Elisabeth Noelle-Neumann

Elisabeth Noelle-Neumann est une sociologue allemande née le à Berlin, morte le .

Elle était professeure émérite à l'université de Mayence. Sa contribution la plus importante est le modèle de la spirale du silence, qui explique l'influence de l'opinion publique sur chaque personne.

Elle a obtenu l'abitur en 1935 à Göttingen.

C'est la petite-fille du sculpteur Fritz Schaper (1841-1919).

Accusations d’antisémitisme

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En 1991, Leo Bogart accuse Elisabeth Noelle-Neumann d'avoir écrit des passages antisémites dans sa thèse, et dans des articles qu’elle avait publiés dans des journaux nazis. Jeune, écrit-il, elle avait « d'excellentes références comme activiste et dirigeante » des organisations de jeunesse et d’étudiants nazis[1].

Quand elle publie en 1940 sa thèse en Allemagne, intitulée Opinion and mass research in the USA, après un séjour d'un an à l'University of Missouri pour étudier la méthodologie de George Gallup, Joseph Goebbels l’appelle comme adjointe, souhaitant qu’elle fonde, pour le ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande du Reich, la première organisation allemande de recherche sur l'opinion publique. Elle refuse, étant tombée malade, ce qui met Goebbels en colère ; mais devient ensuite journaliste dans des publications nazies où elle écrit plusieurs articles sur l'influence juive dans la presse et l'élite américaine.

L'article de Bogart révélant cela paraît quelques semaines avant que Noelle-Neumann ne prenne un poste de professeure invitée au département de science politique de l'université de Chicago, où elle avait déjà enseigné depuis 1978.

Michael S. Kochin, alors doctorant, découvre l’article et le diffuse sur le campus avant son arrivée[2] déclenchant un intense débat sur son passé[3]. Tandis que l’administration et les étudiants[4], les organisations juives locales[5] et la presse de Chicago[6] restent en retrait, John J. Mearsheimer, alors directeur du département de science politique, contacte Bogart, rencontre Noelle-Neumann pendant plus de trois heures[7] et convoque une réunion départementale le [8]. Certains universitaires affirment que Noelle-Neumann est diffamée, et les collègues de Mearsheimer sont divisés. Mearsheimer, cependant, rend publiques ses positions sur les accusations et sur la liberté académique : « Je crois que Noelle-Neumann était antisémite et qu’elle n’a pas été forcée d’écrire les propos antisémites qu’elle a publiés. De plus, je crois que les auteurs et publicistes antisémites d’Allemagne — y compris Noelle-Neumann — partagent une responsabilité dans l’Holocauste. Pour cela, elle doit présenter des excuses »[9]. « Il faut se rappeler que le meurtre des Juifs », ajoute-t-il, « n’a pas été commis par une poignée de personnes… C’était aussi le fait de citoyens allemands ordinaires ; comme Elisabeth Noelle-Neumann »[10].

Dans des lettres privées et dans des réponses écrites, Noelle-Neumann reconnaît avoir appartenu à une organisation étudiante nazie, mais nie avoir été nazie. « Je suis bouleversée par la souffrance des Juifs dans l'Allemagne nazie », écrit-elle[11]. Bogart, Mearsheimer et d’autres restent insatisfaits[12].

Le poste de Noelle-Neumann à Chicago se termine en décembre 1991, et elle retourne alors en Allemagne. Quand des étudiants apprennent qu’elle doit revenir le 13 mars 1992, ils organisent un rassemblement de protestation[13]. Contactée par téléphone le 10 mars, elle dit ignorer la manifestation mais prévoit de venir[14] Le jour même, ses hôtes du National Opinion Research Center annoncent qu’elle annule sa venue « en raison de menaces sérieuses »[15].

Quelques années plus tard, son passé nazi est de nouveau évoqué et discuté par Christopher Simpson[16] mais elle ne présente jamais d’excuses explicites[17] ? Interviewée en 1997, elle déclare : « J’ai fait mon devoir et je le referais dans une seconde vie. Je dirais même que je suis fière de ce que j’ai fait à l’époque, car j’ai combattu les nazis de l'intérieur »[18].

Dans une lettre au rédacteur publiée dans The New York Times le 16 décembre 1991, Mearsheimer écrit : « Elle a admis qu'elle n’était pas hostile aux nazis avant 1940. Elle affirme avoir été anti-nazie après 1940, mais n'a fourni aucune preuve qu’elle les ait critiqués. Elle a écrit des propos antisémites entre 1938 et 1941, et rien n'indique qu’elle y ait été contrainte. Interrogée sur ses écrits antisémites, elle m'a dit : "Je n'ai jamais écrit quoi que ce soit dans ma vie que je ne croyais pas vrai". »[19].

Littérature

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Références

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  1. (en-US) Leo Bogart, « The Pollster & the Nazis p. 47–49. », sur Commentary Magazine, (consulté le ).
  2. (en) Douglas Wertheimer, « Noelle-Neumann cancels U of C talk », Chicago Jewish Star, 27 mars 1992, p. 3.
  3. (en) Andrea Wood, « Professor rebuts Nazi charges », Chicago Maroon, , p. 1 ; Andrea Wood, « Professors challenge Noelle-Neumann », Chicago Maroon, , p. 1 ; « Chicago Professor Is Linked to Anti-Semitic Past », The New York Times,  ; Associated Press, « U.C. prof’s Nazi-era writings bring call for a wider apology », Chicago Sun-Times, , p. 14.
  4. (en) Ethan Putterman, « U of C silence a 'moral failure' », Chicago Maroon,  ; Jacob Dallal, « Noelle-Neumann’s explanations troubling », Chicago Maroon,  ; Shoshannah Cohen, « Charges against professor draw little student response », Hyde Park Herald, , p. 1 ; Douglas Wertheimer, « Controversy surrounds U of C prof. accused of denying Nazi past », Chicago Jewish Star, , p. 1.
  5. (en) Douglas Wertheimer, « Jewish, university groups are silent on prof. at U of C with alleged Nazi past », Chicago Jewish Star, , p. 1 ; Douglas Wertheimer, « 'Maroon' rejects Holocaust denier's ad », Chicago Jewish Star, , p. 2.
  6. (en) Lettre de D. Wertheimer, « Old News », Chicago Reader, , section 1, p. 2 ; réponse de Michael Miner, p. 34.
  7. (en) D. Wertheimer, Chicago Jewish Star, , p. 2.
  8. (en) Douglas Wertheimer, « Jewish, university groups are silent on prof. at U of C with alleged Nazi past », Chicago Jewish Star, , p. 19.
  9. (en) John J. Mearsheimer, « Noelle-Neumann was a willing anti-Semite », Chicago Maroon, , p. 17-18.
  10. (en) John J. Mearsheimer, cité dans Chicago Jewish Star, , p. 2.
  11. (en) Elisabeth Noelle-Neumann, « Accused Professor Was Not a Nazi », The New York Times, , p. 14 ; Noelle-Neumann, lettre, Commentary, , p. 9-15 ; D. Wertheimer, « Noelle-Neumann and her critics spar in print », Chicago Jewish Star, , p. 2.
  12. (en) John J. Mearsheimer, « Apology sought », The New York Times, , p. 12 ; « The Noelle-Neumann Case », Commentary, , p. 11-12 ; Leo Bogart, « Professor's Own Nazi Past Accuses Her », The New York Times, , p. 12 ; Bogart, lettre, Commentary, , p. 17-18 ; éditorial, « The Professor's Silence », Chicago Jewish Star, , p. 4 ; éditorial, « Lest we remember », Chicago Jewish Star, , p. 4.
  13. (en) Ethan Putterman et Michael Kochin, lettre, « Noelle-Neumann rally », Chicago Maroon, , p. 21 ; D. Wertheimer, « Student protest planned with return of Noelle-Neumann to the U of C », Chicago Jewish Star, , p. 1.
  14. (en) Douglas Wertheimer, « Noelle-Neumann cancels U of C talk », Chicago Jewish Star, , p. 3.
  15. (en) Julia Angwin, « Noelle-Neumann cancels planned visit », Chicago Maroon, , p. 9.
  16. (en) William H. Honan, « U.S. Professor's Criticism of German Scholar's Work Stirs Controversy », The New York Times, , p. A13.
  17. (en) Éditorial, « Silent to the end », Chicago Jewish Star, , p. 4.
  18. (en) William H. Honan, The New York Times, , p. A13.
  19. (en) « TimesMachine: December 28, 1991 – NYTimes.com ».

Voir aussi

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