Delcy Rodríguez
Delcy Rodríguez Gómez, née le à Caracas (Venezuela), est une avocate et femme d'État vénézuélienne. Elle est présidente de la république bolivarienne du Venezuela par intérim depuis le .
Membre du Parti socialiste unifié du Venezuela, elle est ministre de divers portefeuilles au cours des mandats présidentiels de Nicolás Maduro, fonctions qu'elle cumule à partir de 2018 avec le poste de vice-présidente du Venezuela. C'est en cette qualité qu'elle devient présidente de la République en , assurant l’intérim de la fonction à la suite de l'enlèvement de Nicolás Maduro par les forces américaines sur ordre de Donald Trump. Son gouvernement agit sous contrôle américain.
Biographie
modifierJeunesse et formation
modifierAppartenant à une famille marquée à gauche, Delcy Rodríguez est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, militant du parti de gauche radicale Ligue socialiste, torturé à mort par la police vénézuélienne en 1976[3]. Son frère, Jorge Rodríguez Gómez, a été vice-président de la République de 2007 à 2008 et maire de la municipalité de Libertador, la principale et l'une des cinq qui constituent la ville de Caracas, de 2008 à 2017 ; il est ensuite président de l'Assemblée nationale[3].
Elle suit des études de droit à l'université centrale du Venezuela (UCV), dont elle sort diplômée en 1993 et devient avocate. Elle se spécialise en droit du travail en France[4].
Parcours politique
modifierDébuts sous Hugo Chávez
modifierMinistre de la Communication
modifierEn , lors d'un hommage du nouveau président Nicolás Maduro à son défunt prédécesseur Hugo Chávez, Delcy Rodríguez est propulsée ministre de la Communication et de l'Information du Venezuela[5].
Après sa nomination, le président Nicolás Maduro crée l'Organe supérieur de communication visant à « définir, évaluer et dicter les lignes politico-communicationnelles de l'État vénézuélien » et charge Delcy Rodríguez de coordonner ses travaux. Ce nouvel organe du pouvoir est composé de plusieurs membres éminents, anciens ministres de la Communication notamment, et hauts personnages de l'État : Cilia Flores, Elías Jaua, Jorge Rodríguez, Tareck El Aissami, Francisco Ameliach, Vladimir Padrino López, Fidel Barbarito, Mauricio Rodríguez, Yuri Pimentel, Pedro Maldonado, Ernesto Villegas et William Castillo[7].
Ministre des Relations extérieures
modifierPrésidente de l'Assemblée nationale constituante
modifierÀ la suite des élections constituantes convoquées par le président Nicolás Maduro le , elle est élue présidente de l'Assemblée nationale constituante à l'unanimité au cours de la séance inaugurale le [8].
Vice-présidente de la République
modifierLe , elle est nommée vice-présidente de la République par Nicolás Maduro[9].
Le , elle est sanctionnée par l'Union européenne, ses avoirs gelés et elle est interdite de séjour dans les pays de l'Union[10]. Le , elle fait l'objet de sanctions économiques américaines[11].
Le , la vice-présidente est blessée par la chute d'un arbre à Cumanacoa, lors du passage de l'ouragan Beryl ; elle doit être hospitalisée[12].
Présidente de la République par intérim
modifierLe , le président Nicolás Maduro est enlevé et emprisonné par les Américains au cours de l'opération militaire Absolute Resolve ordonnée par le président américain Donald Trump[13]. Delcy Rodríguez est pressentie pour devenir présidente par intérim, conformément à l'article 233 de la Constitution du Venezuela, qui prescrit que lors d'une « absence absolue » du président, le vice-président assure l'intérim[14].
Après que Donald Trump — qui rejette toute transition dirigée par la cheffe de l'opposition María Corina Machado — a affirmé que Delcy Rodríguez a prêté serment et qu'elle était disposée à coopérer avec les États-Unis, celle-ci déclare — lors d'une allocution en présence du président de l'Assemblée nationale Jorge Rodríguez et du ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello — que Maduro demeure le « président légitime » et appelle au calme et à « défendre la patrie »[15],[16],[17].
Au soir du , le Tribunal suprême de justice, constatant l'absence « temporaire » de Maduro, charge Delcy Rodríguez d'assurer l'intérim pendant 90 jours renouvelables, conformément à la Constitution[18],[19],[20]. Sa prestation de serment a lieu le devant l'Assemblée nationale, dont la nouvelle législature entre en fonction le jour même[21],[18]. Le lendemain, elle nomme Calixto Ortega Sánchez vice-président de la république chargé de l’Économie[22]. Le , Delcy Rodriguez démet de ses fonctions Alex Saab, ministre des Industries et de la Production nationale, considéré comme un proche de Nicolás Maduro[23] — puis emprisonné et expulsé le 17 mai vers les États-Unis[24] —, puis le ministre de la Défense Vladimir Padrino López le suivant[25], ainsi que l'ensemble du haut-commandement de l'armée[26].
Le 5 mars 2026, les États-Unis et le Venezuela rétablissent officiellement leurs relations diplomatiques. Selon Reuters, la Maison-Blanche a lancé des enquêtes à l'égard de Delcy Rodríguez pour corruption, dans le but de faire pression sur le régime[27]. En mai 2026, The Associated Press indique que la Maison-Blanche a instruit aux procureurs de ne pas enquêter sur Delcy Rodríguez, celle-ci s'étant conformée aux exigences américaines[28].
Le 14 avril les États-Unis assouplissent les sanctions, autorisant des transactions avec quatre établissements bancaires vénézuéliens, dont la Banque centrale du Venezuela. Deux jours plus tard, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale annoncent avoir renoué leurs relations avec le Venezuela[29].
Le Venezuela est dès lors sous tutelle américaine. Ainsi, sous la pression des États-Unis, le régime décide de libérer des prisonniers politiques et de libéraliser le secteur des hydrocarbures, dont s'emparent les Américains. Des experts de l'ONU « redoutent une dérive impérialiste » et « une logique assumée de domination économique et d’exploitation des ressources »[30],[31],[32].
L'allègement des sanctions américaines améliore les perspectives économiques du Venezuela. Les économistes prévoient pour l'année 2026 un doublement des exportations de pétrole et une chute de l'inflation annuelle de 450 % à 150 %[29].
L'image de l'ancien président Maduro disparaît peu à peu de l'espace public. De même, la nouvelle administration a de moins en moins appelé à sa libération, préférant coopérer avec Washington[33]. Delcy Rodriguez assure avoir été loyale envers l'ancien président « jusqu'à la dernière seconde. [...] À ceux qui, mus par la mesquinerie, par l'irrationalité, disent ce qu'ils disent de moi, je vais dire une chose : c'est sans importance face à ce qui incombe, qui est de défendre le Venezuela »[33]. Des figures du parti au pouvoir ont cependant exprimé leur mécontentement face aux réformes de Delcy Rodriguez impulsées par Washington. Ainsi, dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, l'ancien député Mario Silva a affirmé : « J'ai communiqué en interne que cela faisait de nous un vulgaire protectorat des États-Unis. Aucune pression ne peut justifier la collaboration avec un agresseur[33]. »
Le Venezuela est frappé par deux séismes le 24 juin 2026, causant 1 500 morts et des dizaines de milliers de disparus, selon un bilan provisoire.
Selon The New York Times, le protectorat a pour figure de proue le secrétaire d'État américain Marco Rubio. Les revenus pétroliers du Venezuela sont versés sur un compte américain, puis les États-Unis transfèrent une partie de ces revenus à l'État vénézuélien tout en décidant de l'usage de cet argent. Les relations diplomatiques du Venezuela sont également dictées par Washington. La présidente vénézuélienne demanderait même l'aval de Marco Rubio, avec qui elle est en contact permanent sur WhatsApp, pour sa communication sur les réseaux sociaux[34].
Les États-Unis annoncent en août 2026 un « accord » avec le Venezuela : un quart des réserves pétrolières vénézuéliennes passeront sous contrôle américain, soit plus de 65 milliards de barils selon Washington. Cette annonce génère une indignation généralisée au Venezuela. L'ensemble des mouvances politiques, du Parti communiste aux opposants de droite en passant par le chavisme, dénonce un pillage des ressources du pays[35].
Elle se rend en septembre à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, et y prononce un discours dans lequel elle remercie Donald Trump, ce qui consacre l'inféodation du gouvernement vénézuélien aux États-Unis. Il s'agit du premier déplacement d'un président vénézuélien à la tribune de l'ONU depuis 2009. Elle rencontre par ailleurs Donald Trump en marge du sommet[36].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Désignée par la Cour suprême de justice le 3 janvier, elle prête serment et prend officiellement ses fonctions le 5 janvier (voir « Delcy Rodriguez affirme qu’« aucun agent extérieur ne gouverne le Venezuela », sur Le Monde, consulté le 6 janvier 2026).
- ↑ Dénommé Ministre du Pétrole jusqu'au .
- ↑ Julio Borges puis Omar Barboza se considèrent en fonctions comme présidents de l'Assemblée nationale, ainsi que la majorité des députés élus en 2015. Les deux assemblées sont donc en concurrence.
Références
modifier- ↑ (es) « Psuv modificó su directiva: Delcy Rodríguez vuelve a ella y sigue Somos Venezuela », El Pizato, .
- ↑ (es) « Delcy Rodríguez renunció al PSUV y se unió a Somos Venezuela », El Nacional, .
- 1 2 « « Une tigresse » : qui est Delcy Rodriguez, la vice-présidente censée diriger le Venezuela en l’absence de Nicolás Maduro ? », leparisien.fr, 3 janvier 2026.
- ↑ (es) « Perfil Delcy Rodríguez asume el control de la política exterior venezolana », El Mundo, .
- 1 2 (es) « Maduro designa a Delcy Rodríguez ministra de Comunicación », sur El Nacional (consulté le )
- ↑ (es) « Delcy Rodríguez Gómez es la nueva ministra de Comunicación e Información », sur Ultimas Noticias (consulté le )
- ↑ (es) « Ministra Delcy Rodríguez coordinará Órgano Superior de la Comunicación », sur radiomundial.com (consulté le )
- ↑ « Venezuela : l'ex-cheffe de la diplomatie Delcy Rodriguez élue présidente de l'Assemblée Constituante », sur L'Orient-Le Jour (consulté le )
- ↑ « Venezuela : Maduro nomme la cheffe de l'Assemblée constituante à la vice-présidence », sur LExpress.fr, (consulté le ).
- ↑ Le Figaro.fr avec AFP, « Venezuela : la vice-présidente sanctionnée par l'UE », sur Le Figaro, (consulté le ).
- ↑ Le Point, magazine, « Le président vénézuélien pourrait être renversé "très rapidement", selon Trump », sur Le Point (consulté le )
- ↑ (es) « Delcy Rodríguez resulta herida, "muy golpeada", tras caerle un árbol encima por el huracán Beryl », Antena 3, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Thibaut Déléaz, « Crise au Venezuela : qui est Nicolás Maduro, président autoritaire et contesté depuis 2013 ? », sur lefigaro.fr, .
- ↑ Paul Dumort Trujillo, « Constitution, élections, profil Trump ou Maduro compatible… Trois questions sur l’avenir politique du Venezuela », sur Sud-Ouest, (consulté le )
- ↑ (en) « Live: Maduro is Venezuela's 'only president', says VP Delcy Rodriguez in TV address », sur France 24, (consulté le )
- ↑ « Trump says Venezuela's Maduro captured after strikes ».
- ↑ (en) « Live updates: Maduro, wife brought to New York after being captured in Venezuela », sur CNN, CNN, (consulté le ).
- 1 2 AFP, « Delcy Rodriguez investie présidente par intérim du Venezuela »
, sur lesoir.be, . - ↑ « Venezuela-La Cour suprême nomme Delcy Rodriguez présidente par intérim », sur Boursorama, (consulté le ).
- ↑ « Enlèvement de Maduro au Venezuela : Nicolas Maduro incarcéré à New York ; l’armée vénézuélienne reconnaît Delcy Rodriguez comme présidente par intérim », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Delcy Rodríguez prêtera serment comme présidente par intérim ce lundi devant l'Assemblée nationale. », sur El Mundo, (consulté le )
- ↑ « Venezuela : sept jours de deuil ; Delcy Rodriguez réfute toute ingérence étrangère », sur La Croix, (consulté le )
- ↑ « Venezuela: la présidente par intérim limoge un homme lige de Maduro », sur Mediapart, (consulté le )
- ↑ (nl) « Avec l’expulsion d’Alex Saab aux Etats-Unis, le Venezuela continue de donner des gages à Washington », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ « International - Actualités, vidéos et infos en direct », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ « Venezuela : Delcy Rodriguez, présidente par intérim, remplace l’ensemble du haut commandement militaire », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ « Exclusive: US turns up heat on Venezuela with threat to indict new leader Delcy Rodriguez ».
- ↑ (en) https://apnews.com/author/Jim-mustian, « AP Exclusive: Trump administration tells prosecutors to stand down on Venezuela leader, sources say », sur AP News, (consulté le ).
- 1 2 « Les Vénézuéliens dans l’attente des retombées de l’ouverture économique », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ Hubert Leclercq, « Détail d'article », sur La Libre.be, (consulté le ).
- ↑ « Caracas sous la tutelle de Washington ? : épisode du podcast Venezuela, le saut dans l’inconnu », sur France Culture, franceculture, (consulté le ).
- ↑ « Venezuela : l’or noir sous tutelle américaine, des experts redoutent une dérive impérialiste », sur UN News, (consulté le ).
- 1 2 3 France 24, « Venezuela : Oublié Maduro! Vive Delcy! », sur afp, .
- ↑ « How Marco Rubio Is Running Venezuela From Afar ».
- ↑ Angeline Montoya, « Au Venezuela, après la prédation pétrolière des Etats-Unis, la transition politique risque de décevoir », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
- ↑ Julia Pascual, « A l’ONU, Delcy Rodriguez acte l’alignement du Venezuela sur les Etats-Unis », Le Monde, (lire en ligne)