Didier Lestrade
Didier Lestrade, né le à Burdeau (Algérie française), est un journaliste et écrivain français. Figure du militantisme homosexuel français, il s'est également engagé dans la lutte contre le sida. Il a notamment joué un rôle clé au sein de l'association Act Up-Paris, dont il est cofondateur avec Pascal Loubet et Luc Coulavin.
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Diariste, journaliste, écrivain, personnalité engagée dans la lutte contre le sida |
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Biographie
modifierFamille et jeunesse
modifierDidier Lestrade est le fils de fermiers installés à Burdeau (devenue Mahdia), en Algérie française, depuis plusieurs générations. La famille Lestrade est rapatriée en 1962 ; ses parents divorcent.
Après une enfance entre Offenbourg (Allemagne) et Saint-Étienne-de-Fougères dans le sud-ouest de la France, il quitte le Lot-et-Garonne en 1977 à la suite de deux échecs successifs au baccalauréat.
Jardinier depuis sa jeunesse, il déclare dans Pioche![1] :
« Je suis jardinier depuis mon adolescence et cette passion a traversé ma vie, me donnant du réconfort pendant les années difficiles. C’est la base de mon équilibre et la raison pour laquelle j’ai quitté Paris, il y a presque vingt ans[1]. »
Carrière journalistique
modifierDécouvrant son homosexualité très tôt, il collabore dès son arrivée à Paris au journal underground Gaie Presse créé par Misti et Audrey Coz (publication antérieure à la création de Le Gai Pied), qui ne produira que quatre numéros (1978-1979).
À 22 ans, frustré par l’arrêt de Gaie Presse à la suite de son interdiction à l'affichage et à la vente aux mineurs (1978), il décide de créer sa propre revue, Magazine, avec Misti qui deviendra par la suite directeur artistique du Gai Pied. La revue cesse de paraître en 1987 après huit numéros et plus de 90 interviews. L'influence de Magazine est souvent mentionnée dans l'essor des nouveaux fanzines gays tels que Butt, qui a d'ailleurs publié une interview de Didier Lestrade en [2]. En 2010, la galerie 12 Mail a consacré une exposition sur l'impact de la revue sur la photographie masculine et l'art érotique des années 1980. Le site Web de The New York Times a aussi annoncé l'exposition, ainsi que Vice[3] et Vogue[4].
En 1986, à l’âge de 28 ans, il apprend qu’il est séropositif. Sa carrière de journaliste indépendant prend parallèlement son essor à travers des collaborations régulières à Le Gai Pied, Rolling Stone et Libération (de 1985 à 1999[5]) où il participe au développement de la musique électronique, particulièrement la house. Il écrit aussi de nombreux articles sur le sida.
Il publie une chronique mensuelle dans le Journal du Sida, édité par l'association Arcat, de 1994 à 2009, date à partir de laquelle cette chronique devient trimestrielle.
En 1995, alors âgé de 37 ans, il crée le magazine gay et lesbien Têtu, avec l’aide de Pascal Loubet. Financé par Pierre Bergé, de la Fondation Yves Saint Laurent, le magazine est la principale publication LGBT française. Cette collaboration se termine en .
De 2009 à 2014, il est rédacteur en chef du site Minorités.org fondé avec ses amis Laurent Chambon, Peggy Pierrot et Mehmet Koksal. Ce think-tank indépendant et auto-produit publiera pendant plusieurs années quelque 500 textes provenant de collaborations diverses, intersectionnelles avant l’heure.
Il quitte Paris en 2002 et vit actuellement à Saint-Pierre-sur-Orthe en Mayenne[6],[5]. Il figure dans l'édition 2006-2007 du Who's Who in France.
À la suite de la publication dans Têtu d'une interview avec Olivier Dussopt pendant le mouvement social de 2023, il arrête ses chroniques et sa collaboration avec le magazine[7].
Parcours militant
modifierEn 1989, il se consacre presque entièrement à la lutte contre le sida en créant la branche parisienne d’Act Up, avec ses amis Pascal Loubet et Luc Coulavin[8]. Il assure la présidence de l’association pendant les trois premières années. En 1992, il joue un rôle important dans la création du groupe interassociatif TRT-5, qui rassemble les principales associations de lutte contre le sida françaises. Didier Lestrade a été l’un des coordinateurs du groupe pendant plusieurs années. À partir de 2000, il se concentre sur les questions liées à la prévention du sida et devient la voix majeure contre le phénomène du barebacking (la pratique de rapports sexuels non protégés) en France. Ce point l'amène à s'opposer publiquement à l'écrivain Guillaume Dustan. Cet affrontement est une source d'inspiration pour le roman de Tristan Garcia, La Meilleure Part des hommes, publié en 2008, et récompensé par le prix de Flore[9] (livre publié sans l'accord de Didier Lestrade[10]). Treize ans plus tard, dans son essai L'Architecture du possible, Tristan Garcia revient sur ce livre en déclarant : « le chaînon manquant de l'activisme français, c'est lui[11]. »
En 2024, il participe à la sortie du film Act Up ou le chaos[12], réalisé par Pierre Chassagnieux et Matthieu Lère. Ce film rassemble pour la première fois les souvenirs de celles et ceux qui ont fait ACT UP : Pascal Loubet, Anne Rousseau, Philippe Mangeot, Hugues Charbonneau ou encore Lalla Kowska Régnier.
Né en Algérie française, Didier Lestrade s'est très tôt senti solidaire des peuples en lutte contre la colonisation[13]. Dans ses Mémoires 1958-2024, publiées en 2025, il dénonce le génocide à Gaza « avec la complicité de l'Occident » lors de la guerre de Gaza depuis 2023. Il est engagé dans le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions en soutien aux Palestiniens[6],[14].
Carrière d'écrivain
modifierEn 2000, Didier Lestrade publie son premier livre, Act Up, une histoire, qui relate les onze premières années de l’association. En 2017, Robin Campillo s'en inspire pour réaliser le film 120 Battements par minute sorti en 2017, qui contribue à faire connaître le parcours du journaliste militant[6].
Son second livre, Kinsey 6, journal des années 80 (2002) est un journal intime écrit pendant les années durant lesquelles est publié Magazine. Ce journal recouvre la période de à , début de l'épidémie de sida en France. Publié en 2002, le journal comporte une préface dans laquelle l’auteur raconte son enfance et son adolescence provinciales et d’une post-face. Il comprend également un index des personnalités mentionnées. Cet ouvrage est important pour la compréhension de la période. Durant ces années 1980, l'auteur est alors au cœur du milieu homosexuel underground de l’époque et fréquente des célébrités : des pages de son journal sont notamment consacrées à sa relation avec Jimmy Somerville[15]. L’ouvrage relate ses rencontres multiples et évoque la vie et les lieux mythiques de ce milieu (Le Palace, Le Pim's…). Au fil des pages, l’auteur se découvre : énergie artistique et professionnelle, affirmation homosexuelle. Le mot sida n’apparaît encore qu’en filigrane, les pages sont l’instantané des derniers moments d’insouciance, l’instant d’avant l’épidémie.
Dans The End[16], en 2004, il poursuit sa posture résolument critique face à l’échec de la prévention en milieu gay et sur le phénomène du bareback en France. Il fait le constat de l’augmentation importante du nombre de personnes homosexuelles séropositives et aborde les différentes composantes de la problématique : place de l’épidémie dans l’histoire (« Je pense que peu d’hétérosexuels ont compris la profondeur du drame du sida »), aspects épidémiologiques et questions de santé publique, liberté sexuelle, place de la communauté (« Mais nous n’avons pas réussi à régler le problème central du respect entre les homosexuels. Et c’est là, pour moi, notre principal échec »), représentation des malades et des personnes homosexuelles. L’épidémie est analysée en regard d'un ensemble large de composantes[17].
Son quatrième livre, Cheikh, journal de campagne (2007) est un récit personnel et polémique sur sa nouvelle vie à la campagne, à l'écart de la communauté gay parisienne. En 2010, un recueil de ses chroniques parues dans Libération est édité par l'éditeur Singulier sous le titre Chroniques du dance floor, Libération 1988-1999[18].
En 2012, il publie deux livres : Sida 2.0. 1981 - 2011, 30 ans de regards croisés, en collaboration avec le professeur Gilles Pialoux, qui retrace les trente premières années de l'épidémie du sida, et Pourquoi les gays sont passés à droite sur la droitisation des gays et leur égoïsme politique.
Autobiographie du désir et du plaisir, son livre I love Porn (2021) analyse la production érotique gay depuis les années 1970 et son influence sur la culture sexuelle, y compris hétérosexuelle[19].
En 2022, il préface Le Grand Traité du jardin punk, ouvrage du jardinier paysagiste « punk » autoproclamé et pépiniériste Éric Lenoir, créateur du « jardin punk » Le Flérial en Bourgogne[20]. En 2024, il préface également l'ouvrage photographique Prospect Cottage. La Maison de Derek Jarman paru chez Thames & Hudson.
En 2025, il publie Mémoires 1958-2024, ouvrage de près de 500 pages, qu’il annonce comme son dernier livre[21],[14],[15].
Œuvres
modifierEssais, reportages, récits autobiographiques
modifier- Act Up, une histoire, Paris, Denoël, , 446 p. (ISBN 2-207-24883-6), qualifié par Les Inrocks de texte LGBT culte[22].
- Kinsey 6, journal des années 80, Paris, Denoël, (ISBN 978-2-207-25219-2).
- The End, Paris, Denoël, , 384 p. (ISBN 2-207-25424-0).Dans cet essai au ton très polémique, l'auteur analyse l'échec des politiques de prévention VIH en France, ainsi que le phénomène du barebacking[23].
- Cheikh. Journal de campagne, Paris, Flammarion, , 345 p. (ISBN 978-2-08-068964-1)[24].
- Chroniques du dance floor. Libération 1988-1999, Paris, L'Éditeur singulier, , 210 p. (ISBN 978-2-9533467-1-8).
- avec Gilles Pialoux, Sida 2.0 : Regards croisés sur 30 ans d'une épidémie, Paris, Fleuve Noir, , 461 p. (ISBN 978-2-265-09452-9)
- Pourquoi les gays sont passés à droite, Paris, Le Seuil, , 141 p. (ISBN 978-2-02-105037-0)[25].
- Minorités : l'essentiel, Paris, Des ailes sur un tracteur, , 266 p. (ISBN 978-1-291-78027-7).
- Le Journal du Sida : Chroniques 1994 / 2013, Paris, Books on Demand, , 340 p. (ISBN 978-2-322-03912-8).
- I Love Porn, Bordeaux, Éditions du Détour, 2021 (ISBN 979-10-97079-84-0)
- Act Up, une histoire, Collection : La Découverte Poche / Essais, 536 pages, éditions La Découverte, 2022 (ISBN 978-2-34807-587-2)
- Mémoires 1958-2024, Paris, Stock, 2025, 484 p. (ISBN 978-2-23409-483-3)[21]
Notes et références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « The End (essai) » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 Thierry Boissière, « Chapitre II. Transformations des rapports de production et d’exploitation dans les jardins depuis la fin des années 1940 », dans Le jardinier et le citadin, Presses de l’Ifpo (lire en ligne), p. 203–234
- ↑ « Didier Lestrade », sur buttmagazine.com (consulté le ).
- ↑ (en) « Didier Lestrade est le fondateur du meilleur magazine pédé de tous les temps », sur viceland.com, (consulté le ).
- ↑ Maud Charmoy, « 12Mail expose Didier Lestrade », sur vogue.fr, Vogue France, (consulté le ).
- 1 2 Adrien Naselli, « Une vie Didier Lestrade, les mémoires salés du daddy de la génération sida »
, sur Libération, - 1 2 3 Vivian Petit, « Act Up, antiracisme et musique : les mémoires de Didier Lestrade », sur Commune, (consulté le )
- ↑ Noah Moulinet, « Un journaliste trans reproche à Têtu de l’avoir laissé tomber face aux attaques », L'Informé, (lire en ligne).
- ↑ Didier Lestrade, « Le dimanche 27 février 1994, Luc Coulavin est mort du sida à l’âge de 32 ans », Action, 23, mars-avril 1994, p. 2.
- ↑ « Tristan Garcia remporte le prix de Flore », sur liberation.fr.
- ↑ Les Inrockuptibles hors série Nouvelles littératures françaises mars 2010 p. 69, interview de Tristan Garcia « J'avais envoyé le livre avant publication à Didier Lestrade, qui m'a répondu très intelligemment, en étant à la fois critique et en me reconnaissant une forme de droit à faire ce que je faisais. »
- ↑ Page 112.
- ↑ Isabelle Poitte, « Act Up ou le chaos offre une documentation inédite de l’histoire des luttes contre le sida », Télérama, (lire en ligne).
- ↑ Julien Théry, « "Ce qui se passe en Palestine définit notre temps". Les vérités sans concession de Didier Lestrade, militant gay historique | Le Média », sur www.lemediatv.fr, (consulté le )
- 1 2 « Mémoires, de Didier Lestrade, aux éditions Stock. - La Nuit du Dimanche », La Nuit du Dimanche, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 « Avec le journaliste et militant Didier Lestrade : "Le sida est arrivé à un moment où on était heureux" », sur France Inter, (consulté le )
- ↑ « Sans relâche », sur liberation.fr.
- ↑ Marc Bessin, « À propos de l’homosexualité masculine et du sida » Mouvements no 35, septembre-octobre 2004.
- ↑ « Chronique : Didier Lestrade : Chroniques du dancefloor », sur soul-kitchen.fr, (consulté le ).
- ↑ Didier Lestrade, I love porn, éditions du Détour, (ISBN 979-10-97079-84-0).
- ↑ « Le Flérial, un nouvel éden en Bourgogne », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « "Une vie : les mémoires salées du daddy de la génération sida « Libération du 27 juin 2025 »
, (ISBN 978-2-23409-483-3) - ↑ Matthieu Foucher, « 15 textes cultes pour comprendre les luttes LGBTQ+ », sur Les Inrocks (consulté le )
- ↑ « À propos de l'homosexualité masculine et du sida », Mouvements, vol. 5, no 35, , p. 166-171 (lire en ligne)
- ↑ L'agité du bocage, 360°, 4 mai 2007
- ↑ «Pourquoi les gays sont passés à droite», de Didier Lestrade: un coup d’épée dans l’eau, Yagg 4 février 2012
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Christophe Broqua, Agir pour ne pas mourir ! Act Up, les homosexuels et le sida, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2006 (ISBN 978-2724609813).
- (en) Barbara Gould, Moving Politics: Emotion and ACT UP's Fight against AIDS, Chicago, Chicago University Press, 2009 (ISBN 978-0226305301).
- Florent Manelli, 40 LGBT+ qui ont changé le monde, Lapin Éditions, (ISBN 978-2-37754-036-5, OCLC 1117747488, BNF 45755632).
- Biographie et bibliographie.
Radio
modifier- « Les mille vies de Didier Lestrade – série de podcasts à écouter », sur France Culture (consulté le ).
- « Didier Lestrade, Act Up et le dancefloor - Transmissions, une création d'Aude Lavigne », sur ARTE Radio (consulté le ).
Vidéo
modifier- Conférence filmée à la bibliothèque municipale de Lyon le .
- « Les vérités sans concession de Didier Lestrade », entretien avec Julien Théry dans On s'autorise à penser, émission du Média, .
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la musique :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Blog