Emmanuel Dupaty

dramaturge, chansonnier, journaliste et officier de marine français

Emmanuel Dupaty, né le à Blanquefort et mort le à Paris 2e, est un journaliste, conservateur, dramaturge, goguettier et chansonnier français.

Emmanuel Dupaty
Gravure de Massard d’après Devéria.
Fonction
Fauteuil 10 de l'Académie française
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Emmanüel Félicité Louis Charles Du PatiVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Les CC. DVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Rédacteur à
La Minerve, Le Miroir des spectacles (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Famille Mercier du Paty (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Fratrie
Conjoint
Sophie Belmont (d) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Distinction
Sépulture au Père-Lachaise.

Biographie

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Deuxième fils de Marie Louise Adélaïde Fréteau et du magistrat bordelais Jean-Baptiste Mercier Dupaty, auteur des Lettres sur l’Italie à succès mises à l’Index par Rome[1], il monte, très jeune, à Paris. Appelé en 1792, il entre dans la marine comme aspirant. Le , il se signale par son courage à bord du Patriote (en), l'un des navires chargés d'escorter un convoi de vaisseaux transportant du blé en provenance des États-Unis, dans le combat naval qui voit le Vengeur (en) envoyé par le fond par une escadre britannique au large de Brest[2]. Grièvement blessé, il manque y périr, mais survit[1].

Il est envoyé en mission comme ingénieur-hydrographe sur les côtes du sud-ouest de la France et de l’Espagne, jusqu’en 1797. De retour à Paris, la Révolution haïtienne l’ayant ruiné, il se voit obligé, pour subsister, de se tourner vers l’écriture dramatique. Son ouvrage de début, l’opéra-comique, les Valets dans l’antichambre, créé à l'Opéra-Comique, le , est immédiatement interdit par la police, après cette unique représentation. L’ouvrage ne critiquait pas ouvertement le régime, mais des allusions ont été perçues comme une moquerie directe de l'entourage immédiat du Premier Consul. La mise en scène de valets qui, parvenus à une certaine position, imitaient les manières des grands seigneurs d’Ancien Régime, a pu être interprétée comme une caricature des nouveaux dignitaires du Consulat issus de la Révolution. À une époque où le régime consulaire était très sensible à toute forme de critique ou de moquerie, même légère, la suggestion d’une dérive « dynastique » de la famille Bonaparte était intolérable, et la sanction a été disproportionnée par rapport au « délit » : arrêté, conduit à Brest, détenu quelque temps en rade, avec la perspective d’être envoyé rejoindre l'armée du général Leclerc à Saint-Domingue, il n’a été gracié qu’in extremis par Napoléon, probablement grâce à l'intervention de Joséphine. La suite des événements a pourtant montré que Dupaty avait fait preuve de prescience[1].

Les déboires que lui ont valu L'Antichambre ou les Valets maîtres, qui sera, par la suite, renommée Picaros et Diego ou la Folle Soirée, ne l’ont pas dissuadé d’abandonner la carrière militaire pour se consacrer entièrement à la culture des lettres. Apparemment peu rancunier, il livre quelques pièces de circonstance, comme les Heures, quadrille allégorique en action, exécuté aux Tuileries, devant l'Empereur et la cour, par la reine de Naples Caroline Murat, la Fête de Meudon, à l'occasion du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, Gardons-les bien, ronde patriotique en l'honneur de Marie-Louise et du roi de Rome, chantée le à lOpéra, les paroles d'un intermède exécuté le 3 février 1815[3].

La plupart de son théâtre sera produit sous l'Empire. Écrites en collaboration, notamment avec Jean-Nicolas Bouilly, Jean-Baptiste Mardelle, Noël Aubin, Pierre-Yves Barré et François-Georges Desfontaines. « presque sans intervalle, ces pièces gracieuses à demi écrites, à demi chantées[4] », dont les plus connues sont la Jeune Prude, Ninon chez Mme de Sévigné, l'Intrigue aux fenêtres, le Jaloux malade, la Jeune Mère, la Leçon de botanique, Picaros et Diégo, les Voitures versées, qui ont fait la vogue du Vaudeville et de l’Opéra-Comique. La Prison militaire, comédie d'intrigue en cinq actes et en vers, est bien menée[1].

En 1814, lors de l’ultime bataille de la campagne de France, qui verra la capitulation et l’abdication de Napoléon, il est représenté participant, aux côtés d'autres défenseurs de Paris des cercles bonapartistes, à la défense de Paris, par Horace Vernet, dans La Barrière de Clichy. Défense de Paris, le 30 mars 1814[5].

À la Restauration, engagé aux côtés des écrivains libéraux, il combat la réaction royaliste dans des journaux comme la Minerve et Le Miroir des spectacles (d). Le climat de forte tension politique de la période de la terreur blanche lui inspire la satire virulente intitulée les Délateurs. Né de l'indignation à la suite de l'assassinat du maréchal Brune et des troubles sanglants qui ont éclaté dans le midi de la France, les Délateurs stigmatise les « odieux excès » commis par les dénonciateurs durant cette période marquée par des représailles et des crimes populaires. Y sont dénoncés la lâcheté de la dénonciation et les violences commises au nom du roi[1].

Les Délateurs a longtemps été cité comme un acte de probité politique et comme une œuvre de talent[1]. Son auteur avait le défaut de de céder trop facilement à l’enthousiasme politique. Comme nombre de personnes de son époque, il s’est laissé emballer par les promesses des nouveaux régimes. Cependant, dès que la réalité a trahi ses espoirs, il n’a pas hésité à rejoindre sans détour les rangs de l’opposition[3]. C’est ce qui a amené le Dictionnaire des girouettes (d) à brocarder un homme « aussi versatile que volatil […] pour les louanges multipliées qu’il a su varier à l’infini, suivant les lieux et les circonstances[6] » Néanmoins, les Délateurs a contribué à la réputation d'auteur libéral engagé de Dupaty.

Membre des sociétés du Caveau et des Enfants d'Apollon, il compose des chansons pour la Société du Caveau.

En 1836, il est élu à l'Académie française, malgré son style, qui n'était pas de la meilleure source. Un jour que, pour une élection académique, Charles Nodier lui demandait sa voix, en le faisant souvenir qu'il lui avait donné la sienne, Dupaty répond : « Je n'avais pas besoin que tu me le rappelas »asses, répliqua seulement Nodier, ce qui a donné lieu à cette épigramme :

De ton mauvais français nos oreilles sont lasses,
Dupaty, quand l’aspect du fauteuil faisait fuir,
Qu'il réunit souvent le velours et le cuir ?

Dupaty disait lui-même : « Je suis entré à l'Académie avec du billon[1]. » Le , il est nommé conservateur adjoint de la bibliothèque de l'Arsenal.

La maladie donc il souffrait s’étant aggravée, dans les semaines précédant sa mort, il est mort à l'hôpital de la Charité, laissant sa dernière pièce, Isabelle de Palestine, inachevée[1]. Il a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Il est le frère du sculpteur Charles Dupaty.

Œuvres

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Théâtre
  • Figaro, directeur des marionnettes, comédie en 1 acte et en prose, mêlée de vaudevilles et d'ariettes, Paris, théâtre du Palais-Royal, 31 décembre 1784.
  • Arlequin journaliste, comédie en 1 acte, en prose, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 22 frimaire an VI (1797) lire en ligne sur Gallica.
  • L'Opéra-comique, opéra-comique en 1 acte, en prose et ariettes, Paris, Opéra-Comique, 21 messidor an VI (1797).
  • Les Français à Cythère, comédie en 1 acte, en prose, mêlée de vaudevilles, Paris, Vaudeville, 17 mars 1798.
  • Le Chapitre second, comédie en un acte, Paris, Opéra-Comique, 29 prairial an 7 (1798).
  • Le Déménagement du salon, ou le Portrait de Gilles, comédie-parade en 1 acte et en vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 25 vendémiaire an VII.
  • Arlequin tout seul, comédie-monologue en prose et vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 14 frimaire an VII (1798).
  • Le Buste de Préville, impromptu en 1 acte et en prose, Paris, théâtre de la République, 25 nivôse an VIII (1799).
  • La Girouette de Saint-Cloud, impromptu en 1 acte, en prose, mêlé de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 23 brumaire an VIII (1799).
  • D'auberge en auberge, ou les Préventions, comédie en 3 actes, Paris, Opéra-Comique, 26 avril 1800.
  • Sophie, ou la Malade qui se porte bien, comédie en 3 actes, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 8 février 1802.
  • L'Antichambre ou les Valets maîtres, opéra-comique en un acte et en prose, musique de Nicolas Dalayrac, créé le (8 ventôse an X) à l'Opéra-Comique (théâtre Feydeau).
  • Picaros et Diego ou la Folle Soirée, opéra-comique en un acte et en prose, musique de Nicolas Dalayrac, [il s'agit en fait de la reprise de L'Antichambre], créé le (13 floréal an XI) à l'Opéra-Comique (théâtre Feydeau).
  • La Prison militaire, ou les Trois prisonniers, comédie en 5 actes et en prose, Paris, théâtre Louvois, 18 juillet 1803.
  • La Jeune Prude ou les Femmes entre elles, comédie en un acte et en prose mêlée d’ariettes, musique de Nicolas Dalayrac, créée à l'Opéra-Comique (théâtre Feydeau), le 3 nivôse an XI (14 janvier 1804).
  • Les Deux Pères ou la leçon de botanique, comédie en 2 actes mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 4 juin 1804.
  • Ossian cadet, ou les Guimbardes, parodie des « Bardes », vaudeville en 3 petits actes qui n'en font qu'un, Paris, théâtre du Vaudeville, 11 thermidor an XII (juillet 1804).
  • Les Vélocifères, comédie-parade en 1 acte, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 29 floréal an 12 (1804).
  • Les Femmes colères, divertissement en 1 acte, en prose, mêlé de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 11 février 1805.
  • Le Lendemain de la pièce tombée, comédie en 1 acte, mêlée de vaudevilles, avec Jean-Baptiste Dubois et Armand-Louis-Maurice Séguier, Paris, théâtre du Vaudeville, 13 fructidor an XIII (1805).
  • L'Intrigue aux fenêtres, opéra bouffon en 1 acte, Paris, Opéra-Comique, 6 ventôse an XIII (1805).
  • Le Jaloux malade, comédie en 1 acte et en prose, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 9 pluviôse an XIII (1805).
  • Une matinée du Pont-Neuf, divertissement-parade en 1 acte, mêlé de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, janvier 1806.
  • L'Amant par vanité, ou le Père rival, comédie en 3 actes et en vers, Paris, théâtre de l'Impératrice, 9 avril 1806.
  • Agnès Sorel, comédie en 3 actes, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 19 avril 1806.
  • La Jeune Mère, ou les Acteurs de société, comédie en 2 actes, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 4 brumaire an XIV.
  • Le Séducteur en voyage, ou les Voitures versées, comédie en 2 actes, mêlée de vaudevilles, Paris, théâtre du Vaudeville, 4 décembre 1806.
  • Mademoiselle de Guise, opéra-comique en 3 actes, Paris, Opéra-Comique, 17 mars 1808.
  • Ninon chez Madame de Sévigné, comédie en 1 acte et en vers, mêlée de chants, Paris, Opéra-Comique, 26 septembre 1808.
  • Françoise de Foix, opéra-comique en 3 actes, Paris, Opéra-Comique, 28 janvier 1809.
  • Cagliostro ou la Séduction, opéra-comique en trois actes, Paris, Opéra-Comique, 27 septembre 1810.
  • Le Poète et le Musicien ou Je cherche un sujet, comédie en trois actes et en vers mêlée de chant, musique de Nicolas Dalayrac, créée à l'Opéra-Comique (théâtre Feydeau), le 30 mai 1811. — Dupaty a ajouté un prologue en vers libres en hommage à Dalayrac disparu.
  • La Petite revue lyonnaise, ou Fanchon la vielleuse à Lyon, comédie-vaudeville impromptu en 1 acte, Lyon, théâtre des Célestins, 7, 8, 9 et 10 novembre 1811.
  • Avis aux mères, ou les Deux fêtes, comédie en 1 acte et en vers, Paris, Théâtre-Français, 14 janvier 1813.
  • Le Camp de Sobieski, ou le Triomphe des femmes, comédie en 2 actes et en vers, mêlée de chant, Paris, Opéra-Comique, 21 avril 1813.
  • Bayard à Mézières, opéra-comique en 1 acte, Paris, Opéra-Comique, 12 février 1814.
  • Félicie, ou la Jeune fille romanesque, opéra-comique en 3 actes et en prose, Paris, Opéra-Comique, 28 février 1815.
  • Les Voitures versées, opéra-comique en 2 actes, Paris, Opéra-Comique, 29 avril 182.
  • Un dernier jour de fortune, comédie-vaudeville en 1 acte, Paris, théâtre du Gymnase, 11 novembre 1823.
Autres
  • Les Délateurs, ou Trois années du dix-neuvième siècle. 1819.
  • L'Art poétique des demoiselles et des jeunes gens, ou Lettres à Isaure sur la poésie, Première partie comprenant l'histoire de la poésie et des poètes anciens, 1824.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 Gustave Merlet, « Mercier Dupaty (Louis-Emmanuel-Félicité) », dans Tableau de la littérature française, 1800-1815 : Mouvement religieux, philosophique et poétique, Paris, Didier, 570 p., 3 vol. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 559.
  2. Fabienne Manière, « 1er juin : Le Vengeur livre son dernier combat », sur Hérodote, .
  3. 1 2 « DUPATY [Louis-Emmanuel-Félicité-Charles MERCIER] », dans Joseph-Marie Quérard, Charles Louandre, Félix Bourquelot, La Littérature française contemporaine : XIXe siècle, t. 3 CHR-FUZ, Daguin frères, 584 p., 6 vol. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 358.
  4. Alfred de Musset (ill. Brunelleschi), Œuvres complètes, t. 12, Paris, Viglino, , 279 p., 12 vol. : pl. en coul. ; in-8º (OCLC 459753221, lire en ligne sur Gallica), f175.
  5. Malika Dorbani-Bouabdellah, « La Défaite de l'Empire », sur L’histoire par l’image, (consulté le )
  6. « DUPATY (Emmanuel) », dans Dictionnaire des girouettes (d) : ou Nos contemporains peints d'après eux-mêmes, Paris, Alexis Eymery, , 443 p., in-8º (OCLC 3802253, lire en ligne sur Gallica), p. 125.

Liens externes

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