Eliza Raine, née en 1791 à Madras et morte le à Osbaldwick, est une diariste indo-britannique. Elle est la première amante d'Anne Lister, considérée au Royaume-Uni comme la « première lesbienne moderne ». Après leur séparation et son refus de se marier, Eliza Raine vit un déclassement social et est internée de force, en 1814. Elle est dépossédée de son héritage en 1818, et reste recluse dans un asile psychiatrique jusqu'à sa mort.

Eliza Raine
Biographie
Naissance
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Vepery (en) (Inde)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Sépulture
Nationalité
Activités

Biographie

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Enfance en Inde puis au Royaume-Uni

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Eliza Raine naît en 1791 dans le quartier de Vepery (en) à Madras, en Inde[1],[2]. Elle est la fille de William Raine, chirurgien de la Compagnie britannique des Indes orientales alors en poste à l'hôpital de Madras, et d'une femme indienne[3],[4],[5]. Elle grandit avec sa sœur aînée, Jane Elizabeth Raine (née en 1789[6]), dont elle semble ne pas avoir été très proche[1],[7]. Elles sont toutes deux baptisées et considérées comme illégitimes, bien que reconnues britanniques[8]. Eliza et Jane Elizabeth sont envoyées au Royaume-Uni en 1787 ou 1789, chaperonnées par un ami et collègue de leur père, William Duffin[6],[9].

William Raine décède en 1800 lors d'un voyage à bord du Asia (en), laissant à chacune de ses filles un héritage de 4 000 livres sterling[6],[8],[9]. Elles sont alors éduquées par William Duffin, ex-employé de la Compagnie britannique des Indes orientales établi comme médecin à York, et perdent contact avec leur mère et leur culture indienne[1],[9]. Bien qu'elles soient dotées d'un capital financier conséquent, elles sont mal acceptées dans la société britannique, du fait de leur métissage[8]. En 1803, Eliza Raine est scolarisée à la Mrs Cameron’s School à Tottenham[6].

Scolarité à la Manor School et relation avec Anne Lister

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En 1805, Eliza Raine devient pensionnaire à la Manor House Boarding School, un pensionnat pour jeunes filles à York (dans le bâtiment King's Manor (en)), où sa sœur Jane est également scolarisée mais non pensionnaire (celle-ci réside toujours chez les Duffin)[1],[6]. Eliza Raine y fait la connaissance d'Anne Lister (qu'elle pourrait avoir rencontrée en , avant d'être inscrite à la Manor School)[1],[6]. Les deux jeunes femmes partagent la même chambre, se rapprochent et débutent une relation lesbienne[10],[11] : elles se promettent de vivre ensemble lorsqu'Eliza récupérera ses droits sur son héritage, à sa majorité[12],[13].

Eliza Raine et Anne Lister passent leurs vacances ensemble durant l'été 1806, et Eliza semble s'être attachée à la famille Lister[14]. Les deux jeunes femmes sont séparées lorsqu'Anne est expulsée de la Manor School[4],[15]. Le départ d'Eliza inspire à Anne la première entrée de son journal intime : « Monday August 11th Eliza left us »[16].

Eliza Raine reste à la Manor School au moins jusqu'à la fin de l'année 1807 et entretient une correspondance presque quotidienne avec Anne Lister[17], dans laquelle elles échangent à propos de leurs relations sexuelles, de leurs finances, ainsi que d'anecdotes sur la gentry[10],[18]. Eliza évoque également le mariage de sa sœur Jane avec Henry Boulton, avec lequel celle-ci part pour l'Inde en [9],[19]. En , Eliza rend visite à Anne à Halifax[19]. Durant cet été, Anne développe son code secret et l'enseigne à Eliza : par la suite, elles l'utilisent toutes les deux dans leurs journaux intimes[20]. Le , dans son journal, Eliza Raine désigne Anne Lister comme « my husband » (« mon mari »)[17]. Elle la surnomme également « Welly » et « W. », en référence au duc de Wellington Arthur Wellesley, dressant un parallèle entre sa conquête de l'Inde et la façon dont Lister a conquis son cœur[21],[22].

Rupture avec Anne Lister et internement

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En 1809, Eliza Raine quitte la Manor School et s'installe avec une de ses cousines à Doncaster, avant de retourner chez les Duffin en 1812[1],[23]. Durant cette période, Anne Lister flirte avec d'autres femmes, notamment Maria Alexander puis Isabella Norcliffe, mais garde une grande influence sur Raine, bien que leur relation devienne de plus en plus distante[24],[25]. En 1812, Eliza Raine reçoit une demande en mariage du capitaine John Alexander, qu'elle décline, à la demande d'Anne[26],[27]. Ce refus est sévèrement condamné par l'entourage de Raine, qui la rejette encore davantage lorsqu'en 1814, elle vient en aide à sa sœur, rentrée au Royaume-Uni seule et enceinte après l'échec de son mariage[26],[27].

Le début de la relation d'Anne Lister avec Mariana Belcombe, vers 1814, met un terme à celle qu'elle partageait avec Eliza Raine[26],[27]. En , Eliza Raine est internée de force à l'asile privé de Clifton Green, dirigé par William Belcombe, père de Mariana[26],[27]. Le diagnostic ayant mené à son internement est inconnu, bien que l'hypothèse d'une dépression soit évoquée, causée par plusieurs facteurs potentiels : rupture avec Lister[5], déracinement, racisme, lesbophobie[26],[27]. Eliza Raine est déclarée « lunatic » (« lunatique ») en 1814, et internée de façon permanente en 1816[27].

Fin de vie

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En 1818, William Duffin et Robert Swann sont désignés comme les tuteurs d'Eliza Raine, qui perd alors son autonomie financière[26]. Elle passe le reste de sa vie internée et relativement isolée. Bien qu'elles aient cessé leur correspondance en 1814, Anne Lister lui rend visite lorsqu'elle est de passage à York[28],[29]. L'asile de Belcombe ferme en 1853 : le , Eliza est admise à l'asile Terrace House à Osbaldwick[4],[5],[28]. Elle y meurt le , à l'âge de 69 ans[28].

Eliza Raine est enterrée au cimetière de St Thomas’ Church, à Osbaldwick[28],[30].

Postérité

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Eliza Raine est principalement connue et étudiée au travers des journaux intimes codés d'Anne Lister. Elle n'est cependant pas mentionnée dans la série télévisée Gentleman Jack (2019-2022), qui se base sur eux pour mettre en scène la vie d'Anne Lister[1]. Sa relation avec Anne Lister est l'objet du roman Une fille j'ai embrassé (Learned by Heart), d'Emma Donoghue, publié en 2023[31] et traduit en français en 2024[32].

Chris Roulston et Frances B. Singh établissent un parallèle entre le destin d'Eliza Raine et celui de Jane Cumming (en), elle aussi métisse indo-britannique et fille illégitime d'un employé de la Compagnie britannique des Indes orientales : elles furent toutes deux isolées de leurs mères, envoyées au Royaume-Uni après la mort de leurs pères pour être « anglicisées », et rejetées par la société britannique en raison de leur racisation[33],[34].

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Chris Roulston, « Interpreting the Thin Archive: Anne Lister, Eliza Raine, and Telling School Tales », Eighteenth-Century Studies, vol. 55, no 2, , p. 191-213 (ISSN 1086-315X, DOI 10.1353/ecs.2022.0002). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Patricia Hughes, The Early Life of Miss Anne Lister & the Curious Tale of Miss Eliza Raine, Hues Books Limited, , 148 p. (ISBN 9781909275065).
  • (en) Tara Chappell, India Hancox, Charlotte Knight, Isabella Phillips et Zoe Street, « Eliza Raine (1791-1860) », HerStory York, University of York, (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) « Eliza : 1791-1810 », dans Angela Steidele, Gentleman Jack : A Biography of Anne Lister, Regency Landowner, Seducer and Secret Diarist, Profile, , 338 p. (ISBN 9781788161008, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 Chappell et al. 2024, p. 1.
  2. Steidele 2018, 1476.
  3. Roulston 2022, p. 195.
  4. 1 2 3 (en) Rebecca Sophia Katherine Wilson, Georgian Feminists: Ten 18th Century Women Ahead of their Time, Pen and Sword History, (ISBN 978-1-3990-6929-8, lire en ligne), p. 185
  5. 1 2 3 (en) Brenda Ayres, The Routledge handbook of Victorian rebels, Routledge, Taylor & Francis Group, coll. « Routeldge Literature Handbooks », (ISBN 978-1-032-83062-9 et 978-1-003-50757-4), p. 385
  6. 1 2 3 4 5 6 Roulston 2022, p. 195-196.
  7. (en) Frances B. Singh, Scandal and Survival in Nineteenth-century Scotland: The Life of Jane Cumming, Boydell & Brewer, (ISBN 978-1-58046-955-5, lire en ligne), xxii
  8. 1 2 3 Steidele 2018, 1481-1482.
  9. 1 2 3 4 Singh 2020, p. 20-21.
  10. 1 2 (en) A. Donnell et P. Polkey, Representing Lives: Women and Auto/biography, Springer, (ISBN 978-0-230-28744-0, lire en ligne), p. 200
  11. (en) Roberta Jean, « A 19th-century 'Oddity' Who Kept a Diary », Gay & Lesbian Review Worldwide, vol. 26, no 6, , p. 50 (ISSN 1532-1118).
  12. Steidele 2018, 1482-1483.
  13. Roulston 2022, p. 205
  14. Roulston 2022, p. 199.
  15. Steidele 2018, 1485.
  16. Roulston 2022, p. 200.
  17. 1 2 Roulston 2022, p. 203.
  18. Roulston 2022, p. 192.
  19. 1 2 Steidele 2020, 1489.
  20. Steidele 2020, 1490.
  21. Steidele 2020, 1491.
  22. Roulston 2022, p. 204.
  23. Steidele 2020, 1493.
  24. Steidele 2020, 1490-1491.
  25. Roulston 2022, p. 206.
  26. 1 2 3 4 5 6 Chappell et al. 2024, p. 2.
  27. 1 2 3 4 5 6 Roulston 2022, p. 206-207.
  28. 1 2 3 4 Chappell et al. 2024, p. 3.
  29. Roulston 2022, p. 208.
  30. Wilson 2025, p. 186.
  31. (en) Clare Clark, « Learned by Heart by Emma Donoghue review – exquisite imagining of Anne Lister’s first love », The Guardian, (lire en ligne Accès libre).
  32. Clémentine Goldszal, « La deuxième vie d’Anne Lister, aventurière lesbienne oubliée », Le Monde, (lire en ligne Accès limité)
  33. Roulston 2022, p. 197-198.
  34. Singh 2020, p. 233

Liens externes

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