Le corps à baleines, également appelé corpiqué ou corps baleiné, est un accessoire vestimentaire structurant. Il apparaît en France au XVIe siècle à travers l'influence des modes espagnoles. À cette époque, il est porté en tandem avec un Vertugadin, aussi appelé « vertugalle ». C'est l'ancêtre du corset.

Corps baleiné, XVIIIe siècle .
Élégante à sa toilette.
Planche de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert représentant diverses formes de corps à baleines.
Corps à baleine, vers 1780, Musée de la Mode, Bath (Angleterre).

Description formelle

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Principalement répandu aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'usage du corps à baleines est attesté dès le XVIe siècle en Europe[1.1]. Il se porte par-dessus une chemise, comme sous-vêtement sous la robe. Doté d'un busc en bois devant, décrit par Montaigne comme un véritable instrument de torture[2], il était lacé dans le dos ou sur le devant et était suffisamment rigide pour rejeter les épaules vers l'arrière, affiner la taille et hausser la poitrine de la femme qui le portait.

Les « corps » légers, peu ou pas baleinés mais quand même en tissu rigide, pour l'été, le repos, les occasions peu formelles… étaient appelés blancs corsets - soit parce qu'ils étaient souvent faits de toile blanche ou écru toute simple, soit parce que « blanc » a ici le sens de « vide » (de baleines).

Différents usages du corps

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Soutenir le buste et la robe

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Outre sa fonction esthétique, le corps à baleines avait aussi un usage pratique. Il remplissait d'abord le rôle des soutiens-gorge modernes, en soutenant et rehaussant la poitrine des femmes. De plus, cette structure rigide soulageait le dos des femmes, et les aidait à supporter le poids de leur robe. La robe à la française, qui se répand dans l'aristocratie au XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, est faite de lourds tissus soutenus par un ou plusieurs paniers. Le corps à baleines représente donc un sous-vêtement structuré indispensable aux habitudes vestimentaires de son époque[3].

Modeler le corps des femmes

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Le corps baleiné accompagné du vertugadin crée une silhouette artificielle en sablier correspondant à un idéal de beauté dès le XVIe siècle[1.1]. Le corps à baleines aplatit la poitrine et affine la taille tandis que les paniers élargissent les hanches[4]. Dans son ouvrage consacré au vêtement féminin, le médecin Alphonse Leroy (1742-1816) écrit que « l’habitude des femmes est molle, humide »[5].

Les femmes enceintes et les enfants n'étaient pas épargnés par l'emprise du corps à baleines. Les premières avaient droit à plus de laçages, qui permettaient de régler le corps à baleines en fonction de la taille du ventre.

Un rôle social

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Le corps à baleines joue un rôle social essentiel. Il offre au corps une démarche, un maintien unique que la noblesse revendique comme sienne. C'est un outil de distinction qui permet de souligner son rang dans la société. Les femmes du Tiers états ne peuvent pas s'imposer une telle contrainte car leurs tâches journalières nécessitent de bouger. Ainsi, la noblesse revendique son privilège oisif en utilisant le corps à baleines[6].

Le corps à baleine chez l'enfant

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Les enfants, filles et garçons, portaient le corps à baleines dès la fin du maillot. Il avait les mêmes fonctions que ce dernier à savoir modeler le corps pour l'éloigner des réflexes des animaux[7] et développer un maintien élégant. Les fillettes sont entraînées dès l'âge de raison à se comporter d'une manière élégante. Madame de Genlis explique dans ses mémoires qu'à six ans, on lui a fait porter un corps à baleines et des souliers étroits pour la première fois afin de lui « ôter son air provincial »[8].

Pérennité

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Dès la fin du XVIIe siècle, des philosophes comme John Locke critiquent l'usage du corps à baleines pour les enfants. D'abord perceptible en Grande-Bretagne, le mouvement est repris en France par Jean-Jacques Rousseau mais reste lié aux milieux aristocratiques et urbains. Le corps à baleines disparaît alors peu à peu des vestiaires enfantins et féminins, parallèlement aux paniers, sous l'influence du Siècle des Lumières et du Néoclassicisme. Il sera plus tard remplacé par le corset, cependant beaucoup plus souple.

Notes et références

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  1. Astrid Castres, « Seixième siècle 1480-1589 », dans Denis Bruna, Chloé Demey, Histoire des modes et du vêtement, du Moyen âge au XXIe siècle, (ISBN 978-2-84597-699-3), p. 78-115
    1. 1 2 94
  2. ↑ Montaigne, Essais, livre I, chapitre XL.
  3. ↑ Louis Arénilla, « Daniel Roche, La culture des apparences. Une histoire du vêtement (XVIIe – XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 1990, 549 p. », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 46, no 3,‎ , p. 632–634 (ISSN 0395-2649 et 1953-8146, DOI 10.1017/s0395264900062818, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ Denis Bruna, La mécanique des dessous. Une histoire indiscrète de la silhouette, Paris, Les Arts décoratifs, , 1 p., p.118
  5. ↑ Alphonse Leroy, Recherches sur les habillemens des femmes et des enfans ou examen de la manière dont il faut vêtir l’un & l’autre Sèxe,, Paris, Le Boucher, (lire en ligne), p.162
  6. ↑ Bruna Denis, La mécanique des dessous: une histoire indiscrète de la silhouette, Paris, Les Arts décoratifs, (ISBN 978-2-916914-42-8), pp. 118 - 125
  7. ↑ François Mauriceau, Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui ont accouché (lire en ligne)
  8. ↑ GENLIS, Stéphanie Félicité du Crest de Saint-Aubin, Mémoires inédits sur le dix-huitième siècle et la Révolution française, depuis 1756 jusqu’à nos jours, Paris, Mercure de France, , p. 48

Bibliographie

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  • Denis Bruna, La mécanique des dessous : Une histoire indiscrète de la silhouette, Paris, Les Arts Décoratifs, (ISBN 978-2-916914-42-8).
  • (en) Philis Cunnington et Anne Buck, Children's costume in England : from the fourteenth to the end of the nineteenth century, Londres, A & C Black Publishers Ltd, (ISBN 978-0-713-60371-2).
  • Madeleine Delpierre, Se vêtir au XVIIIe siècle, Paris, Adam Biro, (ISBN 2-87660-177-X).
  • François-Alexandre de Garsault, L’art du tailleur : contenant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, Paris, Imprimerie Delatour, (lire en ligne).
  • N. Reisser, Avis important au sexe ou essai sur les corps baleinés pour former et conserver la taille aux jeunes personnes, Lyon, Chez V. Reguilliat, (lire en ligne).