Empire chérifien

appellation historique donnée au Maroc (XVIIe-début du XXe siècle)

L'Empire chérifien (en arabe: المملكة المغربية الشريفة (al-mamlaka al-maghribiya ach-charifa) ou الدولة المغربية الشريفة (ad-dawla al-maghribia ach-charifa), en amazighe : ⵜⴰⵎⵏⴽⴷⴰ ⵜⴰⵛⵉⵔⵉⴼⵉⵜ ⵏ ⵍⵎⵖⵔⵉⴱ (Tamnekda Tachirifit n Lmeghrib)) est le nom porté par le Maroc jusqu'en 1957. Il désigne un ensemble multiethnique et multiconfessionnel mouvant dirigé par la dynastie alaouite.

Empire chérifien

1666–1957[1]

Drapeau
Dernier drapeau de l'empire chérifien, adopté en 1915 et demeurant le drapeau officiel du Maroc après 1957
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte politique du Maroc en 1797, sous le règne de Moulay Slimane
Informations générales
Statut Sultanat - monarchie élective, absolue et théocratique[2], placé sous protectorats de 1912 à 1956
Capitale Marrakech (1525-1665)
Fès (1665-1672)
Meknès (1672-1727)
Fes (1727-1912)
Rabat (depuis 1912)
Histoire et événements
1666 Siège de Fès
30 mars 1912 Traité de Fès (établissement du protectorat français)
27 novembre 1912 Convention de Madrid (établissement du protectorat espagnol)

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Terminologie

Le terme Empire chérifien, employé à partir du XIXe siècle, dérive du terme chérif qui fait appel aux différentes dynasties descendant de Mahomet qui se succèdent sur le territoire marocain depuis le XIIe siècle. La terminologie impériale se substitue aux termes de sultanat et de royaume à partir du XIXe siècle pour désigner le Maroc jusqu'en 1957[3],[1]. L'emploi du qualificatif impérial varie également selon les langues. En anglais, l'entité est plutôt qualifiée de Sultanat, en référence directe aux sultans alaouites[4],[5].

Jusqu'au XIXe siècle, le mot « Maroc » n'est pas d'usage courant en France. Le pays est alors perçu et nommé de l'extérieur comme le « pays des Maures » ou le « royaume de Fès ». Il est aussi assimilé par la France aux « États ou royaumes barbaresques », au même titre que les régences corsaires ottomanes. La notion d'Empire chérifien s'est construite historiquement dans le prisme européen en opposition particulière de l'Empire ottoman[6].

Histoire

Depuis le siège de Fès, la dynastie alaouite règne sur le royaume de Fès, entité constitutive d'un plus vaste ensemble ayant composé des empires successifs basés sur le bay'a (serment d'allégeance). En ce sens, la nature du pouvoir chérifien est d'abord transactionnelle. L'autorité du sultan n'est pas absolue ni acquise définitivement et le serment d'allégeance est renégocié à chaque nouveau règne[7].

L'exercice de la souveraineté divise alors deux zones mouvantes : le Makhzen (une quarantaine de villes fortifiées où le sultan établit une autorité directe) et le Siba (la majeure partie du territoire de l'empire qui accepte une tutelle nominale mais pas l'impôt)[8]. Pour s'imposer, le pouvoir central est contraint d'organiser des expéditions fiscales et militaires violentes (harkas ou mahalla en campagne), tout en devant fréquemment transiger avec les chefs de tribus (caïds) dont l'autorité demeure fluctuante[7].

Jusqu'en 1912, c'est un empire militaro-théocratique aux marges mouvantes, multiethnique et multiconfessionnel[9]. La lente pénétration du capitalisme marchand durant le XIXe siècle, puis l'encerclement militaire français et la signature du traité de protectorat par le sultan alaouite Moulay Abdelhafid le à Fès, font basculer l'Empire chérifien dans l'histoire contemporaine (au nord, le Rif passe sous protectorat espagnol)[10]. Pour pacifier le pays, Lyautey s'appuie sur la figure du sultan légitime , déplace la capitale à Rabat et choisit de sanctuariser et d'instrumentaliser l'islam officiel. En protégeant le makhzen, les oulémas et le statut religieux du souverain, l'administration coloniale française utilise la légitimité traditionnelle de l'Empire chérifien pour asseoir sa propre domination et sécuriser les plaines et les villes utiles du pays[11].

L'appellation tombe en désuétude peu après la fin du protectorat français. Au niveau du Bulletin officiel, l'appellation « Empire chérifien » est utilisée pour la dernière fois dans l'en-tête du numéro 2352 du [12] et est remplacée par « Royaume du Maroc » dans l'en-tête du numéro 2353 du [13] et suivants.

Le régime politique coutumier de l'Empire sera réformé peu après la fin du protectorat, le Maroc indépendant se voulant tourné vers les standards politiques occidentaux ainsi que vers une institutionnalisation qui débouche sur la constitution de 1962, donnant naissance à un régime de type monarchie constitutionnelle bien que, dans les faits, elle maintient un régime traditionnel et fort[14],[15]. Le monarque remplace dès lors son titre de « sultan » par celui de « roi »[16].

Notes et références

  1. 1 2 « Chérifien », sur CNRTL, Dictionnaire de l'Académie française, (consulté le ).
  2. Louis Fougère, La Constitution Marocaine du 7 décembre 1962, 11 p. (lire en ligne), p. 1.
  3. [PDF] (ar) « الجريدة الرسمية », Bulletin officiel de l'Empire chérifien - Protectorat de la République française au Maroc, Rabat, no 2352, , p. 1 (lire en ligne).
  4. (en) Arthur Leared, A Visit to the Court of Morocco, S. Low, Marston, Searle & Rivington, (lire en ligne)
  5. Michael M. Laskier, « Prelude to Colonialism », European Judaism, vol. 52, no 2, , p. 111–128 (ISSN 0014-3006 et 1752-2323, DOI 10.3167/ej.2019.520209, lire en ligne, consulté le )
  6. Pierre Vermeren, « I. L'avènement d'un nouveau Maroc sous le protectorat », Repères, , p. 7–19 (ISSN 0993-7625, lire en ligne, consulté le )
  7. 1 2 Vermeren 2016, p. 279-280.
  8. Vermeren 2016, p. 179.
  9. Vermeren 2016, p. 277-284.
  10. Vermeren 2016, p. 7.
  11. Vermeren 2016, p. 284-290.
  12. [PDF] « Bulletin officiel », Bulletin officiel de l'Empire chérifien, Rabat, no 2352, , p. 1 (lire en ligne).
  13. [PDF] « Bulletin officiel », Bulletin officiel du Royaume du Maroc, Rabat, no 2353, , p. 1 (lire en ligne).
  14. Fougère, p. 10.
  15. Abdellah Boudahrain, Eléments de droit public marocain, Éditions L'Harmattan, , 356 p. (ISBN 978-2-296-28740-2, lire en ligne), p. 10.
  16. L'Afrique française: bulletin mensuel du Comité l'Afrique française et du Comité du Maroc (coll.), Volumes 66-67, 1957, p. 144 [1]

Bibliographie

Voir aussi

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