Elizabeth Bugie

Biochimiste américaine

Elizabeth Bugie Gregory, née le 5 octobre 1920 et morte le 10 avril 2001, est une biochimiste américaine qui a codécouvert la streptomycine, le premier antibiotique contre Mycobacterium tuberculosis, au sein du laboratoire de Selman Waksman à l'université Rutgers[1]. Waksman a ensuite remporté le prix Nobel de médecine en 1952 et s'est attribué le mérite de cette découverte.

Elizabeth Bugie
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 80 ans)
Nationalité
Formation
Activités
Enfant
Eileen Gregory (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Directeur de thèse

Biographie

modifier

Elizabeth Bugie nait le de Charles Bugie et de Madeline Turbett. Le père de Bugie n'a jamais poursuivi d'études au-delà du lycée et s'est investi pleinement dans son éducation[1]. Il l'a encouragée à explorer sa curiosité, la poussant ainsi à être analytique et déterminée[2].

Bugie étudie la microbiologie au New Jersey College for Women[1]. Elle fait sont master à l'Université Rutgers, où elle travaille avec Selman Waksman[1]. Son mémoire de master, intitulé « Production of antibiotic substances by aspergillus flavus and chaetomium cochliodes », vise à optimiser la production de flavicine et de chaetomine[3].

Bugie travaille sur des antimicrobiens capables de protéger les plantes contre la graphiose de l'orme[4]. En 1944, Bugie, Waksman et Albert Schatz identifient la streptomycine dans des cultures d'organismes du sol ; cet antibiotique s'avérera actif contre Mycobacterium tuberculosis[5],[6]. On dit à Bugie qu'il n'est pas important que son nom figure sur le brevet, car elle « se marierait et fonderait une famille un jour »[1],[7]. Waksman remporte le prix Nobel de médecine en 1952 et s'attribue tout le mérite de la découverte de la streptomycine[1]. Waksman affirme que Bugie a été plus impliquée dans la découverte que Schatz[8]. Waksman publie également des articles sur sa découverte, mentionnant rarement l'aide qu'il avait reçue[1],[9]. Bugie reçoit finalement 0,2 % des redevances sur la streptomycine[10]. Après la découverte de la streptomycine, Bugie travaille sur la minocrosporine (en), une glycoprotéine pigmentée active contre les bactéries Gram-positives[11]. Bugie travaille pour Merck & Co. où elle évalue l'acide pyrazinoïque (en) et la pénicilline comme antibiotiques contre Mycobacterium tuberculosis[12]. Bugie développa plusieurs substances antimicrobiennes[13],[14].

Après ses études, Bugie épouse Francis Joseph Gregory, lui aussi microbiologiste au laboratoire Waksman[1]. Après avoir élevé ses enfants, Bugie reprend ses études et obtient un diplôme en bibliothéconomie[1]. Sa fille, Eileen Gregory, est microbiologiste au Rollins College (en)[1]. Elle a déclaré que sa mère « faisait de la recherche non pas pour la notoriété, mais par amour de la science »[2].

Bugie meurt le [15].

Découverte de la streptomycine

modifier

La découverte de la streptomycine est due en grande partie à trois personnes : Waksman, Shatz et Bugie, plus tard connue sous le nom d'Elizabeth Gregory. Leur étroite collaboration a permis, au final, la découverte de la streptomycine. Waksman est historiquement celui qui a reçu la plus grande reconnaissance.

Lorsqu'on examine les contributions à l'étude et à la découverte de la streptomycine, Bugie a contribué autant, voire plus, que Shatz[16]. Cependant, la répartition des rémunérations est inégale. Schatz a intenté un procès à Waksman pour obtenir des redevances[1], mais lors du partage, Waksman reçoit 10 %, Schatz 3 %, et les autres membres du laboratoire se sont partagé les 7 % restants, dont 0,2 % pour Bugie[2]. Lors de la dépose du brevet, ni Waksman ni Shatz n'ont inclus Bugie, arguant que cela n'aurait pas d'importance puisqu'elle serait mariée et aurait des enfants un jour[17]. Lors de la signature initiale du brevet, Bugie a signé une déclaration sous serment[18] dans laquelle elle affirme avoir été informée de l'existence de la streptomycine par Waksman et Shatz et n'avoir joué aucun rôle dans sa découverte[18]. Cependant, les filles de Bugie ont rapporté plus tard qu'elle aurait déclaré que si le mouvement de libération des femmes avait existé à l'époque, elle aurait été reconnue pour sa contribution à la découverte de la streptomycine[1]. Shatz a expliqué que « le fait que Waksman lui ait demandé d'effectuer ce travail témoigne de ses talents et de ses compétences »[2], démontrant ainsi l'impact considérable qu'elle a eu et la faible rémunération qu'elle a reçue.

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Angelova, « Elizabeth Bugie – the invisible woman in the discovery of streptomycin », Scientista | Women in STEM (consulté le )
  2. 1 2 3 4 (en) « Obiturary: Elizabeth Gregory / Did McCandless woman get fair shake for role in discovery of streptomycin? » [archive du ], old.post-gazette.com (consulté le )
  3. Production of antibiotic substances by aspergillus flavus and chaetomium cochliodes (lire en ligne)
  4. (en) Waksman et Bugie, « Action of Antibiotic Substances Upon Ceratostotnella ulmi », Proceedings of the Society for Experimental Biology and Medicine, vol. 54, no 1, , p. 79–82 (ISSN 0037-9727, DOI 10.3181/00379727-54-14310, S2CID 87534513)
  5. « History of medicine - Medicine in the 20th century », Encyclopedia Britannica, (lire en ligne, consulté le )
  6. Schatz, Bugle et Waksman, « Streptomycin, a Substance Exhibiting Antibiotic Activity Against Gram-Positive and Gram-Negative Bacteria. », Proceedings of the Society for Experimental Biology and Medicine, vol. 55, no 1, , p. 66–69 (ISSN 0037-9727, DOI 10.3181/00379727-55-14461, S2CID 33680180)
  7. (en) « Elizabeth (Bugie) Gregory - published landmark article in 1944 - Newspapers.com », Newspapers.com, (lire en ligne, consulté le )
  8. (en) « Selman Waksman and Antibiotics - Landmark - American Chemical Society », American Chemical Society (consulté le )
  9. (en) « Streptomycin — arrogance and anger », Pharmaceutical Journal, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. « Their Dispute Over Discovery of Streptomycin Is Settled », www.albertschatzphd.com (consulté le )
  11. (en) Selman A. Waksman, Walton B. Geiger et Elizabeth Bugie, « Micromonosporin, an Antibiotic Substance from a Little-known Group of Microorganisms », Journal of Bacteriology, Baltimore, ASM et inconnu, vol. 53, no 3, , p. 355-357 (ISSN 0021-9193, 1098-5530 et 1067-8832, OCLC 474775920 et 1800435, PMID 16561279, PMCID 518315, DOI 10.1128/JB.53.3.355-357.1947).Voir et modifier les données sur Wikidata
  12. (en) Douglas E. Eveleigh et Joan W. Bennett, Women Microbiologists at Rutgers in the Early Golden Age of Antibiotics, (ISBN 9781555819538, DOI 10.1128/9781555819545)
  13. (en) Waksman et Bugie, « Strain Specificity and Production of Antibiotic Substances », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 29, no 9, , p. 282–288 (ISSN 0027-8424, PMID 16578091, PMCID 1078613, DOI 10.1073/pnas.29.9.282)
  14. (en) Waksman et Bugie, « Chaetomin, a New Antibiotic Substance Produced by Chaetomium cochliodes: I. Formation and Properties », Journal of Bacteriology, vol. 48, no 5, , p. 527–530 (ISSN 0021-9193, PMID 16560863, PMCID 374002, DOI 10.1128/jb.48.5.527-530.1944)
  15. Christopher Snowbeck, « Obiturary: Elizabeth Gregory / Did McCandless woman get fair shake for role in discovery of streptomycin? », Pittsburgh Post-Gazette, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  16. (en) « Selman Waksman and Antibiotics - Landmark », American Chemical Society (consulté le )
  17. (en-US) « The Forgotten Women of the Antibiotics Race », Lady Science (consulté le )
  18. 1 2 (en) Wainwright, « Streptomycin: Discovery and Resultant Controversy », History and Philosophy of the Life Sciences, vol. 13, no 1, , p. 97–124 (ISSN 0391-9714, PMID 1882032, JSTOR 23330620, lire en ligne)

Liens externes

modifier