Demi-habile
Le demi-habile ou demi-savant est une notion philosophique désignant une personne capable de débuter un raisonnement mais ne poussant pas la réflexion assez loin, le terme de demi-habile faisant plutôt référence à la notion développée par Blaise Pascal[1].
Le demi-habile chez Pascal
modifierPascal répartit les personnes par une gradation : le peuple, les demi-habiles, les habiles, les dévots (superficiels et apparentés à un conformisme social) et les chrétiens authentiques[2].
« Raison des effets. — Gradation. Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière. Les dévots qui ont plus de zèle que de science les méprisent, malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu’ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure. Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu’on a de lumière. » Pensées (1669) de Blaise Pascal.
Autrement dit, Pascal montre les différentes stratégies à l’œuvre face à la noblesse : le peuple les honore par tradition du respect envers leur lignée, là où les demi-habiles qui comprennent que leur lignage n'est dû qu'à une succession de hasards seraient enclins à les mépriser, et donc, à contester leur pouvoir. Les habiles, enfin, sont ceux qui savent la vérité sur le mythe de la noblesse comme les demi-habiles, mais qui préfèrent taire leur secret afin de garantir le conservatisme politique et la stabilité.
Le demi-savant chez Bourdieu
modifierPierre Bourdieu reprend explicitement Pascal dans ses Méditations pascaliennes en concevant sa figure du demi-savant sur le modèle du demi-habile pascalien.
Bourdieu utilise le terme demi-savant pour désigner celui qui comprend qu'une institution repose sur une domination mais ne cherche pas à comprendre comment et pourquoi cette domination persiste. L'analyse sociologique commence précisément là où s'arrête la dénonciation. D'après Bourdieu, les demi-savants sont en proie à l'« obscurantisme de la raison », c'est-à-dire la tendance à ridiculiser des croyances populaires sans comprendre les conditions sociales qui les rendent possibles [3].
Bourdieu reprend de Pascal l'idée qu'une vérité critique partielle — par exemple le caractère arbitraire d'une institution — devient une erreur lorsqu'on croit que son dévoilement suffit à en épuiser l'intelligibilité, sans chercher à comprendre les fonctions sociales que remplissent cette institution et les mécanismes de son maintien.
Critique de la notion
modifierAnnexes
modifierNotes et références
modifier- ↑ « Dossier thématique : Les demi-habiles », sur www.penseesdepascal.fr (consulté le ).
- ↑ « Pascal. "La raison des effets". », sur Philolog.fr, (consulté le ).
- ↑ « Pierre Bourdieu, Blaise Pascal et les demi-savants de la philosophie », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le ).