Elvira Trueba

féministe mexicaine

Elvira Trueba, née en 1899 et morte en 1993, est une féministe, syndicaliste et suffragiste mexicaine. Elle est une figure pionnière pour la lutte des femmes travailleuses et pour les ouvriers au Mexique[1]. Ses revendications pour les droits sociaux et politiques des femmes font d‘elle une actrice marquante du féminisme mexicain du début du XXe siècle.    

Biographie

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Elvira Trueba naît à Nanacamilpa, dans l’État de Tlaxcala au Mexique[1] dans un contexte de transformations sociales marquées par la Révolution mexicaine (1910-1920). Elle est issue de la classe moyenne, mais obtient une éducation avancée pour son époque. Après des études dans une école anglaise pour filles à Mexico, où elle acquiert une solide formation linguistique et administrative, elle commence à travailler comme secrétaire aux Chemin de fer nationaux du Mexique dans l’État de Puebla. Vers 1921, grâce à son militantisme, elle devient la première et seule femme à siéger au comité de grève du syndicat des cheminots. Toutefois, la grève échoue et Elvira Trueba est congédiée. Lorsqu'elle tenta de se faire embaucher chez General Electric, sa candidature fut rejetée en raison de son engagement dans le mouvement des cheminots. Malgré tout, elle ne perdit pas espoir et par la suite, elle commença un travail au sein du Département du District fédéral où elle milita, encore une fois, auprès du syndicat national des employés du gouvernement. Cette fois, le Syndicat national obtient gain de cause. Par la suite, elle deviendra une militante importante au sein de la Confederación de Trabajadores de México (CTM) et elle contribuera à ouvrir la voie à la participation féminine dans les structures syndicales, traditionnellement réservées aux hommes. Elle luttera ainsi pour la reconnaissance et le respect des droits des femmes en tant que travailleuse jusqu’à sa mort en 1993[1].

Engagement féministe et suffragiste

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Le militantisme de Elvira Trueba ne se limite pas au monde ouvrier : dans les années 1930, tout comme Elvia Carrillo Puerto et Maria del Refugio García, elle rejoint le rang des suffragistes mexicaines au sein de l’Union de Mujeres Americanas (en) (UMA). Elle y est même nommée secrétaire générale. En tant que dirigeante, Trueba défend activement le droit de vote des femmes au Mexique et la reconnaissance juridique de la citoyenneté féminine. De plus, elle participe au Front des femmes mexicaines, qui soutient la candidature de Lázaro Cárdenas à la présidence de pays puisqu’elles voient en lui un allié pour les réformes progressistes[1].

Son combat atteint son apogée lorsque Elvira Trueba exige la réforme de l’article 34 de la Constitution mexicaine qui consiste à reconnaître les femmes comme citoyennes mexicaines à part entière. Ses revendications se font entendre, mais aucune action n’est posée dans l’immédiat, alors, au côté d’autres militantes, elle organise une manifestation devant la Chambre des députés. Durant plusieurs jours, elles manifestent avec des pancartes où sont inscrits leurs revendications sur les deux faces, ce qui leur vaut le surnom de « femmes sandwich[1] ».

Trueba propage aussi son message dans les universités et les espaces public menant ainsi des campagnes de sensibilisation pour la reconnaissance des femmes comme citoyennes, travailleuses et électrice. Son féminisme social et populaire visa la transformation concrète de la condition féminine au Mexique, mais aussi à l’international[1].

Engagement syndicaliste

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Dès 1919, Elvira Trueba milite pour que les femmes puissent s’organiser et participer aux instances syndicales au même titre que les hommes. Pour elle, le syndicalisme ne doit pas être réservé aux hommes ni se limiter à la négociation salariale : il doit devenir un outil d’émancipation collective, de solidarité, de conscience politique et un espace de formation. Il est donc nécessaire d’unir les revendications économiques et politiques des travailleuses. En travaillant au Syndicat national des employés du gouvernement, elle œuvre à la protection des droits du travail et à la sécurisation des conditions d’emploi. Elvira Trueba fait partie des premières militantes à affirmer que la lutte féministe et la lutte ouvrière sont indissociables.

Plus tard, elle s’installe aux États-Unis pour poursuivre son action syndicale à l’internationale. C’est ainsi que, durant la Seconde Guerre mondiale, elle collabore avec les ouvrières, principalement des milieux navals et aéronautique afin de leur apporter du soutien et de la solidarité dans leurs propres combats pour l’égalité au travail[2].

Réponses antiféministes

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Les luttes d’Elvira Trueba se sont heurtées à une résistance antiféministe enracinée dans la société mexicaine du début du XXe siècle. Dès le début, elle a dû affronter un double front : celui d’une Église catholique soucieuse de préserver le patriarcat et celui d’un État laïc qui, malgré la modernité, exclut encore les femmes de la pleine citoyenneté.

La Constitution mexicaine de 1917 réserve la citoyenneté aux hommes, excluant les femmes du droit de votes (article 34). Les dirigeants craignent un vote féminin soumis à l’influence catholique, révélant une peur commune aux élites politique et religieuse : celle de voir l’ordre social bouleversé[3]. Par l’intermédiaire de la Unión Femenina Católica Mexicana (UFCM), l’église catholique renforce l’idée de la femme réduite à son rôle maternel, domestique et pieux. Certaines figures catholiques, comme Alfonso Junco, affirment que le féminisme dénaturait la femme en la forçant à imiter l’homme, et rien n’est plus disgracieux qu’une femme qui agit en homme[3].

À leur époque, Elvira Trueba et les autres militantes l’entourant n’ont pas été perçues comme perturbatrices de l’ordre moral. Alors que les féministes réclamaient une égalité civique et économique, les associations religieuses féminines prônaient plutôt une émancipation limitée compatible avec la doctrine chrétienne. Cette résistance ne s’est pas limitée au camp conservateur : les milieux révolutionnaires et socialistes ont aussi redouté que l’émancipation féminine ne remette en cause les rôles traditionnels de genre[4].

Legs à la cause féministe

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Elvira Trueba incarne un féminisme ouvrier et citoyen enraciné dans les réalités sociales du Mexique au XXe siècle. Elle refuse catégoriquement un féminisme limité à la bourgeoisie. Elle défend au contraire, l’émancipation de toutes les femmes fondées sur la dignité, sur la solidarité et sur le travail. Pour elle, l’émancipation féminine repose sur trois principes : la justice économique afin de garantir l’indépendance matérielle, la solidarité interaméricaine puisque la libération féminine doit d’étendre au-delà des frontières afin de perdurer et la reconnaissance juridique et politique pour donner pleine citoyenneté aux femmes. Jusqu’à sa mort, Trueba demeure active au sein de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, en conciliant travail et militantisme[2].

Aujourd’hui, la Commission nationale des droits de l’Homme du Mexique (CNDH) reconnait Elvira Trueba comme « luchadora social, feminista, sufragista y líder sindical mexicana », soit « Militante sociale mexicaine, féministe, suffragette et dirigeante syndicale »(trad)uction libre)[2].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 Municipalité de Nanacamilpa, « Tu Municipio - Datos acerca de Nanacamilpa », Gobierno municipal 2024-2027 Nanacamilpa, s.d., consulté le 2 novembre 2025.
  2. 1 2 3 CNDH México, « Naissance d’Elvira Trueba, militante féministe, suffragette et dirigeante syndicale mexicaine », Commission nationale des droits de l’homme au Mexique, s.d., consulté le 2 novembre 2025.
  3. 1 2 Pedro Espinoza Meléndez, « Antifeminismo y feminismo católico en México. La Unión Femenina Católica Mexicana y la revista Acción Femenina, 1933 – 1958 », Revista Interdisciplinaria de Estudios de Género de El Colegio de México, 6, (2020), p. 3 et 8-9.
  4. Gabriella Cano, « Chapter 19: The Feminist Debate in Mexico », The Routledge History of Latin American Culture, New York, 2017, p. 284-297.

Voir aussi

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