Crieur public
Le crieur public est une personne chargée d'annoncer au public des informations. La profession est généralement itinérante ; sa fonction consiste à se promener dans la localité, s'arrêter à certains endroits (place publique, balcon de l'hôtel de ville appelé bretèche, carrefour, parvis des églises, parfois juché sur une pierre de criée[1]), annoncer sa présence par un appel sonore (tambour, clochette, trompette...) et commencer à lire son texte.
| Forme féminine |
Crieuse publique |
|---|
Histoire et géographie
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Son existence était importante dans l'Antiquité (notamment en Grèce et dans la Rome antique, sous le nom de praeco), puis au Moyen Âge (consistant à annoncer des ordonnances royales et seigneuriales ou des bans urbains, cette fonction[2] qui était souvent celle de garde champêtre, de tambour de ville ou valet de ville comme Jean de Gascogne)[3], et même jusque dans les années 1960 dans les villages suisses. Le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie ont encore un énorme contingent de crieurs publics avec un renouveau depuis 1980.
La loi française du assujettit les crieurs publics à l'autorisation préalable de l'autorité municipale, et punit les contrevenants d'un emprisonnement de six jours à deux mois pour la première fois, et de deux mois à un an en cas de récidive[4].
En Basse-Bretagne jusqu'à la fin des années 1880, les crieurs se colportaient en criant les informations locales d'une ville, d'un village ou d'un hameau à l'autre, à la manière d'un véritable relais de transmission oral. L'un d'eux, Youenn Daougabel, aurait bénéficié à l'époque d'une certaine notoriété[5].
Au Canada, Daniel Richer (dit « Laflêche d'Ottawa/Gatineau », 30 ans de métier) Crieur Sénior d'Amérique exerce encore le métier de crieur à plein temps. On peut l'entendre lors d'évènements sociaux, artistiques ou à connotation amoureuse.
Dans de nombreuses villes africaines, la fonction de crieur public existe encore, mais l'individu a été remplacé par un véhicule sonorisé. Ainsi, à Douala, ces « véhicules-crieurs publics » ont été affectueusement surnommés les papas-Douala. En Afrique du Sud, on retrouve aussi le « crieur de baleine », chargé d'annoncer l'arrivée des cétacés dans la baie et à quel endroit on peut les observer.
Tony Appleton, un crieur a annoncé le la venue au monde du fils de Catherine Middleton et du Prince William, mais c'était en réalité un imposteur[6].
Le retour des crieurs en France
modifierDans son roman Pars vite et reviens tard publié en 2001, Fred Vargas remet au goût du jour le métier de crieur public avec le personnage de Joss Le Guern.
La lecture de ce roman a conforté un jeune acteur lyonnais, Gérald Rigaud, dans son projet d'exercer le métier de crieur public. Il fait alors du quartier de la Croix-Rousse son secteur d'activités à partir de 2003. Durant la semaine, les messages à publier sont glissés dans des boites mises à disposition chez les commerçants, puis le dimanche matin, il les crie et les met en valeur sur la place publique. Il se présente comme mandaté par le « Ministère des Rapports Humains », et indique « contribuer au dialogue entre citoyens et à leur conscience politique ». Il rejette l'idée de subvention et tire son revenu de l'argent librement joint aux messages déposés et de demande de dons aux spectateurs assistant à sa prestation. Celle-ci dure près de deux heures. S'il effectue un tri dans la multitude des messages qui lui sont soumis, ceux-ci sont cependant très variés et vont de la petite annonce classique jusqu'à des messages plus personnels. Son initiative et sa verve ne sont cependant pas complètement appréciées par la classe politique, d'un bord comme de l'autre[7].
Compétition
modifierLes crieurs publics du monde entier se retrouvent tous les deux ans pour des compétitions de voix, de projection et d'élégance. Le dernier championnat international de crieurs fut tenu à Sidney en Colombie-Britannique (Canada) et fut remporté par Daniel Richer dit Laflêche (crieur bilingue amérindien) en [8].
Une agence de communication
modifierDepuis 2004, une agence de communication implantée à Fontaines-sur-Saône, dans l'agglomération lyonnaise, a choisi de reprendre le nom de Crieur Public pour se positionner comme porte-voix des entreprises des secteurs du bâtiment, de l'habitat et de l'aménagement urbain[9],[10].
En 2025, elle est reprise par Arnaud Delattre, qui succède au fondateur Thierry Pouzol à la tête d'une équipe d'une vingtaine de personnes[11].
Bibliographie
modifier- Ouvrages
- « Cris, crieurs » in Dictionnaire du Moyen Âge, Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink (éd.), Paris, PUF, 2002
- Nicolas Offenstadt, Oyez ! Haro ! Noël ! Pratiques du cri au Moyen Âge, en collaboration avec Didier Lett, Publications de la Sorbonne, 2003
- Nicolas Offenstadt, « Les crieurs publics à la fin du Moyen Âge. Enjeux d’une recherche », C. Boudreau, K. Fianu, C. Gauvard et M. Hébert (éd.), Information et société en Occident à la fin du Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 203-217.
- Nicolas Offenstadt, En place publique : Jean de Gascogne, crieur au XVe siècle, Stock, 2013 (ISBN 9782234064164)
- Articles
- « Oyez, oyez, braves gens, petites annonces à la criée » (portrait du crieur public lyonnais Gérald Rigaud), in Libération, .
- « Chacun peut, grâce à ses petites annonces, informations, astuces ou poésie, se réapproprier la parole publique (Animation sur le marché : le Crieur public est de retour) » in Le Républicain lorrain, .
Notes et références
modifier- ↑ Socle maçonné, muni de deux marches en France, qui se trouvait près de la porte de l'église ou, quelquefois, au centre du village. D'après Gérard Boutet, La France en héritage, Librairie Académique Perrin, , p. 678
- ↑ Métier pratiqué par des hommes de condition modeste, il impliquait de savoir lire, à moins qu'il fût aidé par des hommes lettrés qui lui lisaient à voix basse le texte qu'il répétait.
- ↑ Gérard Boutet, La France en héritage, Librairie Académique Perrin, , p. 678.
- ↑ F. Crozet, Table décennale du Répertoire Administratif, Grenoble, Prud'homme et Blanchet, , p. 433
- ↑ « La relève de Youenn Daougabel », sur Le Télégramme, (consulté le ).
- ↑ « "Royal baby" : Tony Appleton, le crieur était un faux... », sur metronews.fr via Internet Archive, (consulté le ).
- ↑ Émission de France Culture du 13? décembre 2008 (référence à un article dans Le Progrès).
- ↑ (en) « Daniel Richer vise le sommet à la compétition internationale de crieur public en Australie », sur www.bulletinaylmer.com (consulté le ).
- ↑ « L'agence », sur Le Crieur Public (consulté le )
- ↑ « LE CRIEUR PUBLIC (453 605 719) », sur Infogreffe (consulté le )
- ↑ Jacques Simonet, « Arnaud Delattre aux commandes du Crieur Public », sur Les News 2 Com d'InterMédia (Kessel Media), (consulté le )