Description des nouvelles espèces
La description d'une nouvelle espèce est une description formelle d'une espèce nouvellement découverte, généralement sous la forme d'un article scientifique.

Son but est de donner une description claire d'une nouvelle espèce d'organisme et d'expliquer en quoi elle diffère des espèces qui ont été décrites précédemment, ou qui lui sont liées. Dans de nombreux cas, la communauté scientifique n'accepte pas officiellement l'existence d'une nouvelle espèce tant qu'une description de l'espèce n'est pas publiée, même s'il peut sembler évident que l'espèce est nouvelle.
La description de l'espèce contient également des images ou d'autres illustrations du matériel type sur lequel se fonde une description et auquel est associé le nouveau nom de taxon décrit. Elle explique aussi dans quel musée l'holotype (et d'autres types tels que les paratypes) est déposé.
La publication dans laquelle l'espèce est décrite donne généralement un nom scientifique formel à la nouvelle espèce.
Aujourd'hui, environ 1,9 million d'espèces ont été découvertes et nommées, sur quelque 8,7 millions pouvant réellement exister sur Terre[1].
Description d'une nouvelle espèce
modifierProcessus d'attribution des noms d'espèces
modifierLe nom d'une nouvelle espèce devient valide à la date de la publication de sa description scientifique formelle. Dès qu'un scientifique fait les recherches nécessaires pour déterminer si l'espèce découverte représente réellement une nouvelle espèce non décrite, les résultats scientifiques sont résumés dans un manuscrit qui est soumis à une revue scientifique.
La description scientifique de l'espèce permettant d'établir un nouveau nom d'espèce doit remplir plusieurs critères formels (par exemple la sélection d'un type), et le nom est ensuite officialisé par la CINZ ou le CIN. Ces critères visent à assurer que le nom de l'espèce est clair et sans ambiguïté. La Commission indique notamment que « les auteurs doivent faire preuve d'une attention et d'une considération raisonnable dans la formation de nouveaux noms pour s'assurer qu'ils sont choisis en gardant à l'esprit les utilisateurs subséquents et qu'ils soient, autant que possible, appropriées, compacts, euphoniques, mémorables, et pas offensants[2] ».
Selon une idée préconçue, les noms d'espèces doivent absolument être exprimés en latin. Bien que cela soit nécessaire dans certains cas, ce n'est pas une exigence absolue. Le nom d'une espèce doit être composé de caractères choisis dans les 26 lettres de l'alphabet latin, mais il peut provenir d'une autre langue, ainsi dans le cas d'Erythroxylum coca, l'épithète spécifique, « coca », est dérivée de la langue quechua d'Amérique du Sud. Un nom d'espèce peut n'exister dans aucune langue, à condition qu'il ne soit pas source de confusion ou imprononçable.
Pour bien préciser le nom complet d'une espèce, le (ou les) auteur(s) de la description doivent être indiqués à la suite du nom scientifique, ainsi que l'année de parution dans la publication scientifique. Le nom donné dans la description initiale d'une espèce est appelé le basionyme. Ce nom peut être amené à changer par la suite pour différentes raisons. Dans la mesure du possible, ce sont les noms actuellement valides qui sont indiqués, ainsi que les découvreurs, les pays d'origine et les publications dans lesquelles les descriptions ont été faites.
Aujourd'hui, les descriptions formelles d'espèces suivent des directives strictes établies par un code international de nomenclature zoologique. Des descriptions formelles très détaillées sont faites par les scientifiques qui étudient habituellement l'organisme pendant un temps considérable. Une diagnose peut être rédigée plutôt qu'une description ; celle-ci est généralement écrite en latin et précise la distinction entre la nouvelle espèce et d'autres espèces.
Risque de mystification
modifierLe prototype des erreurs par mystification a été l'affaire de l'homme de Piltdown. Plus récemment, plusieurs ongulés sauvages nouveaux ont été décrits de la péninsule indochinoise, dont le curieux saola à allure d'antilope et des muntjacks, bien réels et bien vivants, ainsi que le linh duong (Pseudonovibos spiralis), décrit officiellement par deux naturalistes allemands, Peter et Feiler, en 1994, à partir de cornes curieusement spiralées trouvées dans le commerce local, et qui s'est avéré être une mystification, non des descripteurs mais des patients fabricants de ces objets à partir de cornes de bovins domestiques[3]. En conséquence, après avoir été inscrit sur les listes de protection de l'UICN en 1995, ce nom scientifique reste disponible, mais est maintenant relégué au statut de synonyme junior de la vache (Bos taurus).
Contraintes
modifierLes obstacles et freins à la description plus rapide de nouvelles espèces, quand ils ne sont pas liés à la disparition ou dégradation accélérée de certains habitats) sont :
- technologiques (accès à des habitats difficiles)[4],
- éducatifs (manque de formation au métabarcoding, disparition ou raréfaction de certains spécialistes...) ;
- institutionnels (baisse de financements)[4] ;
- réglementaires (contraintes liées aux législations sur l’accès aux ressources et le partage des avantages)[4].
Cas du milieu marin
modifierSelon le World Register of Marine Species, environ 242 000 espèces marines valides sont répertoriées, mais les découverte se poursuivent à un rythme stable d'environ 2 332 nouvelles espèces marines décrites par an. Le plus souvent, les espèces nouvellement décrite sont des invertébré benthique — crustacé, annélide ou mollusque —, plutôt petites (de 2 à 10 mm), tropicales et vivant entre 0 et 60 m de fond ; et documentées à partir de 7 à 19 spécimens. Leur description scientifique n'est publiée après, en moyenne, une « durée » de 13,5 ans, via un article signé par deux à trois auteurs, publié dans une revue à facteur d'impact inférieur à 1 et éditée par une institution académique, une société savante ou un petit éditeur commercial[4] La description ne comporte que rarement des données moléculaires, et très souvent, les auteurs ne travaillent pas dans la région d'origine de l'espèce[4]. À ce rythme actuel, la caractérisation des 1 à 2 millions d'espèces marines encore inconnues, nécessitera « plusieurs siècles », mais l'accès facilité à la littérature et à l'Intelligence, pourrait aussi accroître le rôle des professionnels retraités et des pratiquants des sciences citoyennes et participatives dans la taxonomie marine[4].
Nouvelles descriptions d'espèces
modifierStatistiques
modifierEnviron 18 000 espèces ont été découvertes en 2013[5], dont près de 2 000 nouvelles espèces végétales[6]. On décrit actuellement entre 16 000 et 18 000 nouvelles espèces par an, dont 10 % sont issues du milieu marin[7].
Selon les groupes zoologiques ou botaniques, le nombre d'espèces nouvelles décrites chaque année varie considérablement[8] :
| Groupe | Nombre d'espèces décrites moyenne de 1978 à 1987[8] |
|---|---|
| Mammifères | 26 |
| Oiseaux | 5 |
| Amphibiens et reptiles | 105 |
| Poissons | 231 |
| Insectes | 7 222 |
| Arachnides | 1 350 |
| Annélides | 173 |
| Mollusques | 366 |
| Champignons | 1 700 |
Par contre, dans un groupe biologique donné, le nombre précis d'espèce décrites est assez constant, comme le montre le tableau suivant[8] :
| Année | Nombre total de descriptions d'espèces[9] | Vertébrés (sauf Poissons)[8] tétrapodes, mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens | Poissons[8] | Insectes[9] |
|---|---|---|---|---|
| 1979 | 146 | 183 | ||
| 1980 | 170 | 241 | ||
| 1981 | 134 | 273 | ||
| 1982 | 186 | 240 | ||
| 1983 | 177 | 260 | ||
| 1984 | 168 | 223 | ||
| 1985 | 230 | 220 | ||
| 1986 | 117 | 204 | ||
| 1987 | 191 | 234 | ||
| 1988 | 138 | 229 | ||
| 2000 | 17 045 | 8 241 | ||
| 2001 | 17 003 | 7 775 | ||
| 2002 | 16 990 | 8 723 | ||
| 2003 | 17 357 | 8 844 | ||
| 2004 | 17 381 | 9 127 | ||
| 2005 | 16 424 | 8 485 | ||
| 2006 | 17 659 | 8 994 | ||
| 2007 | 18 689 | 9 651 | ||
| 2008 | 18 531 | 9 020 | ||
| 2009 | 19 232 | 9 738 | ||
Nouvelles espèces à découvrir
modifierDes estimations ont été faites par différents auteurs pour évaluer le nombre d'espèces existant réellement dans les différents groupes biologiques. Les méthodes sont variées, une des plus courantes étant l'extrapolation à partir de zones géographiques ou de groupes biologiques très bien connus[8].
| Groupe biologique | Espèces décrites (ordre de grandeur) | Estimation conservatrice | Estimation haute |
|---|---|---|---|
| Vertébrés | 45 000 | 50 000 | 50 000 |
| Hexapodes (dont Insectes) | 1 000 000 | 8 000 000 | 100 000 000 |
| Arachnides | 75 000 | 750 000 | 1 000 000 |
| Crustacés | 40 000 | 150 000 | 150 000 |
| Mollusques | 70 000 | 200 000 | 200 000 |
| Nématodes | 15 000 | 500 000 | 1 000 000 |
| Protozoaires | 40 000 | 300 000 | 500 000 |
| Plantes (Embryophytes) | 250 000 | 300 000 | 500 000 |
| Algues | 40 000 | 200 000 | 10 000 000 |
| Champignons | 70 000 | 1 000 000 | 1 500 000 |
| Bactéries | 4 000 | 400 000 | 3 000 000 |
| Virus | 5 000 | 500 000 | 500 000 |
Notes et références
modifier- ↑ (en) Camilo Mora et al., « How Many Species Are There on Earth and in the Ocean? », PLoS Biology, vol. 9, , e1001127 (PMID 21886479, PMCID 3160336, DOI 10.1371/journal.pbio.1001127, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Formation and treatment of names. », sur International Commission on Zoological Nomenclature (consulté le ) : « Authors should exercise reasonable care and consideration in forming new names to ensure that they are chosen with their subsequent users in mind and that, as far as possible, they are appropriate, compact, euphonious, memorable, and do not cause offence. ».
- ↑ Herbert Thomas, Collège de France, « Le bœuf à la mode asiatique », Pour la Science, N°283, Mai 2001, p.14.
- 1 2 3 4 5 6 Philippe Bouchet, Wim Decock, Britt Lonneville et Bart Vanhoorne, « Marine biodiversity discovery: the metrics of new species descriptions », Frontiers in Marine Science, vol. 10, (ISSN 2296-7745, DOI 10.3389/fmars.2023.929989, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Les dix espèces les plus étonnantes découvertes en 2013, lemonde.fr avec Reuters, 22 mai 2014
- ↑ (en) Steven Bachman, State of the World's Plants Report. 2016, Royal Botanic Gardens, Kew, p. 7/84, 2016 (ISBN 978-1-84246-628-5).
- ↑ Gilles Bœuf, La biodiversité, de l’océan à la cité, Collège de France, , p. 7.
- 1 2 3 4 5 6 7 Global Biodiversity - Status of the Earth's Living Resources, World Conservation Monitoring Center, 1992 (ISBN 0-412-47240-6)
- 1 2 (en) Quentin Wheeler et Sara Pennak, « Retro SOS 2000-2009 : A Decade of Species Discovery in Review », International Institute for Species Exploration, Tempe, Arizona, (lire en ligne [PDF]).