César Ritz
César Ritz est un hôtelier et entrepreneur suisse né le à Niederwald dans le Haut-Valais et mort le à Küssnacht (canton de Schwyz).
| Directeur Grand Hotel National (en) | |
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| à partir de |
| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture |
Cimetière de Niederwald |
| Nom de naissance |
César Jean Ritz |
| Nationalité | |
| Formation |
Collège jésuite de Sion |
| Activité | |
| Père |
Johann-Anton Ritz |
| Mère |
Kreszentia Heinen |
| Conjoint |
Marie-Louise Beck |
| Enfant |
Charles Ritz René Ritz |
| A travaillé pour | |
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| Propriétaire de |
Il est le premier à développer le marché de l'hôtellerie de luxe. Il a laissé sa marque dans l’histoire de l'hôtellerie, tant et si bien qu’en anglais le mot « ritzy » est un adjectif qui désigne le nec plus ultra en matière d'élégance.
Biographie
modifierCésar Ritz naît dans une famille de paysans de montagne et modestes notables de Niederwald, village du Haut-Valais situé dans la vallée de Conches[1]. Il est le dernier des treize enfants de Johann Josef Anton Ritz et son épouse Kreszentia. Son père est juge (castellanus) et président de ce village, qui compte à l'époque près de deux cents habitants[2].
En raison de ses études médiocres au collège jésuite de Sion — école francophone dans laquelle il apprend le français —, ses parents le placent à 14 ans comme apprenti sommelier à l'hôtel de la Couronne et de la Poste, à Brigue, une commune du Valais, mais il est rapidement renvoyé sous prétexte qu'il casse trop de matériel.
Il est alors mis en apprentissage à Sion chez un artisan serrurier pendant trois ans. À la fin de son apprentissage, il exerce pendant quelques mois les fonctions d'intendant, puis de sacristain dans un collège[3].
Débuts de sa carrière
modifierAyant appris que l'Exposition universelle de 1867 va ouvrir ses portes à Paris et que l'on cherche du personnel pour servir dans ses nombreux restaurants, César Ritz quitte la Suisse. Il commence sa carrière dans des restaurants comme serveur puis comme sommelier[4]. Garçon d'étage à l'hôtel de la Fidélité, il noue une aventure avec une aristocrate russe qui lui donne le goût du luxe et les rudiments du savoir-vivre dans la bonne société. Renvoyé par la direction qui a appris cette liaison, il exerce au grand hôtel parisien Le Splendide, puis devient maître d'hôtel du Café Voisin, un grand restaurant parisien propriété d'Alfred Alexandre Bellenger qui doit fermer à la suite de la guerre de 1870. À ce dernier poste, il côtoie le Tout-Paris de l'époque, ce qui fait pour lui une excellente école de psychologie sociale[5].
En 1873, alors qu'il est serveur dans le restaurant Les Trois Frères Provençaux en Autriche, il travaille en extra au pavillon impérial de l'Exposition universelle de Vienne. Il y rencontre de nombreuses personnalités de l'époque, Bismarck, l'empereur Guillaume et surtout le prince de Galles qui marquera son destin à jamais, les deux hommes inventant le palace aristocratique moderne, lieu de rencontre privilégié entre les anciennes et nouvelles classes dirigeantes[6]. Après cinq années dans les restaurants, il se tourne vers l'hôtellerie. Il prend le poste de directeur d'un hôtel de Menton, sur la Riviera française, à une époque où les Anglais les plus riches venaient y passer l'hiver. Lors des années suivantes, il va naviguer entre Nice, Locarno et Sanremo[7].
En 1877, il devient le directeur de l'Hôtel National de Lucerne (devenu Grand Hôtel National en 1899). Pour l'hiver 1877-1878, il prend le poste de directeur de l'hôtel des Îles britanniques de Menton, propriété des Rosnobet. Il y rencontre une jeune fille de 10 ans, Marie-Louise Beck, fille d'un hôtelier alsacien qui tient une maison à Menton. Il l'épousera dix ans plus tard et formera un duo avec elle qui se charge de la décoration de ses hôtels[8].
À l'été 1878, il est de retour à l'Hôtel National de Lucerne et fait un voyage pour visiter l'Exposition universelle de 1878 qui se tient à Paris. Durant l'hiver 1878-1879, il travaille pour l'hôtel Bellevue, à Enghien-les-Bains, puis retourne à Lucerne pour la saison d'été.
Désireux de lancer sa propre affaire, il fait ses armes en louant, pour l'hiver 1879-1880, le buffet du Jardin d'acclimatation du bois de Boulogne. Cette expérience l'ayant enthousiasmé, et après être retourné à Lucerne pour l'été 1880, il s'associe avec Ehrensberger, le directeur de l'Hôtel Splendid de Paris. Ensemble, ils acquièrent l'hôtel des Roches Noires à Trouville-sur-Mer, en Normandie. Il y engouffre ses économies. L'expérience est un échec mais il y a acquis la certitude qu'un grand hôtel nécessite un grand chef. Il débauche Jean Giroix et retourne à l'Hôtel National de Lucerne pour la saison d'été 1881.
Pour l'hiver 1881-1882, Alexandrine Yungbluth, parente des Rosnobet de Menton et tante de Marie-Louise Beck, lui propose le poste de directeur général du Grand Hôtel de Monte-Carlo, qu'elle et son mari possèdent. Dès lors, entre 1882 et 1887, César Ritz passe ses étés à Lucerne et ses hivers à Monte-Carlo. L'année 1882 marque également le début de sa collaboration avec le chef de cuisine Auguste Escoffier[8].
Pionnier du développement de la grande hôtellerie de luxe, il sait séduire la clientèle aisée et acquiert rapidement une réputation de bon goût et d'élégance. C'est l'avènement, en cette fin du xixe siècle, de l'hôtellerie de luxe, notamment dans les régions touristiques et dans les grandes villes. Parmi la clientèle qu'il côtoyait, beaucoup de rentiers et d'hommes d'affaires, mais surtout beaucoup d'aristocrates — têtes couronnées et grandes dames — qui menaient encore la haute société. Il organisa de nombreuses fêtes mondaines qui commencèrent à établir sa réputation.
L'hôtellerie de luxe
modifierEn 1881, alors que César Ritz dirige le Grand Hôtel de Monte-Carlo, le prince de Galles, qui passait tous ses hivers à Cannes, décide de changer ses habitudes et de venir à Monte-Carlo, attirant derrière lui de nombreuses personnes extrêmement riches. César Ritz décide alors qu'il était temps de mettre certaines de ses idées en pratique en créant un nouveau type d'hôtel de luxe, entièrement tourné vers une clientèle prête à payer un prix très élevé, mais à condition de leur offrir ce qu'ils ne pourraient trouver nulle part ailleurs.
En 1888, il achète avec le grand chef Auguste Escoffier un restaurant, puis un hôtel à Baden-Baden.
Il est attiré à Londres par Richard d'Oyly Carte, un riche investisseur anglais afin de devenir directeur général de l'hôtel Savoy, poste qu’il occupe de 1889 à 1898 avant d’être licencié. Pendant six ans, l'hôtel connaît en effet une période faste, mais en 1897, les bénéfices du Savoy chutent de façon spectaculaire de 40 %. La cuisine, tenue par Escoffier, est déficitaire et justifie des dépenses somptuaires par les seuls frais d'exploitation. Un audit est lancé et constate la disparition de plus de 3 400 £ de vins et spiritueux, des détournements de fonds et de la corruption[9]. Un système de pots-de-vin de 5 %, mis en place par Escoffier au détriment des fournisseurs du Savoy, lui rapportait l'équivalent, au XIXe siècle, de près de 2 250 000 dollars[10]. Ritz et Escoffier utilisent également la salle à manger du Savoy pour démarcher des investisseurs en vue de la réalisation de leurs propres projets hôteliers, dont un futur concurrent du Savoy à Londres, le Carlton.
Le , les administrateurs du Savoy licencient César Ritz, Escoffier et Echenard, le maître d'hôtel[11]. La nouvelle de leur renvoi fait la une des journaux londoniens. Ritz et Escoffier nient les malversations et se pourvoient contre le Savoy. Mais le 3 janvier 1900, il signent une reconnaissance de fraude, une information gardée secrète par l’hôtel qui ne sera rendue publique que dans les années 1980 suite à une enquête de journalistes[9].
Les hôtels Ritz
modifierEn 1896, César Ritz fonde la Ritz Hotel Development Company, une société de développement hôtelière à son nom qui lui permet de bâtir ses futurs hôtels de luxe[12].
En 1898, il fonde l'hôtel Ritz, place Vendôme à Paris. Dans son nouvel hôtel, il reprend le standing du Savoy et s’inspire des hôtels américains, dont les normes de confort sont supérieures à la plupart des hôtels européens de l’époque[13]. Le Ritz Paris est le premier hôtel à Paris à être entièrement électrifié, muni d’un ascenseur, de l’eau courante à tous les étages et d’une salle de bain privative dans chaque chambre[14]. Les suites sont spacieusement et richement décorées[15].
Dans le même ordre d'idées, il bannit de ses établissements les papiers peints et les tentures qui étaient considérés comme de véritables nids à microbes. Désirant que ses clients fortunés aient le sentiment de vivre dans un palais, il s'inspire avec son architecte des châteaux de Versailles et de Fontainebleau. Chaque pièce est décorée selon un style différent : Louis XIV, Régence, Louis XV, etc. Ses fournitures viennent des meilleures maisons : Christofle pour l'argenterie, Baccarat pour les cristaux, Rouff pour le linge de table, etc., sans lésiner sur rien.

Sa femme, Marie-Louise, particulièrement attentive au public féminin, veille à l’excellence jusque dans les détails. Elle prévoit que la hauteur des marches du grand escalier de l’hôtel soit calculée de telle sorte que les clientes puissent les monter facilement et élégamment avec de grandes robes. Les dîners sur la terrasse de l’hôtel sont accessibles aux femmes qui peuvent venir seules pour boire, fumer et discuter. Elle fait installer des coiffeuses dans chaque chambre, fait munir le côté des fauteuils d’un crochet pour permettre aux femmes d’accrocher leur sac à main, et crée en 1913 une galerie marchande au sein même de l’hôtel, la « galerie des tentations »[14].
Pour le service, il est très exigeant avec son personnel et porte un effort particulier sur l'organisation de la restauration pour laquelle il continue à travailler avec le grand chef Auguste Escoffier. Ils mettent au point un système de travail en équipes afin de pouvoir offrir un large choix de plats à la clientèle tout en diminuant les délais de service. Un système de travail à la chaîne permet de lancer le « menu à la carte » qui est une innovation majeure par rapport à la restauration traditionnelle qui ne fonctionnait alors qu'avec le menu rapide mais imposé ou la commande à la carte mais avec attente.
En 1905, il ouvre l'hôtel Ritz à Londres puis en 1906 l'hôtel Ritz à Madrid. Ses hôtels deviennent dès lors les lieux de rencontre privilégiés de la bonne société de l'époque. Marcel Proust qui venait régulièrement dîner place Vendôme a décrit dans À la recherche du temps perdu le petit monde qui fréquentait alors le Ritz ; une grande partie des informations utilisées dans ses romans, tout en sauvegardant l'anonymat, lui ont été fournies par le maître d'hôtel Olivier.
Épuisé et atteint de dépression en 1902[16], César Ritz est mis en retrait de ses affaires dès 1907. Cependant en 1908, il a assez de vigueur et de lucidité pour tenter de multiplier des ouvertures d'hôtels un peu partout dans le monde comme au Caire, à Johannesbourg, à Montréal et à New York. Toutefois ceux-ci ne constituaient pas une chaîne internationale d'hôtels de luxe. Sa société prenait une part de capital auprès d'investisseurs locaux et assurait le lancement et la gestion des nouveaux établissements. Tout en lui assurant une visibilité internationale, cette formule lui permit de limiter les risques, en cas de guerres ou de révolutions, en évitant d'immobiliser des capitaux trop importants, tout en profitant en plein de l'extraordinaire période de prospérité et d'enrichissement qui a duré jusqu'à la Première Guerre mondiale.
César Ritz décède quelques jours avant la fin de la guerre, le à Küssnacht en Suisse. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (93e division) aux côtés de son fils René[17],[18].
Marie-Louise prend alors officiellement la tête de l’entreprise. En 1918, elle est nommée présidente du Conseil d’administration du Ritz Paris et entre dans le Conseil d’administration de la Ritz Hotel Development Company[19]. Elle dirige l’empire du Ritz jusqu’en 1953 où elle passe la main à son fils Charles[14].
En 1938, elle publie un livre sur leur carrière Cesar Ritz host to the world[13].
Elle meurt en 1961. La dépouille de César Ritz est transférée dans le cimetière de Niederwald où elle est enterrée à ses côtés[17].
Vie privée
modifierCésar Ritz épouse le Marie-Louise Beck (1867-1961), une alsacienne native de Truchtersheim qu’il rencontre en travaillant dans un établissement hôtelier de sa tante, Alexandrine Jungbluth, propriétaire du Grand Hôtel à Monaco[20].
Ils ont deux fils : Charles, né le , prendra la présidence du Ritz en 1953 après le départ de sa mère. René, né le décède le d'une méningite cérébro-spinale[8].
Postérité
modifierEn 1929, Marie-Louise Ritz accomplit un dernier souhait de son mari d’oeuvrer en faveur de son village natal en créant la Fondation Cäsar Ritz Niederwald. À l’origine une fondation familiale, elle devient par la suite une fondation caritative[21] dont le but est de soutenir financièrement les jeunes de Niederwald et de leur apporter une aide à la formation[22].
En juillet 2018, la municipalité de Niederwald organise des festivités à l’occasion du centenaire de la naissance de César Ritz[17].
Notes et références
modifier- ↑ « Obergoms (Goms) », Valais, sur myswitzerland.com « En empruntant les nombreux sentiers thématiques, dont le « parcours de César Ritz », dédié au pionnier de l’hôtellerie internationale de pointe, né dans la vallée de Conches ... »
- ↑ Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 25
- ↑ Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 26
- ↑ « Mort il y a 100 ans, le haut-valaisan César Ritz est à l'origine de l'hôtellerie de luxe », RTS Info, Radio télévision suisse « 19h30 », (résumé, lire en ligne [[vidéo]])
- ↑ Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 27
- ↑ Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 29
- ↑ Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 33
- 1 2 3 Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 180
- 1 2 (en) Paul Levy, « The master chef who cooked the books », The Telegraph, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) Deborah Reid, « Blue Collar Heroes, White Collar Crooks », sur TASTE, (consulté le )
- ↑ Claude Roulet, Ritz : une histoire plus belle que la légende, Quai Voltaire, , p. 47
- ↑ « Ritz, César », sur hls-dhs-dss.ch (consulté le )
- 1 2 Marie Louise Ritz, Cesar Ritz host to the world, Lippincott, (lire en ligne)
- 1 2 3 « De César à James Bond : les mille vies du Ritz Paris », sur fr.gaultmillau.com, (consulté le )
- ↑ Jean Castarède, Histoire du luxe en France. Des origines à nos jours, Éditions Eyrolles, , p. 251
- ↑ Thomas Stephens, « César Ritz, «le roi des hôteliers et l’hôtelier des rois» », sur SWI swissinfo.ch, (consulté le )
- 1 2 3 « Niederwald (VS) marque le centenaire de la mort de César Ritz », SWI swissinfo.ch, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Registre journalier d'inhumation, 23 mars 1918, no 943, p. 27
- ↑ (en) « The Woman Behind the Hotels: Marie-Louise Ritz », sur www.cesarritzcolleges.edu (consulté le )
- ↑ « Ces Alsaciennes qui ont marqué l’histoire (4/5). Marie-Louise Ritz, de Truchtersheim à la vie de palace », sur www.dna.fr, (consulté le )
- ↑ (de-CH) « Cäsar Ritz Stiftung Niederwald », sur Cäsar Ritz Stiftung Niederwald (consulté le )
- ↑ S. W. I. swissinfo.ch, « Niederwald (VS) marque le centenaire de la mort de César Ritz », sur SWI swissinfo.ch, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Pauline-Gaïa Laburte : Ritzy, éd. Albin Michel, 2016 (roman).
- Claude Roulet : Ritz, une histoire plus belle que la légende, éd. Quai Voltaire, 1998.
- (de) Werner Kämpfen, Cäsar Ritz. Ein Leben für den Gast, Rotten Verlag, , 128 p..
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Site consacré à la vie du restaurateur