Croix d'Espagne
La croix d’Espagne (Spanienkreuz en allemand) est une décoration militaire du Troisième Reich instituée le par Adolf Hitler pour récompenser les volontaires allemands ayant participé à la guerre d’Espagne aux côtés des nationalistes de Francisco Franco.
| Croix d’Espagne (de) Spanienkreuz | |
Avers |
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| Croix d’Espagne en or avec épées. La dorure a en partie disparu. | |
| Conditions | |
|---|---|
| Décerné par | Troisième Reich |
| Type | Médaille de mérite militaire |
| Décerné pour | Participation à la guerre d’Espagne avec ou en appui des troupes allemandes. |
| Éligibilité | Citoyens allemands |
| Détails | |
| Statut | N’est plus décernée |
| Campagne | Guerre d’Espagne |
| Grades | Bronze, argent, or, or avec diamants |
| Statistiques | |
| Création | |
| Première attribution | |
| Dernière attribution | vers |
| Total | env. 26 000 tous grades confondus |
| Ordre de préséance | |
| Distinctions liées | Croix d’honneur pour les parents de combattants morts en Espagne |
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La médaille est déclinée en deux classes, avec et sans épées, la première destinée aux combattants et la seconde aux non-combattants. La médaille avec épées comporte quatre grades : bronze, argent, or, or avec diamants ; la médaille sans épées ne comporte en revanche que les grades bronze et argent. Tous grades et classes confondus, la médaille a été remise à environ vingt-six-mille personnes, ce qui correspond au nombre d’Allemands engagés dans la guerre d’Espagne. Cela est lié au fait que la décoration a été conçue pour être à la fois une médaille commémorative de la campagne, que tous les participants reçoivent, et une médaille du mérite, celui-ci étant évalué par le grade.
Histoire
modifierLorsque la guerre civile espagnole débute en 1936, le Troisième Reich apporte son soutien au camp nationaliste mené par Francisco Franco. En plus du soutien économique et logistique apporté par l’entreprise HISMA/ROWAK, les Allemands apportent à partir d’ un soutien militaire par l’intermédiaire de « volontaires » regroupés au sein de la légion Condor[1]. En , l’effectif de la légion est d’environ douze-mille hommes et elle combat jusqu’à la fin du conflit le [2]. Au total, plus de vingt-quatre-mille Allemands participent de manière plus ou moins directe à cette guerre entre 1936 et 1939[3].
En dépit de l’importance de son implication, l’Allemagne n’est cependant pas officiellement en guerre. Par conséquent, il n’est pas possible de remettre la croix de fer aux soldats méritants et celle-ci n’est donc pas réinstaurée en 1936. La solution trouvée est alors de créer une nouvelle médaille, qui puisse servir à la fois commémorer la campagne et récompenser les actes de bravoure[3]. Adolf Hitler institue ainsi la croix d’Espagne le . Les conditions d’attribution ne sont toutefois définies que le , soit après qu’une partie des médailles aient déjà été remises, les premières cérémonies ayant eu lieu en [4],[2]. Les dernières remises ont lieu à la fin de l’été 1940[5].
La médaille est déclinée en deux variantes, comptant ensemble six grades, et fabriquée principalement par l’entreprise C.E. Junckers de Berlin[5]. Les combattants reçoivent la croix d’Espagne avec épées, tandis qu’une variation sans épées est décernée aux non-combattants. La croix avec épées est déclinée en quatre grades : bronze, argent, or et or avec diamants. La croix sans épées n’existe qu’en grade bronze et argent : bien que la possibilité de décerner un grade or ait été étudiée, aucune médaille de ce type n’a été attribuée[6].
Au total, la croix d’Espagne avec épées compte 8 462 titulaires pour le grade bronze, 8 304 pour le grade argent et 1 126 pour le grade or[7]. La croix sans épées a été décernée à 7 869 personnes pour le rang bronze et seulement 327 pour le rang argent. La médaille d’or avec diamants a été remise à vingt-sept ou vingt-huit personnes, selon les sources[5],[8].
À l’instar des autres décorations allemandes, le port de la croix d’Espagne est interdit en Allemagne le par la Haute commission alliée et sa fabrication devient un délit passible de cinq années de prison et 25 000 DM d’amende. La loi sur les décorations (Ordengesetz) du autorise le port de certaines médailles à conditions qu’elles soient « dénazifiées » par le retrait de l’aigle et de la croix gammée, mais la croix d’Espagne ne figure pas dans la liste des décorations éligibles et demeure donc interdite[9]. Des interdictions similaires sont en vigueur dans de nombreux pays, le cas échéant avec des possibilités de dérogation pour les besoins scientifiques et pédagogiques et ceux des films et spectacles historiques. C’est le cas par exemple en France et en Suisse[10],[11].
Description
modifierMédaille en bronze, argent et or
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La médaille prend la forme d’une croix de Malte, dont la bordure est surélevée et polie, tandis que le fond des branches a une finition matie. Au centre se trouve un cercle, dans lequel s’inscrit un autre cercle frappé de la croix gammée nazie. Entre chaque branche de la croix vole un Reichsadler dans sa variante de la Luftwaffe. L’ensemble est légèrement convexe, afin de faciliter sa fixation sur l’uniforme par la grande épingle se trouvant au revers. La croix d’Espagne avec épées comporte en plus deux épées croisées, qui sont placées derrière les branches de la croix et passent devant les aigles[12].
Deux méthodes de fabrication coexistent : soit la médaille est fabriquée en argent patiné pour le grade bronze, laissé brut pour le grade argent et doré pour le grade or, soit elle est fabriquée en bronze laissé brut pour le grade bronze, argenté pour le grade argent et doré pour le grade or[13].
Médaille en or avec diamants
modifierLa médaille en or avec diamants est basée sur la croix avec épées, mais s’en distingue par plusieurs aspects. Elle est en or plutôt qu’en métal doré et la finition matie est réalisée à la main plutôt qu’à la fonte. Elle est également plus grande, les épées mesurant 65 mm de long et la croix 60 mm d’une pointe à la pointe opposée. La forme est plus convexe, l’épingle est fixée sur le bras supérieur de la croix et se fixe dans un crochet soudé au milieu du bras inférieur[14].

La différence principale se trouve toutefois au centre de la croix, qui n’est ici pas d’une pièce, mais constitué d’une pièce indépendante en forme de disque de 18 mm de diamètre, qui est fixée sur le corps de la croix. Deux systèmes de fixation coexistent. Sur le type 1, la pièce est en argent doré et fixée à la croix par deux rivets fermés ; le revers ne comporte que le poinçon de titre[14]. Sur le type 2, le disque est légèrement convexe et fixé par deux rivets ouverts. Le revers comporte une inscription gravée à la main en écriture cursive sur deux lignes : « J. Godet & Sohn. K.G. » sur la ligne du haut et « Unter den Linden » sur celle du bas. Sous l’inscription et au centre de la plaque se trouve inscrit le chiffre arabe « 53 »[15].
La partie supérieure du disque est ornée en son centre d’une croix gammée disposée dans un cercle, dont elle ne touche pas les bords. Quatorze diamants taillés en rose sont disposés sur le pourtour de ce cercle, sans bordure extérieure, dans une monture à griffes décrite selon les sources comme étant en argent ou en platine[16].
Cette médaille a fait l’objet de copies spécialement destinées aux récipiendaires légitimes, afin qu’ils puissent porter leur décoration sur l’uniforme sans risquer d’abîmer l’original. Les circonstances exactes de leur fabrication et de leur remise ne sont toutefois pas connues. Ces copies en argent doré se différencient facilement des originaux, car elles comportent douze saphirs blancs au lieu des quatorze diamants. Ces pierres sont également plus petites et serties dans l’intervalle entre la bordure extérieure et intérieure de la pièce centrale, ce qui donne un aspect très différent au centre de la décoration, l’original n’ayant pas de bordure extérieure. En outre, la croix gammée centrale touche la bordure et les croix gammées tenues par les aigles n’ont pas leurs branches individualisées comme sur les autres croix de la série[17].
Emballage et accessoires
modifierLa boîte de la médaille est généralement verte, avec une garniture intérieure de couleur bordeaux ou, plus rarement, gris tourterelle. La décoration a toutefois aussi été remise dans une boîte bleue, avec une garniture intérieure en satin bleu dans le couvercle et en velours bleu dans la base. Certaines boîtes portent le logo de la Leistungsgemeinschaft Deutscher Ordenshersteller (LDO, « association des fabricants allemands de décorations ») ou l’acronyme LDO imprimé dans le couvercle[7]. La boîte de la médaille d’or avec diamants est carrée et comporte des angles arrondis. L’extérieur est en cuir de veau blanc, avec une ligne dorée faisant le tour du couvercle. L’intérieur comporte un revêtement blanc similaire au velours. Il semble que dans certains cas, une boîte bleue semblable à celle des médailles de rang inférieur ait également été utilisée[15].
Le récipiendaire se voit également remettre un brevet en même temps que la médaille. Celui-ci est un formulaire préimprimé indiquant le nom et le grade de la décoration décernée. Des champs vides permettent de saisir le nom du récipiendaire et la date d’établissement de l’acte, qui porte au bas la signature d’Adolf Hitler. La feuille comporte dans le coin inférieur gauche un gaufrage représentant les armoiries du Troisième Reich[18].
Port
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L’emplacement réglementaire de la croix d’Espagne est au centre de la poche de poitrine droite. Elle peut être portée en permanence et donc sur n’importe quel uniforme. À l’instauration de la croix allemande en 1941, la croix d’Espagne est placée derrière elle dans l’ordre de préséance. Par conséquent, si le soldat détient les deux, la croix d’Espagne est positionnée sous la croix allemande[5].
Attribution
modifierLa croix d’Espagne avec épées ne peut être décernée qu’aux militaires remplissant une des quatre conditions établies. La première est d’avoir été membre de la légion Condor et d’avoir combattu en Espagne. La deuxième est d’avoir participé à la défense du croiseur lourd Deutschland lors de l’attaque du ou au bombardement mené en représailles le contre Almería. La troisième est d’avoir servi de manière ininterrompue pendant trois mois sur un navire opérant dans les eaux territoriales espagnoles. Enfin, les personnes n’entrant pas dans ces catégories mais ayant réalisé un acte de bravoure en situation de combat pendant le conflit sont également éligibles[12].

La croix sans épées peut être attribuée aux militaires, mais aussi aux civils ayant contribué au succès allemand. Elle concerne ainsi en particulier les pilotes et techniciens de la Lufthansa, qui ont assuré le support logistique des troupes allemandes. Sont éligibles les personnes ayant participé pendant trois mois au conflit, que ce soit en Espagne continentale ou au Maroc espagnol, et qui ont contribué de manière substantielle à l’effort de guerre en dehors du combat[8].
Les conditions d’attribution ne décrivent pas comment est choisi le rang de la décoration remise. L’étude des médaillés montre que l’usage se base sur le grade, les officiers ayant généralement une décoration de rang plus élevée que les soldats, et la durée de service. De manière générale, l’attribution de la médaille d’argent semble avoir été conditionnée à une participation effective au combat ou à la détention de la croix rouge de l’ordre du mérite militaire espagnol. De même, la médaille d’or semble avoir été majoritairement réservée aux officiers supérieurs et aux détenteurs de la croix de guerre espagnole (es)[5],[6]. Les récipiendaires de la médaille d’or avec diamants sont sélectionnés par Adolf Hitler sur des critères similaires à ceux de l’ancienne Pour le Mérite : généraux ou soldats ayant accompli des actes de bravoure majeurs, essentiellement des as de l’aviation[5].
Annexes
modifierListe des décorés de la médaille en or avec diamants
modifier- Wilhelm Balthasar
- Otto Bertram
- Wilhelm Boddem[a]
- Karl Eberhard
- Wilhelm Ensslen
- Paul Fehlhaber
- Adolf Galland
- Harro Harder
- Martin Harlinghausen
- Oskar Heinrici
- Max Graf von Hoyos
- Hans von Kassel
- Günther Lützow
- Karl Mehnert
- Werner Mölders
- Rudolf von Moreau
- Wolfgang Neudörffer
- Walter Oesau
- Wolfram von Richthofen
- Heinz Runze
- Wolfgang Schellmann
- Joachim Schlichting
- Reinhard Seiler
- Hugo Sperrle
- Bernhard Stärcke
- Wilhelm von Thoma[b]
- Hellmuth Volkmann
- Karl-Heinz Wolff[16],[5]
Bibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (en) Christopher Ailsby, Combat Medals of the Third Reich, Wellingborough, Patrick Stephens, (ISBN 0-85059-822-2).
. - (en) Robin Lumsden, Medals and Decorations of Hitler’s Germany, Airlife, (ISBN 9781840371789).
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Articles connexes
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Wilhelm Boddem est mort en des suites des blessures subies en Espagne, sa famille recevant alors également la Croix d’honneur pour les parents de combattants morts en Espagne[19].
- ↑ Von Thoma n’est pas cité par toutes les sources.
Références
modifier- ↑ Ailsby 1987, p. 21.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 22.
- 1 2 Lumsden 2001, p. 31.
- ↑ Lumsden 2001, p. 31-32.
- 1 2 3 4 5 6 7 Lumsden 2001, p. 32.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 23, 25.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 24.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 25.
- ↑ Lumsden 2001, p. 181-182.
- ↑ Vincent Ballester, « "Ils font partie de l'histoire" : l'épineuse question des objets nazis vendus en ligne », sur France 3 Régions, (consulté le ).
- ↑ « Halte aux symboles nazis en public », sur Le portail du Gouvernement suisse, (consulté le ).
- 1 2 Ailsby 1987, p. 23-24.
- ↑ Ailsby 1987, p. 23.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 26-27.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 27.
- 1 2 Ailsby 1987, p. 26.
- ↑ Ailsby 1987, p. 28.
- ↑ Ailsby 1987, p. 24, 25.
- ↑ Lumsden 2001, p. 33.