Edina Altara
Edina Altara, née le à Sassari et morte le à Lanusei, est une illustratrice, décoratrice, peintre et designer italienne.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 84 ans) Lanusei, Italie |
| Nationalité |
italienne |
| Activités |
illustratrice, décoratrice, peintre et designer |
| Autres activités |
dessinatrice de mode, graphiste |
| Mouvement | |
| Conjoint |
Vittorio Accornero de Testa (d) |
Nella terra degli intrepidi sardi, S'isposa, Allegoria del viaggiare |
Artiste autodidacte, elle travaille dans les domaines du collage, de l'illustration de livres et de revues, du graphisme publicitaire, de la mode, de la décoration de céramiques, de la peinture sous verre et de l'aménagement intérieur. Active en Sardaigne, au Piémont et à Milan, elle collabore, à différentes périodes de sa carrière, avec l'illustrateur Vittorio Accornero de Testa (it) et l'architecte et designer Gio Ponti.
Biographie
modifierEnfance et formation
modifierTroisième de quatre sœurs, Edina Altara naît et grandit à Sassari dans une famille bourgeoise. Son père, Eugenio Altara, est un médecin ophtalmologue originaire de Bitti, tandis que sa mère, Gavina Campus, appartient à une famille aisée de Pattada. Après la séparation de ses parents, Edina grandit dans un milieu familial essentiellement féminin. Elle ne fréquente que l'école élémentaire et ne reçoit aucune formation artistique académique[1]..
Dès l'enfance, elle manifeste un vif intérêt pour le dessin, le découpage et la création de personnages en papier. En 1908, elle envoie à son père une série de petits dessins représentant sa mère dans différentes situations de la vie sociale et domestique, en accordant une attention particulière à ses vêtements, à ses accessoires et à ses attitudes. Ces travaux d'enfance annoncent son intérêt ultérieur pour la mode, la figure féminine et la composition scénique[1].
Vers 1915, le peintre sassarois Giuseppe Biasi (it), ami de la famille, reconnaît ses aptitudes et l'encourage à poursuivre son activité artistique. Altara s'oriente notamment vers le collage, utilisant des papiers colorés, des tissus et d'autres matériaux appliqués pour créer des images stylisées et bidimensionnelles[1].
Collages et jouets en papier
modifierEn 1916, elle participe à la première Exposition artistique sarde, organisée à Sassari dans le cadre des initiatives de mobilisation civile pendant la Première Guerre mondiale. Elle y présente des collages et des jouets réalisés en papier et en carton, qui attirent l'attention de la critique. La même année, elle prend part à l'Exposition commerciale du jouet de Milan, où elle expose de petites constructions inspirées principalement des personnages et des scènes de la vie populaire sarde[1],[2].
Ses jouets, aujourd'hui connus principalement grâce à des photographies d'époque, représentent des enfants, des animaux, des musiciens, des femmes près d'un puits et d'autres personnages assemblés sous la forme de petites scènes mobiles. Ses œuvres sont remarquées, entre autres, par les critiques Vittorio Pica, Raffaello Giolli (it) et Margherita Sarfatti. Le sculpteur Leonardo Bistolfi lui adresse également des témoignages d'admiration[1].
En 1917, Altara participe à la dix-neuvième exposition de la Société des amis de l'art de Turin avec quatre œuvres qualifiées de « mosaïques de papier » : Il vespero, Il bagno, High Life et Gesus salvadelu. Cette dernière, réalisée en 1916 et également connue sous le titre Nella terra degli intrepidi sardi (« Sur la terre des intrépides sardes »), est achetée par le roi Victor-Emmanuel III et entre dans les collections artistiques du palais du Quirinal[1],[3].
Paola Lombroso et les bibliothèques rurales
modifierToujours en 1917, elle commence à travailler avec Paola Lombroso Carrara (it), connue sous le pseudonyme de Zia Mariù, qui anime un réseau de petites bibliothèques rurales destinées aux enfants. Pour les initiatives de financement organisées par Lombroso, Altara réalise des cartes postales, des calendriers, des figurines et des images à découper. Lombroso la surnomme affectueusement « Edina Forbicicchia », en référence à son habileté à manier les ciseaux et le papier[4],[2].
En 1920, elle fait ses débuts comme illustratrice dans les pages de la revue Il giornalino della Domenica. Son activité éditoriale la conduit à adapter le langage synthétique de ses premiers collages aux exigences du récit pour enfants, en développant un dessin plus fluide et plus élaboré[5].
Lors de l'exposition d'art sarde organisée à Cagliari en 1921, une salle personnelle lui est réservée. Elle y présente des collages, des jouets et des œuvres décoratives. Elle est également membre du comité exécutif et du jury, seule femme au sein d'organes composés par ailleurs d'artistes et d'intellectuels masculins[1].
Mariage et collaboration avec Vittorio Accornero
modifierÀ Casale Monferrato, Altara rencontre l'illustrateur Vittorio Accornero de Testa, également actif sous les pseudonymes de Victor Max Ninon et Ninon. Ils se marient en 1922 et collaborent à des illustrations, des cartes postales, des livres et des travaux publicitaires. Certaines de leurs œuvres communes sont signées « Edina e Ninon »[5].
Leur langage graphique se rapproche du goût international de l'Art déco, caractérisé par des figures élancées, une grande attention portée aux vêtements et des décors élaborés d'inspiration théâtrale. La répartition du travail varie cependant selon les œuvres. Dans certains cas, Altara réalise principalement les personnages et Accornero les décors, tandis que, dans d'autres compositions, leurs contributions respectives sont plus difficiles à distinguer[1].
Le couple se sépare en 1934. Altara poursuit alors sa carrière de manière indépendante à Milan, explore de nouveaux domaines professionnels et ouvre dans son appartement un atelier consacré à la conception de vêtements, de trousseaux, de broderies et de linge de maison[1].
Illustration, édition et graphisme
modifierLivres pour enfants
modifierL'illustration de livres constitue une partie importante et continue de l'activité d'Edina Altara. Après ses premières collaborations avec Paola Lombroso et ses débuts dans Il giornalino della Domenica, elle illustre des récits, des contes et des ouvrages principalement destinés aux enfants et aux jeunes lecteurs[4],[5].
Au cours de sa carrière, Altara illustre environ trente livres pour enfants[1]. Parmi ses travaux les plus représentatifs figure Il libro giocattoli, publié en 1945 par l'éditeur Hoepli. Dans cet ouvrage, elle reprend son intérêt de jeunesse pour les personnages de papier destinés à être découpés, assemblés et utilisés comme jouets[1].
En 1971, elle illustre Quattro favole de Silvia Fiocchi[6], considéré comme le dernier ouvrage connu de sa production éditoriale[1].
Revues et périodiques
modifierAltara collabore avec de nombreuses revues et publications périodiques, pour lesquelles elle réalise des illustrations narratives, des dessins de mode, des couvertures, des motifs décoratifs et des images publicitaires.
Parmi les titres auxquels elle contribue figurent La Sorgente, In Penombra, Rivista Sarda, Il giornalino della Domenica, Cuor d'oro, La Donna, Giornale dei Balilla, Noi e il mondo, Lidel, Fantasie d'Italia, Scena illustrata, Per voi Signora, Bellezza, Rakam, Grazia, La Lettura, Fili Moda, Fili. Rivista mensile dei lavori d'ago, Sovrana, La Fiaccola et Il Secolo XX[1].
De 1941 à 1943, elle collabore à la revue Grazia, pour laquelle elle réalise des dessins et des figurines de mode. À partir de 1942, elle travaille également pour Bellezza, revue de haute couture dirigée par Gio Ponti[1].
Cartes postales, calendriers et publicité
modifierParallèlement à son activité dans l'édition et la presse périodique, Altara réalise des cartes postales illustrées, des calendriers et du matériel publicitaire. Dans les années 1920 et 1930, elle travaille pour des maisons d'édition et des entreprises spécialisées telles que Degami, Cecami et N.M.M.[1].
Elle conçoit également de petits calendriers publicitaires, notamment du type couramment appelé en Italie calendarietto da barbiere, pour des entreprises de cosmétiques et de parfumerie. Parmi les commanditaires documentés figurent Viset, en 1923, 1924 et 1928 ; Caleri, en 1925 ; Gi.Vi.Emme, en 1928 ; Bertelli, en 1939, 1950 et 1951 ; et Valli, en 1941 et 1942[1].
Céramique et mode
modifierLa collaboration d'Altara avec Margelli, bijouterie et magasin d'objets décoratifs de Sassari, est attestée au moins à partir de 1932. Margelli fait fabriquer les pièces conçues par l'artiste par la Manifattura Ceramiche Faentine de Minardi et, occasionnellement, par la manufacture turinoise Lenci[1].
Altara ne fabrique pas elle-même les céramiques, mais crée les dessins préparatoires destinés à des assiettes, des coupelles et des carreaux. Les sujets représentent principalement des personnages et des scènes sardes. Les vêtements traditionnels y sont cependant réinterprétés à travers les lignes de la mode contemporaine et un langage graphique moderne[1].
L'assiette intitulée A convegno figure parmi les œuvres produites par la manufacture Lenci. Les dessins destinés à la production de Faenza sont reproduits aussi bien sur des assiettes de différentes dimensions que sur des carreaux. Une même composition peut donc être déclinée sur plusieurs formats et supports[1].
Les dessins préparatoires sont souvent réalisés sous forme de collages, puis transférés sur la céramique au moyen de la technique du poncif. Les compositions obtenues se caractérisent par des figures stylisées, des aplats nettement délimités et une forte simplification visuelle[1].
Afin de réduire les coûts de la production réalisée à Faenza, Altara développe également une technique dite « à froid », consistant à appliquer des peintures ou des vernis synthétiques sur des supports en céramique industrielle déjà recouverts d'une glaçure blanche. Ses sœurs Iride et Lavinia l'aident à reproduire ses dessins, donnant naissance à une petite production familiale attestée jusqu'aux années 1950[1].
Les carreaux décorés à froid représentent principalement des figures féminines isolées, des maternités et des personnages en costume sarde. Les sujets masculins sont moins fréquents. Ces œuvres sont vendues dans le magasin Margelli, mais aussi dans la boutique Arte Sarda Ferrigno de La Maddalena[1].
Parallèlement, Altara poursuit son activité dans le domaine de la mode. Après sa séparation avec Accornero, elle ouvre dans son appartement milanais un atelier fréquenté par une clientèle bourgeoise, pour laquelle elle conçoit des vêtements, des trousseaux, des broderies et du linge de maison[1].
Collaboration avec Gio Ponti
modifierLa relation professionnelle entre Edina Altara et Gio Ponti, commencée dans le cadre de la revue Bellezza, s'étend après la Seconde Guerre mondiale du graphisme et de la mode à la décoration d'intérieurs, de meubles, de portes, de panneaux et de surfaces en verre[1].
Altara développe en particulier la technique de la peinture sous verre. L'image est peinte sur la face arrière du verre et doit être exécutée dans l'ordre inverse de celui dans lequel elle sera observée depuis la face avant[1].
Pour la confiserie Dulciora de Milan, elle réalise des décorations en verre représentant des personnages, des guirlandes et des sujets inspirés du monde des sucreries. Elle contribue également à la décoration intérieure de plusieurs paquebots italiens, parmi lesquels le Conte Grande, le Conte Biancamano et l'Oceania[1].
Pour le Conte Grande, elle réalise en 1950 l'Allegoria del viaggiare (« Allégorie du voyage »), un grand panneau peint à l'huile sur verre dans le cadre du projet d'aménagement de Gio Ponti. Pour le Conte Biancamano, elle crée des panneaux représentant des personnages vêtus des costumes traditionnels des différentes régions italiennes[1].
Deux panneaux de verre peint provenant du navire à moteur Oceania, intitulés Nettuno e allegoria della terra et Anfitrite e allegoria del mare, entrent par la suite dans les collections de la Pinacothèque nationale de Sassari[7].
L'un des principaux résultats de sa collaboration avec Ponti est sa participation à la décoration de la Casa Lucano à Milan, présentée en 1952 dans les pages de la revue Domus comme une casa di fantasia, ou « maison de fantaisie ».
Altara réalise des portes en verre peint représentant Athéna et Bacchus, des commodes décorées d'épisodes de l'Odyssée et des dessus-de-porte peints. Ses compositions introduisent les personnages de la mythologie classique dans l'espace domestique, en associant narration, décoration et illusion perspective[8].
Ponti consacre à Altara un article publié dans le numéro 270 de Domus, en mai 1952, dans lequel il souligne notamment sa capacité à transformer les surfaces et le mobilier en récits figuratifs[8].
Œuvre de maturité et dernières années
modifierDans les années 1950, Altara peint également sur Masonite, sur ardoise et sur d'autres supports. Parmi les œuvres de cette période figurent Penelope, I ragazzi che vanno alla guerra, Il ratto d'Europa, Salomè et Matrimonio a Oliena[1].
Dans ces peintures, elle reprend des thèmes classiques, bibliques et populaires, qu'elle interprète à travers un langage narratif et décoratif[9].
Dans les années 1960, elle revient au collage, utilisant des fragments de gravures de mode, des estampes du XIXe siècle et des images de dévotion pour construire des intérieurs remplis de meubles, de rideaux, de tableaux et de petits personnages[1].
Elle crée également des compositions appelées Altarini, terme qui joue à la fois sur son nom de famille et sur le mot italien désignant de petits autels. Il s'agit de petits objets de dévotion composés d'images découpées, de miroirs gravés à l'acide, de tissus, de rubans, de fleurs peintes et d'autres matériaux[1].
En 1974, Altara quitte Milan et retourne définitivement en Sardaigne. Elle meurt à Lanusei le 11 avril 1983[1],[10].
Œuvres dans les collections publiques
modifierParmi les œuvres d'Edina Altara conservées dans des collections publiques figurent :
- Nella terra degli intrepidi sardi – Gesus salvadelu (1916), collage de papiers colorés conservé dans les collections du palais du Quirinal[3] ;
- S'isposa (1919), collage de papiers colorés appartenant aux collections du MAN – Musée d'art de la province de Nuoro[2] ;
- les panneaux de verre peint Nettuno e allegoria della terra et Anfitrite e allegoria del mare, réalisés pour le navire à moteur Oceania et conservés à la Pinacothèque nationale de Sassari[7] ;
- des collages, des carreaux de céramique, des panneaux de verre peint et d'autres œuvres conservés dans les collections de la Pinacothèque nationale de Sassari[11].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 (it) Giuliana Altea, Edina Altara, Nuoro, Ilisso, (ISBN 9788862024747)
- 1 2 3 (it) « S'isposa di Edina Altara », sur MAN – Museo d'arte della Provincia di Nuoro, (consulté le )
- 1 2 (it) Il patrimonio artistico del Quirinale. La quadreria e le sculture. Opere dell'Ottocento e del Novecento, vol. 1, Milan, Electa, , p. 10
- 1 2 (it) Paola Vagliani (dir.), Vittorio Accornero, Edina Altara. Gruppo di famiglia con immagini, Cinisello Balsamo, Silvana Editoriale, (ISBN 9788836647941), « Edina Forbicicchia nell'« azienducola » di Zia Mariù 1917-1930 », p. 30-48
- 1 2 3 (it) Vittorio Accornero, Edina Altara. Gruppo di famiglia con immagini, Cinisello Balsamo, Silvana Editoriale, (ISBN 9788836647941)
- ↑ « Libro Edina Altara Accornero Quattro Favole Silvia Fiocchi illustrazione Sarda | eBay », sur eBay (consulté le )
- 1 2 (it) « Edina Altara. La bellezza di un mondo fantastico: gli specchi della motonave Oceania », sur Ministère italien de la Culture (consulté le )
- 1 2 (it) Giovanni Comoglio, « Nella « casa di fantasia » di Gio Ponti, dall'archivio Domus a oggi », sur Domus, (consulté le )
- ↑ (it) « Matrimonio a Oliena », sur Catalogo generale dei Beni culturali (consulté le )
- ↑ (it) « Edina Altara », sur Bologna Online – Biblioteca Salaborsa (consulté le )
- ↑ (it) « Una sala per Edina. Le collezioni della Pinacoteca di Sassari si arricchiscono di nuove opere di Edina Altara », sur Ministère italien de la Culture (consulté le )
Bibliographie
modifier- (it) Vittorio Pica, « Tre giovani artisti della Sardegna », Emporium, vol. XLVI, no 272, , p. 3-17
- (it) Giuliana Altea, Edina Altara, Nuoro, Ilisso, (ISBN 8889188383)
- (it) Vittorio Accornero, Edina Altara. Gruppo di famiglia con immagini, Cinisello Balsamo, Silvana Editoriale, (ISBN 9788836647941)
- (it) Giuliana Altea, Edina Altara, Nuoro, Ilisso, (ISBN 9788862024747)
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
- Edina Altara sur l’Enciclopedia delle donne
- S'isposa d'Edina Altara sur le site du MAN de Nuoro
- Les œuvres d'Edina Altara à la Pinacothèque nationale de Sassari sur le site du ministère italien de la Culture