Diables Rouges (bus)

Les « Diables Rouges », ou « Diablos Rojos » en espagnol, sont des bus emblématiques qui circulent au Panama. Issus d'anciens bus scolaires importés des États-Unis, ils se distinguent par leurs peintures éclatantes, leurs ornements en chrome et leur musique entraînante, devenant ainsi un véritable symbole de la culture panaméenne.

Historique

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Les « Diablos Rojos » sont arrivés au Panama dans les années 1960, importés comme autobus scolaires d'occasion depuis les États-Unis, offrant un moyen de transport bon marché autour du canal. À leur arrivée, c'étaient de classiques bus scolaires jaunes de Blue Bird Corporation (en), avec des sièges en cuir vert à l'intérieur. Après la disparition complète des tramways ferroviaires (transvía) (en) en 1940, les bus privés se sont rapidement imposés comme principal mode de transport du pays.

En 1968, le général Omar Torrijos prit le pouvoir par un Coup d'État et, en 1973, il fit disparaître deux grandes compagnies de transport public, ouvrant la voie aux propriétaires-exploitants pour se disputer les lignes[1]. En tant que leader progressiste, il appuyait les chauffeurs de bus en grève qui demandaient des réformes du travail. En autorisant tout entrepreneur à importer et exploiter ces bus scolaires américains avec un permis individuel, on a jeté les bases pour que les Diablo Rojos puissent prospérer.
Les propriétaires des Diablos Rojos invitaient des artistes à recouvrir l'extérieur des bus d'images qui les représentaient le mieux, tout en masquant leur âge. Ces œuvres permettaient aux conducteurs de se distinguer de la concurrence en attirant l’œil des passagers potentiels. Souvent, on retrouvait à l'arrière des photos de leur conjoint ou de leurs enfants, accompagnées d'une citation inspirante. Les visuels allaient de célébrités du show-business, de la musique, de dessins animés et du cinéma, à d'anciennes gloires sportives ou à des monuments emblématiques du Panama. L'intérieur était aussi décoré, avec du cuir rouge et des autocollants aux couleurs vives et aux motifs variés. Les chauffeurs faisaient souvent appel à une personne chargée de percevoir les tarifs et d'annoncer les arrêts, appelée secre ou el secretario. À leurs débuts, les Diablos Rojos étaient en grande partie non réglementés[2].
Beaucoup de bus étaient mal entretenus, faute d'accès aux pièces de rechange fournies par l'usine pour les garder en bon état. Comme le système était décentralisé, il n'y avait pas non plus de lignes ni d'horaires fixes. Pourtant, ces bus jouaient un rôle essentiel car ils offraient aux habitants les plus pauvres des zones périphériques la possibilité de se rendre en ville pour travailler, assurant les trajets aller-retour vers le centre. Leurs parcours se dessinaient selon les besoins de la communauté qu'ils desservaient, représentant souvent la seule option de transport public pour la majorité des Panaméens sans voiture. À cette époque, aucun réseau de transport centralisé n'existait. Les usagers étaient fiers de leur bus de quartier et de véritables communautés de voyageurs réguliers se formaient le long de leurs trajets.

Ces bus sont nés comme une réponse à la vision dominante de l'identité nationale Mestizo promue par le gouvernement panaméen et les élites à la peau claire[3]. Leur art ouvre une fenêtre sur la culture afro-panaméenne (en), car les artistes, souvent d'origine antillaise, mettent en avant les expressions et le style Afro-Caribéens. Ces véhicules débordent de messages de fierté personnelle, un peu comme des autocollants de pare-chocs. Pensées pour capter les regards, certaines peintures sont volontairement provocantes. Les Diablos Rojos revendiquent ainsi la culture subalterne dans des espaces où elle est rarement visible, avec une imagerie audacieuse et assumée.

Les peintures les plus marquantes des Diablo Rojo se trouvent souvent sur l'arc supérieur avant, l'arc supérieur arrière et la porte de sortie arrière. Les arches affichent fréquemment les noms de la famille du conducteur, de ses proches ou de ses enfants. Le ruralismo est l'un des thèmes les plus répandus dans ces zones : des paysages ruraux idéalisés, qui contrastent souvent avec les images éclatantes du reste du bus, évoquent l'identité métisse. La porte de sortie arrière, grand rectangle plat bien en vue, est la « toile » la plus classique d'un Diablo Rojo, représentant souvent des portraits, qu'il s’agisse de célébrités ou des enfants du conducteur.

L'intérieur des bus est souvent décoré d'œuvres d’art, généralement réalisées à l'aérographe, mais aussi agrémentées de plumes, clochettes, décalcomanies, lampes et autres ornements. Pour beaucoup de chauffeurs, l'apparence de leur véhicule est une véritable fierté, au point d'y investir temps et argent. Chaque bus reflète la communauté qu'il dessert et se distingue par son nom, facilement reconnaissable d'une zone à l'autre. En plus de cette richesse visuelle, la musique forte — techno, salsa ou reggaeton — qui résonne dans leurs enceintes en fait des symboles culturels panaméens sollicitant plusieurs sens à la fois[4].

Retrait progressif

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En 2008, le président Martín Torrijos a lancé le retrait des Diablos Rojos, en raison de nombreux accidents, du bruit excessif et d'une conduite imprudente.
Avec le « Plan de Movilidad Urbana y Modernización », il a été décidé que l'État centraliserait le transport via un système public de MetroBus. Torrijos prévoyait d’acheter 400 bus climatisés, équipés de dispositifs de sécurité, de sièges confortables, accessibles aux fauteuils roulants et dotés de deux portes, avec des itinéraires couvrant le nord et le sud de la ville de Panama.
En 2010, Ricardo Martinelli a ajouté un métro souterrain à ce réseau.
Bien que prévu pour 2009, le retrait des Diablos Rojos a pris plusieurs années et ne s’est achevé qu'en 2013, sous la présidence de Martinelli. Les propriétaires ont reçu 25 000 $ en compensation, et certains ont été embauchés comme chauffeurs du MetroBus.
En 2014, le métro est arrivé au Panama, reliant rapidement les parties nord et est de la ville, avec un service sept jours sur sept.

Bien que certains Diablos Rojos circulent encore à Panama City, le MetroBus et le métro sont aujourd’hui des options plus courantes. De nos jours, les Diablos Rojos sont surtout utilisés pour rejoindre les villes satellites et la périphérie, là où le MetroBus ne passe pas. Cela concerne des lieux comme Pacora, La Chorrera et d'autres ainsi que dans les villes de province.

Parallèles culturels

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Les bus privés du Panama ressemblent à ceux utilisés dans de nombreuses autres régions du monde. Aux Philippines, après le départ de Manille, les troupes américaines ont laissé sur place leurs « Jeepney », jugées trop coûteuses à rapatrier. Les habitants se sont rapidement approprié ces véhicules, les décorant de couleurs éclatantes et proposant des tarifs plus bas que ceux du réseau de transport urbain. Ces « Jeepneys » sont ainsi devenus le moyen de transport préféré de beaucoup. Le gouvernement a toutefois entrepris de les retirer progressivement, en imposant des règles sur leur taille, leur capacité et la performance de leurs moteurs[5].
De même, les « Jingle Trucks » (en), surnommés par les soldats américains pendant la guerre en Afghanistan, sont des camions ornés courants au Pakistan. L'art des camions en Asie du Sud remonte aux années 1920, lorsque la colonisation anglaise a amené les camions Bedford dans la région. Lorsque les Pakistanais adoptèrent ces véhicules, ils les équipèrent de leur emblématique proue en bois et les décorèrent de boiseries, de peintures colorées et de cloches. Les logos étaient à l'origine destinés à signifier ce que le camion transportait pour les personnes qui ne savaient pas lire, mais les logos sont devenus de plus en plus ornés avec le temps[6].

Articles connexes

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Notes et références

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