Dermatoses de la grossesse

Les dermatoses de la grossesse sont l'ensemble des affections cutanées inflammatoires spécifiques à la femme enceinte. Elles sont distinctes des maladies de peau préexistantes pouvant s'aggraver ou s'améliorer pendant la grossesse. La classification de référence, établie par Ambros-Rudolph et al. en 2006 à partir d'une étude portant sur 505 patientes, distingue quatre entités principales : la pemphigoïde gravidique, l'éruption polymorphe de grossesse, l'éruption atopique de grossesse et la cholestase intrahépatique de grossesse[1].

Dermatoses de la grossesse
Traitement
Spécialité Dermatologie, Obstétrique
Classification et ressources externes
CIM-10 O99.7Voir et modifier les données sur Wikidata
CIM-9 646.8Voir et modifier les données sur Wikidata

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Classification

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La classification de 2006 regroupe les dermatoses spécifiques de la grossesse selon leur épidémiologie, physiopathologie et pronostic materno-fœtal[1],[2] :

EntitéFréquenceTrimestre de débutRisque fœtal
Éruption atopique de grossesse (AEP)49,7 %1er et 2e trimestresFaible
Éruption polymorphe de grossesse (PEP)21,6 %3e trimestre, post-partumNul
Pemphigoïde gravidique4,2 %2e et 3e trimestresModéré (prématurité)
Cholestase intrahépatique de grossesse~3 %3e trimestreÉlevé (mort fœtale in utero)
Prurigo gestationis0,8 %1er au 3e trimestreNul

Éruption atopique de grossesse

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L'éruption atopique de grossesse (AEP, de l'anglais atopic eruption of pregnancy) est la plus fréquente des dermatoses spécifiques, représentant environ 50 % des cas. Elle regroupe trois tableaux cliniques : l'eczéma de grossesse, le prurigo gestationis et la folliculite prurigineuse de grossesse. Elle survient préférentiellement chez des femmes ayant des antécédents personnels ou familiaux d'atopie, souvent au cours des deux premiers trimestres. L'atteinte prédomine sur le visage, le cou, les plis de flexion et le tronc. Le traitement repose sur les corticostéroïdes topiques et les antihistaminiques. Le pronostic fœtal est favorable[2].

Éruption polymorphe de grossesse

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L'éruption polymorphe de grossesse (PEP, de l'anglais polymorphic eruption of pregnancy), anciennement dénommée PUPPP (pruritic urticarial papules and plaques of pregnancy), est la deuxième entité en fréquence. Elle débute typiquement au troisième trimestre, souvent dans les vergetures abdominales, chez les primipares en cas de prise de poids excessive ou de grossesse multiple. Les lésions sont des papules et plaques urticariennes très prurigineuses, respectant habituellement la région péri-ombilicale. L'évolution est spontanément résolutive dans les semaines suivant l'accouchement. Il n'existe pas de risque fœtal associé[3].

Pemphigoïde gravidique

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La pemphigoïde gravidique (anciennement « herpès gestationis ») est une dermatose auto-immune bulleuse rare, avec une incidence estimée entre 1/10 000 et 1/50 000 grossesses. Elle est liée à des auto-anticorps anti-BP180 (collagène de type XVII) qui induisent un clivage sous-épidermique. L'atteinte débute typiquement en région péri-ombilicale avant de s'étendre. L'aspect clinique évolue de papules urticariennes vers des vésicules et des bulles tendues. Le diagnostic repose sur l'immunofluorescence directe, montrant des dépôts linéaires d'IgG et de C3 à la jonction dermo-épidermique. La pemphigoïde gravidique peut être associée à une prématurité et un retard de croissance intra-utérin. Le traitement fait appel aux corticostéroïdes systémiques[1].

Cholestase intrahépatique de grossesse

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La cholestase intrahépatique de grossesse (CIG) se manifeste par un prurit généralisé intense, prédominant aux paumes et aux plantes, sans lésion cutanée primaire, accompagné d'une élévation des acides biliaires sériques. Elle survient principalement au troisième trimestre et régresse spontanément dans les semaines suivant l'accouchement. La CIG est associée à un risque significatif de complications fœtales graves, notamment la mort fœtale in utero, la prématurité et la détresse respiratoire néonatale, justifiant une surveillance obstétricale rapprochée. Le traitement de référence est l'acide ursodésoxycholique[3].

Diagnostic différentiel

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Le diagnostic différentiel des dermatoses de la grossesse comprend notamment :

  • la gale (prurit nocturne à recrudescence vespérale, sillons scabieux, contage familial) ;
  • la varicelle (vésicules en « gouttes de rosée », syndrome fébrile) ;
  • les toxidermies médicamenteuses (relation temporelle avec l'introduction d'un médicament) ;
  • les urticaires communes ;
  • le pemphigus vulgaire (érosions muqueuses, signe de Nikolsky positif).

Notes et références

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  1. 1 2 3 C. M. Ambros-Rudolph, R. R. Müllegger, S. A. Vaughan-Jones, H. Kerl et M. M. Black, « The specific dermatoses of pregnancy revisited and reclassified: results of a retrospective two-center study on 505 pregnant patients », Journal of the American Academy of Dermatology, vol. 54, no 3, , p. 395–404 (PMID 16488288, DOI 10.1016/j.jaad.2005.12.012)
  2. 1 2 C. M. Ambros-Rudolph, « Dermatoses of pregnancy – clues to diagnosis, fetal risk and therapy », Annals of Dermatology, vol. 23, no 3, , p. 265–275 (PMID 21909194, DOI 10.5021/ad.2011.23.3.265)
  3. 1 2 M. A. Bechtel et A. Plotner, « Dermatoses of pregnancy », Clinical Obstetrics and Gynecology, vol. 58, no 1, , p. 104–111 (PMID 25517756, DOI 10.1097/GRF.0000000000000080)