Correspondance maïmonidienne

La correspondance maïmonidienne (hébreu : איגרות הרמב"ם Iggerot HaRamba"m, « Lettres » ou « Épîtres de Maïmonide ») est le nom générique donné à l'ensemble des lettres envoyées par Moïse Maïmonide à diverses personnalités et communautés, depuis sa jeunesse jusqu'à ses dernières années. Conservée en diverses archives synagogales ou circulant au même titre que le reste de son œuvre, elle traite de questions théologiques ou philosophiques, ainsi que d'autres sujets d'ordre personnel ou public, comme les tractations pour la libération de Juifs tombés aux mains des Croisés. Sa correspondance juridique est quant à elle réunie sous le titre de responsa de Maïmonide (he).

Écrites pour la plupart en judéo-arabe, la langue parlée et écrite de Maïmonide, elles ont été traduites par divers traducteurs dont le philosophe Samuel ibn Tibbon, qui avait également traduit le Guide des Égarés et comptait lui-même parmi les correspondants de Maïmonide. Certaines pièces ont été composées en hébreu ou dans une combinaison des deux langues.

Elles ont fait l'objet de plusieurs éditions, celle du rabbin Yitzhak Shilat et celle du rabbin Yossef Qafih étant considérées comme faisant autorité en la matière. Une sélection majeure de ces lettres (comprenant l'Épître sur la persécution, l'Épître au Yémen et l'Épître sur la résurrection, auxquelles a été adjointe l'Introduction au chapitre Heleq) a été traduite en français par Jean de Hulster.

Lettres répandues

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Épître au Yémen

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L'épître au Yémen (hébreu : אגרת תימן Iggeret Teiman est écrite en réponse au rabbin yéménite Jacob ben Nathanael al-Fayyumi (en). Celui-ci a fait part à Maïmonide des malheurs qui frappent sa communauté, isolée du reste de la diaspora juive. Outre les persécutions des musulmans chiites zaïdistes, lesquels entendent les convertir, un Juif s'est proclamé et prêche une religion syncrétique, combinant judaïsme et islam.

La réponse de Maïmonide, depuis l'Égypte où il séjournait, lui valut un immense prestige dans ce pays, et permit de raffermir la foi de la communauté yéménite au bord du désespoir et de l'apostasie. Elle fut diffusée ensuite dans toute la diaspora.

Épître sur la résurrection

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L'épître sur la résurrection des morts (hébreu : איגרת תחיית המתים Iggeret Te'hiyat Hametim) est rédigée en 1191, en réponse au Traité sur la résurrection de Samuel ben Ali. Outre sa doctrine sur le sujet, cette lettre jette un éclairage sur les controverses qu'il suscite déjà de son vivant.

La résurrection, suscitant les espoirs les plus fervents et conduisant même au martyre, est à peine mentionnée dans les écrits légaux ou philosophiques de Maïmonide. Bien qu'il ne contredise pas la mishna Sanhédrin 10:1, qui exclut du monde à venir ceux qui nient la résurrection, il insiste beaucoup plus sur ce monde à venir, qu'il ne situe pas à la fin des temps comme le veut la tradition, mais après la mort. Il le décrit au huitième chapitre des Lois sur le Repentir comme un état intelligible purement désincarné, réservé aux seules âmes qui y sont parvenues par acquisition de savoirs philosophiques, en particuliers métaphysiques.

Ces opinions, qu'il veut faire accepter comme les seules auxquelles parvient la logique saine, font le désespoir de tous, y compris des Juifs du Yémen qui comptent pourtant parmi ses plus fervents soutiens mais qui, faute de réponse les satisfaisant, se sont tournés vers Samuel ben Ali.

L'auteur, revenant sur le commentaire de la mishna Heleq et les Lois sur le Repentir, explique y avoir insisté sur le monde à venir car il est à peine discuté par tous ceux qui spéculent sur la fin des temps, où ils situent la résurrection des morts. Il réaffirme alors que le monde à venir constitue la véritable fin dernière et le véritable salaire d'une vie bien vécue. S'appuyant sur l'affirmation des maîtres selon laquelle il n'y a là-bas ni nourriture, ni boisson, ni plaisirs somatiques, il soutient que les corps, façonnés pour remplir ces fonctions, y seraient inutiles, sous peine d'avoir été créés en vain par Dieu. Les contre-arguments tirés de Moïse et Élie sont sans objet, car ces prophètes restaient des êtres vivants, soumis aux besoins biologiques en dehors des périodes où ils en étaient miraculeusement dispensés.

Si ses écrits se sont répandus, ils sont souvent mal reçus. Leur contestation par certains lettrés relève, selon lui, d'un aveuglement ou d'une hostilité délibérée. Quant aux résistances populaires à ses doctrines, il les fait résulter d'une infirmité conceptuelle qui ne peut concevoir la réalité qu'à travers les corps tangibles. Cette posture matérialiste enfante également, selon lui, l'anthropomorphisme divin et la matérialisation du monde spirituel, car ces esprits frustes sont incapables de saisir que les sages d'Israël utilisaient des paraboles pour évoquer des vérités abstraites par-delà le sens apparent (Épîtres, p. 119-127). Il n'en reste pas moins que cette lecture allégorico-philosophique, héritage des savants andalous dont Moshe ibn Gikatilla et Juda ibn Balaam, il est alors l'un des rares à la pratiquer.

C'est cependant un auteur sûr de sa vérité qui démonte la réfutation de Samuel ben Ali, observant d'une part qu'il confond la falsafa avec le kalâm et, d'autre part, qu'il passe totalement sous silence l'esprit — dans lequel Maïmonide voit pourtant l'intellect acquis, pierre angulaire de sa propre conception qu'il suppose universelle (Épîtres, p. 127-131). Il affirme ensuite qu'il n'a jamais remis en doute la tradition acceptée et sans controverse de la résurrection mais que celle-ci ne peut pas être la fin dernière car la matière n'est pas éternelle. Dès lors, si Samuel ben Ali, suivant la méthode du kalâm, prétend prouver la réalité historique de la vision de la vallée des ossements par sa simple possibilité divine, Maïmonide réitère que ces corps ressuscités mourront à leur tour. Il se permet donc d'y voir une parabole, soulignant que s'en tenir aux interprétations fidéistes mène à des conclusions grotesques (Épîtres, p. 131-5).

La résurrection des corps n'en demeure pas moins l'un de ses dogmes, dans le commentaire comme dans le code, car la nier serait renier la possibilité du miracle. Cependant la plupart des versets qui en parlent ne sont que des figures de style prophétiques. Certains versets sont véridiques, d'autres sont des paraboles et l'intelligent saura faire la part des choses (Épîtres, p. 135-6). Maïmonide défend ainsi son arrêt en Rois 11:1, expliquant que les prodiges attendus à l'ère du messie sont possibles mais absolument pas nécessaires et qu'il ne convient pas d'y conditionner sa mission. En somme, lui et ses contempteurs divergent sur la conciliation de la Torah avec l'intelligible, sans qu'aucune prophétie ou tradition incontestable ne soit venue les départager (Épîtres, p. 137-142). Maïmonide justifie alors sa brièveté sur la question par son but de concision juridique, le sujet ne nécessitant pas de longs développements, tandis que le monde à venir doit être explicité pour corriger une vision matérialiste de l'eschatologie (Épîtres, p. 142-144).

Ce point éclairci, comme sa lettre ne contenait rien qu'il n'eût écrit auparavant, il la conclut par des détails nouveaux : l'homme est le seul être de la création à demeurer uni à l'influx divin, par le biais de son esprit, comme on l'apprend d'Eccl 12,7 (« La poussière retourne à la terre comme elle était et le souffle revient à Dieu qui l'a donné »). Cependant, si l'éternité de cet esprit est dans l'ordre des choses, la résurrection corporelle, elle, ne peut être qu'un miracle, de même que les prodiges qu'a produits Moïse. Nier la première par naturalisme, c'est aussi nier les seconds et, in fine, la création du monde ex nihilo ; la rejeter sous prétexte qu'on ne trouve pas de versets qui en parlent, c'est ignorer les deux versets évidents du Livre de Daniel. Maïmonide voit donc dans le renouvellement du monde la preuve de l'omnipotence divine, comme les théologiens du kalâm ; Dieu se contraint toutefois aux règles de la logique (cf. Guide III:15), à la différence du Deus ex machina kalamique, et c'est pourquoi les énoncés logiquement absurdes, dont les anthropomorphes, demeurent impossibles. En outre, la résurrection n'apparaît pas explicitement dans la Torah car les Israélites, tout juste sortis d'Égypte, étaient incapables de concevoir une existence purement spirituelle. Pour s'adapter à cette infirmité conceptuelle de la masse, le texte biblique devait privilégier l'exposé, au demeurant fort utile, d'une rétribution matérielle immédiate, paraissant beaucoup plus mécanique et rapide que la réalité intelligible du monde à venir (Épîtres, p. 144-154). Enfin, si certains miracles suspendent l'ordre des choses, d'autres apparaissent comme des concours de circonstances, et c'est un triptyque de facteurs (la simultanéité de leur survenue avec l'annonce du prophète, la rareté du phénomène et sa persistance) qui les révèle comme plus que des coïncidences. C'est pourquoi Israël se doit, d'une part, de percevoir l'intention divine à travers l'ordre intelligible des lois de la nature et, d'autre part, savoir que ces prodiges sont nécessairement courts et temporaires (Épîtres, p. 154-158).

Notes et références

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Annexes

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Liens externes

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Bibliographie

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  • Moïse Maïmonide (trad. Jean de Hulster), Épîtres, Gallimard, coll. « Tel », (1re éd. 1983) (ISBN 978-2-07-073300-2)