Culture de Wielbark

culture archéologique
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La culture de Wielbark (aussi appelée culture de Willenberg en allemand) est une culture archéologique protohistorique que les archéologues identifient parfois à celle des Goths. Elle est apparue dans la première moitié du Ier siècle apr. J.-C. dans la vallée de la basse Vistule, en Pologne, où elle a supplanté la culture d'Oksywie, liée à la culture de Przeworsk.

Expansion territoriale de la culture de Wielbark avant la migration vers la mer Noire.
  • Culture d’Oksywie
  • Expansion vers la Suisse kachoube
  • Expansion en Posnanie
  • Expansion en Mazovie
  • Expansion en Petite Pologne
  • Empire romain
Emplacement des sites archéologiques des cultures de Wielbark et d'Oksywie dans le delta de la Vistule ; noms actuels et du XIXe siècle.

Historique

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L'expression « culture de Wielbark » est proposée dans les années 1970 par l'archéologue polonais Ryszard Wołągiewicz (en), d'après le village de Wielbark (ou Willenberg en allemand)[1]. Dans ce village du nord de la Pologne, situé près de Malbork, un très grand cimetière barbare d'époque romaine est découvert au début du XXe siècle. Des fouilles archéologiques y sont menées de 1927 à 1936 et permettent de mettre au jour des tombes que les chercheurs associent d'abord à des vestiges goths[1],[2].

Avec les avancées historiques et archéologiques, les chercheurs ne considèrent plus que cette culture matérielle ait appartenu seulement à des Goths. Wołągiewicz choisit l'expression « culture de Wielbark » pour sa neutralité : elle désigne seulement la culture matérielle du site, considéré comme représentatif car il est utilisé de manière continue pendant plusieurs siècles et montre toutes les phases de cette culture[1]. Une culture matérielle, ou culture archéologique, est définie par un ensemble de traits similaires (comme des vestiges matériels, des types d'habitats ou de sépultures) bornés dans une période et un espace définis. Elle peut être partagée par plusieurs ethnies[3].

Aire géographique

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Implantation originelle

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La culture Wielbark apparaît au Ier siècle dans le nord de l'actuelle Pologne : les plus anciens vestiges sont situés autour du delta de la Vistule, sur les côtes de la mer Baltique, et à l'ouest jusqu'au fleuve Rega et en Poméranie[4],[5]. Ce territoire originel correspond à celui d'une culture plus ancienne, la culture d'Oksywie[6],[7]. Elle est voisine de la culture de Przeworsk, de la culture de Bogaczewo (pl), de la culture balte occidentale (en) et de la culture de Dollkeim-Kovrovo[4]. Ryszard Wołągiewicz distingue deux phases de la culture de Wielbark : la phase de Lubowidz, entre le Ier siècle et le IIe siècle, correspond à l'implantation originelle, et la phase de Cecele, entre le IIIe siècle et le milieu du Ve siècle, correspond à son expansion maximale après les migrations vers le sud-est[8].

Migrations vers le sud-est

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La culture de Wielbark s'étend à partir des dernières années du Ier siècle. Cette migration s'intensifie au cours du IIe siècle, peut-être pour répondre à des besoins alimentaires : les restes archéologiques montrent une augmentation significative de la population et il est possible que le territoire originel n'ait pas suffi à assurer sa subsistance[9]. La culture de Wielbark s'étend alors dans des territoires jusque-là inhabités en Poméranie, dans la région des lacs cachoubes (en). De nouveaux types de vestiges y apparaissent, des tumulus et des cercles de pierres[10].

La culture de Wielbark disparaît peu à peu de son territoire originel, où une nouvelle culture s'installe depuis le nord-est de l'actuelle Allemagne au IIIe siècle, la culture de Dębczyno (en). Quelques traces matérielles et funéraires de la culture de Wielbark persistent néanmoins dans cette zone[8].

Les migrations les plus importantes ont lieu au cours du IIIe siècle : la culture de Wielbark s'étend vers la mer Noire, jusqu'en actuelles Ukraine et Moldavie[5]. De ces migrations naissent des cultures mixtes, en particulier la culture de Tcherniakhov et la culture de Sântana de Mureș[8].

Relations avec d'autres cultures

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Dans la seconde moitié du IIe siècle, la culture de Wielbark se mêle à d'autres cultures archéologiques voisines, qui adoptent des ornements, des objets métalliques et de la poterie de style Wielbark, ainsi que des rites funéraires similaires. Par exemple, à Równina Dolna (pl), dans le territoire de la culture de Dollkeim-Kovrovo, un cimetière a été mis au jour avec une tombe de femme contenant des objets typiques de la culture de Wielbark[11]. Ce métissage s'observe particulièrement dans les territoires de l'est de la culture de Przeworsk, où la coutume d'enterrer les hommes avec leurs armes disparaît au contact de la culture de Wielbark. La culture de Wielbark profite du retrait de la culture de Przeworsk dans certains territoires pour s'y installer, en occupant notamment des cimetières qui montrent parfois un usage contemporain par ces deux cultures[11].

L'expansion de la culture de Wielbark semble avoir été pacifique. Les vestiges archéologiques laissent penser que les différentes cultures de la région échangeaient déjà avant le IIe siècle, et que les autres cultures, notamment celle de Przeworsk, ont facilement adopté les caractéristiques de la culture de Wielbark[8]. Après les grandes migrations du IIIe siècle, un grand couloir d'échanges prend forme entre la mer Baltique et la mer Noire[9].

Il est possible que les populations de la culture de Wielbark, attirées par les objets romains qui transitaient dans le Barbaricum (épées, objets en métal et en verre, vin), se soient rapprochées des frontières de l'Empire. Se rapprocher de l'Empire aurait aussi pu permettre de s'impliquer plus facilement dans les relations politiques entre Romains et Barbares[9].

Société

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Pratiques funéraires

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L'étude archéologique des cimetières est la principale source d'informations sur la culture de Wielbark[12]. Plusieurs cimetières ont été fouillés, notamment ceux de Wielbark, de Kowalewko, de Czarnówko (2000 tombes)[5] et de Grzybnica (101 tombes)[13].

Deux pratiques funéraires parallèles : l'inhumation et la crémation

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La culture de Wielbark a la particularité d'avoir deux pratiques funéraires en parallèle : pour la même période de temps, la majorité des cimetières contient à la fois des corps inhumés et des urnes cinéraires[14],[7]. Les pratiques semblent avoir évolué au cours du temps, avec d'abord une prévalence de la crémation, puis un équilibre entre les deux pratiques et enfin une prévalence de l'inhumation, comme ce qui est observé dans le cimetière de Kowalewko[15].

Les défunts inhumés sont généralement allongés sur le côté, avec les jambes légèrement pliées. Les corps sont souvent déposés simplement dans des fosses, même si on trouve quelquefois des cercueils creusés dans des troncs d'arbres[16]. Quelques bateau-tombes ont été découverts, ce qui rappelle les pratiques scandinaves[16].

Marqueurs de tombes et cercles de pierres

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Photographie d'une forêt avec un cercle de pierres couverts d'herbe.
Un cercle de pierres dans le cimetière de Grzybnica.

Les sépultures n'ont généralement pas de marqueur particulier, comme une pierre ou un monticule, qui permette de les repérer aujourd'hui. Néanmoins, il est probable que des marqueurs aient existé à l'époque de leur utilisation, mais qu'ils aient disparu au fil du temps[17]. Seuls quelques cimetières contiennent des tumulus, des pavements de pierres ou des stèles[17], une nouveauté dans la région apportée par la culture de Wielbark[7].

A partir du IIe siècle, la culture de Wielbark s'étend en Poméranie et des cercles de pierres apparaissent dans certains cimetières. Les hypothèses divergent à leur sujet : les chercheurs ont d'abord pensé à des marqueurs de tombes monumentales, mais il pourrait aussi s'agir de lieux d'assemblées rituelles, peut-être des lieux de sacrifices humains[17]. Plusieurs sites ont été étudiés par les archéologues, à Odry, Węsiory, Grzybnica, Babi Dół-Borcz et Leśno[18]. Ces cercles de pierres rappellent des sites similaires en Scandinavie, ce qui nourrit l'hypothèse de l'origine scandinave des Goths citée dans l'Histoire des Goths de Jordanès[17],[7].

Mobilier funéraire

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Les tombes d'hommes de la culture de Wielbark contiennent peu d'objets comparé aux autres cultures barbares : elles sont en général très simples et ne contiennent que des broches et des boucles de ceintures[19]. Les défunts ne sont pas enterrés avec des armes, contrairement à la culture de Przeworsk voisine. On ne trouve pas non plus d'outils d'artisanat ou d'agriculture, mais d'autres objets sont exceptionnellement présents, comme des éperons, trouvés à Czarnówko, probablement dans une tombe de cavaliers[4]. Dans ce même cimetière, plusieurs tombes ont été ouvertes après l'inhumation, à une date ancienne, sans qu'on sache pourquoi. Il est possible que des objets aient été retirés durant ces ouvertures post-inhumation[20].

Contrairement aux tombes d'hommes, les tombes de femmes contiennent un grand nombre d'ornements et de parures, souvent en métaux précieux[4].

Les dépôts funéraires incluent aussi de la poterie, le plus souvent réalisée sans tour, ainsi que des objets importés de l'Empire romain, comme un ensemble de récipients en alliage cuivreux à Czarnówko[4]. Quelques tombes ont conservé les traces de matériaux organiques (laine et plantes du genre Typha) qui constituaient vraisemblablement des matelas et des coussins sur lesquels les morts étaient déposés[21].

Hypothèses ethniques

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Sources écrites

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Il est difficile d'associer la culture de Wielbark à un peuple précis. Les peuples barbares n'ayant pas laissé de traces écrites, on ne peut s'appuyer que sur des textes grecs et latins, comme La Germanie de Tacite (98 après J.-C.) et la Géographie de Claude Ptolémée (vers 150). L'autre principale source pour connaître les peuples barbares est l'Histoire des Goths de Jordanès (vers 551), version abrégée d'un texte perdu de Cassiodore qui répertoriait les traditions barbares[22]. Quelques comptes rendus sont aussi fourni par des auteurs romains ayant parcouru la route de l'ambre[23].

Le territoire de la culture de Wielbark semble avoir abrité une « mosaïque ethnique assez complexe », principalement constituée de Goths mais aussi de Ruges, de Lémoviens (en), de Gépides et probablement d'autres peuples dont les noms n'ont pas été retenus[23]. Le terme Goth englobe, au IIIe siècle, un ensemble de peuples divers plus ou moins unifiés politiquement[24].

Concordances avec les descriptions des Goths et des Gépides

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L'Histoire des Goths raconte que les Goths auraient quitté la Scandinavie, appelée Skandza, à bord de trois bateaux menés par le roi Berig. Ils auraient rejoint les côtes de la Baltique pour occuper un territoire nommé Gothiscandza (en), puis auraient migré vers le nord de la mer Noire, ce qui correspond assez bien aux vestiges laissés par la culture de Wielbark et à l'émergence de la culture de Tcherniakhov[22],[7]. Les sources romaines permettent de situer l'origine des Goths dans le nord de l'actuelle Pologne, au moins en partie sur le territoire de la culture de Wielbark[22]. Tacite et Ptolémée parlent également des Gothones ou Gythones, qu'ils placent dans la région de la Basse Vistule, dans l'aire de la culture de Wielbark ou de la culture de Przeworsk[25].

Les Gépides sont absents des sources les plus anciennes et ne sont connus que par l'Histoire des Goths de Jordanès, qui les situe sur les côtes de la mer Baltique, « sur une île entourée des eaux de la Vistule, une île qu'ils appellent dans la langue de leurs pères Gepedoios »[23]. Cette île est identifiée aujourd'hui comme étant probablement les collines d'Elbląg, en plein territoire de la culture de Wielbark[23].

Hypothèses d'une origine scandinave

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Plutôt qu'une origine scandinave de tous les Goths, rapportée par Jordanès mais qui ne concorde pas avec la chronologie, il est possible qu'un petit groupe de personnes soit venu de Scandinavie et ait fait alliance avec les populations déjà installées dans le territoire de la culture de Wielbark[15], ou que des influences culturelles se soient propagées par contact, sans migration[18]. Une étude menée en 2026 sur les isotopes du strontium[N 1] des sépultures du site de Grzybnica ne montre pas clairement une origine scandinave des défunts mais ne l'exclue pas non plus[18].

Notes et références

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  1. ↑ Le strontium est un oligo-élément présent dans tous les organismes. Le ratio de ses isotopes diffère selon les régions, ce qui permet d'identifier, à partir des ossements, le lieu où un défunt a passé les premières et dernières années de sa vie.

Références

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Voir aussi

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Adam Cieśliński, « The Society of Wielbark Culture, AD 1 - 300 », dans Przemysław Urbańczyk (dir.), The Past Societies. Polish Lands from the First Evidence of Human Presence to the Early Middle Ages, Varsovie, Polish Academy of Sciences, , p. 217-252. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Marta Chmiel-Chrzanowska et Rafał Fetner, « Are you those folks from across the sea? Biochemical analysis of human remains from the Roman Iron Age site in Grzybnica (Poland) », Praehistorische Zeitschrift, vol. 101, no 1,‎ (DOI 10.1515/pz-2024-2035). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Michel Kazanski, Les Goths. Ier - VIIe siècles ap. J.-C., Paris, Errance, , 148 p. (ISBN 2-87772-062-4). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Bartosz Kontny, « Weaponry in the Wielbark Culture », dans Archaeology of War, Turnhout, Brepols, (DOI 10.1484/M.WSA-EB.5.136816), p. 75-117
  • (en) Piotr Łuczkiewicz, Jörg Kleemann, Michał Jankowski, Agnieszka M. Noryśkiewicz, Marcin Sykuła et Aneta Kuzioła, « The Goths, the Wielbark Culture and over 100 Years of Research on the Eponymous Site », Antiquity, vol. 95, no 380,‎ (DOI 10.15184/aqy.2021.14)
  • (en) Zuzanna Majbrodzka, « Archaeozoology of structured animal deposits on settlements from Pre-Roman and Roman Period Age in Central Europe: case study of Lipianki (Poland) », Journal of Archaeological Science: Reports, vol. 73,‎ (DOI 10.1016/j.jasrep.2026.105836)
  • (en) Kalina Skóra, Aldona Mueller-Bieniek, Jan Schuster et Łukasz Antosik, « Pillows, mattresses or log coffin linings: use of cattail (Typha sp.) in Roman period funerary rituals at Czarnówko in Pomerania », Antiquity,‎ (DOI 10.15184/aqy.2026.10419). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Kalina Skóra et Grzegorz Skrzyński, « Take a handful of nuts in a bowl! Turned wooden vessel with hazelnuts from Czarnówko against the background of other finds from cemeteries of the Wielbark culture », Praehistorische Zeitschrift, vol. 100, no 2,‎ (DOI 10.1515/pz-2024-2028)
  • (en) Przemysław Urbańczyk, « The Goths in Poland - Where did they come from and where did they leave? », European Journal of Archaeology, no 3,‎ (DOI 10.1179/eja.1998.1.3.397)

Articles connexes

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Liens externes

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