Curetage (BTP)
Dans le domaine de l'architecture et du Bâtiment et Travaux Publics (BTP), le curetage ou curettage consiste à « déshabiller » tout ou une partie d’un local ou d’un bâtiment, afin de livrer nue sa structure porteuse pour qu'il soit rénové[1], réhabilité[2] (ou démoli[3] selon l'épannelage). La récupération des débris de structure pour des travaux de génie civil[4] en France depuis les années 1980 pour le bâti d'après guerre, en Allemagne depuis les années 1990[5] et plus généralement en Europe depuis l'hygiénisme de la période Haussmannienne est usuelle[6].

Pour un immeuble, il s’agit donc de déposer l’ensemble des éléments de second œuvre. A savoir les faux plafonds et faux planchers, les cloisons non porteuses et autres doublages et divers coffrages, les matériaux isolants, les revêtements de sols, les menuiseries intérieures (et extérieures si l’opération vise à démolir l’édifice) et agencements divers, les diverses installations techniques : charpente plancher et toiture, menuiserie escalier portes et fenêtres, électricité, plomberie, CVC, SSI, etc., pour laisser uniquement la structure porteuse voire même uniquement la façade sur rue[3].
Le tracé exact des réseaux est préalablement détecté, les couches superposées de revêtements des sols ou des doublages périphériques, etc. Ce qui permet d’affiner le projet et de faire chiffrer pour les maitres d'ouvrage (MOA) qui vont le réceptionner (particuliers, sociétés de logement, personnes morales diverses et communes) les différents lots (spécialités) de rénovation et d'anticiper des travaux spéciaux ultérieurs, ou même de préparer la démolition de la partie concernée du gros œuvre.
Le curetage “vert” consiste à retirer intégralement les volumes intérieurs du bâtiment qui ne sont pas amiantés ou en contact avec des matériaux amiantés. Cela peut être des revêtements muraux, des équipements, des sièges, des marchepieds et autres. Par contraste, le curetage dit “rouge” consiste au retrait des éléments en contact avec de l’amiante ou autre élément dangereux qui doit être fait en zone dépressurisée[7].
Contexte réglementaire
modifierL’activité de curetage s’est particulièrement spécialisée au XXIe siècle, du fait d'évolutions réglementaires, sanitaires du travail et de l'habitat, elles sont liées aux préoccupations environnementales (enjeux de tri et de valorisation des déchets du bâtiment).
La gestion des déchets BTP diversement valorisés oblige le tri des déchets de construction pour de nombreux matériaux, comme le métal, le verre, le bois, le béton, le plastique ou encore le plâtre. À chaque niveau national européen, la loi impose, pour les surfaces hors œuvre brutes supérieures à 1 000 m2, la réalisation d’un diagnostic déchet avant une démolition, une déconstruction ou une réhabilitation lourde. Cette obligation qui existe pour les zones industrielles réhabilitée en logements s’applique également aux bâtiments ayant fabriqué ou distribué des substances dangereuses[8]. À partir de , cette obligation est applicable aux projets de réhabilitation dont le montant est supérieur à 25 % de la valeur vénale des bâtiments réhabilités. Ce diagnostic déchets devra obligatoirement être réalisé par un organisme habilité.
Labels et évolution
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Différents labels de déconstruction (HQE etc.) imposent désormais des pratiques particulières dans la conduite des travaux (pour limiter les nuisances sur chantier et pour le voisinage) et dans le traitement des déchets[10]. Ainsi, les maîtres d’ouvrage établissent des cahiers des charges (charte chantier vert) dont les ambitions[note 1] dépassent bien souvent les objectifs réglementaires[13].
L’évolution de la réglementation a également généré des évolutions technologiques. L’usage de plus en plus fréquent des maquettes numériques 2D et 3D dynamiques (appelés BIM, « Building Information Modeling ») sur les chantiers est en train de s’étendre progressivement aux métiers de la déconstruction[14]. Cela aboutit à des technologies spécialisées dans ce domaine, comme le développement des « Ressource Information Modeling » (RIM), un outil calqué sur le BIM qui permet de modéliser les ressources et matériaux existants dans le bâtiment en vue de leur réutilisation et de leur recyclage.
On parle également aujourd’hui de nouveaux principes constructifs (comme, l’« architecture réversible[15] ») afin d’anticiper dès leur conception les problématiques de fin de vie des bâtiments[16].
Le développement du métier de cureteur
modifierHistoriquement, après la mise en place du pavage dans les très grandes villes entre le Moyen-Âge et jusqu'à année de la détermination de la nécessité des égouts en ville[17], le métier de cureur a été de permettre l'évacuation par un cantonnier des excréments humains et animaux dans les caniveaux de rue, avec des montées d'eaux de pluies fortes, et des eaux d'inondation. Puis ce fut le curage des immondices pour l'évacuation des eaux usées dans les égouts enterrés dans l'urbanisation des grandes villes de la fin du XIXe siècle, on sort alors de l'économie circulaire de l' alimentation humaine[17],[18].
Au fil des évolutions de fonction, le métier d'égoutier-cureur s’est séparé de celui de cureteur avec l'urbanisation dense de l'après 2eme guerre mondiale, lorsque les conditions d'habitation de la population avec la crise énergétique des années 1970 apparaissent. On songe alors à la rénovation des habitations faites hâtivement[19]. Notamment de nos jours à mesure que le terme « déconstruction » a commencé à s'appliquer, depuis les années 2010, à être plus utilisé dans le secteur que celui de « démolition ». Contrairement à la démolition qui détruit indistinctement le bâti et ses composants, la déconstruction consiste en un démantèlement sélectif du bâtiment permettant d’identifier puis de trier les matériaux[20] et les ressources pouvant être réutilisés et recyclés. Cette activité s’inscrit donc dans une démarche d’économie circulaire de construction du bâti.
En France
modifierCette « nouvelle voie » a mené à la création en 2018 en France du Syndicat des entreprises de déconstruction, dépollution et recyclage (SEDDRe), par la fusion entre le Syndicat national des entreprises de démolition et les Syndicats des recycleurs du BTP[note 2],[21]. Ce nouveau syndicat, affilié à la Fédération française du bâtiment, marque un changement significatif dans le secteur en associant les métiers de la déconstruction avec ceux de la gestion des déchets[22].
Pour autant, le métier de cureteur reste encore aujourd’hui relativement confidentiel[note 3]. La nomenclature des codes d’activité de l’INSEE (codes NAF) ne liste nulle part le métier de cureteur.
Pendant longtemps, aucune filière de formation n’existait pour ce métier, hormis un certificat de qualification professionnelle de « préparateur en démolition » apparu au début des années 2000. Ce CQP est par ailleurs en cours d’évolution vers une formation d’opérateur curetage, à l’initiative du syndicat SEDDRe. Il fallut attendre 2019 avant l’apparition d’une qualification Qualibat dédiée au curetage des bâtiments[23] (qualification professionnelle 1161) elle rend public le savoir-faire et les compétences de cette profession hautement spécialisée connue des communes et syndicats inter-communaux employeurs en France et aussi à l'étranger[24].
Déroulement type d'un chantier de curetage
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Une opération de curetage se déroule typiquement en plusieurs étapes clés :
La préparation : un chantier de déconstruction sélective nécessite une préparation plus importante que les chantiers de démolition effectués il y a encore quelques années. Plusieurs étapes sont nécessaires, comme le repérage de l’amiante avant travaux (RAAT), le diagnostic déchets, ou encore le schéma d’Organisation et de Gestion des Déchets (SOGED).
Les déposes diverses : principalement réalisées à l’aide d’outils manuels (contrairement à la démolition de gros œuvre, qui est extrêmement mécanisée), la structure de coûts de ce métier est principalement composée de coûts de main d’œuvre.
Le tri et le conditionnement des déchets : il faut choisir en amont les différentes filières de traitement des déchets suivant la nature et le volume des matériaux à déposer, puis choisir les contenants optimaux pour chaque filière (sacs à gravats, big bags, palettes, containers, bennes, etc.).
L’évacuation des déchets : une fois triés et conditionnés, les déchets sont évacués, soit par coltinage manuel, soit à l’aide de divers dispositifs (goulottes, treuils…) ou engins (chariot élévateur, tire-palettes, etc.), suivant la configuration des lieux.
Le transport et le traitement des déchets : les déchets sont enfin acheminés vers les exutoires prévus en amont (cf. SOGED) pour être soit enfouis, soit incinérés, soit recyclés, soit réemployés.
Compétences requises
modifierLe métier de cureteur est un métier complet, qui implique la dépose de l’ensemble des ouvrages de second œuvre, tous corps d’état confondus, mais aussi technique, car il nécessite une connaissance des techniques de pose. C’est une activité manuelle, difficile et qui comprend de nombreux facteurs de pénibilité, comme l’exposition aux poussières, aux fumées, au bruit et aux vibrations, et la manipulation d’outils et de matériaux dangereux extraits (comme la silice cristalline, le plomb, l’amiante ou encore les fibres minérales).
Le métier comprend également des risques, comme les chutes de hauteur et le développement de troubles musculo-squelettiques (TMS).
L’activité de curetage comprend donc des exigences en matière de formation, de gestion des risques et d’organisation. Les employeurs cherchent souvent à adopter de nouveaux outils afin d’améliorer le confort et la productivité de leurs employés (ex : pelles bi-énergie, recycleurs d’air…).
Positionnement métier
modifierSavoir à qui s’adresser : Le cureteur
modifierFaire appel à un organisme de curetage spécialisé permet de gagner du temps sur le planning total du chantier et de sécuriser la qualité d’exécution. Mobiliser une seule et même équipe pour déposer l'ensemble des lots de second œuvre (y compris les lots techniques) permet de gagner en efficacité lors du démarrage du chantier. On évite ainsi la co-activité de plusieurs corps d’état qui risquent de se gêner mutuellement, et on livre un environnement de travail libéré pour les intervenants suivants.
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|---|---|---|---|---|
| Cureteur spécialiste | Dépose sélective des éléments de second œuvre | Traitement des éléments pollués : nécessaires habilitations ad hoc | ||
| Acteur du « débarras » | Enlèvement d’encombrants divers | Manque de connaissance de l’univers du bâtiment | ||
| Démolisseur traditionnel | Déconstruction mécanisée | Manque de main d’œuvre spécialisée
Ou aucun tri sélectif sur chantier | ||
| Corps d’état séparés | Maîtrise des procédés constructifs | Multiplication des intervenants
Risque de dérapage du calendrier des travaux |
Voir aussi
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Ces publication d'urbanisme de réhabilitation urbaine sont des vitrines politiques[11],[12].
- ↑ En France le SEDDRe regroupe près de 250 membres, 65 partenaires et représente 7500 salariés et 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Il est membre adhérent de la FFB et regroupe les acteurs chargés de la préparation de la seconde vie des bâtiments[Quand ?][réf. souhaitée].
- ↑ Le terme curage renvoie dans les moteurs de recherche davantage à des problématiques de désengorgement de canalisations qu’à celles de curetage de bâtiment évoquées ici.
Références
modifier- ↑ Encyclopædia Universalis, « Curetage : définition et synonymes », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ « Curetage - Définitions, Signification, Synonymes et Expressions », sur Dicolink (consulté le )
- 1 2 « Les opérations d'urbanisme », sur yahaut.e-monsite.com (consulté le )
- ↑ Jean de Vigan, Le petit DICOBAT, Arcature, , p. 277 :
« p.277, col. 2, item 5 : CURETAGE ou CURETTAGE :
- parfois syn. de curage
- en urbanisme désigne parfois la réhabilitation de vieux quartiers, sur le plan des équipements d'hygiène »
- ↑ Kaye Geipel, « Régénérer les grands ensembles:En Allemagne, expérimentations morphologiques et culturelles », PCM – Pour Construire un Monde durable, vol. 851, no 7, , p. 11–15 (ISSN 1958-7198, DOI 10.3917/pcm.851.0011, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Audrey Courbebaisse et Natacha Issot, « Les grands ensembles ou comment concilier réhabilitation et patrimonialisation ? », In Situ. Revue des patrimoines, no 47, 2022/avr./15 (ISSN 1630-7305, DOI 10.4000/insitu.34440, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Emma Ruffenach, « Le diagnostic amiante devient obligatoire même pour de menus travaux », sur Figaro immobilier, (consulté le )
- ↑ « DIRECTIVE 2008/98/CE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 19 novembre 2008 », sur eur-lex.europa.eu (consulté le )
- ↑ Alliance HQE, « Certifications »
- ↑ P. Savin et N. Boyer, « COMMENT MIEUX DÉCONSTRUIRE & VALORISER LES DÉCHETS DU BTP ? », Orée, (lire en ligne)
- ↑ Amandine Mille, « R. Rénovation, renouvellement, réhabilitation, résidentialisation », dans Les grandes notions de l'urbanisme, Dunod, , 204–213 p. (ISBN 978-2-10-086199-6, lire en ligne)
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- ↑ Jessica Ibelaïdene, « Economie circulaire : les 5 mesures qui impacteront le BTP », sur Le moniteur, (consulté le )
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- ↑ batiweb, « Déconstruction sélective : le bâtiment doit être considéré comme une ressource », (consulté le )
- 1 2 Emmanuel Adler et Fabien Esculier, Des immondices aux biodéchets, Presses des Ponts, (ISBN 978-2-85978-567-3, présentation en ligne), p. 15 à 19
- ↑ « Histoire des eaux usées : comment leur évacuation a-t-elle été gérée à travers les âges ? | Centre d'information sur l'eau », (consulté le )
- ↑ Robert Hérin, « Années 1970 : Une décennie charnière ? », dans Aménagement du territoire : Changement de temps, changement d'espace, Presses universitaires de Caen, coll. « Symposia », , 299–306 p. (ISBN 978-2-84133-812-2, lire en ligne)
- ↑ Dominique Bogo, « Où en est le RIM, le BIM de la déconstruction ? », sur batiactu, (consulté le )
- ↑ Dominique Le Roux, « Premiers certificats de préparateur en démolition »,
- ↑ Christophe Dernay, « SEDDRe-FFB, le nouveau syndicat pour les activités de déconstruction, dépollution et recyclage »,
- ↑ FFB, « Curage » (article réservé abonnés)
- ↑ Claude Chaline, « Systèmes urbains », Annales de géographie, vol. 86, no 474, , p. 235–236 (lire en ligne, consulté le )