Dictateur bienveillant
Un dictateur bienveillant est un dirigeant dictatorial et autoritaire qui utilise ses pouvoirs pour améliorer le sort des gouvernés. Cette étiquette a été donnée à Napoléon Ier (1799-1815)[1], Napoléon III (1848-1870)[2], Mustafa Kemal Atatürk de Turquie (1923–1938)[3], Josip Broz Tito de la Yougoslavie (1953–1980)[4], Lee Kuan Yew de Singapour (1959–1990)[5], Abdel Karim Kassem de l'Irak (1958-1963) et France-Albert René des Seychelles (1977–2004)[6].

Dans le monde contemporain, l'expression a été reprise pour qualifier Linus Torvalds, le créateur du système d'exploitation Linux.
Histoire
modifierL'usage moderne du terme, dans une société mondialisée où la norme penche largement vers la démocratie, remonte à John Stuart Mill et à son ouvrage classique De la liberté (1859). Bien qu'il défendît les droits démocratiques des individus, il fit une exception pour ce qu'il appelait les pays en développement d'aujourd'hui :
« Nous pouvons exclure de notre analyse les états de la société arriérés où l'humanité elle-même peut être considérée comme étant à l'état naïf. Le despotisme est […] légitime […] face aux barbares, pourvu que le but soit leur amélioration […]. La liberté […] ne s'applique à aucun état de choses antérieur au moment où l'humanité est devenue capable de progresser par un débat libre et égalitaire. »
L'image du dictateur bienveillant était également une rhétorique courante au début du XXe siècle pour justifier les régimes coloniaux. Un fonctionnaire colonial britannique du nom de Lord Hailey déclara dans les années 1940 : « Une nouvelle conception de notre relation… pourrait émerger dans le cadre du mouvement pour l'amélioration du sort des peuples arriérés du monde. » Hailey concevait le développement économique comme une justification du pouvoir colonial.
En espagnol, le mot « dictablanda », un jeu de mots, désigne parfois une dictature qui conserve certaines libertés et certains mécanismes démocratiques. Le jeu de mots repose sur le fait qu'en espagnol, « dictadura » signifie « dictature », « dura » signifie « dur » et « blanda » signifie « mou ». De même, on retrouve ce même jeu de mots en portugais avec « ditabranda » ou « ditamole ». En février 2009, le quotidien brésilien Folha de S.Paulo a publié un éditorial qualifiant la dictature militaire au Brésil (1964-1985) de « ditabranda », ce qui a suscité la controverse.
Mancur Olson a comparé les dictateurs bienveillants « non pas au loup qui s'attaque au cerf, mais plutôt à l'éleveur qui veille à la protection et à l'abreuvement de son bétail ».
Liste de dirigeants considérés comme des « dictateurs bienveillants »
modifier- Napoléon Ier, Premier Consul puis empereur en France (1799-1815)[1]
- Napoléon III, Président de la République puis empereur en France (1848-1870)[2]
- Mustafa Kemal Atatürk, président fondateur de la Turquie (1923–1938)[3]
- Josip Broz Tito, président de la Yougoslavie (1953–1980)[4]
- Mohammad Reza Pahlavi, souverain absolu d'Iran (1953-1980)
- Lee Kuan Yew, Premier ministre de Singapour (1959–1990)[5]
- France-Albert René, président des Seychelles (1977–2004)[6]
- Hailé Sélassié, empereur d'Éthiopie (1930-1974)[7]
Notes et références
modifier(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Benevolent dictatorship » (voir la liste des auteurs).
Citations originales
modifierRéférences
modifier- 1 2 Jean Tulard, Napoléon, Paris, france loisirs
- 1 2 Philippe Séguin, Louis-Napoléon le Grand, Grasset
- 1 2 (en) « Benevolent Dictator? Thinking About MK Atatürk » [archive du ], sur Turkey File, (consulté le )
- 1 2 (en) Susan Shapiro et Ronald Shapiro, The Curtain Rises: Oral Histories of the Fall of Communism in Eastern Europe, McFarland, (ISBN 0-7864-1672-6, lire en ligne)
"...All Yugoslavs had educational opportunities, jobs, food, and housing regardless of nationality. Tito, seen by most as a benevolent dictator, brought peaceful co-existence to the Balkan region, a region historically synonymous with factionalism." - 1 2 (en) Matt Miller, « What Singapore can teach us », The Washington Post, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 (en) Abraham Talel, « Why Uhuru should be a ‘benevolent’ dictator to protect his legacy », sur The Standard (consulté le )
- ↑ Nathaniel T. Kenney, "Ethiopian Adventure", National Geographic, , p. 555
Articles connexes
modifier- Despotisme éclairé
- Benevolent Dictator for Life, terme utilisé en informatique
- Dictablanda