Distinctions de l'Allemagne nazie

Entre 1933 et 1945, l’Allemagne nazie a créée plus de quatre-cents-cinquante distinctions de nature et aux critères d’attribution très variés. Aux ordres et médailles classiques s’ajoutent ainsi nombre d’insignes, écussons et objets portables, comme des bagues et des dagues, ou non, comme des coupes. Même si la majorité de ces distinctions s’adresse aux organisations militaires, paramilitaires et au parti, toutes les couches de la société sont visées, des récompenses étant destinées aux travailleurs dans les usines et aux mères de famille.

Ce système de distinctions, le premier à l’échelle nationale d’Allemagne, disparaît avec le Troisième Reich. La fabrication et le port de toutes les distinctions de la période nazie est interdit en Allemagne en 1946. L’attitude vis-à-vis de celles-ci évolue ensuite différemment entre l’Allemagne de l’Ouest et celle de l’Est. Tandis qu’à l’Est l’interdiction stricte persiste, l’Ouest permet dès 1957 aux vétérans de porter certaines médailles à conditions que les symboles nazis en ait été retirés.

Histoire

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Contexte au début des années 1930

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À l’époque de l’Empire allemand, la plupart des décorations relèvent des États et royaumes faisant partie de l’empire, qui les attribuent à leur propres citoyens. Par exemple le royaume de Bavière décide seul de l’attribution de son ordre de Maximilien-Joseph ou la ville libre de Brême de sa croix hanséatique. Les quelques décorations nationales relèvent de l’empereur, qui est également roi de Prusse[1]. Cette situation a pour effet qu’au cours de la Première Guerre mondiale, l’habitude est prise de décerner aussi les décorations de l’État de Prusse aux citoyens des autres états, faisant de celles-ci des décorations nationales de fait ; c’est par exemple le cas de la croix Pour le Mérite et de la Croix de fer[2].

Après la chute de l’Empire allemand en 1918, la nouvelle République de Weimar montre peu d’intérêt pour les décorations. Outre l’abolition des ordres et décorations impériales et l’interdiction de port des autres médailles autres que la version civile de la croix Pour le Mérite, il est ainsi également décidé de limiter au minimum l’attribution de médailles liées à la Première Guerre mondiale ou la Révolution allemande[3],[4]. S’estimant lésés, les vétérans créent eux-mêmes des distinctions, attribuées par les associations d’anciens combattants. Par exemple les Freikorps de Silésie créent l’ordre de l’Aigle de Silésie, l’association des vétérans de la guerre 1914-1918 la croix de la Somme et l’association Kyffhäuser la médaille commémorative Kyffhäuser[4]. Par conséquent, il existe au début des années 1930 une multitude de médailles non officielles, mais couramment portées. De nombreux vétérans arborent ainsi un grand nombre de médailles dont la valeur réelle est faible, le seul critère étant généralement d’être membre de l’association qui la décerne[5].

Période nazie

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Après son accession au poste de chancelier, Adolf Hitler créé la Croix d'honneur, la médaille commémorative pour les combattants de la Première Guerre mondiale qui avait fait défaut jusque-là. L’existence de cette médaille officielle lui sert d’argument pour faire interdire le port des médailles non officielles de la Première Guerre mondiale[6]. Les médailles des Freikorps, à l’exception de l’Aigle de Silésie et de la Croix baltique, sont interdites peu après et remplacées par un diplôme[7].

Le vide ainsi créé permet au régime nazi de mettre en place le premier ensemble de décorations nationales d’Allemagne. Celui-ci est pléthorique, avec plus de quatre-cents-cinquante décorations créées entre 1933 et 1945. Si nombre d’entre elles sont inspirées des anciennes décorations, leur recréation permet d’utiliser de nouveaux modèles mettant en avant de manière proéminente les symboles du nouveau régime[7]. Hitler s’implique fortement dans ce processus de création, bien qu’il ne se décerne et ne porte lui-même que l’ordre du sang et l’insigne du parti en or[8].

Après guerre

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Dès le début de l’occupation de l’Allemagne le port des décorations est fortement restreint par le bannissement de la croix gammée et autres symboles nazis. Par ailleurs,une grande quantité de médailles sort d’Allemagne à cette période en direction des pays occupants soit du fait de pillages, soit parce qu’elles servent de monnaie d’échange contre des produits de première nécessité[3].

Le , la Haute commission alliée interdit en Allemagne de l’Ouest le port de toutes les décorations délivrées par la Wehrmacht, le NSDAP et les organisations affiliées. . En outre, la fabrication de ces décorations devient un délit passible de cinq années de prison et 25 000 DM d’amende. Toutefois, les membres de la nouvelle Bundeswehr, issus pour la plupart de l’ancienne Wehrmacht, font pression pour que soient reconnues leurs médailles de guerre en les présentant comme ayant été gagnées contre l’Union soviétique, nouvel ennemi de la guerre froide. Par ailleurs, la plupart des nouvelles décorations créées durant cette période reprennent largement les critères d’attribution et les formes de leurs prédécesseures nazies[9].

En conséquence, la loi sur les décorations (Ordengesetz) du autorise le port de certaines médailles à conditions qu’elles soient « dénazifiées » par le retrait de l’aigle et de la croix gammée. Des nouvelles barrettes de rubans sont également introduites à cette occasion pour les distinctions qui n’en disposaient pas, comme la plupart des médailles de combat[9]. Seule une liste fermée de distinctions est concernée, toutes celles liées à la SS et au NSDAP étant notamment exclues. La situation évolue différemment en Allemagne de l’Est, où un ensemble entièrement nouveau de décorations est créé sur le modèle de celui de l’Union soviétique et où toute référence à la période nazie reste bannie[10].

Typologie

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Médailles

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Les médailles de cou sont généralement portées en permanence, mais il est fréquent que les militaires n’utilisent pas le montage réglementaire lorsqu’ils sont au front, lui préférant des dispositifs plus pratiques comme des chaînettes, des rubans élastiques, des lanières de cuir ou même en épinglant directement la médaille au col[11].

Les médailles pendantes ne sont portées complètes que sur l’uniforme de cérémonie, selon un montage particulier dit Grosse Ordensspange : les décorations sont montées sur une grande barre avec un ruban double se drapant derrière la médaille. Seule une barre de ce type pouvant être portée à la fois, les titulaires de nombreuses médailles pendantes doivent les superposer[12]. Sur les autres uniformes, les médailles pendantes sont portées sous forme de barrettes de rubans, dite Feldschnalle, ou à la boutonnière. Ces rubans sont de tailles et de formes très variables[13].

Médailles de combat

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Les médailles de combat, ou Kriegsabzeichen, sont une spécificité allemande servant à refléter l’expérience obtenue au combat. Il en existe une quarantaine, certains divisés en plusieurs rang. Ces médailles se portent dans la partie basse de la poche de poitrine gauche de l’uniforme et ont toutes une forme générale similaire : une couronne de feuilles ovale entourant une scène symbolisant le domaine concerné[14].

Bandes de manche

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Autre particularité allemande, la bande de manche est une fine bande de tissu cousue sur le bas de la manche et portant une inscription. Les bandes de manche commémoratives apparaissent en 1939 avec la bande de la campagne d’Espagne et jouent un rôle identique à celui d’une médaille commémorative de campagne[15],[16]. La plupart des bandes de manche gardent toutefois leur rôle historique d’honneur destiné à une unité et, à l’instar des médailles décernées à une unité, elles ne sont portées que lors du temps de présence des soldats dans ces unités. Néanmoins, certaines peuvent être décernée à titre individuel à partir d’, ce qui permet à leur titulaire de les porter de manière permanente[17].

Distinctions non portables

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Outre les médailles et autres accessoires destinés à être portés, il existe des récompenses prenant la forme d’objets destinés à être exposés au domicile des récipiendaires. Les plus connus sont la coupe et le plateau d’honneur de la Luftwaffe[18]. À côté des distinctions de ce type remises par l’État, il existe également de nombreux objets non officiels mais dont l’usage est récurrent au sein de certaines formations. Il est par exemple de tradition chez les officiers supérieurs de la Luftwaffe de décerner des plaques murales et des médailles de table aux hommes méritants de leurs unités[19]. Un autre exemple notable est le Wolchowstock, un bâton de marche en bois orné offert sur le front de l’Est par les soldats aux officiers qu’ils apprécient[20].

Certains de ces objets prennent parfois la forme de médailles pendantes, mais ils font partie de fait de la catégorie des objets non portables, le port des médailles non officielles étant interdit[21].

Emballages et diplômes

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La plupart des médailles sont remises dans des boîtes plus ou moins décorées et qualitatives en fonction du rang de la décoration[22].

Les documents remis avec la décoration sont de deux types. Le certificat préalable, appelé Vorläufiges Besitzzugnis, est un doucment simple, de petit format, qui est remis au titulaire dès que sa nomination est connue. Le diplôme, Urkunde, est remis avec la médaille et un document de grand format plus orné. L’aspect des diplômes varie grandement selon les décorations, ceux accompagnement les décorations de faible valeur étant plus simple que ceux des décorations les plus importantes. Ces derniers peuvent être réalisés à la main sur parchemin et signés par des responsables de haut-rang, voire Hitler lui-même, tandis que les diplômes des décorations de faible rang sont imprimés en masse avec des signatures en fac-similé[23].

Si leur aspect diffère grandement, tous les diplômes contiennent les mêmes éléments : le nom du récipiendaire en haut, la décoration remise au centre et en bas la date de remise et le lieu, ce dernier étant souvent vague (« en Russie », « au front », etc.) afin de ne pas divulguer la position de l’unité[24]. À partir du milieu de l’année 1941, les diplômes tendent à devenir plus simple et les polices Sütterlin et Fraktur, interdites au début de cette année, disparaissent au profit de l’Antiqua[25].

Règles générales

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La réglementation définissant la manière de porter les décorations est complexe. Chaque organisation en uniforme dispose en effet de ses propres règles concernant les tenues, auxquelles s’ajoutent celles définies dans les statuts de chaque décoration. Les règles communes sont qu’il n’est pas autorisé de porter plus de six médailles pendantes en même temps, ni plus de deux récompenses sportives. Quelqu’un qui est titulaire de plusieurs médailles récompensant la durée de service ne peut en outre n’en porter qu’une à la fois, celles de la Wehrmacht étant prioritaires sur celles des autres autres organisations[11].

Du fait de la complexité des règles, les erreurs dans la manière de porter les médailles ne sont pas rares, les plus courantes étant de porter les médailles dans le mauvais ordre ou selon des combinaisons non autorisées. Si pour les militaires ces erreurs peuvent être passibles de sanctions disciplinaires, celles-ci sont rarement appliquées. En revanche, le port illégal de décorations est systématiquement puni, la peine minimale étant une amende et un an de prison. Les condamnations criminelles et la perte de la citoyenneté allemande entraînent le retrait de toutes les décorations reçues[26].

Ordre de préséance

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De manière générale, les décorations militaires ont toujours préséance sur les décorations civiles. Pour les ordres portés au cou, les ordres militaires se placent ainsi par dessus les ordres civils, mais l’ordre à l’intérieur de ces groupes est au libre choix du porteur. Pour les décorations sans ruban, les décorations liées au mérite de guerre viennent en premier devant les insignes remis pour blessure. Viennent ensuite les décorations autorisées des Freikorps, puis les décorations du parti, devant les décorations civiles et dernier les récompenses sportives[11].

Production et commercialisation

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Avant 1945

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La production des décorations est encadrée, les fabricants devant disposer d’une autorisation de la chancellerie présidentielle du Führer (de), qui procède à leur enregistrement. Chaque fabricant dispose ainsi d’un numéro d’enregistrement, cent-quarante-deux ayant été autorisés au total. Certains fabricants, généralement les plus prestigieux, disposent en outre de leur propre réseau de distribution et reçoivent ainsi également un identifiant commercial ou Lieferant. Le plus souvent cet identifiant est indiqué sous la forme abrégée « L/ » suivie d’un nombre. Les fabricants doivent obligatoirement apposer l’un ou l’autre de ces numéros au dos des médailles qu’ils produisent, même si cette règle ne semble pas avoir été strictement respectée par les producteurs, de même que l’interdiction à partir de d’apposer leur nom[27].

Les décorations liées au parti nazi peuvent afficher un autre identifiant de fabricant, dit RZM, composé d’un « M1/ » suivi d’un numéro d’ordre[28]. Par ailleurs, quelques décorations peuvent également comporter la marque ou le nom du concepteur ou d’autres marques identifiant par exemple la qualité du métal[29].

La vente est elle aussi strictement encadrée. Les médailles de remplacement ne peuvent être vendues que si l’acheteur produit une pièce d’identité et le diplôme correspondant à la décoration demandée[26]. Par ailleurs, ces modèles de remplacement ne sont généralement disponibles que pour les décorations subalternes : pour les distinctions de plus haut rang, le titulaire doit formuler une demande auprès de l’administration, qui s’occupe de faire produire et de fournir la copie[30].

Copies et faux

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La production de faux débute dès les années 1950. La plupart des faux de cette époque sont de mauvaise qualité, fabriqués avec des alliages peu coûteux et des moules en plâtre peu détaillés. Parmi les exceptions figurent les copies produites par l’entreprise Souval à Vienne, qui, ayant été l’un des fabricants officiels à l’époque du Troisième Reich, disposait des matrices originales[31]. En outre, lorsque C.E. Junker, l’un des principaux médaillistes de la période nazi, disparaît à la fin des années 1950, son matériel est acquis par un faussaire qui l’utilise pour produire des copies fidèles[32].

L’accroissement de la demande, et donc des prix, dans la seconde moitié du XXe siècle conduit à la multiplication des faux, dont la qualité s’accroît également fortement, au point que ces copies sont parfois de meilleure qualité que les originaux[31],[33]. Outre les copies, des distinctions fantaisistes n’ayant jamais existé sont parfois proposées à la vente, l’exemple le plus notable étant une médaille fictive produite comme accessoire pour le film britannique de 1942 The Silver Fleet, souvent vendue comme un original non identifié[34].

Références

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  1. ↑ Lumsden 2001, p. 9.
  2. ↑ Lumsden 2001, p. 9, 11.
  3. 1 2 Ailsby 1987, p. 9-10.
  4. 1 2 Lumsden 2001, p. 14.
  5. ↑ Lumsden 2001, p. 15.
  6. ↑ Lumsden 2001, p. 16-17.
  7. 1 2 Lumsden 2001, p. 17.
  8. ↑ Ailsby 1987, p. 18.
  9. 1 2 Lumsden 2001, p. 181.
  10. ↑ Lumsden 2001, p. 181-182.
  11. 1 2 3 Lumsden 2001, p. 141.
  12. ↑ Lumsden 2001, p. 141-142.
  13. ↑ Lumsden 2001, p. 141-142, 144.
  14. ↑ Lumsden 2001, p. 51.
  15. ↑ Lumsden 2001, p. 44.
  16. ↑ Davis 1999, p. 53.
  17. ↑ Lumsden 2001, p. 47.
  18. ↑ Lumsden 2001, p. 78-79.
  19. ↑ Lumsden 2001, p. 81, 83.
  20. ↑ Lumsden 2001, p. 85.
  21. ↑ Lumsden 2001, p. 84.
  22. ↑ Lumsden 2001, p. 148.
  23. ↑ Lumsden 2001, p. 149.
  24. ↑ Lumsden 2001, p. 149-150.
  25. ↑ Lumsden 2001, p. 150-151.
  26. 1 2 Lumsden 2001, p. 147.
  27. ↑ Lumsden 2001, p. 152.
  28. ↑ Lumsden 2001, p. 153.
  29. ↑ Lumsden 2001, p. 159.
  30. ↑ Lumsden 2001, p. 183-184.
  31. 1 2 Lumsden 2001, p. 182.
  32. ↑ Lumsden 2001, p. 184.
  33. ↑ Ailsby 1987, p. 14.
  34. ↑ Lumsden 2001, p. 185.

Annexes

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Bibliographie

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  • (en) Christopher Ailsby, Combat Medals of the Third Reich, Wellingborough, Patrick Stephens, , 268 p. (ISBN 0-85059-822-2).
  • (en) Brian L. Davis, Badges and Insignia of the Third Reich : 1933-1945, Londres, Arms and Armour, , 208 p. (ISBN 1-85409-512-9).
  • (en) Robin Lumsden, Medals and Decorations of Hitler’s Germany, Airlife, , 191 p. (ISBN 9781840371789).