Jazz Laboratory Series Vol. 1
Jazz Laboratory Series Vol. 1 est un album de jazz enregistré en 1955 par le pianiste américain Duke Jordan accompagné de Gigi Gryce au saxophone, d'Oscar Pettiford à la contrebasse et de Kenny Clarke à la batterie.
Historique
modifierContexte
modifierDans les années 1940 et 1950, les jeunes musiciens de jazz qui voulaient s'entraîner et se perfectionner dans le jeu de leur instrument avaient le choix entre deux méthodes.
La première était de jouer en accompagnant les disques de leurs jazzmen préférés. Comme le souligne Ira Gitler, auteur de la notice originale du LP : « J'imagine que tous les jeunes qui ont possédé un instrument l'ont fait à un moment ou à un autre. Des musiciens tels que Miles Davis, Teddy Charles, Horace Silver et Art Farmer ont tous utilisé cette méthode à leurs débuts. Les écueils sont évidents. Les solistes interfèrent et il est difficile de distinguer clairement les changements d'accords. »[2].
L'autre méthode consistait à utiliser un disque d'accompagnement composé de morceaux standards joués au piano, à la basse et à la batterie mais sans soliste et d'une manière très neutre. Mais, selon Gitler, « Le seul problème que résolvaient ces disques était l'élimination du soliste. Ce faisant, ils éliminaient également le dynamisme et le swing qui constituent l'essence même du jazz. »[2].
Jules Colomby, un producteur d'origine juive allemande né en 1928, fondateur en 1955 de l'éphémère label américain Signal Record[3],[4], était lui-même un trompettiste amateur talentueux et s'était heurté à ces problèmes alors qu'il cherchait à améliorer son jeu[2].
Il a alors l'idée d'enregistrer, non pas des disques faits d'accompagnements ternes, mais des disques enregistrés par des musiciens chevronnés et qui constitueraient un « Jazz Laboratory »[2].
Enregistrement et production
modifierPour le premier volume de cette série « Jazz Laboratory », Jules Colomby choisit un trio composé de Duke Jordan au piano, d'Oscar Pettiford à la contrebasse et de Kenny Clarke à la batterie[2]. Comme le souligne Ira Gitler, « Ces trois musiciens comptaient parmi les pionniers du style au début des années 1940 ; ils ont apporté de nouvelles approches à leurs instruments et contribué à redynamiser la structure du jazz. »[2].
L'album Jazz Laboratory Series Vol. 1 est enregistré le par Rudy Van Gelder[2], un ingénieur du son spécialisé dans le jazz, considéré comme l'un des meilleurs ingénieurs de l'histoire de l'enregistrement, dont on estime qu'il a enregistré et mixé plus de 2 000 albums[5].
Le quatuor enregistre d'abord les 4 morceaux en jouant tous les 4 mais sans micro pour le saxophoniste Gigi Gryce : ceci constitue la face B[2]. Gigi Gryce enregistre ensuite ses solos de saxophone alto en écoutant le playback de la session rythmique : ceci permet un enregistrement naturel car la session rythmique a joué avec un vrai soliste et pas avec un soliste imaginaire[2]. On n'entend donc Gigi Gryce que sur la face A, les mêmes morceaux étant répétés sans saxophone sur l'autre face[6].
L'album est produit par Jules Colomby et Don Schlitten.
Publication
modifierJazz Laboratory Series Vol. 1 sort en disque vinyle LP en 1955 aux États-Unis sous la référence S 101 sur le label Signal Record[6], un label cofondé par Jules Colomby et Don Schlitten et qui n'a vécu que 2 ans avant d'être vendu à Savoy Records[7].
La notice originale du LP (original liner notes) est de la main d'Ira Gitler (1928 - 2019)[1],[6], journaliste et historien du jazz et auteur d'une encyclopédie du jazz avec Leonard Feather[8].
La conception graphique de l'album est l'œuvre de Don Schlitten[1],[6].
Rééditions
modifierL'album est réédité en LP en 1957 par Signal Record, puis en 1959 par Savoy Records et en 1975 par CBS et, enfin, en 1977 et en 1981 par Arista Records[6].
La réédition de 1959 sur le label Savoy se fait sous un titre différent : Jazz Laboratory Series - Do It Yourself Jazz Vol. 1[6].
Accueil critique
modifierLe site AllMusic attribue 3 étoiles sur 5 à l'album[1].
À l'époque de la sortie de l'album en 1955, le magazine Billboard écrit : « Cet album présente un intérêt particulier pour les jeunes musiciens, notamment les joueurs d'instruments à vent. La première face propose quatre morceaux, dont deux standards et deux compositions originales, interprétés par un quartet composé de Jordan au piano, ainsi que ces musiciens modernes hors pair que sont Kenny Clarke à la batterie et Oscar Pettiford à la basse. Gigi Gryce, un moderniste dans la lignée de Charlie Parker, assure le solo au saxophone alto. La face B propose les mêmes interprétations, mais sans le solo de saxophone. C’est là que le débutant entre en jeu. L’exemple donné par Gryce représente un véritable défi, et sa face est également stimulante pour l’auditeur profane. »[9].
Liste des titres
modifierLe LP comprend 4 titres, interprétés par le quatuor sur la face A, les mêmes morceaux étant répétés sans saxophone sur la face B[1],[6].
Oh Yeah est un blues rapide, Embraceable You est une ballade tandis que les deux autres titres sont des morceaux au tempo moyen[2].
| Face A (avec saxophone) | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| No | Titre | Auteur | Durée | ||||||
| 1. | Sometimes I'm Happy | Irving Caesar / Clifford Grey / Vincent Youmans | 5 :53 | ||||||
| 2. | Embraceable You | George Gershwin / Ira Gershwin | 7:31 | ||||||
| 3. | Jordu | Duke Jordan | 4:57 | ||||||
| 4. | Oh Yeah | Duke Jordan | 4:31 | ||||||
| 22:52 | |||||||||
| Face B (sans saxophone) | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| No | Titre | Auteur | Durée | ||||||
| 1. | Sometimes I'm Happy | Irving Caesar / Clifford Grey / Vincent Youmans | 5 :53 | ||||||
| 2. | Embraceable You | George Gershwin / Ira Gershwin | 7:31 | ||||||
| 3. | Jordu | Duke Jordan | 4:57 | ||||||
| 4. | Oh Yeah | Duke Jordan | 4:31 | ||||||
| 22:52 | |||||||||
Musiciens
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 5 (en) « Duke Jordan - Do It Yourself Jazz », sur AllMusic (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) Ira Gitler, notice originale (original liner notes) du LP Jazz Laboratory Series Vol. 1 Signal S 101, 1955.
- ↑ (en) « Jules Colomby », sur Discogs (consulté le ).
- ↑ (en) « Signal », sur Discogs (consulté le ).
- ↑ (en) « Rudy Van Gelder », sur Discogs.
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) « Duke Jordan – Do It Yourself Jazz Vol. 1 », sur Discogs (consulté le ).
- ↑ (en) Scott Yanow, « Don Schlitten », sur AllMusic (consulté le ).
- ↑ (en) « Ira Gitler », sur Discogs (consulté le ).
- ↑ (en) « Reviews and Ratings of New Popular Albums - Duke Jordan - Jazz Laboratory Series Vol.1 - Signal S 101 », Billboard, , p. 32 (lire en ligne).