Denise de Déols
Denise de Déols, née en 1173 et morte en 1206 ou 1207[1], est l’héritière de la famille de Déols, qui détenait la seigneurie de Châteauroux.
| Dame de Déols et de Châteauroux |
|---|
| Naissance |
V. 1173 |
|---|---|
| Décès | |
| Époque |
XIIe – XIIIe siècles |
| Famille |
Maison de Déols |
| Père |
Raoul VI de Déols |
| Mère |
Agnès de Charenton |
| Conjoint | |
| Enfants |
Guillaume Ier de Chauvigny André II de Chauvigny Raoul de Chauvigny Agathe de Châteauroux Jeanne de Chauvigny Inconnue |
| Héritier |
Guillaume Ier de Chauvigny |
|---|
Biographie
modifierSon père Raoul VI, seigneur de Déols et baron de Châteauroux, meurt à Ravenne le , au retour de Terre sainte. Il laisse comme unique héritière sa fille Denise, âgée alors de trois ans. Il faut pourvoir Denise d'un tuteur pour son éducation et d'un baillistre pour administrer la seigneurie. Eudes, seigneur de La Châtre et de Châteaumeillant, son oncle, prend en charge Denise, mais Henri II Plantagenêt menace d'assiéger La Châtre, et la fillette lui est remise[2]. Henri II marie peu après la jeune Denise, encore mineure, à Baudouin de Reviers 3e comte de Devon, qui meurt en 1188 alors que Denise n'a pas encore seize ans. Richard Cœur de Lion, dispose de Denise comme son père et la marie à André Ier de Chauvigny, mariage célébré à Salisbury dans le Wiltshire en 1189 par Gilbert, évêque de Rochester, en présence de la reine Aliénor d'Aquitaine, cousine d'André. Celui-ci accompagne Richard Cœur de Lion en Terre Sainte lors de la troisième croisade, où il s'illustre[3].
De retour à Châteauroux, Denise et son mari sont impliqués dans la lutte entre Richard et Philippe Auguste. André soutient Richard, puis Jean sans Terre qui lui succède comme duc d'Aquitaine, puis comme roi d'Angleterre. À la suite du traité du Goulet, en , Jean sans Terre abandonne sa suzeraineté sur les seigneurs bas-berrichons au profit de Philippe Auguste, plus précisément en faveur de sa nièce Blanche de Castille (fille d'Aliénor d'Angleterre) qui devient au même moment la bru de Philippe Auguste en épousant le prince Louis. Désormais, André dépend de Philippe pour ses fiefs du Bas-Berry et il prête hommage au duc Arthur Ier de Bretagne pour ses autres fiefs. Par Denise, il est seigneur de Déols, Saint-Chartier, La Châtre, Le Châtelet (Cher), Châteauroux, Issoudun[2]…
André et Denise ont plusieurs enfants, parmi lesquels
- Guillaume Ier de Chauvigny (ap. 1189-1233), seigneur de Déols et de Châteauroux. En 1212, il épouse Mahaut (♰ 1221) héritière de la seigneurie d'Issoudun[4] ; union restée sans postérité[5]. Il épouse en secondes noces Blanche[6], fille supposée de Guillaume Ier de Joigny et de Béatrix de Sancerre. Guillaume prête hommage à Philippe Auguste en [7].
- André II de Chauvigny (v. 1190-1251 ou ap.), cité avec son frère Raoul en [8], est seigneur de Levroux, Saint-Chartier, Villedieu, Montrésor, Meillant et Montbason. Il épouse Alix de Montbason (♰ av. 1235), veuve d'Aimery Savary, seigneur de Montbason[9],[10].
- Raoul de Chauvigny (1195-1224), seigneur de Montrésor, cité en 1221[11] ;
- Agathe de Châteauroux, grande prieure de Fontevrault[12] ;
- Jeanne de Chauvigny[13],[14] ;
- Inconnue, née posthume (1202/03-?)[15].
Avec la reprise des hostilités entre Philippe Auguste et Jean sans Terre, en , André de Chauvigny part soutenir Arthur Ier de Bretagne contre le roi Jean, oncle et rival du duc dans la succession de Richard Cœur de Lion. Mais celui-ci les fait prisonniers en 1202 à la bataille de Mirebeau, et ils disparaissent tous deux en captivité à Rouen la même année.
En 1204 ou 1205, Denise se marie une troisième fois, avec Guillaume Ier de Sancerre. Elle meurt à l'âge de 33 ans, en 1206 ou 1207.
Conflit avec l'abbaye de Déols
modifierL'abbé de Déols, en conflit avec André et Denise pour des questions d'intérêt et de juridiction, attaque la validité du mariage en arguant d'une consanguinité plus ou moins réelle, et l'archevêque de Bourges, suivant l'abbé, prononce la nullité du mariage. André et Denise font appel de la sentence auprès du pape Célestin III. Comme l'affaire traîne en longueur, André se rend à Rome auprès du nouveau pape Innocent III qui valide l'union en déclarant : « il n'est pas facile de ne pas admettre un mariage qui a duré si longtemps et d'où une nombreuse descendance est issue »[16].
Cette description un peu doucereuse est présentée différemment par Jean Hubert dans une note de son article sur « le miracle de Déols »[17]. L'auteur du Liber miraculorum B. Mariae Dolensis, le moine de Déols Jean Agnellus, dans le préambule de son ouvrage, déclare que l'écrit « n'est pas seulement inspiré par la piété, mais aussi par le désir de montrer aux puissants de ce monde et aux orgueilleux séculiers qu'ils ont tort « d'aboyer » contre les religieux et de mépriser des moines si manifestement honorés des bienfaits divins ». Allusion transparente, dit Jean Hubert[17], à André de Chauvigny, seigneur de Châteauroux depuis 1189, « qui avait causé de tels dommages aux moines de Déols que le pape, en 1196, dut l'excommunier et mettre sa terre en interdit ; il ne consentit à reconnaître ses torts et à faire paix avec l'abbaye qu'au début de l'année 1202 ». On relève d'ailleurs la souscription d'un certain Hu. Agnellus à la fin d'un accord conclu en 1202 entre l'abbaye de Déols et André de Chauvigny, seigneur de Châteauroux ; le texte de cette charte n'est connu que par la bulle d'Innocent III, du , qui la confirme. Ainsi, la bienveillance d'Innocent III à l'égard du mariage des époux Chauvigny fait partie du marchandage qui confirme la puissance, à l'époque, de l'abbaye de Déols.
Notes er références
modifier- ↑ Jean-Pierre Surrault, L'Indre : le Bas-Berry de la préhistoire à nos jours, Bordessoules, 1990, p. 112
- 1 2 Berry médiéval 2009
- ↑ Martin Aurell, Aliénor d'Aquitaine, Souveraine femme, Paris, Flammarion, Grandes Biographies, , 503 p. (ISBN 978-2-08046324-1), p. 60
- ↑ Guy Devailly, Le Berry du Xe siècle au milieu du XIIIe : Étude politique, religieuse, sociale, et économique, Paris, De Gruyter Mouton, , p. 375.
- ↑ Henri Beauchet-Filleau et Paul Beauchet-Filleau (ill. Maurice de Gouttepagnon), Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 2, Poitiers, Oudin, , 2e éd. (lire en ligne), § II Barons de Châteauroux, chap. 6 (« Chauvigny (Guillaume I de) »), p. 353.
- ↑ Victor Albans Fauconneau-Dufresne, Histoire de Déols et de Châteauroux, t. Ier, Châteauroux, A. Nuret et fils, (lire en ligne), p. 261.
- ↑ Catalogue des actes de Philippe-Auguste (publ. Léopold Delisle), Genève, Slatkine-Mégariotis reprints, (lire en ligne), no 1165, p. 268.1209, Loudun : Guillaume de Chauvigny promet de servir fidèlement le roi de France et s'engage à lui rendre, quand il en sera requis, ses châteaux d'Argenton, du Châtelet et de la tour de la Châtre.
- ↑ Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de la Merci-Dieu : autrement dite de Bécheron, au diocèse de Poitiers (éd. Étienne Clouzot), t. XXXIV : Archives historiques du Poitou, Poitiers, Société française d'imprimerie et de librairie, (lire en ligne), XCIV : Confirmatio de terragiis d'Oyri, p. 84.
« Nos Andreas et Radulfus de Calviniaco, fratres... »
« ... que olim dominus Andreas de Calviniaco, pater noster... »
1219, juin : Confirmation d'André et de Raoul de Chauvigny des donations effectués par leur père André de Chauvigny à l'abbaye de la Merci-Dieu. - ↑ Cartulaire de l’archevêché de Tours (Liber bonarum gentium) (éd. Louis de Grandmaison), t. II : Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, Tours, (lire en ligne), Note, p. 293.
- ↑ Henri Beauchet-Filleau et Paul Beauchet-Filleau (ill. Maurice de Gouttepagnon), Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 2, Poitiers, Oudin, , 2e éd. (lire en ligne), § III Branche de Levroux, chap. 6 (« Chauvigny (André de) »), p. 354-355.
- ↑ Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de la Merci-Dieu : autrement dite de Bécheron, au diocèse de Poitiers (éd. Étienne Clouzot), t. XXXIV : Archives historiques du Poitou, Poitiers, Société française d'imprimerie et de librairie, (lire en ligne), XCII : De terragiis d'Oyri, p. 83-84. :
« Ego Radulfus de Chauvigni, miles et dominus de Monteram »
- ↑ Henri Beauchet-Filleau et Paul Beauchet-Filleau (ill. Maurice de Gouttepagnon), Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 2, Poitiers, Oudin, , 2e éd. (lire en ligne), § II Barons de Châteauroux, chap. 5 (« Chauvigny (André de) »), p. 353.
« Domina Agatha de Castro-Radulphi, decana nostra... filia nobilis principis Dni de Castro-Radulphi, regis Henrici neptis et comitis etiam Marchiæ, magna priorissa ætatis »
- ↑ chartularium monasterii Fontis-Ebraldi, in diœcesi Pictaviensi ; quod Rogerius de Gaignieres partim ex chartis, partim ex magno ejusdem abbatiæ chartulario describi curavit (manuscrit latin, copie XVIIIe siècle pour Roger de Gaignières), Paris, BnF, coll. « Latin / 5480-2 », xviiie siècle (lire en ligne), fo 133.
- ↑ Henri Beauchet-Filleau et Paul Beauchet-Filleau (ill. Maurice de Gouttepagnon), Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 2, Poitiers, Oudin, , 2e éd. (lire en ligne), § II Barons de Châteauroux, chap. 5 (« Chauvigny (André de) »), p. 353.
« Domina Joanna de Calviniaco pueila... filia nobilis principis Domini de Calviniaco, excellentissimi regis Anglorum nobilitatis germine decorata »
- ↑ Guy Devailly, Le Berry du Xe siècle au milieu du XIIIe : Étude politique, religieuse, sociale, et économique, Paris, De Gruyter Mouton, , p. 441.
« À trente ans, Denise se trouvait veuve pour la deuxième fois alors qu'elle attendait son sixième enfant. »
Après la mort d'André l'archevêque de Tours se rendit à Châteauroux pour recevoir l'hommage que lui devait Denise pour le donjon de Châteauroux. La coutume aurait exigé que Denise se rendit à Tours pour cet hommage, mais l'archevêque se déplaça pour lui éviter les fatigues du voyage, Denise ayant déclaré qu'elle était enceinte. - ↑ Devailly et Michaud-Fréjaville 1990, p. 152-153.
- 1 2 Hubert 1935, p. 290.
Sources et bibliographie
modifierSources diplomatiques
modifier- Cartulaire de l’archevêché de Tours (Liber bonarum gentium), éd. Louis de Grandmaison, t. I : Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, Tours, 1892. [lire en ligne]
- Cartulaire des seigneurs de Châteauroux (917-1789) avec annotations historiques : Introduction à l'inventaire des Archives de la ville de Châteauroux, éd. Eugène Hubert, Châteauroux, Badel, 1931.
Bibliographie
modifier- Berry médiéval : à la découverte de l’Indre au Moyen Âge : catalogue d’exposition, Châteauroux, Archives départementales de l’Indre, , p. 13.
- Guy Devailly, Le Berry du Xe siècle au milieu du XIIIe : Étude politique, religieuse, sociale, et économique, thèse de doctorat d'État, Paris, De Gruyter Mouton, 1973, 636 p.
- Guy Devailly et Françoise Michaud-Fréjaville, « Le Moyen Âge », dans Jean-Pierre Surrault (direction), L'Indre : Le Bas-Berry de la préhistoire à nos jours, Saint-Jean d'Agély, Bordessoules, , p. 152-153
- Eugène Hubert et Jean Hubert, Le Bas-Berry : histoire et archéologie du département de l'Indre, t. I : Châteauroux et Déols, Paris, 1930, p. 71-94.
- Jean Hubert, « Le miracle de Déols et la trêve conclue en 1187 entre les rois de France et d'Angleterre », Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 96, , p. 285-300 (DOI 10.3406/bec.1935.449109, lire en ligne)
- Thibault Jouis, Un comté sans comte : l’Anjou et son aristocratie entre Plantagenêts et Capétiens (1173-1259), thèse de doctorat d’Histoire médiévale, sous la direction de Frédérique Lachaud, Sorbonne Université, 2026, 873 p. [lire en ligne]
- Just Veillat, Denise de Déols : esquisse historique sur le Bas-Berry, Verneuil sur Igneraie, Maintenance du Berry, , 232 p.. Édition ornée de 36 illustrations et vignettes originales de Jean-Louis Boncœur. La première édition est imprimée par Migné, en 1850. Exemplaire disponible à la Bibliothèque de Bourges.