Edmond Jean François Barbier
Edmond Jean François Barbier, né à le à Paris où et il est mort le [1], est un mémorialiste français.
Biographie
modifierIssu d'une famille originaire de Vitry le François (branches d'Increville et de Felcourt), Edmond Jean François Barbier naquit à Paris dans la rue Galande, près la place Maubert, le . Son père et son grand-père ont été avocats au parlement de Paris, et il est destiné par sa famille à suivre la même carrière.
Reçu avocat au Parlement de Paris le , Barbier est toute sa vie, comme son père, avocat consultant au Parlement de Paris, et non plus que celui-ci, il ne parait pas avoir plaidé une seule fois pendant le cours de sa longue carrière[2]. Avocat au Parlement dès 1708, il est considéré dans son ordre et passe sa vie entière au centre du vieux Paris, dans la rue Galande, où il est né[3]. Ses travaux de cabinet le font bientôt remarquer et admettre parmi les plus grands personnages, tels que M. d'Argenson et la famille Nicolaï[4]. Son nom est sauvé de l'oubli par son ouvrage publié sous le titre de : Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, ou Journal historique et anecdotique[4], qu'il écrit pour lui-même, enregistrant au jour le jour ce qu'il voit et entend, sans préoccupation du style ni de l'effet[3].
Ayant assisté, le , à l'incendie du Petit-Pont, qui relie la rive gauche à l'île de la Cité, Barbier, qui tient un cabinet d'affaires depuis 10 ans, mêlé à la foule des badauds, constate les dégâts et vivement impressionné, décide, une fois rentré chez lui, de consigner l'événement. Cinquante-sept années durant, de 1718 à 1762[3], il tient jour par jour un compte scrupuleusement exact des événements de son temps, se trouvant ainsi, à son insu, un héritier fort appréciable des Mémoires de Saint-Simon[2], qui s'arrêtent en 1723, comblant une lacune entre ceux-ci et ceux de Bachaumont, qui commencent en 1762[4]. Il présente un grand intérêt pour l'histoire des mœurs de son temps[4] par les petits faits et de nouvelles sur des événements en général peu importants, mais souvent caractéristiques dont il remplit son journal[3].
Il est intéressant de constater des différences entre certains faits relatés dans sa chronique et ceux rapportés par les gazetins de la police secrète. Pour exemple, il relate le l'évasion d'un soldat sautant du Pont-Neuf dans la Seine, sauvé et caché par des témoins[5],[Note 1]. Le gazetin de la police, outre qu'il place l'affaire le 13, prétend qu'il est livré[6],[Note 2]. Il y en a d'autres, ce qui n'est pas surprenant, les deux rapportant en fait le murmure de la ville.
Barbier « s'occupe bien moins de la cour et beaucoup plus de la bourgeoisie [que les Mémoires de Saint-Simon], ce qui le rend infiniment plus précieux pour l'histoire intime de la nation en masse, bien que d'un mérite littéraire inférieur »[2]. Barbier est, par exemple, absolument indifférent à la littérature : il ne parle du théâtre que pour raconter les liaisons des actrices et des danseuses avec les seigneurs du temps. Il n'évoque guère Voltaire que lorsque celui-ci joue un rôle en quelque sorte officiel, quand il écrit une pièce de circonstance, comme le Poëme de Fontenoy[3]. Dans ce journal, où il se montre d'une moralité parfois douteuse[7], Barbier consigne chaque soir les nouvelles de la cour et de la ville, en ayant soin de mentionner l'impression qu'elles ont produite dans Paris[4]. Sa gazette est ainsi remplie de détails piquants absents des autres publications de l'époque[4], de la grande politique diplomatique aux querelles protocolaires de cour, des crimes les plus sordides aux feux d'artifice les plus éclatants, de la fronde parlementaire aux ragots les plus vils. Les querelles du Parlement, les entrées, les mariages, les funérailles des princes y occupent une grande place, ainsi que les détails sur le beau et le mauvais temps, sur la gelée et la chaleur[3].
Son journal a donc le mérite d'être vrai, de donner sur les mœurs et la corruption du XVIIIe siècle le témoignage naïf d'un spectateur désintéressé[3]. « C'est un homme d'un sens droit et d'une haute impartialité, le seul des contemporains qui ne se soit pas engoué outre mesure de Law dans sa prospérité et qui lui ait rendu justice dans sa disgrâce. C'est, de plus, un homme extrêmement consciencieux, qui se ferait scrupule de ne pas coucher sur son journal où, du reste, il ne s'est pas plus épargné que les autres, tous les petits propos, tous les petits scandales qui parviennent à sa connaissance »[2]. Représentant de la bonne bourgeoisie parisienne du règne de Louis XV, Edmond Barbier est sans doute l'un des chroniqueurs les plus connus et les plus consultés par les historiens[8].
On ignore si Barbier n'écrit que pour son agrément personnel, ou s'il le fait dans l'intention d'être lu un jour ou un autre, quand le temps en serait venu, mais on sait qu'il eut soin de confier expressément son Journal à son exécuteur testamentaire, son neveu à la mode de Bretagne l'abbé Jean-Baptiste-Robert Barbier d'Increville[Note 3], ce qui pourrait laisser pencher pour la seconde possibilité[2]. On ne sait pas au juste à quelle époque ce Journal est entré, ni s'il y est venu par acquisition ou par donation[2] à la Bibliothèque nationale où il est resté longtemps en manuscrit (no 2036, 7 vol. in-4°)[3]. Quoi qu'il en soit, Paulin Paris est le premier qui en a révélé l'existence au monde littéraire[2], en parlant tant et si bien, que La Villegille en donne, en 1847-49, pour la Société de l'Histoire de France, une édition expurgée (Paris, 1847-1849, 4 vol. in-8°)[4] puis dans son entier (Paris, 1857, 8 vol. in-18)[9].
Notes et références
modifier- Notes
- ↑ Il s'est fait le 16 une action bien grande. Un sergent aux gardes poursuivait un soldat déserteur sur le pont neuf. Le soldat, se voyant près d'être pris, malgré le froid et la rapidité de l'eau où il n'y avait pas encore de glaçons se précipita du pont neuf dans l'eau non pas pour se noyer mais pour tascher de se sauver on vit qu'il nageait comme un poisson, il gagna le quay de l'école et les gens qui sont sur l'eau le sauvèrent et le cachèrent. Il mérite bien sa grâce.
- ↑ Le 13e, un soldat aux gardes que l'on conduisait aux prisons de l'abayie de Saint Germain pour meurtre, passant sur le pont neuf se jetta dans l'eau, il tomba par bonheur auprès de deux pescheurs qui le sauvèrent et le ramenèrent sur les bords de la Seine entre les mains de ses camarades auxquels il avait échappé et qui le menèrent aux prisons de l'abayie.
- ↑ Prêtre et conseiller au Parlement, mort à Paris le 13 juillet 1830.
- Références
- ↑ Jean Marie Durand, Heurs et malheurs des prévôts de Paris, Paris, L'Harmattan, coll. « Histoire de Paris (ISSN 1288-846X) », , 278 p., 22 cm (ISBN 978-2-296-06502-4, OCLC 471012977, BNF 41369524, SUDOC 130192384, présentation en ligne), p. 263.
- 1 2 3 4 5 6 7 B. Maurice et M. A. Legrand, Cartouche, histoire authentique, recueillie pour la 1re fois…, p. 21-22.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 G. Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, p. 196.
- 1 2 3 4 5 6 7 Décembre-Alonnier, Dictionnaire populaire illustré d'histoire, de géographie, de biographie…, p. 226.
- ↑ Jean François Barbier, « Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV - Tome II. Années 1726-1732 », sur Gallica
- ↑ « Gazetins de la police secrète rédigés pour le Lieutenant général - Année 1726 », Manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal. Archives de la Bastille, sur gallica.
- ↑ Ludovic Lalanne, « Observations sur le journal de l'avocat Barbier », Bibliothèque de l'École des chartes (BEC), Paris, Société de l'École des chartes, vol. 11, , p. 172-191 (ISSN 0373-6237, lire en ligne sur Persée, consulté le ).
- ↑ « Encore ce bon vieux temps »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), sur labibliothequedusouvenir.com, L'Illustration.
- ↑ L. Lalanne, Dictionnaire historique de la France, contenant l'histoire civile…, p. 182-183.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Ouvrages
- [1859] Barthélemy Maurice et Marc-Antoine Legrand (préf. Eugène Bunout), Cartouche, histoire authentique, recueillie pour la première fois d'après divers documents de l'époque : contenant la comédie de « Cartouche » ou les « Voleurs », par M. A. Legrand, représentée le 14 octobre 1721, Paris, J. Laisné (réimpr. 1864) (1re éd. 1859), 276 p., in-16 (OCLC 34608644, BNF 30911937, SUDOC 121975746, présentation en ligne, lire en ligne), p. 21-22.

- [1864] Décembre-Alonnier (ill. Horace Castelli, Auguste Trichon et al.), « Edmond Jean François Barbier », dans Dictionnaire populaire illustré d'histoire, de géographie, de biographie, de technologie, de mythologie, d'antiquités, des beaux-arts et de littérature, t. 1er [A-D], Paris, Impr. parisienne Dupray de la Mahérie (réimpr. 1872) (1re éd. 1864), 800 p., in-8o (OCLC 490771063, BNF 37745714, SUDOC 047494824, présentation en ligne, lire en ligne sur Gallica), p. 226.

- [1872] Ludovic Lalanne, « Edmond Jean Barbier », dans Dictionnaire historique de la France, contenant l'histoire civile, politique et littéraire… l'histoire militaire… l'histoire religieuse… la géographie historique…, Paris, Lib. Hachette et Cie / Slatkine (réimpr. 1877 et 1977) (1re éd. 1872), 1867 p., 25 cm (OCLC 489999654, BNF 30722681, SUDOC 00915275X, présentation en ligne, lire en ligne), p. 182-183.

- [1876] Gustave Vapereau, « Edmond Jean François Barbier (l'avocat) », dans Dictionnaire universel des littératures, Paris, Lib. Hachette et Cie (réimpr. 1884) (1re éd. 1876), XVI-2096 p., 25 cm (OCLC 490139296, BNF 31542990, SUDOC 008686866, présentation en ligne, lire en ligne sur Gallica), p. 196.

- [1994] Hugues Lécharny et Jacques Revel (dir.), Edmond-Jean-François Barbier, un chroniqueur parisien au siècle des Lumières : analyse d'une chronique et d'une mise en représentation du réel (Thèse de doctorat), Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS), coll. « Lille thèses (ISSN 0294-1767) », , 30 cm (OCLC 496090128, SUDOC 012066702, présentation en ligne).
- Articles
- [1857] Michel Nicolas, « La requête sur les billets de confession et le Journal de l'avocat Barbier (1752) », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français (1852-1865), Paris, SHPF, vol. 6, nos 1/4, , p. 5-8 (ISSN 0037-9050, lire en ligne).
- [1899] Léo Claretie, « L'Avocat Barbier et son journal », La Grande Revue (d), Paris, t. IX, , p. 152-186 (ISSN 2778-1836, lire en ligne).
- [1991] Arnaud de Maurepas (d), « L'œil, l'oreille et la plume : La sensibilité testimoniale dans le journal de Barbier (1718-1762) », Histoire, économie & société, Paris, Armand Colin, nos 10-4, , p. 491-503 (ISSN 1777-5906, lire en ligne sur Persée).
- [2010] Laurent Turcot, « Un chroniqueur curieux de Paris et de la promenade : Edmond Jean François Barbier et son journal (1718-1763) », French Historical Studies, Colorado Springs (États-Unis), Duke University Press / Spring, vol. 33 (2), , p. 201-230 (ISSN 0016-1071, présentation en ligne, lire en ligne).