Debout-Payé

roman de Gauz

Debout-Payé est le premier roman de l'écrivain ivoirien Gauz, publié en 2014 par Le Nouvel Attila. À travers le parcours de plusieurs immigrés ivoiriens employés comme vigiles à Paris, le livre aborde l'immigration, le travail précaire, les relations entre la France et la Côte d'Ivoire ainsi que la société de consommation.

Debout-Payé
Auteur Gauz
Pays Côte d'Ivoire
Genre Roman
Distinctions Prix des libraires Gibert Joseph 2014
Version originale
Langue Français
Éditeur Le Nouvel Attila
Lieu de parution Paris
Date de parution
Nombre de pages 192
ISBN 978-2-37100-004-9

Genèse et publication

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Avant de publier Debout-Payé, Gauz travaille comme vigile dans un magasin Camaïeu situé près de la place de la Bastille et dans le magasin Sephora de l'avenue des Champs-Élysées. Il rédige pendant ses heures de travail des notes inspirées par les clients, les employés et les situations qu'il observe[1],[2].

Le roman paraît le . Son titre reprend une expression employée en Afrique de l'Ouest pour désigner les métiers dans lesquels une personne doit rester debout pendant une grande partie de la journée afin de gagner son salaire[3].

Le livre connaît neuf éditions et atteint un tirage cumulé de 55 000 exemplaires au cours de l'année suivant sa publication[4].

Résumé

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Le roman retrace plusieurs décennies de migrations entre la Côte d'Ivoire et la France à travers Ferdinand, Ossiri et Kassoum. Ces personnages appartiennent à différentes générations d'immigrés ivoiriens devenus vigiles à Paris[5].

Ferdinand arrive en France au début des années 1970, durant une période où les ressortissants des anciennes colonies françaises trouvent encore des emplois avec une relative facilité. Dans les années 1990, Ossiri quitte à son tour la Côte d'Ivoire et s'installe à Paris. Enseignant à Abidjan avant son départ, il se retrouve en situation irrégulière et devient vigile afin de subvenir à ses besoins[5]. Kassoum partage une partie de son parcours et travaille également dans le secteur de la sécurité.

Le récit suit l'évolution de leur métier depuis les années 1960 jusqu'à la période qui suit les attentats du 11 septembre 2001. Les changements politiques, économiques et administratifs rendent progressivement plus difficiles les conditions de séjour et de travail des immigrés africains[2].

Cette histoire est entrecoupée de courts textes consacrés aux comportements observés dans les magasins parisiens. Depuis leurs postes, les vigiles examinent les habitudes des clients, le fonctionnement des commerces, les rapports entre employés et responsables ainsi que les méthodes utilisées pour prévenir les vols[2].

Personnages principaux

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Le récit s'organise autour de trois personnages ivoiriens qui représentent différentes périodes de l'immigration africaine en France[6] :

  • Ferdinand appartient à la première génération décrite dans le roman. Arrivé à Paris au début des années 1970, il devient vigile ;
  • Ossiri est un ancien enseignant ivoirien arrivé en France en 1990. En situation irrégulière, il travaille comme vigile dans différents établissements parisiens ;
  • Kassoum est un jeune immigré ivoirien qui partage avec Ossiri le travail d'agent de sécurité et les difficultés liées à l'absence de titre de séjour.

Thèmes et écriture

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Immigration et travail

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Le roman décrit les difficultés rencontrées par des immigrés africains pour obtenir un logement, des documents administratifs et un emploi stable. Le métier de vigile apparaît comme une possibilité de travailler sans disposer de qualifications reconnues en France, mais aussi comme un emploi précaire marqué par de longues périodes d'immobilité et d'ennui[5].

En suivant plusieurs générations, Gauz relie les trajectoires individuelles à l'histoire des politiques françaises d'immigration. Le récit évoque la période de la Françafrique, les conséquences économiques du premier choc pétrolier, le durcissement des contrôles administratifs et l'évolution du secteur de la sécurité après les attentats du 11 septembre 2001[2].

Société de consommation

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Placés à l'entrée des magasins, les vigiles occupent une position qui leur permet de surveiller les clients tout en restant peu considérés par ceux-ci. Leurs observations servent à décrire les comportements d'achat, les rapports de classe et les méthodes commerciales des grandes enseignes[3].

Le roman met en parallèle la situation sociale des agents de sécurité et la richesse des marchandises qu'ils doivent protéger. Gauz examine ainsi les inégalités économiques et la place accordée aux travailleurs noirs dans les espaces commerciaux français[3].

Forme littéraire

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Debout-Payé associe un récit consacré aux parcours de Ferdinand, Ossiri et Kassoum à des fragments courts prenant la forme de notes, de portraits et de scènes observées dans les magasins. Cette construction mêle la fiction, la chronique sociale et des éléments tirés de l'expérience professionnelle de Gauz[5].

L'écriture repose sur des phrases brèves, des jeux de mots, des expressions ivoiriennes et un humour satirique. Jean Birnbaum relève dans Le Monde la manière dont Gauz fait entendre la langue particulière des vigiles ivoiriens et associe les questions sociales aux représentations raciales[5].

Accueil

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À sa parution, le roman reçoit un accueil favorable dans la presse française. Le Monde le classe parmi les découvertes marquantes de la rentrée littéraire de 2014 et souligne son traitement humoristique et politique du quotidien des vigiles[5]. Radio France internationale met en avant la description du travail des agents de sécurité et de la condition des immigrés africains en France[1].

Prix et distinctions

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Debout-Payé reçoit plusieurs distinctions[2] :

Adaptation théâtrale

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Le roman est adapté au théâtre en 2017 par la compagnie bordelaise Yakka. La mise en scène est interprétée par Limengo Benano-Melly et Kokou Namo Ehah. Les deux acteurs ne représentent pas directement les personnages du roman, mais utilisent les techniques du conte et s'adressent au public pour restituer leurs histoires[6].

L'adaptation conserve la dimension satirique du livre et aborde l'immigration, les représentations des personnes noires, le travail des vigiles et la société de consommation. Elle fait aussi entendre des publicités anciennes afin de montrer l'évolution des représentations coloniales et raciales dans la culture commerciale française[6].

Traduction anglaise

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Le roman est traduit en anglais par l'écrivain et traducteur irlandais Frank Wynne sous le titre Standing Heavy. Cette traduction paraît en 2022 chez MacLehose Press[7].

Standing Heavy figure en 2023 parmi les six ouvrages finalistes du Prix international Booker. Le jury souligne la manière dont les personnages donnent à voir l'évolution de l'immigration, du racisme, des inégalités et des héritages coloniaux en France[8].

Notes et références

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  1. 1 2 « « Debout-Payé », Gauz raconte la vie d'un vigile », sur Radio France internationale, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 « Debout-Payé », sur Le Nouvel Attila (consulté le )
  3. 1 2 3 « Debout-payé », sur Africultures, (consulté le )
  4. ↑ « La légende », sur Le Nouvel Attila (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 Jean Birnbaum, « « Debout-Payé », de Gauz : solidarité vigile », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  6. 1 2 3 Clémence Lepape, « Debout-Payé de Gauz sur scène », sur Africultures, (consulté le )
  7. ↑ (en) « Standing Heavy », sur The Booker Prizes, (consulté le )
  8. ↑ (en) « Reading guide: Standing Heavy by GauZ', translated by Frank Wynne », sur The Booker Prizes, (consulté le )

Voir aussi

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