Emma Saïd Ben Mohamed

chanteuse française

Emma Saïd Ben Mohamed, de son nom d'artiste Aïcha et Aicha Ben Mohamed, est une artiste de cirque et chanteuse française, née le à Soissons et morte le à Paris[1]. Elle est la grand-mère maternelle d'Édith Piaf.

Emma Saïd Ben Mohamed
Détail d'une carte publicitaire stéréoscopique française en papier de soie représentant "Aïcha" (comme indiqué au verso), de la marque Le Moulin Rouge.
Biographie
Naissance
Décès
Pseudonyme
AïchaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père
Said ben Mohammed (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Marguerite Bracco (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant

Biographie

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Emma Saïd Ben Mohamed naît en 1876, rue de la Paix à Soissons, dans la roulotte de ses parents[2],[3], artistes de cirque. Son père, Saïd Ben Mohamed est un artiste acrobate, qui serait né en 1827 à Constantine, en Algérie[4],[5]. D'autres sources indiquent qu'il est né à Mogador, aujourd'hui connue sous le nom d'Essaouira, Maroc[6],[7],[8]. Ses origines sont controversées, berbère du Maroc selon Albert Bensousan[9][réf. à confirmer], et selon les confidences rapportées par le secrétaire de l'actrice Arletty[10], kabyle (berbère de Kabylie, en Algérie) selon sa sœur Denise Gassion[11] et Marcel Cerdan Jr[12], selon Monique Lange[13],[14], d'Algérie selon la revue à potins Vedettes[15].

Origines familiales

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Sa mère, Marguerite Bracco ou Margherita Brague[16] - née à Murazzano en Italie le [17] et décédée le dans le 11e arrondissement de Paris[18] - est artiste acrobate. Fille aînée de Jacques Joseph Antoine Bracco (né à Alexandrie), artiste mécanicien, et de Catherine Chapelle (ou Chiappella), directrice de cirque née à Coni, Margherita est vraisemblablement issue des Sinté piémontais, familles foraines notables du nord de l'Italie dont certaines branches s'installeront par la suite en France. En 1853, la famille résidait à Poitiers, comme en témoignent les actes de mariage de Marie-Élisabeth, qui s’unissait à un certain Mustapha Ben Bel Aid, et de Marguerite, dont l’union avec Saïd Ben Mohamed, natif de Constantine, en Algérie[4],[5] ou Mogador (Essaouira), fut célébrée le à Poitiers[17]. Son père était Mohamed Ben Mohamed et sa mère Ajoh Ben Ali (également mentionnée sous les noms d'Ajose Beau Arsé[19] et d'Ajoh Bent[4]). Et décédé le à Montluçon[20] Peu après, en 1855, des traces de la famille Bracco apparaissent à Rouen, où l’aînée, Anne, se marie avec Abdel Abraham Amor, artiste acrobate originaire de Soussa et âgé d’environ quarante ans[21]. De l’union de Marguerite Bracco avec Saïd Ben Mohamed naîtront quatre filles et un garçon. Parmi elles, Rose, venue au monde le 1er avril 1852 à Payré[22], chez un ami de la famille, Pierre Moinet, ancien cabaretier, et Emma, née à Soissons dans la roulotte de ses parents. Elles vont sillonner la France avec le Théâtre Saïd, la troupe itinérante de la famille Saïd[23],[24].

Le Théâtre Said

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Le Théâtre Saïd est une troupe familiale itinérante dirigée par Eugène Saïd, dans laquelle se produisent plusieurs membres de la famille Saïd[23],[24]. La troupe est mentionnée pour la première fois dans la presse en 1888[25]. En juin 1890, le nom de Grand Théâtre Saïd apparaît pour la première fois[26]. La même année, un article indique que le Théâtre Saïd était auparavant connu sous le nom de Théâtre Bracco-Moustapha, établissant un lien direct avec la Grande loge de la troupe des Cinq-Nations, dirigée par Bracco et Mustapha. Le père d’Emma, Saïd Ben Mohamed, avait auparavant travaillé comme artiste au sein de cette troupe[24].

Emma apparaît au sein du Théâtre Saïd sous le nom de Miss Emma. Le 29 janvier 1891, à Roanne, elle est notamment annoncée dans un numéro intitulé Les Jeux indiens.

Dans L'Écho de Lodève du 10 janvier 1892[27], il est ainsi indiqué que les artistes se produisent « chez eux », leurs parents étant originaires de Lodève.

En août 1892, Miss Emma Saïd est décrite comme se produisant au Théâtre Saïd[28]. Une critique locale salue sa prestation pour sa grâce et sa dextérité remarquables et décrit ses exercices de jonglerie avec des boules, des cerceaux et des poignards. Son physique est décrit comme celui d'une "svelte fillette", et l'article souligne également ses "petites mains" agiles[28].

Le 28 octobre 1893, elle est présentée comme jongleuse[29].

En 1894, Emma Saïd est de nouveau décrite comme se produisant au sein du Théâtre Saïd. Une critique de presse fait l'éloge de "Miss Emma Saïd" pour ses "exercices d'équilibriste". Le même article mentionne également un artiste nommé Maillard, nom de famille de son futur époux[30].

Mariage avec Auguste Maillard et naissance d'Annetta Maillard

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Emma épouse en 1894 Eugène Maillard, rencontré en tournée en Italie, où elle présentait un numéro de puces sauteuses[1],[31]. De leur union naît, en 1895, une fille, Annetta Maillard, future chanteuse sous le nom de Line Marsa, et future mère d'Édith Piaf.

Dans les années 1910, Emma Saïd habite au 91 rue Rébeval dans le XIXe arrondissement, sur les hauteurs de Belleville à Paris. Édith Gassion, future Piaf, sa petite-fille, lui est confiée bébé en 1915 par sa mère, Annetta Maillard, qui est pauvre, a peu la fibre maternelle et est tombée amoureuse d'un homme[15],[32]. Lors du baptême d'Édith en l'église Saint-Jean-Baptiste de Belleville, en 1917, Emma « née Saïde » (sic) est sa marraine[33]. Emma Saïd est souvent décrite comme une alcoolique[33] qui ne se serait pas occupée de la petite fille, la laissant dans la saleté, en ignorant l'eau et l'hygiène. Ses biberons, selon la légende, se seraient faits au vin rouge[32], ce que contestent certains biographes[34]. Édith reste environ 18 mois dans la pauvre demeure de sa grand-mère maternelle avant d'être confiée à sa grand-mère paternelle, patronne d'une maison close en Normandie[33].

Le mari d'Emma, Eugène Maillard, meurt en 1912. Elle se remarie, en 1923, avec un coiffeur, Adolphe Louis Cornu (1867-1937).

Au début des années 1920, elle ne peut plus chanter à cause de sa voix vieillie ; elle devient femme de ménage. Alcoolique et fumeuse, elle meurt en de la tuberculose.

Moulin Rouge

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Des témoignages contemporains et des récits ultérieurs associent Aïcha aux premières années du Moulin Rouge.

Un article de presse publié le 16 novembre 1889 décrit le Moulin Rouge comme un lieu de rencontre à la mode et rapporte que le public s'y pressait pour assister aux représentations de Selika exécutant la danse du ventre, aux côtés de Mlles Zorah, Mih'ma, Ben Saïda et Aïcha. Cet article constitue l'une des premières références contemporaines à Aïcha en tant qu'artiste se produisant au tout nouveau Moulin Rouge[35].

Un autre article de presse contemporain, publié à Vitry-le-François le 24 février 1892, mentionne Aïcha parmi les artistes du Concert Cosmopolite, aux côtés de Zora, Mima et Sidi Ben Kaddour. L'article relate le départ imminent de la troupe itinérante de Vitry-le-François. Leurs représentations sont décrites comme des danses du ventre et des spectacles à thème oriental mettant en scène des voiles, de la dentelle, des colliers de perles et des tambourins[36].

Une annonce de programme publiée en avril 1892 mentionne également Aïcha parmi les artistes du Concert Cosmopolite à Paris. Le programme présente plusieurs artistes dont les noms correspondent étroitement à ceux cités dans les articles de presse de 1889 et de 1892. Elle y interprétait la danse des Almées, tandis que les autres artistes comprenaient Mlles Zora (qui effectue des numéros de danse kabyle au Bal Tabarin), Mima Ben-Saïd (danse du Berber), ainsi que Sidi Mustapha et Sidi Ben Kadour (danse Mauresque et Pilou-Pilou)[37].

Dans Mes Mémoires (p. 54), la danseuse Jane Avril décrit "Aïcha", qu'elle présente comme une débutante algérienne, comme l'une des nouvelles recrues de la troupe du Moulin Rouge. Avril évoque une altercation largement commentée entre Aïcha et La Goulue, qui aurait culminé par un duel nocturne sur le pont Caulaincourt, où des spectateurs seraient intervenus pour empêcher La Goulue d'être précipitée du pont. Bien qu'Avril précise ne pas avoir assisté elle-même à la scène, elle indique que l'incident lui fut rapporté le lendemain[38].

Dans Amours 1900, ouvrage historique faisant partie de la série 1900 La Bourgeoise Absolue (1961), Armand Lanoux décrit également Aïcha comme une artiste algérienne appartenant à la troupe du Moulin Rouge de Charles Zidler, où elle se produisait comme danseuse orientale. Lanoux attribue la rivalité entre Aïcha et La Goulue aux moqueries d'Aïcha à l'égard du portrait La Goulue au Moulin Rouge d'Henri de Toulouse-Lautrec, lesquelles auraient provoqué le duel.

Il subsiste également une rare carte stéréoscopique sur tissu (tissue diaphanotype), publiée par B.K. Edit à Paris, représentant une Aïcha vêtue d'un costume oriental, semblable à celui figurant dans La Danse mauresque de Toulouse-Lautrec. Cette carte, portant la mention "Le Moulin Rouge" et numérotée "77 Aïcha", est généralement considérée comme datant des années 1890.

Carte publicitaire stéréoscopique en papier de soie français représentant "Aïcha" (tel qu'indiqué au verso), de la marque Le Moulin Rouge.
Verso de la carte publicitaire stéréoscopique française en papier de soie représentant "Aïcha" (tel qu'écrit), de la marque Le Moulin Rouge.

Dans la culture populaire

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  • Selon Arletty, sur La Danse mauresque[39], l'un des panneaux du Décor de la baraque de la Goulue de Toulouse-Lautrec, Emma Saïd pourrait être la danseuse mauresque assise à droite, derrière son amie La Goulue[40].
Détail de "La Danse mauresque" (1895), l'un des panneaux du "Décor de la baraque de La Goulue" d'Henri de Toulouse-Lautrec.
  • Une photographie d'Aïcha, cotée 4-ICO-PER-153[41], a été léguée au Département des Arts du Spectacle (créé quelques années auparavant) par Michel Simon en 1945, année de la mort de Line Marsa, la mère d'Edith Piaf.
  • Le roman historique Moulin Rouge (1950) de Pierre La Mure mentionne également Aïcha parmi les artistes réunis par Charles Zidler pour l'ouverture du Moulin Rouge, en la décrivant comme une danseuse du ventre[42].

Notes et références

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  1. 1 2 Emma Saïd Ben Mohammed sur Geneanet.org
  2. Acte de naissance, A.D. de l'Aisne en ligne, état civil ; Soissons ; Décès, Mariage, Naissance; 1876; vue 129/386 (taper Soissons et 1876 dans "année exacte" puis faire défiler jusqu'à la vue 129).
  3. « Eleveuses de Puces et de Piaf : Acte de naissance et photographies », sur debretagneensaintonge.eklablog.fr (consulté le )
  4. 1 2 3 « France, Vienne, Etat-Civil, 1792-1913 » (consulté le )
  5. 1 2 « État civil collection des microfilms (avant 1905) Soissons » (consulté le )
  6. « Monique Lange et Edmonde Charles-Roux à propos d' Edith Piaf », sur www.ina.fr, (consulté le )
  7. Death certificate Year 1890, France, Montluçon (03), 1890, N°501, 2E 191 194
  8. K. Direche-Slimani, « Kabylie : L'émigration kabyle », Encyclopédie berbère, no 26, , p. 4046–4050 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1428, lire en ligne, consulté le )
  9. Albert Bensoussan, Edith Piaf, Gallimard, 2012, p. 11 : « Là aussi, le récit flirte avec la légende… La grande famille berbère de la diaspora ne manquera pas de revendiquer Edith Piaf (au même titre que Mouloudji ou qu'Isabelle Adjani) au panthéon des gloires d'outremer données à la France ».
  10. « Elle partageait ses repas avec Line Marsa, la mère d'Edith Piaf, Anetta Maillard, de son vrai nom, était la fille d'un directeur de cirque et d'Aicha Ben Mohamed, une Kabyle marocaine, copine de La Goulue », écrit ainsi Michel Souvais dans son Arletty, confidences à son secrétaire.
  11. Denise Gassion et Robert Morcet, Edith Piaf secrète et publique (ISBN 9782307436379), p. 18
  12. Marcel Cerdan junior et Gilles Durieux, Piaf et moi (ISBN 9782403040197, lire en ligne)
  13. Monique Lange in Histoire de Piaf, Ramsay, 1979 et Apostrophe, Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, sur Ina.fr, 1er janvier 1970.
  14. Claude Fléouter, « La voix kabyle de Piaf », sur Le Monde, (consulté le ).
  15. 1 2 Nicole Moran, « Sa Maman » : Photo-reportage et interview de Line Marsa, revue Vedettes, no 28 du 24 mai 1941, pp. 6-7. Lire en ligne
  16. « France, Vienne, Etat-Civil, 1792-1913 » (consulté le )
  17. 1 2 État civil Poitiers, Mariages - 9 E 229/308
  18. État civil Paris, Décès - V4E 9240
  19. « France, Vienne, Etat-Civil, 1792-1913 » (consulté le )
  20. État civil Montluçon, Décès - 2 E 191/94
  21. Anne Bracco s'est mariée avec Abdel Abraham Amor le 17 novembre 1855 à Rouen et Marie-Élisabeth s'est mariée avec Mustapha Ben Bel Aïd le 4 février 1853 à Poitiers.
  22. Réf EC86188-1852-N-002150-0000000438 Etat civil - Archives de la Vienne (Payré)
  23. 1 2 « Le Petit Clermontois : quotidien, républicain, régional », (consulté le )
  24. 1 2 3 « Journal d'Indre-et-Loire : affiches, annonces et avis divers », (consulté le )
  25. « Le Progrès du Midi : Journal quotidien », (consulté le )
  26. « La Dépêche : journal de la démocratie », (consulté le )
  27. L'Écho de Lodève du 10 janvier 1892, Gallica intra muros, BNF
  28. 1 2 « La Gazette d'Annonay »,
  29. « Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire »,
  30. « Le Nouveau journal : artistique et littéraire : organe des artistes lyriques et des chansonniers / rédacteur en chef Henry Moreau »,
  31. Duclos - Martin, Piaf, Éd. du Seuil
  32. 1 2 Pierre Pernez, Édith Piaf, une vie vraie, City Edition, , 256 p. (lire en ligne)
  33. 1 2 3 AlloCine, « Edith Piaf : 50 ans après sa mort, la vérité sur "La Môme" ! », Interview de Robert Belleret, sur AlloCiné, (consulté le )
  34. Robert Belleret, Piaf, un mythe français, Fayard, , 500 p. (ISBN 978-2-213-67030-0, lire en ligne)
  35. Rouge et noir : littéraire, politique, judiciaire et financier / Henri Monthinaux, rédacteur en chef, (lire en ligne)
  36. Le Républicain de l'arrondissement de Vitry-le-François : journal politique, littéraire, commercial et agricole : paraissant les mercredi et samedi..., (lire en ligne)
  37. Le Petit Troyen : journal démocratique régional, (lire en ligne)
  38. Jane Avril, Mes Mémoires, (lire en ligne)
  39. La Danse mauresque
  40. Michel Souvais, Arletty, Confidences à son secrétaire, Editions Publibook, (ISBN 978-2-7483-3224-7, lire en ligne), p. 144
  41. « Consultation », sur archivesetmanuscrits.bnf.fr (consulté le )
  42. Pierre La Mure., Moulin Rouge: A Novel based on the Life of Henri de Toulouse-Lautrec, (lire en ligne)

Bibliographie

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  • Pierre Duclos & Georges Martin, Piaf - Biographie, Éditions du Seuil, 1995, (ISBN 9782020239165)

Articles connexes

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