Effet de levier

finance

L'effet de levier (financier) est un terme général désignant toute technique visant à multiplier les profits. Les techniques courantes de levier sont l'endettement, l'achat d'actifs à long terme et les produits dérivés, tels que les warrants.

L'effet de levier est une mesure comptable de l'impact de l'utilisation de capitaux de tiers par rapport aux capitaux propres de l'entreprise. Il permet aux actionnaires d'évaluer le niveau d'endettement acceptable, soit la dégradation du ratio de solvabilité[1].

Si la rentabilité économique est inférieure au taux attendu par les prêteurs, c'est-à-dire si le levier est insuffisant, l'entreprise s'expose à un effet de massue.

Un actionnaire souhaitant acquérir des actifs pour un montant supérieur à son apport peut faire emprunter le complément par l'entreprise plutôt que d'apporter lui-même la totalité des fonds. Par exemple, un actionnaire investissant 10 dans une entreprise qui emprunte 50 permet l'acquisition de 60 d'actifs dont il reste seul propriétaire : l'effet de levier est alors de 6[2]. Ce mécanisme repose sur deux caractéristiques juridiques : la « responsabilité limitée » de l'actionnaire, et le fait que l'entreprise, à la différence d'une association loi de 1901, n'est pas elle-même sujet de droit sur son patrimoine[3].

Cet effet de levier ne se concrétise que si l'entreprise parvient à rembourser l'emprunt grâce à la valeur ajoutée dégagée. Dans le cas contraire, elle s'expose à un effet de massue, voire à la faillite de l'entreprise[4],[5].

Il existe plusieurs définitions du terme, utilisé de deux manières différentes en investissement et en finance.

Investissement

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On appelle « levier comptable » le rapport entre les capitaux et les capitaux moins les dettes. Les exemples suivants, basés sur 100 € de capitaux propres[6], illustrent les différences entre leviers comptable, théorique et économique :

  • Achat de 100 € de pétrole brut sans emprunt : levier comptable, théorique et économique tous égaux à 1 pour 1, la volatilité étant celle du pétrole détenu.
  • Emprunt de 100 € pour acheter 200 € de pétrole brut : capitaux de 200 €, dettes de 100 €, soit un levier comptable et théorique de 2 pour 1. La volatilité est doublée par rapport à une position sans levier de même capital, d'où un levier économique de 2 pour 1.
  • Achat de 100 € de pétrole brut financé par un emprunt de 100 € d'essence aussitôt revendue à 100 € : capitaux de 200 €, dettes de 100 €, soit un levier comptable de 2 pour 1. La valeur théorique totale de 300 € pour 100 € de capitaux propres donne un levier théorique de 3 pour 1. Les prix du pétrole et de l'essence étant corrélés, la volatilité de la position pourrait être divisée par deux, d'où un levier économique proche de 0,5 pour 1.
  • Achat de 100 € de bons du trésor à taux fixe convertis en taux variable par un swap de taux d'intérêt hors bilan : levier comptable de 1 pour 1, levier théorique de 2 pour 1 (le swap comptant pour sa valeur théorique), mais un levier économique proche de zéro, le swap éliminant l'essentiel du risque économique des bons du trésor.

Finance

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Formellement, la rentabilité financière est donnée par la formule suivante :

est la rentabilité économique, et :

  •  : Rentabilité financière
  •  : Rentabilité économique
  •  : Taux d'intérêt réel
  •  : Dette financière de l'entreprise
  •  : Capitaux propres de l'entreprise
  •  : Résultat d'exploitation
  •  : Impôts
  •  : Levier financier[7]
  •  : Levier d'exploitation

Pour le calcul de la rentabilité économique et de la rentabilité financière, se reporter à l'article rentabilité.

Sur le plan théorique, Franco Modigliani et Merton Miller ont montré en 1958 qu'en l'absence d'impôts et de coûts de faillite, la valeur d'une entreprise est indépendante de sa structure de financement : le levier redistribue le risque entre actionnaires et créanciers sans créer de valeur en soi[8].

Levier et risque systémique

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L'accumulation de niveaux de levier élevés dans le secteur financier est considérée par plusieurs économistes comme un facteur amplificateur des crises. Dès 1933, Irving Fisher décrivait comment un endettement excessif suivi d'un désendettement forcé pouvait précipiter une dépression, la vente d'actifs pour rembourser les dettes faisant baisser les prix et aggravant le poids réel de l'endettement restant[5]. John Geanakoplos a montré que les variations du levier disponible sur les marchés du crédit amplifient elles-mêmes les cycles de prix des actifs[9], tandis que Tobias Adrian et Hyun Song Shin ont établi que le levier des intermédiaires financiers évolue de façon procyclique, ce qui a contribué à la crise financière de 2007-2009[10]. Sur un échantillon de huit siècles de crises financières, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff constatent que les périodes d'endettement excessif précèdent régulièrement les crises bancaires et souveraines[11].

Protection des investisseurs

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Ces dernières années, les régulateurs financiers de plusieurs pays développés ont introduit des mesures visant à limiter l'effet de levier que les investisseurs individuels peuvent prendre, en particulier dans le domaine du Forex, afin de restreindre la spéculation et de protéger les investisseurs contre des pertes inattendues.

États-Unis

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Aux États-Unis, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) limite l'effet de levier des particuliers à 50:1 pour les principales paires de devises et à 20:1 pour les autres, une règle entrée en vigueur en 2010 après que la proposition initiale de 10:1 a été relevée à la suite des critiques des courtiers Forex[12]. Au-delà du marché des changes, les opérations sur marge portant sur les actions sont encadrées séparément par la règle 4210 de la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA)[13].

Union européenne et Royaume-Uni

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En 2018, l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a plafonné l'effet de levier sur les contrats sur différence (CFD) proposés aux particuliers, de 30:1 pour les principales paires de devises à 2:1 pour les crypto-actifs selon la volatilité du sous-jacent, avec entrée en vigueur le 1er août 2018[14]. Ces règles sont accompagnées d'une clôture automatique des positions[15] et d'une protection contre le solde négatif[14].

Avant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, la Financial Conduct Authority (FCA) britannique avait adopté des restrictions permanentes équivalentes, publiées le 1er juillet 2019 et entrées en vigueur le 1er août 2019[16].

Notes et références

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  1. La Finance Pour Tous, « Effet de levier », sur La finance pour tous, (consulté le )
  2. Exemple : à la fondation d'Eurotunnel selon http://theses.univ-lyon2.fr/documents/ : « Le total des capitaux propres atteignit 10,23 milliards de francs, ce qui signifiait qu'Eurotunnel bénéficiait d'un financement de 60,23 milliards de francs », en y ajoutant les 50 milliards empruntés.
  3. Voir Jean-Philippe Robé : publication L'entreprise et le droit, Puf, coll. « Que sais-je ? », n 3442, au cours du séminaire « l'entreprise oubliée par le droit » du 01/01/2001 de Vie des Affaires.
  4. L'article L225-261 du code du commerce sur les sociétés anonymes à production ouvrière (SAPO) mentionne la propriété collective du personnel salarié et la « la collectivité des salariés ».
  5. 1 2 Irving Fisher, « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions », Econometrica, vol. 1, no 4, , p. 337–357 (ISSN 0012-9682, DOI 10.2307/1907327, lire en ligne, consulté le )
  6. Bodie, Zvi, Alex Kane and Alan J. Marcus, Investments, McGraw-Hill/Irwin (June 18, 2008)
  7. « Vernimmen | finance d'entreprise | Définition du glossaire : Levier financier », sur www.vernimmen.net (consulté le )
  8. Franco Modigliani et Merton H. Miller, « The Cost of Capital, Corporation Finance and the Theory of Investment », The American Economic Review, vol. 48, no 3, , p. 261–297 (ISSN 0002-8282, lire en ligne, consulté le )
  9. John Geanakoplos, « The Leverage Cycle », NBER Macroeconomics Annual, vol. 24, no 1, , p. 1–66 (ISSN 0889-3365, DOI 10.1086/648285, lire en ligne, consulté le )
  10. Tobias Adrian et Hyun Song Shin, « Liquidity and leverage », Journal of Financial Intermediation, risk Transfer Mechanisms and Financial Stability, vol. 19, no 3, , p. 418–437 (ISSN 1042-9573, DOI 10.1016/j.jfi.2008.12.002, lire en ligne, consulté le )
  11. (en) Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, This Time Is Different: Eight Centuries of Financial Folly, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-14216-6)
  12. (en) « Final Rule Regarding Retail Foreign Exchange Transactions », sur CFTC.gov (consulté le )
  13. (en) « Margin Regulation », sur FINRA.org (consulté le )
  14. 1 2 (en) « ESMA adopts final product intervention measures on CFDs and binary options », sur ESMA.europa.eu, (consulté le )
  15. « Fonctionnement de l'appel de marge et seuils de clôture automatique des positions » [archive du ], sur Technologie des Plateformes de Négociation, AvaTrade (consulté le )
  16. (en) « PS19/18: Restricting contract for difference products sold to retail clients », sur FCA.org.uk, (consulté le )

Voir aussi

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