Saint Benoît indiqua à ses disciples comme objectif fondamental et même unique de l'existence, la recherche de Dieu. ».
- ↑ Catéchisme de l’Église catholique (trad. du latin), Italie, Éditions du Cerf, , 844 p. (ISBN 978-2-7289-2124-9, lire en ligne), § 2014.
- ↑ Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, Je veux voir Dieu, Toulouse, Éditions du Carmel, , 1392 p. (ISBN 978-2-84713-273-1), p. 422-424.
- ↑ Marie-Philippe de la Sainte Famille, « La vie mystique », Carmel, no 142, , p. 9-23 (ISBN 9782847131888).
- 1 2 Jean-Raphaël de la Croix glorieuse, « Sobriété contemplative », Vives Flammes, no 306, , p. 25-32 (ISSN 1146-8564).
- ↑ Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus 2015, p. 421.
- ↑ un chartreux 2007, p. 99.
- ↑ André Comte-Sponville, L'Esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, Paris, , p. 166-167.
- ↑ Philippe de Jésus-Marie, « Le carmel et l'expérience mystique aujourd'hui », Carmel, no 142, , p. 27-41.
- 1 2 Catéchisme de l’Église catholique, p. § 2687 (lire en ligne).
- ↑ un chartreux, La grande chartreuse, Bresson, Éditions lettres de France, , 18e éd. (ISBN 978-2-911753-11-4 et 2-911753-11-9), p. 99.
- ↑ Benoît XVI, « Angélus du Dimanche 10 juillet 2005 », sur Vatican, vatican.va, (consulté le ).
- ↑ Dictionnaire du Moyen Âge, histoire et société, Encyclopaedia Universalis, , p. 144.
- ↑ Annuaire pontifical de 2006.
- ↑ « De l'érémitisme chrétien d'Orient aux Carmes et Carmélites d'Occident » [PDF], sur abbaye-saint-hilaire-vaucluse.com, Abbaye de Saint Hilaire (consulté le ).
Annexes
modifierBibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Nicole Lemaître, Marie-Thérèse Quinson et Véronique Sot, Dictionnaire culturel du christianisme, Paris, Cerf et Nathan,
- AA.VV., Carmel : La vie mystique pour tous ?, t. 142, Éditions du Carmel, , 128 p. (ISBN 978-2-84713-188-8).

- Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, Je veux voir Dieu, Toulouse, Éditions du Carmel, , 9e éd., 1380 p. (ISBN 978-2-84713-273-1).

Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Julien Tranié, « Le choix de la vie contemplative », La Croix, (lire en ligne)