Diplomatie du ping-pong

évènement diplomatique de la guerre froide

La diplomatie du ping-pong (en chinois 乒乓外交, Pīngpāng wàijiāo ; en anglais Ping-pong diplomacy) fait référence aux échanges de joueurs de ping-pong entre les États-Unis et la Chine entre 1971 et 1972. L'événement a ouvert la voie à un renouveau dans les relations sino-américaines à l'occasion de la visite du président américain Richard Nixon en 1972 en Chine.

Diplomatie du ping-pong
Image illustrative de l’article Diplomatie du ping-pong
Exhibition de ping-pong à Pékin en 1972, en présence du président Nixon au cours de son voyage en Chine.

Participant(s) États-Unis, Chine
Résultat Rapprochement entre la Chine et les États-Unis

Le risque de guerre entre la Chine et l'URSS après le conflit frontalier sino-soviétique de 1969 et son utilisation par l'administration Nixon pour mettre en difficulté l'URSS donnent un contexte favorable à un rapprochement entre les deux pays. Les dirigeants chinois et américains échangent des premiers gestes diplomatiques dans cet objectif.

Lors du championnat du monde de tennis de table de 1971, après plusieurs échanges entre les équipes des deux pays, la rencontre entre Glenn Cowan et Zhuang Zedong est retransmise médiatiquement. Les dirigeants chinois décident d'inviter l'équipe de tennis de table américaine à visiter la Chine. L'année suivant cette visite, en 1972, Nixon devient le premier président américain à visiter la Chine et l'équipe chinoise de tennis de table voyage à son tour aux États-Unis.

La diplomatie du ping-pong est l'un des exemples les plus connus de diplomatie du sport. Elle est le catalyseur du rapprochement diplomatique entre la Chine et les États-Unis, et marque un tournant à la fois dans les relations sino-américaines et dans la guerre froide.

Définition

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L'expression « diplomatie du ping-pong » désigne le rapprochement entre les États-Unis et la Chine facilité par le tennis de table au printemps 1971[1],[2]. Par extension[a], elle peut désigner l'utilisation des tournois internationaux de tennis de table comme un outil diplomatique[1], ou une diplomatie à base de gestes réciproques ressemblant à une partie de ping-pong[2].

Contexte

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Contexte géopolitique

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À partir de 1949, le soutien des États-Unis à Taïwan cristallise la tension entre la République populaire de Chine et les États-Unis. Le conflit frontalier sino-soviétique de 1969 et la volonté de Nixon ont créé un contexte favorable au rapprochement entre les deux pays.

Une relation tendue dans un contexte de guerre froide

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Les États-Unis mettent fin aux relations avec la Chine, en 1949, lors de la prise du pouvoir en Chine du Parti communiste chinois (PCC)[3]. En , les États-Unis interdisent tout voyage en Chine[4]. Les tensions entre les deux pays augmentent avec la reconnaissance de Taïwan par les États-Unis et le soutien de camps opposés lors de la guerre de Corée et la guerre du Vietnam ; elles atteignent leur paroxysme lors de la première et de la deuxième crises du détroit de Taïwan dans les années 50[5].

Lors de la conférence de Bandung de 1955, le Premier ministre Zhou Enlai montre que la Chine veut un apaisement dans les relations avec les États-Unis et une résolution pacifique de la question taïwanaise[6]. Plus de 130 conférences bilatérales sont organisées entre les deux pays entre 1955 et 1970, sans grand succès[7]. Ces interactions officielles prennent fin en 1970, avant la 137e rencontre à la suite de l'opération Menu, au cours de laquelle les États-Unis étendent le conflit vietnamien au Cambodge[7].

Mao Zedong (au centre) et Edgar Snow (à droite) en 1960.

Volonté de rapprochement des deux côtés

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La Chine sort affaiblie de la révolution culturelle[8],[6]. La rupture sino-soviétique et le risque de guerre lié au conflit frontalier sino-soviétique de 1969 isolent le pays. Il revoit sa politique extérieure, en évoquant un rapprochement avec les États-Unis[8],[9],[10],[11]. Le conflit frontalier est souvent considéré comme la cause principale du rapprochement entre les deux pays[8]. Lors de la fête nationale de la république populaire de Chine du , le journaliste Edgar Snow et sa femme Lois Wheeler Snow sont invités à observer la parade à côté du président Mao. Ce moment est officialisé par une photo en première page du Quotidien du Peuple, le [12],[13],[14]. Et, le , Snow est convié à une discussion de cinq heures avec Mao Zedong. Durant cet échange, Mao déclare qu'il serait heureux de discuter avec Nixon, comme invité et comme président[13],[15],[14]. Cette ouverture de Mao n'est rendue publique par Snow qu'en , lors de la publication de son livre A Conversation with Mao Tse-tung[15],[12].

Richard Nixon est élu président des États-Unis en 1968 ; au cours de sa campagne, il a appelé de nombreuses fois à une ouverture avec la Chine[8],[16]. En 1967, Nixon s'était positionné contre la politique d'isolation de la Chine, lors d'un article dans le journal Foreign Affairs nommé Asia After Viet Nam[9],[17],[18]. Il considérait qu'une réconciliation avec la Chine permettrait de renforcer la situation des États-Unis par rapport à l'URSS[8]. Dans son discours d'investiture du , il déclare en référence à la Chine : « Nous aspirons à un monde ouvert — ouvert aux idées, ouvert aux échanges de biens et de personnes — un monde dans lequel personne, grand ou petit, ne vivra dans un isolement plein de colère. »[15],[19]. Le discours est reproduit intégralement dans Le Quotidien du peuple le [15]. Washington fait un pas de plus vers Pékin en assouplissant les restrictions de commerce et de voyage en Chine en [10],[15].

Un canal secret de communication

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Yahya Khan (à gauche) et Richard Nixon (à droite) lors de leur rencontre à la Maison-Blanche en 1970.

Par l'intermédiaire du président pakistanais Yahya Khan, Nixon fait transmettre, en , un message à la Chine[20]. En , lors de la visite de Khan aux États-Unis, Nixon lui demande de transmettre à la Chine son intention de normaliser les relations entre les deux États, d'envoyer secrètement un représentant américain officiel en Chine et de visiter la Chine dans un futur proche[20]. Il fait la même demande au président roumain Nicolae Ceaușescu lors de leur rencontre le jour suivant[20]. Cela va permettre des échanges secrets entre les deux pays de fin 1970 à début 1971. Les dirigeants chinois expriment leur accord, et indiquent que seule la question taïwanaise fait obstacle[21]. L'administration Nixon fait un geste : la république populaire de Chine est désignée par son nom officiel dans le rapport de politique étrangère du et toute restriction sur les passeports américains voyageant en Chine est supprimée[13].

L'opération Lam Son 719 de , pendant laquelle l'Armée de la république du Vietnam envahit le sud-est du Laos, met fin à ces échanges[22]. Même si Nixon déclare que cette opération n'est pas une menace directe contre la Chine, le Parti communiste chinois, dans un article dans son journal Le Quotidien du peuple, dénonce une grave menace[22].

Importance du tennis de table en Chine

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À l'initiative de son président Ivor Montagu, la Fédération internationale de tennis de table reconnaît à la république populaire de Chine le monopole de représentation de la Chine face à Taïwan en 1953[23],[24]. La plupart des institutions sportives internationales ne donnent pas à la Chine cette reconnaissance, à l'instar du Comité international olympique. Cette décision pousse la Chine à s'investir dans le tennis de table[23].

Rong Guotuan, champion du monde de tennis de table de 1959 et premier champion du monde chinois, toutes disciplines confondues.

En 1959, Rong Guotuan remporte la médaille d'or en simple messieurs aux 25e championnats du monde de tennis de table et devient le premier champion du monde chinois, tous sports confondus[23],[24]. Cette réussite est présentée comme celle de la révolution communiste ; elle motive encore plus les institutions chinoises à développer le tennis de table dans le pays[23].

Les joueurs chinois remportent de nombreux titres aux championnats du monde de 1961, 1963 et 1965[25]. Mais la révolution culturelle déstabilise l'équipe nationale de tennis de table et l’empêche de participer aux championnats de 1967 et 1969[26],[25]. En , elle participe à son premier tournoi à l'étranger[27].

Là où l'équipe chinoise a obtenu une médaille d'or chez les messieurs et une médaille d'argent chez les dames aux championnats du monde de Nagoya, l'équipe américaine ne se place que 23e mondiale[28]. Les joueurs américains sont des amateurs[28]. Même Graham Steenhoven, le président de l'USATT, composée de 3 000 licenciés, a un emploi à Chrysler[28],[29].

Championnats du monde de tennis de table (25 janvier - 3 février 1971)

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La participation de la Chine aux championnats du monde était bloquée par la question de la « seule Chine ». Le travail du président Gotō Kōji va débloquer la situation. Les interactions positives entre les délégations chinoises et américaines vont permettre aux Chinois d'inviter l'autre partie à visiter leur pays.

Participation de la Chine aux championnats du monde

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Zhou Enlai, premier ministre chinois et acteur majeur de la diplomatie du ping-pong.

Gotō Kōji devient président de l'association asiatique de tennis de table en 1967 et de la fédération japonaise de tennis de table (JTTA) en 1968[30]. La Chine fait alors partie de la fédération internationale de tennis de table mais pas de la fédération asiatique car Taïwan avait adhéré à cette dernière en 1954[31]. La fédération asiatique recommande l'admission de la république populaire de Chine (Taïwan), entraînant la fureur de Pékin[32],[33]. Les championnats du monde de 1971 étant organisés du au à Nagoya, au Japon, la JTTA est responsable de son organisation[32],[33]. La Chine demande donc que l'association japonaise reconnaisse qu'il n'existe qu'une seule Chine, comme prérequis à sa participation[34]. Gotō prend la décision d'expulser Taïwan de l'association asiatique, au risque de perdre sa présidence ; il se rend en Chine en pour favoriser sa participation aux championnats du monde[32],[35].

Les officiels chinois ne sont pas tous favorables à la participation aux championnats du monde[13]. Moins de dix jours avant la date limite d'enregistrement au tournoi, aucune décision n'a été prise[32]. Les ministères des affaires étrangères et des sports y sont hostiles ; Zhou Enlai et Mao passent outre et décident d'envoyer les joueurs chinois, mais avec des consignes précises : entre autres, celle de ne pas entamer de conversation avec les Américains[12],[13]. Zhou donne à la participation chinoise son slogan : « Amitié en premier, compétition en second », en accord avec la politique chinoise des années 1950 à 1980, qui était d'utiliser le sport pour favoriser les rapprochements diplomatiques[36].

Le tournoi et l'invitation

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Lors des premiers jours du tournoi, la délégation américaine montre sa bonne volonté envers la Chine[32]. Lors de la réception du , des joueurs américains cherchent à lier conversation avec les Chinois, qui y mettent fin en apprenant leur nationalité, conformément à leurs consignes[32]. Un matin, le , Graham Steenhoven, président de l'association américaine de tennis de table (USATT), est assis à la même table que Song Zhong, secrétaire générale de la délégation chinoise[32]. Il fait ce commentaire : « L'équipe chinoise est excellente. Si les joueurs américains avaient l'occasion de visiter la Chine, ils pourraient apprendre beaucoup des Chinois. »[12],[32]. Le , un jour sans compétitions, un joueur américain dit à un joueur chinois, en blaguant : « On a entendu dire que vous aviez invité nos amis [canadiens et anglais]. Quand est-ce que sera notre tour ? »[32]. Ces différentes approches sont relevées par les officiels de la délégation chinoise comme un geste de bonne volonté et un désir de visiter la Chine ; elles sont répétées à Pékin, qui émet un avis négatif[12],[32].

Monts Huang, chaîne de montagne dont la représentation est offerte par Zhuang Zedong à Glenn Cowan.

Le , le joueur américain Glenn Cowan monte dans le bus chinois[12],[37]. Zhuang Zedong, après un moment de silence dans le bus, dit à Cowan : « Les peuples chinois et américains sont amis, même si le gouvernement américain est hostile à la Chine ». Il lui offre une sérigraphie représentant les monts Huang[15],[37],[38]. À la sortie du bus, les deux hommes se serrent la main et les journalistes présents immortalisent ce moment[39]. Le lendemain, , Cowan lui offre un T-shirt sur lequel sont imprimées les paroles de la chanson populaire Let it Be[37],[38]. Le , sur ordre de Pékin[b], Song Zhong invite la délégation américaine à visiter la Chine, qui accepte immédiatement[12],[37].

Visite de l'équipe américaine en Chine (10-17 avril 1971)

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Immédiatement après la fin du championnat du monde, l'équipe américaine part en Chine. Le voyage est présenté positivement dans les médias des deux pays. Il permettra le rapprochement entre les deux pays et la visite de Nixon en Chine en 1972.

Préparation de la visite

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Trois semaines plus tôt, le département d'État a mis fin à l'interdiction de voyager en Chine. Mais l'interdiction est toujours stipulée sur les passeports de l'équipe américaine[41]. Face à cette situation, William Cunningham, spécialiste de la Chine à l’ambassade des États-Unis au Japon, décide, de son propre chef, de supprimer cette mention sur les passeports existants[41]. L'équipe de tennis de table devient le premier groupe d'Américains officiellement autorisés à visiter la Chine depuis 1949[37].

Dans l'équipe de pongistes, les plus jeunes étaient enthousiastes, les vétérans plus anxieux à l'idée de voyager en pays communiste[42]. Les joueurs Lee Dal-joon et Wendy Hicks font alors le choix de ne pas partir[42]. La délégation de tennis de table comprend quinze membres[32],[43]. On y retrouve les joueurs Judy Bochenski, John Tannehill, George Brathwaite, Glenn Cowan, Olga Soltesz, Connie Sweeris, Errol Resek et sa femme, ainsi que le capitaine Jack Howard[32],[43]. Pour accompagner les joueurs, il y a Dick Miles, dix fois champion des États-Unis ; Graham B. Steenhoven, président de l'USATT ; Tim Boggan, vice-président de l'USATT ; Rufford Harrison, chef adjoint de la délégation ; le membre de la délégation George Buben et sa femme[32],[43].

La délégation américaine est accompagnée de journalistes : les Américains John Roderick de l'Associated Press, John Rich et Jack Reynolds de NBC[44], ainsi que deux Japonais, Hiromasa Yamanaka et Masaaki Shihara pour NBC, et enfin le Britannique John Saar et l'Allemand Frank Fischbeck pour le magazine Life[44],[43].

Voyage en Chine

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L'équipe américaine arrive à Hong Kong le , et à Shenzhen le lendemain[12],[45]. Pour le match amical du , Zhou informe l'organisateur qu'il est nécessaire d'applaudir les Américains et que l'équipe chinoise ne doit pas gagner tous les matchs[12]. Par la suite, les deux équipes se rencontrent en matchs amicaux, notamment à l'université Tsinghua et lors d'un grand évènement au Palais omnisports de Pékin[12],[46]. La délégation américaine assiste à un ballet, visite la muraille de Chine, le palais d'Été, la place Tian'anmen, et une commune populaire[c],[12],[46].

Palais de l'assemblée du Peuple où la délégation américaine rencontre Zhou Enlai.

Le , une réception, dirigée par Zhou Enlai, est organisée au palais de l'Assemblée du peuple à Pékin[13],[47]. Les équipes du Canada, de la Colombie, de l'Angleterre, et du Nigeria sont présentes[47]. Zhou déclare que la visite a ouvert une nouvelle page dans les relations entre les peuples chinois et américain[13],[47]. Steventon invite l'équipe chinoise aux États-Unis ; la proposition est acceptée sur le champ par le premier ministre chinois[47]. Au cours de la rencontre, Cowan demande au premier ministre son sentiment sur la culture hippie américaine[48]. Ce dernier répond qu'il est bon que les jeunes cherchent leurs propres vérités, mais que le consensus est important, et que les jeunes ne s'expriment pas toujours de manière mature[d],[48].

Réactions à l'évènement

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La visite américaine fait les gros titres de la presse aux États-Unis, notamment dans le New York Times et le Washington Post[32]. Les réactions des médias sont positives, ce qui influencera les décideurs américains[32]. Sept ans plus tôt, des sondages avaient montré que la Chine était méconnue du public américain[e] ; les commentaires des médias américains sur la visite en Chine vont contribuer à construire un imaginaire positif dans le public américain[15],[32]. L'évènement est couvert largement par les médias chinois, notamment par la télévision[13],[49].

Conséquences géopolitiques

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L'administration Nixon a été surprise par l'invitation soudaine des Chinois[50]. Elle y réagit positivement, mais préfère garder initialement une posture silencieuse et énigmatique[50],[51]. Le , apprenant la réception par Zhou Enlai, Richard Nixon tient une conférence de presse : il déclare vouloir mettre en place cinq mesures pour améliorer les relations entre les deux pays : faciliter le commerce de produits non-stratégiques, rendre possible le voyage de Chinois aux États-Unis, autoriser l'utilisation du dollar par les Chinois, lever la restriction de ravitaillement des avions et bateaux chinois, et autoriser le transport de marchandises chinoises par des bateaux américains[13],[52],[53]. Le , le président annonce que l'objectif de long terme est de normaliser les relations entre les deux pays et de mettre fin à l'isolement de la Chine dans la communauté internationale[53].

Henry Kissinger, conseiller à la sécurité nationale et acteur majeur du rapprochement sino-américain.

De son côté, la Chine, dans un message transmis par l'intermédiaire du Pakistan le , réaffirme que, si la question de Taïwan est résolue, toute relation peut être restaurée ; elle s'annonce prête à accueillir en Chine le président ou un représentant des États-Unis[54]. Henry Kissinger, conseiller à la sécurité nationale, est alors dépêché en Chine, secrètement puis publiquement, et va permettre la visite de Richard Nixon en Chine en 1972[55].

La même année, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 2758 : elle établit le gouvernement de la république populaire de Chine (Chine) au siège de la Chine, en lieu et place de la république de Chine (Taïwan) aux Nations unies[56]. L'évolution des relations entre les États-Unis et la Chine a affecté profondément les dynamiques géopolitiques en Asie[57]. Elle a conduit à la normalisation des relations entre la Chine et le Japon, avec la visite du Premier ministre Kakuei Tanaka et la signature de communiqué commun entre le Japon et la Chine en . Elle a permis aussi la visite des joueurs de tennis de table japonais en Chine[58].

La Chine essaiera de renouveler la diplomatie du ping-pong : elle propose à Taïwan de participer en tant que province de Chine au championnat d'Asie de tennis de table, en , à Pékin[59]. Taïwan refusera et ne participera pas au championnat[60].

Visite de l'équipe chinoise aux États-Unis (12-29 avril 1972)

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Préparation de la visite

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Lors de l'annonce de la visite de la délégation américaine, le département d'État s'est prononcé favorablement à la visite d'une délégation chinoise aux États-Unis[37]. Mais une telle invitation doit venir de l'USATT qui, désargentée, n'a pas les moyens de financer la venue des Chinois[37]. Le National Committee on United States–China Relations (NCUSCR) se propose alors de financer le voyage. Steenhoven est donc informé, juste avant son entrée en Chine, qu'il peut inviter l'équipe chinoise[37],[28].

Carl McIntire, pasteur fondamentaliste ayant invité l'équipe taïwanaise aux États-Unis avant l’arrivée de la délégation chinoise.

Le voyage chinois n'est pas immédiat car l'équipe de pongistes taïwanaise faisait alors une tournée aux États-Unis, invitée par Carl McIntire[61]. Le , Zhou Enlai propose à Alexander Haig, alors conseiller adjoint à la sécurité nationale, que la délégation chinoise se rende aux États-Unis le printemps prochain, lorsque les fleurs seraient en pleine floraison[f],[37]. Le , l'USATT est informée que la délégation chinoise viendra du au [37].

Les organisateurs de la visite chinoise sont principalement l'USATT et le NCUSCR[62],[63]. La Maison-Blanche a officiellement joué un rôle mineur, mais l'administration Nixon restera investie discrètement : Nixon permet à l'avocat William Gossett de conseiller Steenhoven concernant la visite ; il nomme John Scali conseiller spécial, pour le représenter dans la gestion de la visite chinoise ; il invite Steenhoven à la Maison-Blanche[37],[64]. La visite de l'équipe chinoise est en effet considérée comme importante pour le futur des relations entre les deux pays[65].

De son côté, la Chine accorde une grande importance à cette visite[65]. Zhou Enlai a choisi lui-même les joueurs ; il fait accompagner le chef de la délégation Zhuang Zedong par Li Menghua, vice-directeur de la commission nationale aux sports, et Qian Dayong, membre de la fédération nationale des sports et vice-directeur du ministère des affaires étrangères[37],[65],[66]. Enfin, la délégation chinoise aux Nations unies participe à la préparation de la visite et quatre de ses membres, dont le premier secrétaire Gao Liang, sont dans la délégation chinoise[67].

Déroulé de la visite

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La délégation chinoise arrive à Détroit, aux États-Unis, le , après un passage au Canada[37],[68]. C'est la première délégation officielle de la Chine aux États-Unis[68]. À Détroit, l'équipe chinoise visite, le , une usine automobile[69]. Le , le premier match est joué entre les deux équipes de pongistes au Cobo Hall, aujourd'hui nommé TFC Center[70],[68]. Les 11 214 tickets sont vendus en moins d'une semaine[70].

Le président espérait une démonstration de tennis de table à la Maison-Blanche le , mais le bombardement le de Hanoï et de Haiphong rend ce projet impossible[37],[71]. Le gouvernement chinois envisagera même d'annuler la rencontre avec Nixon[37],[71]. Mais Mao décide de garder la visite, considérant qu'il aurait été grossier d'annuler alors que la délégation américaine avait rencontré Zhou Enlai[37],[71].

Après Détroit, la délégation chinoise se rend à l'université du Michigan à Ann Arbor, puis à Williamsburg, Washington, New York, Memphis, et Los Angeles[12],[62],[69],[63]. Elle visite divers lieux comme Disneyland, un hôpital pour enfant et des usines[62],[69],[63]. Les matchs amicaux et la réception de New York sont financés par les Nations unies[62].

Conditions de la visite

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La visite de la délégation chinoise est marquée par la présence, tout au long du trajet, de manifestants dont certains critiquent la Chine[62]. Le pasteur Carl McIntire, accompagné de fidèles, suit la délégation à chaque hôtel et brandit des pancartes : « Mao a tué plus de chrétiens qu'Hitler a tué de juifs »[62]. D'autres sont positifs : dans plusieurs villes, des Sino-Américains accueillent la délégation chinoise avec fierté[62],[72].

La guerre du Vietnam est toujours en cours : pour protester contre le bombardement de Haiphong, un groupe d'étudiants accueille l'entrée de Tricia Nixon dans le Nassau Coliseum par des cris : « Tricia regarde du ping-pong pendant que son père bombe Haiphong »[62]. Le même jour, des soutiens du Kuomintang scandent des slogans favorables à une Chine dominée par leur parti ou appelant au meurtre de Mao[73]. Lors de la visite de la Maison-Blanche, quatre des six traducteurs américains refusent d'entrer dans le bâtiment, pour protester contre les bombardements[62],[74].

La délégation chinoise est accompagnée partout d'une vingtaine d'hommes de sécurité du département d'État[62]. Pour des questions de sécurité, le match amical du Madison Square Garden est déplacé au Nassau Coliseum[62]. Le danger est parfois instrumentalisé par John Scali : il annule la visite d'un centre de désintoxication à l'héroïne sous ce prétexte[75].

Réactions

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La visite de la délégation chinoise sert de test pour de futures délégations aux États-Unis[76]. Pékin avait envisagé une mauvaise réception du public américain[76]. Zhou Enlai considère la visite comme un succès, et invite au retour la délégation à un repas chez lui[77]. Pékin proposera ensuite l'envoi de nouvelles délégations, dont des délégations scientifiques dans le cadre d'échanges déjà engagés[77].

De son côté, le National Committee on United States–China Relations (NCUSCR) considère la visite comme ayant « miraculeusement bien réussi »[78]. Cette réussite permet de développer une plus grande proximité entre le NCUSCR et le gouvernement, et le soutien du comité par le gouvernement[78].

Commémorations

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En 2008, pendant trois jours, la « diplomatie du ping-pong » est célébrée : dans la semaine du , à la bibliothèque présidentielle Richard-Nixon à Yorba Linda en Californie, George Braithwaite et Liang Geliang jouent ensemble, comme 37 ans plus tôt[79],[80],[81].

En 2021, pour fêter les 50 ans de l'évènement, les équipes chinoise et américaine de tennis de table collaborent aux championnats du monde de tennis de table 2021[82]. Les équipes de double mixtes sont binationales : un joueur chinois jouant avec un joueur américain, Lin Gaoyuan avec Lily Zhang d'un côté, et Wang Manyu avec Kanak Jha de l'autre[82].

Dans la littérature et au cinéma

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La « diplomatie du ping-pong » est évoquée dans le film Forrest Gump, sorti sur les écrans en 1994[83]. Elle est le sujet d'une bande dessinée d'Alain Mounier, sur un scénario de Didier Alcante, La Diplomatie du ping-pong[84].

Notes et références

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  1. Les auteurs ne sont pas en accord sur le sens par extension.
  2. Selon certains auteurs, dans un échange avec son infirmière, Wu Xujin, Mao aurait pris la décision finale de procéder à l'invitation[40].
  3. Le format de la visite en Chine a beaucoup influencé celui aux États-Unis.
  4. Réponse qui peut être vue comme une référence à la politique intérieure chinoise[48].
  5. Selon un sondage de l'université du Michigan daté de décembre 1964, 28 % des américains ne savent pas que le gouvernement chinois est communiste, 40 % ne connaissent pas la question des deux Chines[15].
  6. Comme le signalera plus tard Stevenson, la floraison des fleurs ne correspond à aucune date ou période précise pour les officiels américains[37].

Références

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Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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