Droits LGBT au Tadjikistan
Les droits des personnes LGBTQ au Tadjikistan ne sont pas les mêmes que ceux du reste de la population[1],[2],[3],[4],[5].

Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe
modifierL'activité sexuelle entre personnes de même sexe est légale au Tadjikistan depuis , après la dépénalisation de l'activité sexuelle consentie entre hommes[2]. L'activité sexuelle consentie entre femmes n'a jamais été criminalisée.
Avant 1998, le Code pénal de 1961 de la République socialiste soviétique du Tadjikistan s'appliquait à la République du Tadjikistan, cette dernière étant l'État successeur légal direct de la première. Elle avait adopté les lois de son prédécesseur lors de son indépendance de l'Union soviétique le . La dépénalisation des relations sexuelles entre hommes s'était inscrite dans le contexte de l'adhésion du Tadjikistan à l'ONU en 1992[6].
L'âge de consentement au Tadjikistan est de 16 ans, indépendamment du sexe ou de l'orientation sexuelle[7].
Identité et expression de genre
modifierAu Tadjikistan, les personnes transgenres sont confrontées à la stigmatisation et à la discrimination en raison de leur transidentité. Bien que la transidentité ne soit pas criminalisée, les personnes transgenres ne peuvent pas modifier leur genre légal sur leur passeport, même en fournissant des certificats médicaux attestant de chirurgies de réassignation sexuelle. Les services médicaux liés à la réassignation sexuelle n'étant pas disponibles au Tadjikistan, les personnes transgenres doivent se rendre à l'étranger pour effectuer leur transition médicale. Elles signalent également que la plupart des médecins ne sont pas spécialisés dans les traitements nécessaires aux personnes transgenres[6].
La loi tadjike autorise le changement de sexe sur certains documents ; cependant les institutions médicales ne délivrent aucun document officiel à cette fin, ce qui rend le processus difficile à mener à bien pour les personnes transgenres vivant au Tadjikistan[8]. Des militants LGBTQ basés au Tadjikistan, interrogés pour une publication universitaire[Quand ?], ont déclaré qu'entre trois et six personnes transgenres avaient réussi à faire reconnaître leur genre légal, l'une d'entre elles ayant même convaincu un tribunal d'être intersexuée. Un diagnostic de transsexualité est requis pour modifier son genre légal sur les documents officiels, et des interventions chirurgicales sont également nécessaires pour les femmes transgenres, contrairement aux hommes transgenres[9]. Des militants LGBTQ tadjiks ont également indiqué que le versement de pots-de-vin est souvent nécessaire pour obtenir la reconnaissance légale du genre.
Au Tadjikistan, les personnes transgenres sont évaluées par des commissions médicales composées de trois psychiatres dans une clinique psychiatrique. Cependant, ce processus n'est pas réglementé et chaque cas est traité individuellement[9].
Conditions de vie
modifierBien que la loi n'interdise pas les relations sexuelles entre personnes de même sexe, les conditions de vie dans le pays ne sont pas favorables aux personnes LGBTQ+. Le harcèlement policier et public est fréquent[4],[10],[11]. En 2017, les autorités ont établi une « liste officielle » de citoyens LGBTQ+ à la suite de deux opérations d'État baptisées « Moralité » et « Purge »[1],[5].
Activisme
modifierAu Tadjikistan, une organisation non gouvernementale (ONG) anonyme se concentre exclusivement sur les questions transgenres, tandis qu'une autre organisation anonyme aborde les questions LGBTQ+ en général[9]. Les militants n'ont aucun accès au ministère de la Santé (en) ni aux autres autorités étatiques, ce qui rend impossible toute action visant à améliorer la situation au niveau de l'État. Une ONG tadjike œuvrant pour les personnes transgenres a élaboré un protocole préliminaire sur le traitement hormonal substitutif (THS), qui a servi à former les endocrinologues[9].
Opinion publique
modifierLes chefs religieux islamiques exercent une influence considérable sur la position de la société tadjike concernant les questions LGBT[12]. Le grand mufti du Tadjikistan, Saidmukarram Abdulkodirzoda, a publiquement condamné les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, les qualifiant de « désastre ». De plus, il a condamné les pays ayant légalisé le mariage entre personnes de même sexe et s'est élevé contre les militants des droits humains et les lois visant à protéger les personnes LGBT de la discrimination[12],[13],[14].
Un certain nombre de psychologues et de médecins tadjiks considèrent les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe comme une forme d'addiction comparable à la toxicomanie et à l'alcoolisme, et proposent des « méthodes de guérison »[3],[15]. L'Organisation mondiale de la santé les qualifie de pseudoscientifiques. Plusieurs cas de traitements irrespectueux infligés à des patients LGBTQ par le personnel médical ont été signalés.
L’attitude du public envers les personnes LGBT au Tadjikistan a été qualifiée de « totalement négative », la situation actuelle reflétant une « hypervisibilité » de ces personnes, les propos homophobes et transphobes de politiciens étant devenus monnaie courante[9].
Tableau récapitulatif
modifier| Dépénalisation des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe | |
| Majorité sexuelle identique à celle des hétérosexuels | |
| Interdiction de la discrimination liée à l'orientation sexuelle à l'embauche | |
| Interdiction de la discrimination liée à l'identité de genre dans tous les domaines | |
| Mariage civil ou partenariat civil | |
| Adoption conjointe dans les couples de même sexe | |
| Adoption par les personnes homosexuelles célibataires | |
| Droit pour les gays de servir dans l’armée | |
| Droit de changer légalement de genre (après stérilisation) | |
| Gestation pour autrui pour les gays | |
| Accès aux FIV pour les lesbiennes | |
| Autorisation du don de sang pour les HSH |
Notes et références
modifier- 1 2 (en) Guardian staff reporter, « Tajikistan authorities draw up list of gay and lesbian citizens », sur The Guardian, The Guardian Weekly, .
- 1 2 https://web.archive.org/web/20120611181908/http://old.ilga.org/Statehomophobia/ILGA_State_Sponsored_Homophobia_2012.pdf
- 1 2 (en) « Tajikistan: LGBT Community Stuck in the Shadows | Eurasianet », sur eurasianet.org (consulté le )
- 1 2 (en-GB) Anna Leach, « Tajikistan rife with homophobia », sur Gay Star News, (consulté le )
- 1 2 (en) Max Bearak, « There’s a rising global tide of crackdowns on LGBT communities », The Washington Post, (lire en ligne
) - 1 2 (en-US) « Report documents brutal oppression of LGBTIQ persons in Tajikistan », sur IPHR (consulté le )
- ↑ (en) « National Laws – Legislation of Interpol member states on sexual offences against children – Tajikistan » [PDF], sur wayback.archive-it.org (consulté le )
- ↑ (ru) « Human Rights Violations against Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender (LGBT) Persons in Tajikistan Alternative Report Submitted to the 108th Session of the United Nations Human Rights Committee July 2013, Geneva » [archive du ], sur www.heartlandalliance.org (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Yana Kirey-Sitnikova, « Transgender activism in Kazakhstan, Kyrgyzstan and Tajikistan », Central Asian Survey, vol. 43, no 1, , p. 33–48 (ISSN 0263-4937, DOI 10.1080/02634937.2023.2261982, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Tajikistan Remains ‘Hell for Gays’ », sur Global Voices, (consulté le )
- ↑ (en) « UPR Submission on Sexual Rights in Tajikistan » [archive du ], sur www.labrys.kg (consulté le )
- 1 2 (ru) « Двойная жизнь таджикских геев и лесбиянок », sur BBC News Русская служба, (consulté le )
- ↑ (ru) « Таджикский муфтий осудил геев во время проповеди », sur BBC News Русская служба, (consulté le )
- ↑ (ru) « Верховный муфтий Таджикистана осудил гомосексуализм », sur NEWSru.com, (consulté le )
- ↑ (en) Shahlo Gulkhoja, « A Closeted Life For Tajik Sexual Minorities », RadioFreeEurope/RadioLiberty, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 (ru) Анора Саркорова Русская служба Би-би-си et Душанбе, « Двойная жизнь таджикских геев и лесбиянок », sur BBC News Русская служба, (consulté le )