Décret de Bayonne
Le décret de Bayonne du est une mesure prise par Napoléon Ier, dans le cadre de sa politique envers les Juifs, obligeant les citoyens juifs de France à avoir un nom de famille définitif et à le déclarer à la mairie.
Contenu du décret
modifierLe décret impérial du impose aux Juifs de l'Empire de prendre un prénom et un nom de famille fixes[1],[2].
Les dispositions du décret sont les suivantes :
- tous les Juifs résidant dans l'Empire français doivent prendre un prénom et un nom de famille fixes et sont tenus de le déclarer en mairie dans un délai de trois mois. Les Juifs qui s'installent en France disposent de trois mois à compter de leur arrivée pour se conformer à cette obligation ;
- les noms de famille choisis ne doivent pas être des noms de l'Ancien Testament ni être des noms de villes ;
- les prénoms doivent être choisis parmi ceux du calendrier chrétien ou parmi ceux des personnages connus de l'Histoire Ancienne (Loi du 11 Germinal An XI) ;
- les Juifs qui ne se conforment pas à ces dispositions sont passibles d'expulsion du territoire.
Contexte historique
modifierCe décret est l'une des nombreuses mesures prises par Napoléon Bonaparte visant à intégrer les Juifs dans la société française.
Conséquences du décret
modifierLes Juifs étaient accusés d'avoir des noms qui changeaient à chaque génération : l'administration ne pouvait pas retrouver des gens, ni fixer les liens de parentés à l'intérieur d'une même famille et entre descendants et ascendants. Prendre des noms hébraïques en tant que patronymes, mais également comme prénoms était désormais interdit. Cette interdiction ne sera pas toujours respectée.
Les patronymes que les Juifs d'Europe occidentale portent de nos jours ont ainsi été pris de façon définitive en 1808. De nombreux pays d'Europe, au-delà de l'Empire, prendront la même décision par la suite.
Les Juifs d'Alsace étaient spécialement visés : ils représentaient la moitié de la population juive de France. Prétendre qu'ils n'avaient pas de noms de famille était inexact : les Bloch, Dreyfuss, Kahn, Lévy, Weill, Lion, etc. avaient bien un nom de famille, et depuis des siècles. Mais comme, en général, ils étaient considérés comme des parias, ils n'étaient désignés que sous un sobriquet, ou leur prénom, voire sous le prénom du père associé à celui du fils (ou inversement).
Trop souvent, les juifs étaient appelés par leur prénom complété par le mot « Judt », par exemple der Judt Leibele (« le juif Yehouda »). Les actes notariés d'avant 1808 indiquent un prénom hébraïque complété par « Judt » dans les index des registres de notaires.
Dans l'acte lui-même, la signature, apposée à la fin, précise le prénom suivi du nom de famille ; cette signature est écrite en caractères latins, éventuellement en gothique. Lorsque le juif en question est moins lettré, sa signature est en caractères hébraïques : le patronyme apparaît entièrement et souvent suivi par le lieu d'habitation (« mi... »).
En Alsace
modifierDonc, en 1808, les Juifs d'Alsace feront enregistrer les patronymes qu'ils avaient depuis longtemps ; ceux dont le patronyme indiquait le lieu d'origine de leur ancêtre le plus lointain conserveront ce nom. Par exemple, Worms ou Wormser. Dans d'autres cas, certains profiteront de l'occasion pour changer de nom de famille. Le plus connu est le cas de Wintzenheim (Haut-Rhin) où les Lévy étaient très nombreux. Les détenteurs de ce nom se sépareront en Lévy pour une part, en Meyer ou en Epstein.
Le mode de choix du nom est mal connu ; des familles relativement dispersées géographiquement adopteront le même patronyme. Une concertation a peut-être eu lieu au préalable ; des Epstein existaient en Europe de l'Est, et ceux-ci étaient aussi des Lévy. Hégenheim se distinguera aussi par des choix particuliers visant à cacher les origines lévites. Parmi d'autres exemples de changement, des Lévy deviendront des Weill, et seront des rares cas de Weill ayant des origines lévites.
Dans le nord de l'Alsace, un employé d'état-civil se permettra d'affubler les juifs de la commune avec des noms et des prénoms à consonance italienne : Levino, Longini, Norphuro, Philanthropos, etc.
Dans le choix d'autres patronymes, certains prendront leur nom hébraïque transformé en allemand : par exemple, Benyamin deviendra Wolff. Les Nephtali deviendront, selon le cas, Hirsch, Hirtz, Cerf, Zvi ou encore Zivy, avec toutes les autres variantes possibles. D'autres prendront leur profession comme patronyme : par exemple, des chantres deviendront Singer (abréviation de Vorsinger), des sophers seront des Schreiber, des relieurs se transformeront en Binder, un marchand de rubans choisira de se faire appeler Bendelmann.
Références
modifier- ↑ « Le nom juif face à la loi », sur Akadem.
- ↑ « L'état-civil moteur de l'intégration ou instrument de discrimination », sur Archives départementales de Vaucluse.
Liens externes
modifier- « Décret de Bayonne », sur GenAmi
- François Delpech, « Les Juifs en France et dans l'Empire et la genèse du Grand Sanhédrin », sur Annales historiques de la Révolution française, n°235, pp. 1-26, (consulté le ). Le Grand Sanhédrin, successeur d'une institution disparu depuis quinze siècle, siège du au .
