Crise du Rhin
La crise du Rhin de 1840 est une crise diplomatique entre le royaume de France et la Confédération germanique et se déclenche lorsque la France se met à revendiquer le Rhin pour frontière orientale, ce qui revient à revendiquer 32 000 km2 de territoire allemand, dont la majorité est sous domination prussienne[1].
Ces territoires avaient été sous administration française entre 1795 et 1814, puis le congrès de Vienne les avait redistribués entre les puissances allemandes. La Prusse avait récolté la part du lion avec la Rhénanie prussienne.
Contexte
modifierLa guerre d'indépendance grecque et la guerre russo-turque de 1828 et 1829 affaiblissent l'empire ottoman. Le sultan Mahmoud II refuse alors à Méhémet Ali, alors vice-roi de l'Égypte, province ottomane, de devenir également gouverneur de Syrie. Celui-ci réplique en occupant avec des troupes égyptiennes la Palestine et la Syrie en 1831 ; elles arrivent aux limites de l'Anatolie en 1832[1].
La France avait profité de la défaite turque en 1830 pour prendre Alger et voit dans Méhémet Ali un allié idéal et le soutient donc dans sa lutte pour se défaire de la souveraineté de Mahmoud II. L'objectif français est de faire de toute la côte nord de l'Afrique, allant jusqu'à l'isthme de Suez, une zone sous influence française[1].
En 1839, Méhémet Ali remporte une nouvelle victoire face au sultan. Cela conduit à la crise d'Orient de 1840. Les grandes puissances que sont le Royaume-Uni, la Russie, la Prusse et l'Autriche voient dans la préservation de l'empire ottoman une meilleure garantie de leurs intérêts. Ils signent ensemble le traité de Londres (1840) le afin de satisfaire le sultan et de faire cesser le soutien français à Méhémet Ali. Les Britanniques apportent au même moment leur soutien militaire à Constantinople contre l’Égypte[1].
En 1841, Ibrahim Pacha est forcé de se retirer de la Syrie et de la Palestine et de limiter son territoire à l'Égypte, qui reste sous domination ottomane officiellement, bien qu'on lui cède le droit de léguer à ses héritiers le droit de diriger le pays[1].
Déroulement
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En France
modifierCette nouvelle alliance des pays vainqueurs de Napoléon en 1814 déclenche une vague de patriotisme en France. L'opinion publique est très affectée et se sent ignorée et humiliée par ce « Waterloo diplomatique »[1],[2],[3].
Afin d’apaiser le peuple, qui menace de renverser la monarchie, Adolphe Thiers détourne l'attention en ramenant le débat sur le terrain militaire et territorial. Une partie de l’opinion publique réclame une guerre pour ne plus subir les conséquences du congrès de Vienne. D'autres veulent attaquer la Grande-Bretagne, mais la plupart visent la Confédération germanique. À la crise d'Orient vient se substituer la crise du Rhin. Paris est fortifié, la Confédération est officiellement menacée, et la presse fait ses titres sur le sujet. Cependant, Thiers n'a pas l'intention d'aller à la guerre puisque le pays n'est pas prêt[4],[5].
Les esprits sont préparés à une entrée en guerre. Certains intellectuels français comme Edgar Quinet et Victor Hugo (dans son journal de voyage Le Rhin) affirment leurs revendications sur la rive rhénane gauche[6].
En Allemagne
modifierEn réaction, une vague similaire de nationalisme se déclenche en Allemagne. Une guerre en règle a lieu entre poètes français et allemands. De nombreuses chansons se mettent à parler du Rhin, devenu le symbole du sentiment national[7].
Nikolaus Becker dans un de ses poèmes répète pas moins de 70 fois « Ils ne l'auront pas, le Rhin libre allemand. »[trad 1] En réponse, Alfred de Musset rédige Le Rhin allemand[7][8],[Note 1].
Max Schneckenburger écrit Die Wacht am Rhein, « la garde sur le Rhin », un appel patriotique à la défense du Rhin contre les revendications françaises[7].
Das Lied der Deutschen, écrite par August Heinrich Hoffmann von Fallersleben le lors d'un voyage à Heligoland, est également dirigée contre la France. Son appel à l'unité allemande est aussi un moyen de contrer les agressions françaises. Il considère que la force de l'Allemagne est sous-estimée, écrivant le couplet devenu par la suite très controversé[7] :
« Deutschland, Deutschland über alles,
über alles in der Welt.
Wenn es stets zu Schutz und Trutze
brüderlich zusammenhält, »
« L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout,
au-dessus de tout au monde.
Quand constamment pour sa protection et sa défense,fraternellement elle est unie, »
Désescalade
modifierFinalement, avant que les crises orientales et rhénanes ne conduisent à l'escalade, le gouvernement Thiers, dont la politique de prestige a provoqué la crise, doit démissionner. Le nouveau gouvernement, avec Guizot lui-même comme ministre des affaires étrangères, s'efforce de mener une politique de conciliation.
La Convention de Londres règle la question des détroits turcs du et met fin au conflit en fermant le Bosphore et les Dardanelles à tous les vaisseaux de guerre, ce qui limite donc la puissance russe.
Conséquences
modifierPour l'Allemagne, la crise a de nombreuses retombées, Heinrich Heine écrit ainsi : « Autrefois, Thiers a, tel un tambour, mis notre patrie en mouvement qui a réveillé la vie politique en Allemagne ; Thiers nous a remis, en tant que peuple, sur pieds. »[trad 2][9].
D'autres conséquences de la crise sont que la Confédération germanique construit les forteresses fédérales à Mayence, Ulm et Rastatt et qu'elle demande également à la Bavière la construction d'une forteresse à Germersheim[10].
Voir aussi
modifierLiens internes
modifierBibliographie
modifier- (de) Wolf D. Gruner, « Der Deutsche Bund, die deutschen Verfassungsstaaten und die Rheinkrise von 1840. Überlegungen zur deutschen Dimension einer europäischen Krise », Zeitschrift für bayerische Landesgeschichte, no 53, , p. 51-78
- (de) Manfred Püschner, « Die Rheinkrise von 1840/41 und die antifeudale Oppositionsbewegung », Schriften des Zentralinstituts für Geschichte, no 50, , p. 102 - 133
- (de) Frank Lorenz Müller (de), Der Traum von der Weltmacht. Imperialistische Ziele in der deutschen Nationalbewegung von der Rheinkrise bis zum Ende der Paulskirche, coll. « Jahrbuch der Hambach Gesellschaft 6 », 1996/97, p. 99-183
- (de) Heinrich August Winkler, Der lange Weg nach Westen. Deutsche Geschichte 1806–1933, vol. 1 : Deutsche Geschichte vom Ende des Alten Reiches bis zum Untergang der Weimarer Republik, Bonn, , 652 p. (ISBN 3-406-46001-1, lire en ligne), p. 86, en version française
- Vazken Andréassian et Renate Westenrieder, La Crise du Rhin et les Rheinlieder : Poésie, Patriotisme et Nationalisme en France et en Allemagne dans les années 1840, Strasbourg, Association Presses universitaires de Strasbourg, , 185 p. (ISBN 978-2-38571-006-4)
Références
modifier- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Rheinkrise » (voir la liste des auteurs).
Originaux
modifierNotes
modifier- ↑
Nous l'avons eu, votre Rhin allemand,
Il a tenu dans notre verre.
Un couplet qu'on s'en va chantant
Efface-t-il la trace altière
Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ?
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Marc Thuret, « La crise du Rhin et le malentendu franco-allemand (1839-1841) », dans Gilbert Krebs (ed.), Aspects du Vormärz, Presses Sorbonne Nouvelle, , 27-40 p. (DOI 10.4000/books.psn.3446, lire en ligne)
- ↑ Sonia Bledniak, Isabelle Matamoros et Fabrice Virgili, Chroniques de l'Europe, CNRS editions, (ISBN 978-2-271-14012-8, lire en ligne), p. 99
- ↑ Jacques Ancel, Manuel historique de la question d'Orient (1792-1925), Delagrave, (lire en ligne), p. 117
- ↑ François Roelants du Vivier et Francis Delpérée, Un pays convoité: Jean-Baptiste Nothomb (1805-1881) et la construction de la Belgique, Mols, (ISBN 978-2-87402-285-2, lire en ligne), p. 104
- ↑ Revue germanique internationale, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-049066-1, lire en ligne), p. 16
- ↑ René Andrianne et René Andrienne, « Victor Hugo Et Le Rhin », Francofonia, no 14, , p. 87–107 (ISSN 1121-953X, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 Johann Chapoutot, « Chapitre II. Restaurations allemandes : congrès de Vienne et Vormärz (1814-1848) », Que sais-je ?, vol. 4, no 112, , p. 18–27 (ISSN 0768-0066, lire en ligne, consulté le )
- ↑ L'Europe monarchique: gazette politique de Bruxelles, Aux bureaux de l'Europe monarchique, (lire en ligne), p. 113-116
- ↑ (de) Viktor Bibl, Metternich : der Dämon Österreichs, Johannes Günther, (lire en ligne), p. 297
- ↑ (de) Philipp Anton Guido von Meyer, Corpus constitutionum Germaniae, oder Die sämmtlichen Verfassungen der Staaten Deutschlands: mit den beiden Grundverträgen des Deutschen Bundes und deren wesentlichen Ergänzungen, H.L. Brönner, (lire en ligne), p. 95-96
